La péninsule de Papagayo
offre depuis ses hautes collines un poste d'observation idéal sur la
cordillère centrale. Rien n'a changé là bas, les volcans sont
toujours dans les nuages. Et pourtant il y en a qui vivent au centre
du pays. Il faut aimer la pluie. Si je devais vivre au Costa Rica ce
serait sans hésitation dans le nord de la péninsule de Nicoya. Cela
fait maintenant 3 semaines que j'y suis et qu'il n'a pas plu, à part
les quelques gouttes échappés d'un nuage l'autre jour. Et qui dit
qu'il ne faisait déjà pas beau avant que j'arrive ? Le sol est
sec comme un coup de trique. Les feuilles volent au gré du vent et
certains arbres arborent des couleurs automnales auxquelles on ne
s'attend pas sous les tropiques.
Pourtant à côté, tout reste
encore très vert, avec des lianes et des fleurs qui s'épanouissent
à foison. Ce qui sauve la forêt sèche, c'est le fait qu'elle soit
dense. Ainsi le sous bois reste épargné d'une trop grande
déshydratation par un soleil ardent. J'ai regardé la météo, il
fait 32 degrés dans le secteur. D'habitude les tropiques tournent
toujours autour de 29 ou 30 degrés. Ici c'est un peu plus. Ce qui
crée sans doute les conditions qui permettent de repousser les
nuages vers la cordillère où il fait plus frais. Je suis surpris
qu'aucun nuage ne vienne du Pacifique. Il n'y pleut donc jamais par
là bas ? Pourtant en Polynésie, qui n'est pas si loin que ça,
c'est la saison des pluies. Au Costa Rica, sur la côte Pacifique,
les nuages viennent toujours de l'est. C'est la cordillère qui
décide d'envoyer ses messagers ou non.
A Papagayo on est
réveillé avant que le jour ne se lève par des singes hurleurs et
un oiseau ou un crapaud qui fait un bruit de pic-vert. Ces bestioles
n'ont pas de montre mais apparemment elles savent à quelle heure le
soleil sort. J'aime quand le ciel s'éclaire autour des arbres dans
un jeu d'ombres chinoises. Ça donne une ambiance de savane
africaine. C'est l’heure à laquelle j'écris le blog, avant
d'aller mettre tout ça sur internet. Ici, je n'ai qu'à descendre à
la marina de Papagayo où le Dive Bar laisse son wifi branché la
nuit. En plus comme le matin ils ne servent pas le petit déjeuner,
je peux squatter les chaises en restant bien à l'ombre. Car dès que
le soleil sort, ça tape très fort. Impossible de rester dessous, on
brûle comme sur un grill.
Du coup, je me suis rendu très tôt sur
le parking des visiteurs pour prendre une des navettes qui conduisent
aux plages. Le système est simple : un type relève la plaque
d'immatriculation pendant qu'on se gare, demande comment on s'appelle
et la plage que l'on veut visiter, notant tout ça sur un registre.
Après il contact quelqu'un sur son talkie-walkie. C’est très bien
organisé. Et il n'y a aucun risque d'être oublié sur une plage.
J'ai eu raison de revenir dans le coin pour le dernier jour. Les gens
font déjà la queue dès 8 heures du matin. Toujours les mêmes
groupes de plus de 10 personnes, avec glacières, chaises pliables,
jouets de plage et oreillers. Tout un attirail à se farcir.
Les gens
débarquent sur le parking par bus entiers avant de monter dans un
autre bus qui les conduit à Playa Nabuscolo. Je me demande bien
comment cette plage va arriver à digérer tout ce monde là.
Personne ne va à Virador. Je fais figure d’asocial et j'ai
toujours droit à un trajet seul dans la navette comme si j'avais un
taxi privé. Ce qui sauve cette plage ce sont ces escaliers
interminables à couper le souffle pendant qu'on transpire à grosses
gouttes.
En descendant on
bénéficie d'une vue incroyable sur Playa Virador. Jamais les
couleurs n'ont été aussi belles avec le soleil du matin qui offre
un angle parfait en saturant la mer d'un bleu lagon.
Il y a plein de
branches qui cachent un peu trop la plage aussi j'ai cherché un
point en hauteur où je puisse me hisser au dessus de la canopée. Et
j'ai réussi à trouver une petite trouée. Pas très large mais
juste suffisante pour s'extasier devant un paysage de carte postale.
En parlant de cartes postales, je n'en ai trouvé aucune dans tout le
pays. Il faut dire qu'il n'y a ni bureau de tabac, ni marchand de
journaux et les supermarchés n'en vendent pas. Je n'ai pas trouvé
de Poste non plus. Ni de boîte à lettres. Aussi il faudra se
contenter du blog. Il y a des pays comme en Inde où les cartes
postales n'existent pas. Il y a peut être un créneau que je
pourrais développer...
J'étais le premier à
arriver sur Playa Virador, dans le coin sauvage à l'écart de
l'endroit des transats du Four Seasons.
La mer qui descend a laissé
une magnifique plage de sable blanc lisse et bien lustré qu’aucun
pas n'a encore foulé. Je n'aime les plages que là où le sable est
vierge. J'ai suspendu le hamac dans le meilleur coin, bien à
l'ombre, juste derrière cet arbuste aux feuilles dentelées qui
distille une odeur entêtante de mimosa. J'ai élucidé l'affaire. Il
n'y a pas à chercher des fleurs qui n’existent pas, l'odeur
provient des feuilles. Il suffit de poser son nez dessus sans même
avoir à froisser une feuille. Du coup c’est mieux que le mimosa,
il n'y a pas à attendre une pauvre floraison une fois par an !
A côté il y a aussi un arbre qui a perdu toutes ses feuilles. On
dirait qu'il est mort mais il a encore quelques fleurs blanches
dotées de centaines d'étamines qui lui donnent un aspect vaporeux
et qui sentent très bon. Les fourmis adorent se délecter de leur
nectar.
Pendant ce temps il y a tout un raffut dans les feuilles
mortes. Je pensais y trouver là l’œuvre d'un iguane mais ce ne
sont que des bernard-l’hermite. Certains ont de très belles
coquilles, d'autres ont moins de chance, prisonniers d'un bigorneau
tout triste. Pour le dernier jour j'ai eu droit à un véritable
zoo : les perroquets tout verts qui volent tous ensemble en
piaillant, un iguane bariolé, un singe capucin sur le gazon du golf,
des colonies de pélicans flottant au bord de l'eau comme des
bouchons, sans oublier les oiseaux à longue patte dont une toute
nouvelle espèce au cou interminable et télescopique que la créature
peut régler comme elle le souhaite ! Les bestioles ont
aujourd'hui revêtu leurs plus beaux atours pour me dire au revoir.
Je garderai du Costa Rica un souvenir merveilleux qui me fera sans
nul doute revenir. Avec cette dernière semaine plus centrée sur la
contemplation, j'ai pu mieux me nourrir des ambiances et des détails
qui resteront gravés dans ma mémoire mieux que si j'avais crapahuté
à droite à gauche.








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