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vendredi 5 mars 2021

Agaete

Aujourd'hui direction Ténérife au départ d'Agaete, un petit village au nord-ouest de Gran Canaria. Tenerife est desservie par deux ports : celui de Las Palmas la capitale par la compagnie Armas, et celui d'Agaete par la compagnie Fred Olsen qui est toujours un peu plus cher. Oui mais cela permet d'éviter de retraverser Las Palmas. Il y en a pour qui c'est un must de visiter les capitales des endroits où ils se rendent, pour moi c'est toujours une épreuve, à fuir le plus vite possible. C'est du trafic, des bouchons, du stress, de l'agitation, de la pollution et du bruit. Alors va pour Agaete même si ça rallonge de 35 km. D'un autre côté ça raccourcit la traversée, Agaete étant juste en face de Santa Cruz de Tenerife. Et puis ça me permet aussi de visiter toute la côte nord-ouest de Gran Canaria réputée pour ses paysages abrupts de falaises qui se jettent dans la mer.
Depuis Maspalomas le plus court est ce qui semble le plus long sur la carte : remonter toute la côte dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Par contre le relief n'est pas accidenté en passant par là et c'est quasiment que de l'autoroute. Pour ce qui est de l'aventure en revanche on repassera. 
Je regrette un peu de ne pas être allé dans la pinède de Tamadaba l'autre jour. Elle n'est pas loin du tout d'Agaete et comme le bateau n'est qu'à 14h il me reste la matinée pour essayer de m'y rendre. Mon GPS indique un accès à Tamadaba dans l'autre sens depuis Maspalomas, c'est-à-dire celui des aiguilles d'une montre, en repassant par la route tout en lacets que je n'avais pas forcément envie de refaire, celle de Mogan vers le bled affreux de La Aldea. Mais après une bonne nuit de sommeil je n'ai pas trouvé la route si pénible que ça. En revanche arrivé au dernier col qui permet de descendre sur La Aldea, changement de temps radical. Je passe d'un franc soleil à une purée de pois projetée par un vent violent. En dessous il flotte. Ah ces micro climats des Canaries ! Je suis toujours sidéré par la soudaineté de leur apparition, il n'y a jamais de transition.
Petite déception le GPS m'indique que je suis arrivé à destination alors que je suis en plein milieu d'un tunnel ! Sorti de là, la route est tout en corniche, haut perchée au-dessus de la mer. Je suppose que dans le temps la route devait peut être passer par ailleurs. Mais je pense plutôt que le GPS s'est planté. C'est tellement abrupt que je suis bien arrivé à la pinède de Tamadaba.... mais 1000 mètres plus bas.! J'avais tout de même trouvé un peu bizarre que la forêt soit si proche du rivage alors que les pins des Canaries ne sont pas sur le littoral et poussent à plus de 1000 m d'altitude. Tant pis pour la forêt brûlée de Tamadaba.
Du coup ça m'a fait arriver à Agaete à 9h. Sur la route en corniche très impressionnante il n'y a pas moyen de flâner. Impossible de s'arrêter ne serait-ce que pour prendre une photo. Quand ils ont taillé la route ils ne se sont pas embarrassés de fioritures à faire des parkings pour des miradors.  C'est déjà un tel exploit d'avoir tracé une route par là dedans. Je suis arrivé trop tard pour prendre un bateau plus tôt. Il est parti à 8h. Il ne me reste plus qu'à patienter jusqu'à 14h. J'ai trouvé un parking très étrange en terrasse avec des murets tout autour et un espèce de dédale pour y accéder. Il y avait 4 camping-cars, encore en train de dormir. Je ne suis pas resté plus de 5 minutes, c'etait un concert symphonique de coqs et de chiens en freestyle.
Que faire ? La carte affiche une route ornée de vert (comme pour pittoresque) qui part d'Agaete et s'enfonce dans la vallée du même nom pour finir en cul-de-sac... sous la forêt de Tamadaba! Avec un peu de chance il doit y avoir moyen de l'apercevoir.
Le vrai village d'Agaete, pas celui du bateau qui n'est qu'une version nouvelle pour son port, est un vieux village complètement tarabiscoté. Les ruelles sont extrêmement étroites. Et pourtant le village n'est pas dans une vallée spécialement encaissée. C'est comme si le village avait grossi de l'extérieur vers l'intérieur. On s'y perd, c'est plein de rues mal indiquées, à sens unique qu'on est obligées de suivre en se demandant où cela nous mènera à mesure à mesure que ça se rétrécit de plus en plus. On roule au pas pour ne pas y laisser un rétroviseur ou renverser un pot de géranium.
Une fois quitté le village, la vallée devient très belle. Elle se rétrécit nettement et la route prends de la hauteur vers le fond. Un panneau indique qu'il ne faut pas l'emprunter un jour de pluie car elle est très raide et on a vite fait de perdre le contrôle de son véhicule. D'ailleurs comme pour mieux dissuader, il est indiqué que ça se termine en cul de sac. Ce n'est pas ça qui m'arrêtera. En jetant un œil je peux voir qu'elle va encore très loin. En plus les pins commencent à faire leur apparition, ce n'est pas le moment d'en rester là. Je veux juste un petit recoin où je puisse me garer sous les pins et prendre le petit-déjeuner. 
Ça tombe bien parce qu'à un moment il y a un parking monoplace devant un mirador. De là on a une vue d'aigle sur le fond de la vallée avec quelques maisons suspendues dans le vide à flanc de montagne. Je ne sais pas comment font les gens qui vivent là pour y aller. C'est impossible qu'une route grimpe là-haut. Ils doivent avoir un âne qui les attend, ce n'est pas possible autrement. C'est un très beau coin pour passer la matinée. Hélas la pluie m'a pas tardé à redoubler d'intensité. Coincé dans la voiture, j'ai trouvé que c'était un peu idiot d'être venu jusque là. Du coup je suis retourné sur le port où il ne pleuvait plus. J'ai picniqué sur la jetée en attendant d'embarquer. C'est là que se termine mon séjour sur Gran Canaria. Retour à Ténérife !

jeudi 4 mars 2021

Un peu de rab!

Contre toute attente, retour à Maspalomas ! Partir pour mieux revenir c'est un peu ma spécialité. Si j'ai changé mes plans c'est aussi en raison de la dernière virée. Je ne la regrette nullement, bien au contraire, mais comme je le disais je n'aime pas conduire toute la journée et chercher un endroit où se poser qu'on ne trouve jamais. 
Le dernier coin au pied du palmier était loin d'être sympa. Dès 5h le matin ça a été un défilé de voitures et de pick-ups des travailleurs des orangeraies. C'est un peu des forcenés à commencer 2h avant que le jour se lève quand même. J'ai même eu un petit malin qui s'est amusé à klaxonner. Du coup j'ai décampé. Pour prendre une route qui grimpait dans une gorge vers d'hypothétiques lacs qui n'arrivaient jamais. N'ayant pas envie de réitérer tous les lacets de la veille, tout ça pour faire une photo et la mettre sur un blog qui sera lu par 4 personnes et regardée d'un oeil torve, j'ai fait demi-tour, le jeu n'en valant pas la chandelle. 
Direction à la place Puerto Mogan, que je connais déjà, mais puisque j'y passe... C'est une espèce de Venise avec des canaux dans un complexe touristique qui fait trop articiel pour être honnête, façon Rialto à Las Vegas. Mais bon, ça a du charme. Sauf que pour se garer, en périphérie, il faut montrer patte blanche ou plutôt disque bleu. Avec un tel traitement pourquoi encore continuer à crapahuter pour subir tracas et contrariétés? 
Maspalomas est à une demie-heure de là et me donne des coups de coude pour que j'y retourne par une autoroute toute plate qui traverse des tunnels. Là-bas, j'ai mes repères : un coin pour passer la nuit sans avoir à faire des kilomètres, un petit parking tranquille la journée à l'ombre d'un rince bouteille, de jolies dunes photogéniques, un océan à bonne température pour se baigner, de l'ombre sous les palmiers avec des tamaris pour se protéger du vent les jours où il y en a. Bref, que demander de mieux !
J'étais content de partir de Maspalomas dimanche je suis heureux d'y revenir ! Je terminerai mon séjour à Gran Canaria ici. J'arrive presque à comprendre ceux qui n'auront jamais bougé de Maspalomas de tout leur séjour. Le décor est exceptionnel et c'est le seul endroit de toute l'île à avoir une plage de sable.  C'est drôle de voir au fond le Pico Las Nieves qui a l'air si proche alors qu'il faut tellement de temps pour y être. Après avoir été là-haut en regardant Maspalomas en bas, les rôles sont inversés, c'est comme si je me faisais un clin d'œil dans un miroir. 
Dans les dunes se cachent de gros lézards sous les tamaris. Il y a des spécimens monstrueux qui sont 5 fois plus gros que les autres et qui pousuivent les plus petits pour qu'ils décampent. Ils ne sont pas très beaux et font très préhistoriques, avec une grosse tête et un goitre tirant sur l'orange. Ils ont des grosses pattes sur lesquelles ils posent leur tête en attendant. Ils sont très culottés. 
Dès que je commence le pique-nique ils rappliquent tous et je dois les chasser tel un chien mal élevé. Il suffit que je jette n'importe quoi dans les fourrés pour qu'ils se précipitent. Ils ont un détecteur à calories bien rodé. La peau des mandarines, ils n'y goutent même pas alors que si on leur jette un petit morceau de quartier ils l'avalent tout rond en se léchant après le museau de leur petite langue rose pendant de longs instants. Pendant que je faisais la sieste, il y en a un qui m'a fait sursauter. Il avait la tête dans mon sac qui me servait d'oreiller. J'ai fait un bond mais pas lui, tout juste un entre chat. 
C'est fou la diversité des paysages qu'il y a sur cette île. Après tout ce vert, gorges et pitons, ici c'est désert de sable et oasis. C'est sans doute pour cette raison que Gran Canaria est surnommée l'île continent. Je suis reboosté comme au premier jour, à flâner dans les dunes en fin d'après-midi. Ce n'est pas parce que je l'ai déjà fait 2 fois que je ne dois plus apprécier. Il y a toujours quelque chose de différent ou qu'on n'avait pas remarqué avant. Alors vive le rab !

mardi 2 mars 2021

Montagnes, canyons et pitons

L'intérieur de Gran Canaria dans sa partie sud-ouest possède de nombreux lacs au fond de canyons encaissés. Je comptais y passer un séjour tranquille mais je dois réviser mes plans. La GC-60 et la GC-605 sont toutes les deux fermées au niveau du village d'Ayakata. Il ne reste que deux options : soit s'en retourner, soit grimper vers le Pico Las Nieves.
J'en ai un peu marre de voir ces panneaux "carretera cortada". C'est pas de chance, ça m'arrive presque sur chaque île, m'obligeant à faire de grands détours. Cette fois c'est en raison d'un glissement de terrain le 8 janvier suite à des précipitations exceptionnelles. Ça fait quand même deux mois que ça dure, ils ne sont pas pressés de déblayer. 
A défaut je me rabats sur le Roque Nublo tout proche. C'est un piton rocheux de près d'une centaine de mètres de haut qui émerge à 1817 m d'altitude. Il est entouré par d'autres pitons dont l'un me fait penser à un penseur de dos. C'est un rocher qui était sacré par les premiers habitants de l'île, les Guanches. C'est aujourd'hui le paysage le plus symbolique de Gran Canaria que chaque touriste se doit de venir voir, mais aussi les locaux qui aiment s'y balader les weekends. 
Il n'y a qu'un petit parking, plein très rapidement, duquel part un sentier d'1,5 km. Les nuages gravitent souvent autour des sommets, aujourd'hui c'est un mélange de petite pluie, de grand soleil et de gros nuages. Ça me plaît bien, ça donne une dimension plus dramatique au paysage. 
La vue est époustouflante d'où que l'on regarde. C'est plein de canyons qui descendent jusqu'à la mer. Certains sont très verts, d'autres complètement arides. Il y en a pour tous les goûts. Les pins sont présents ce qui donne un charme supplémentaire. Avec la pluie, les creux de la roche forment de grandes flaques où se reflète le Roque Nublo, littéralement le rocher des nuages. Aujourd'hui il mérite amplement son nom!
A l'heure à laquelle j'arrive je suis l'un des rares à en profiter, avec d'autres amateurs de photographie qui me regardent amusés penché à quatre pattes. Je leur donne des idées de prise de vue car après ils font exactement la même chose que moi. Je suis à l'affût du moindre détail. Mais rapidement le rocher est pris d'assaut par des groupes de randonneurs. J'entends toutes les langues. Si à présent je ne voyais pas trop de touristes, ici à Gran Canaria ils sont bien là. Pas mal de français que je n'avais encore jamais croisés. Sans doute l'effet des vacances scolaires. Ou bien la lassitude des restrictions. J'ai lu que Madrid et les Canaries avaient le vent en poupe en France pour s'extraire de la sinistrose. 
Sur le parking il y a un stand d'un type qui vend des fruits, propose des sandwichs et des petits déjeuners. Ça me rappelle le vendeur dans le massif du Teno à Ténérife. Celui à qui j'avais acheté un pot de sa tartinade de fromage de chèvre au safran. Malheureusement je n'ai pas pu en profiter. J'aurais dû la manger dès que je l'ai achetée. 
Car il y a quelques jours le couvercle a explosé. J'en avais plein dans mes caissons de nourriture. Même en refermant le couvercle ça m'a refait ça le lendemain. En fait le contenu est en pleine expansion. Du coup j'en ai goûté un peu mais la tartinade pique sur la langue. Elle est complètement fermentée ce qui explique les fuites. Alors j'ai tout jeté, à regret...
Après le Roque Nublo, la route continue à grimper vers le Pico Las Nieves, le pic des neiges, qui forme une arrête culminant à 1949 m. Du sommet la vue plonge de tous les côtés de l'île. On aperçoit nettement les dunes de Maspalomas au fond du Barranco de Fataga. Il y a de jolies pinèdes tout autour avec des endroits où je pourrais passer la nuit. Mais c'est trop en altitude, avec seulement 11 degrés à 14h il n'est pas envisageable de dormir ici. Dommage.
Non loin de là, je vois sur ma carte qu'il y a un petit lac sur la route qui descend vers Telde. La route est une catastrophe, on a l'impression qu'on roule sur les essieux. Le revêtement plein d'aspérités ferait mal aux pieds d'un fakir. En plus la route est pleine de trous rebouchés à la va-vite et pas au même niveau, avec plein de crevasses. Un panneau invite à ne pas dépasser 40 km heure, je suis loin du compte. Je préfère encore une bonne piste! 
Je n'ai pas vu de lac en plus, j'arrive directement à la Caldera de Los Marteles, un ancien cratère dont le fond sert à des cultures agricoles. Un peu plus loin je prends une petite route très étroite et très raide qui mène à un village au fond d'un ravin, tout en haut du barranco de Guayadeque, recommandé par les guides touristiques pour sa beauté, ses maisons et petits restaurants taillés dans la roche. 
Seulement voilà pour visiter le canyon, il faut redescendre jusqu'à la côte. En plus j'y étais déjà allé il y a 10 ans, aussi je me satisfais d'une vue de là-haut. Avec moi il faut avoir le cœur bien accroché, je te fais des demi-tours en pente abrupte où on a l'impression que l'arrière va tomber dans le ravin.
Je reprends la route vers Cruz de Tejeda d'où part la route GC-210 qui descend vers La Aldea, sur la côte à l'ouest, en longeant de nombreux lacs qui seront propices, je l'espère, à une halte de nuit. Cruz de Tejeda est le point de rencontre des routes qui montent de toutes les côtes de l'île. C'est aussi le point de départ de nombreux sentiers de randonnée de plusieurs heures construits grâce à un décret royal. Une route mène 8 km plus loin au cul de sac du Pinar de Tamadaba, la plus belle forêt de pins de Gran Canaria, située sur un plateau de plus de 1000 m de haut qui domine la côte nord. Malheureusement cette forêt a été ravagée en août 2019 par le pire incendie qu'a connu les Canaries au cours des 30 dernières années. 78 kilomètres de périmètre et 12.000 hectares sont partis en fumée, soit un tiers de la forêt. Cet été-là les températures avaient dépassé les 40 degrés et les barrancos ont favorisé la propagation du feu en agissant comme des cheminées. Les pompiers étaient démunis, qualifiant l'incendie d'inextinguible. Malgré tout la végétation aurait repris ses droits, grâce à la capacité unique du pin des Canaries de renaître de ses cendres. Je ne suis pas allé voir le désastre ça m'aurait fait trop mal au cœur.
La GC-210 qui descend de Cruz de Tejeda offre un paysage époustouflant. Les sommets et crêtes sont plus déchiquetés que nulle part ailleurs aux Canaries. De plus à ce niveau les gorges sont nombreuses, immenses et très larges, offrant un vaste panorama qui va très loin, noyé dans les nuages et la brume. 
Je ne sais plus où donner de la tête tellement c'est beau et je m'arrête presque à tous les virages.
Contrairement à Ténérife l'intérieur est plus rural, les villages grimpent plus haut, la forêt est discontinue pour laisser place à des cultures en terrasse. Mais tout s'ajuste dans une parfaite harmonie. Les panneaux fleurissent partout pour indiquer des "degollada". Le terme me fait rire parce qu'il me fait penser à du dégueuli, qui convient bien à tous ces ravins sortis des entrailles de la terre. 
La portion qui mène à Artenara, petit
village accroché à la montagne, est à couper le souffle. C'est le plus beau de tout ce que j'ai vu, ça a des allures de Hawaï ou du moins l'idée que je m'en fais. Au village il y a un Christ rédempteur en haut d'un rocher, comme à Rio, les bras grands ouverts. Je suis allé le voir et lui dire bonjour pour le remercier de la chance d'être ici. Quand deux grands esprits se rencontrent...
Artenara est le plus haut village de Gran Canaria à 1219 mètres et pour moi le plus beau. Il y règne un silence stupéfiant et une ambiance particulière qui donne envie de s'y attarder. Malheureusement il est déjà 16h et j'aimerais bien trouver un endroit pour passer la nuit et les lacs sont encore loin.
En descendant du village on voit les traces de l'incendie qui est aussi passé par ici. Les pins sont dégarnis et ont d'étranges touffes qui essaient de repousser. On dirait ces horribles caniches tondus qui n'ont plus de la fourrure qu'à la queue et aux pattes.
Il y a un genre de genêt qui pousse au bord de la route et qui sent bon l'abricot. La GC-210 rentre alors dans un nouveau paysage qui fait maintenant penser au Machu Picchu, entre gorges et pitons, avec des biquettes qui belent et leurs grelots.
On voit le Roque Nublo de partout, on dirait que quelqu'un, un géant, va le pousser dans le vide.
Les lacs sont tous artificiels. Nul route ou sentier pour y accéder. De toute manière c'est trop abrupt. Donc  je n'ai pas d'autre choix que de continuer. Quand il y a un replat il y a toujours une barrière avec un cadenas. La route est taillée à la serpe et les rochers font comme des gargouilles au-dessus. On manque rayer les portières en passant, il va de soit que je ne sais pas comment je ferais si je devais croiser quelqu'un. Les panneaux invitent à la vigilance en annonçant le nombre de morts au cours des dernières années. Partout il y a des mémorials avec une croix et un bouquet de fleurs là où les gens ont quitté la route. C'est très rassurant!
La route est interminable. C'est magnifique mais je suis de plus en plus inquiet à mesure que la nuit approche. 18h, il  ne me reste plus qu'une heure et ce n'est pas à La Aldea que je vais trouver mon bonheur. C'est un village plutôt grand, plein de bananeraies qui puent la merde en raison des fertilisants. C'est anarchique, grouillant, plein de chiens et de coqs. 
Finalement je me retrouve sur la route pour Mogan, toute en lacets. Ça n'avance pas, je suis tout le temps entre 40 et 50 km/h, les lacets laissent la place à une succession de cols. Normalement cette route qui part d'Agaete est l'une des plus jolies de l'île, avec ses falaises et précipices. Mais là je suis fatigué, j'ai conduit toute la journée, je n'apprécie plus trop. Tout juste je m'arrête au point d'intérêt Azulejos de Veneguera, où les rochers prennent des couleurs bleu, vert et rose. 
Finalement je sors juste après pour descendre vers Veneguera. Il y a une piste qui descend vers l'océan dans une vallée où l'on cultive les orangers. Je dors là, au pied d'un palmier, aux effluves des fleurs d'oranger. J'ai de la chance d'avoir trouvé ce coin-là in extremis. 
Quelle journée, j'en ai vu des choses, trop sans doute ! Il aurait fallu que je coupe la poire en deux. Car tout ce qu'on voit en voiture est oublié très vite. Il y a de nombreux endroits où je suis venu il y a 10 ans, je ne reconnais rien à part les sections où j'ai randonné. Je n'aime pas beaucoup les road-trips ou alors il faut que ce soit le matin et l'après-midi on s'arrête et on profite. Sinon on en prend plein les yeux mais on ne retient rien.

lundi 1 mars 2021

De Maspalomas aux contreforts du Pico Las Nieves

Le Barranco de Fataga permet de gagner l'intérieur de Gran Canaria depuis Maspalomas. Au niveau d'un mirador on a une très belle vue sur les dunes et de l'autre côté le Pico Las Nieves s'élève avec ses 1919 m. 
Son sommet n'a rien d'un pic mais forme une table dont les flancs rappellent un peu le canyon d'Ordesa dans les Pyrénées. Juste après un col on trouve une bifurcation qui descend vers Chira, un petit village rural au bord d'un lac. C'est là que j'ai dormi, sur la GC 604, au moment où elle se transforme en piste. C'est un coin idéal avant d'attaquer les nombreux points incontournables du centre de l'île.
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