L'arrivée à Koh Lipe ça en jette, il y a pas à dire! L'eau d'abord bleu marine devient subitement d'un bleu turquoise à rendre aveugle avec un petit confetti qui semble flotter dessus. J'ai des Français à bord, des jeunes qui s'exclament : on va être bien ici! Pour eux c'est sûr, il y a tout ce qu'il faut en terme d'animation, de convivialité et de bars qui font une ambiance que certains affectionnent et recherchent pour passer des vacances de fête dans des paradis plus ou moins artificiels. En ce qui me concerne cette ambiance mondialisée tropicalisée tatouée post hippie, même si elle a son charme, ne me convient pas. Le covid n'a pas changé les règles, je crois que même dans 20 ans on verra les mêmes looks de jeunes loups de mer chemise ouverte claquettes plein de bracelets et de colliers qui ont l'air dans leur monde mais comme un poisson dans l'eau.
J'ai juste deux nuits dans le secteur et même si c'est peu je préfère les passer sur l'île en face, à Koh Adang. Cette fois ça n'est pas au camp du parc national. Déjà parce que je n'y ai plus mes affaires, ils n'ont pas pu les garder avec le covid et tout a été donné aux campeurs qui étaient restés là et à qui ça a fait le bonheur. Ensuite parce que pour un bungalow on ne peut pas réserver en direct, le site de réservation du parc n'est pas habilité à recevoir des paiements, du coup on ne peut que remplir un formulaire et après il faut aller payer à certains bureaux des parcs nationaux ou dans certains distributeurs en Thaïlande, bref impossible à faire avant d'être arrivé en Thaïlande.
Je descends au seul resort privé de l'île, enclave bizarre dans un parc national en intégralité, le Adang Resort. Avant, peu de personnes venaient là et les prix étaient très chers. Là ils les ont bien baissés, on arrive à avoir des chambres à 40 € la nuit, ce qui est très intéressant compte tenu du standing du resort, qui possède en plus sa propre piscine.
Pour y parvenir il faut se rendre au bar Zodiac qui se trouve au bout de Sunrise Beach à Koh Lipe. Cela nécessite de traverser toute l'île soit en tuk-tuk soit à pied, il faut bien compter une demie-heure en plein cagnard. C'est chaque fois une épreuve, raison pour laquelle j'ai essayé de voyager le plus léger possible, ce qui n'est pas gagné avec les produits de beauté que je me traîne depuis Langkawi. Du coup je me suis arrêté prendre un shake mangue delicieux à un bar. J'en avais bien besoin puisque je n'avais pas eu le temps de prendre de petit-déjeuner. En plus j'ai pu acheter une carte SIM locale chez True Move. D'habitude je prends DTAC mais comme je vais au parc national Aothong là-bas DTAC ne passe pas.
C'est tout transpirant que j'arrive au Zodiac. Il est midi ça tape sec, ça fait 13 heures en Malaisie. C'est au même niveau j'ai jamais compris pourquoi il y avait un décalage horaire. Un gars vient à ma rencontre, il me demande ce que je souhaite, je lui dis que je dois appeler le bateau du Koh Adang resort. Là il se tourne pour me montrer le dos de son t-shirt à l'effigie de l'hôtel. À partir de là je n'ai plus à me soucier de quoi que ce soit, il m'invite à m'allonger sur un transat à l'ombre pendant qu'il téléphone. 15 minutes plus tard un long tail boat vient à ma rencontre.
Il porte mes bagages et c'est parti au-dessus des patates de corail qui défilent à tout allure sous le bateau. C'est avec émotion que je vois juste à côté les quartiers du parc national avec ses filaos majestueux que je n'avais pas vus depuis 4 ans.
Arrivé au resort on continue à être aux petits soins, je suis débarrassé des bagages, on m'invite à m'asseoir devant un verre de jus de fruits de bienvenue. On demande mon passeport, de payer, on explique quelques règles comme celle de devoir payer ses consommations tous les soirs, les horaires des repas, le fonctionnement des kayaks qui sont mis à disposition gratuitement, puis on me donne la clé de ma chambre, la 102. J'ai pris la chambre bungalow supérieur. Ce sont des unités de 2, ce qui veut dire que c'est mitoyen avec une autre chambre. Je n'aime pas beaucoup ce genre de truc mais bon on verra bien en fonction des voisins. La chambre est très grande et chaleureuse, on s'y sent bien. Il y a un grand lit avec moustiquaire, des bouteilles d'eau à disposition renouvelées tous les matins sur la terrasse, la climatisation, la télé, une grande salle de bain avec des galets incrustés dans le mur. On n'est pas loin du luxe.
Par contre c'est du plancher au sol et on entend tous les bruits de pas des femmes de ménage qui s'occupent à nettoyer la chambre d'à côté. Ça fait tout trembler.
Je déballe mes affaires prêt à aller prendre le déjeuner. Quand tout à coup j'entends des bruits monstrueux. Il y a un truc qui vient de s'abattre sur le toit. Je sors voir et en fait il y a tout un tas de personnes occupées à débiter un arbre qui donne juste au-dessus du bungalow. Ils y vont à la tronçonneuse et ils sont bientôt rejoints par un tracteur qui attache des cordes pour faire tomber les branches. Ça fait un vacarme de dingue, je sors de là bien vite. J'ai envie de demander une autre chambre mais je fais le tour du resort et je vois que le bordel on l'entend de partout. Tant pis, toute façon ça n'aura pas lieu la nuit.
Le restaurant est très bon, les plats sont savoureux. Par contre il est cher mais je le savais déjà, c'est en connaissance de cause que je mets les pieds ici. Entre odeur de diesel et tronçonneuse je ne m'attarde pas et je vais m'exiler à l'autre bout de la plage. Je suis sidéré par les autres touristes qui restent à se prélasser au bord de la piscine, en lisant ou en faisant la sieste sous un chapiteau avec des tapis bas de relaxation. Ça n'a l'air de déranger que moi.
Pas de chance aujourd'hui c'est marée basse, c'est impossible de se baigner ici, on a de l'eau à la cheville, on s'enfonce, c'est vaseux et l'eau est trouble. La piscine est plus appétissante mais pas dans ces conditions. Je m'adosse à de gros rochers dodus à l'ombre mais ils ont emmagasiné toute la chaleur qu'ils me restituent, je suis en nage sans pouvoir aller me rafraîchir. Et puis de toute façon j'entends toujours les cris et la tronçonneuse. Alors autant aller à la piscine et chercher un coin derrière la pool house en espérant que ça fasse mur antibruit. En vain. J'essaie de faire abstraction mais je n'y arrive pas, je focalise là-dessus car je n'ai que deux nuits ici et je pensais me retrouver au paradis et je me retrouve en plein champ de bataille. La plage est toute saccagée, pleine d'ornières de passages du tracteur fou. Surtout je ne comprends pas pourquoi ils font des travaux maintenant alors que les touristes viennent de décembre à avril. Ils n'auraient pas pu anticiper et faire ça avant? Je vais à la réception demander des informations mais ils ne comprennent pas ce que je souhaite. En fait on a dû leur apprendre un discours rodé de choses à dire et à comprendre, sortis de là ils sont perdus. On m'indique le chemin de la cascade à ma question de savoir quand les travaux sont terminés, ils confondent work avec walk.
Dans ces conditions je prends les choses en main, je vais voir sur internet et je trouve le site de l'hôtel. Il y a un contact téléphonique j'envoie un message au manager, enregistrement sonore à l'appui. J'explique que je suis très déçu et que les travaux ruinent mon expérience, que je venais là pour la tranquillité et me sentir immergé dans la nature. Le coin est magnifique entre jungle, cocotiers et montagnes verdoyantes. Un vrai paradis. Mais pas avec ça. J'explique que j'ai envie de partir et d'aller à l'hébergement du parc à côté mais la réception doit être fermée à cette heure-là (il est plus de 17h), et de plus j'ai déjà payé les nuits ici, du coup je lui demande quelle solution il me trouve. Il me répond quelques instants plus tard en s'excusant. En fait il y avait un coup de vent la veille qui a fendu l'arbre qui donne au-dessus de mon bungalow et donc ils sont occupés à l'élaguer pour ne pas endommager le bâtiment. Ça ne devrait durer que la journée mais il me propose une autre chambre si je le souhaite. Eh bien voilà avec un peu d'explications les choses passent mieux.
Le personnel est mis au courant et on vient me voir. Il me montrent deux autres chambres que je peux prendre. La deuxième la plus loin du chantier ne me convient pas : elle est en contrebas d'un autre bungalow qui a une très belle terrasse mais avec dessus un couple qui parle très fort. Je m'arrête donc à la première chambre. Mais celle d'à côté est occupée. Du coup je ne sais pas si j'ai bien fait de changer de chambre, parce que l'autre à côté où j'étais il n'y avait personne : tu m'étonnes c'était juste sous la tronçonneuse!
Je retourne à la piscine, elle est très agréable, en forme de 8. Elle est en hauteur par rapport à la plage, de sorte que depuis le transat que j'ai trouvé à l'ombre on a presque l'impression d'une piscine à débordement. La salle du restaurant est sur trois plateformes, la première près de la plage on y mange en tailleur sur des tables basses, les autres ce sont des tables normales dont les chaises sont tellement lourdes qu'elles ont l'air d'être fixées au sol avec des clous. Problème, le bois de la terrasse doit être tellement souple que chaque fois que quelqu'un ou un serveur passe ça tremble, on a l'impression de manger sur un trampoline! Il y a aussi des poufs et des chaises longues sur la plage avec des tables basses où les amoureux se prélassent un verre de vin à la main. Je suis surpris, le resort est beaucoup plus occupé que la normale, depuis qu'ils ont revu leur position tarifaire ça attiré une clientèle de trentenaires surtout des Anglais et des Américains.
Ceux de la chambre d'à côté sont un peu pénibles. Ils ont parlé toute la nuit, sortout régulièrement fumer et à chaque fois en marchant comme un éléphant. Mais bon, avec des boules Quies ça passe. J'ai oublié pourquoi je n'aimais pas les hôtels. Faut pas croire que j'ai l'habitude de voyager en campant par souci d'économies : la preuve cette fois ci! En fait c'est pour être au calme et tranquille en dormant en pleine nature. J'ai toujours un peu considéré les hôtels comme des endroits où on entasse les gens et donc avec le lot de nuisances que cela crée. Par chance les voisins sont partis à 8h le lendemain matin.
Pour le petit-déjeuner ils font remplir une feuille la veille avec ce que l'on souhaite. On a le choix entre trois types de petit déjeuner, j'ai choisi le bol de yaourt avec des fruits secs et une boisson chaude, en l'occurrence un café. En fait ils m'ont servi aussi un grand verre de chocolat au lait avec des glaçons. On a droit aussi à des toasts avec du vrai beurre et une assiette de fruits, c'est copieux, c'est un très bon petit déjeuner, inclus dans le prix de la nuit.
Bien rassasié je prends le kayak. Direction la direction du parc pour faire un petit pèlerinage. Le vent souffle fort, évidemment dans la direction de là où je vais, j'ai l'impression de faire du surplace du coup je redouble d'efforts mais ça avance guerre plus vite et je finis par m'épuiser. À peine arrivé à mi-chemin je réalise que j'en suis qu'à la moitié j'ai envie de faire demi-tour en me laissant pousser par le vent qui me ramènerait en quelques minutes alors que ça fait déjà une demie-heure que je suis là dedans. Mais ce serait trop bête, je touche du doigt la destination. Le camp est abrité du vent, ça fait une petite presqu'île de ce côté-ci, on est abrité. Je hisse mon kayak au-delà des petits liserons. Je ne sais pas ce qu'il a ce kayak on dirait qu'ils l'ont lesté avec du plomb, il doit être plein d'eau c'est pas possible!
Je vais voir le bureau du parc par curiosité. Dès que je rentre il y a la jeune joviale qui me reconnaît instantanément, heureuse que je sois de retour. Mais elle prend un air peiné en désignant le placard à bagages. C'est là qu'ils gardaient mon matériel de camping, je lui dis c'est pas grave je suis au courant. Puisqu'elle est là j'ai une idée. En février j'avais 2 semaines de battement à l'issue des deux mois en Thaïlande et avant de partir à Bali. Je comptais les passer à Langkawi. Mais un peu désabusé les premiers jours où j'y étais j'ai décidé d'annuler mes réservations. Chose que je regrette un peu maintenant car j'aurais bien passé plus de temps au Frangipani! Enfin, c'est fait...
Du coup j'ai envie de retourner à Koh Tarutao où je ne suis pas allé depuis pas mal de temps, un peu lassé des macaques et des sandflies. Dautant plus que Esther et Akki y sont et qu'ils aimeraient bien me voir! Ces derniers temps Koh Adang avaient ma faveue et là de me retrouver que pour la journée je me dis que c'est dommage, j'ai envie de revenir. Bref je suis partagé entre les deux. C'est alors que je demande si je peux réserver 5 nuits pour février le bungalow 11, mon préféré. Elle prend son téléphone : pas de problème, c'est réservé, je n'ai pas à payer je paierai quand je reviendrai. Alors ça c'est rapide et efficace, rien à voir avec les réservations par Internet! Du coup je lui demande de me réserver 5 autres nuits à Tarutao, juste avant. Le Rukthalae 4/4. Je n'y suis jamais resté mais j'avais noté que c'était celui qui avait l'air le mieux. Tout pareil. En une minute c'est réglé. Trop bien!
C'est quand même bien le camp du parc. Les arbres sont vraiment majestueux, je retrouve l'espèce de jasmin dont les fleurs m'enivrent. Je fais le tour du propriétaire puis je me dirige vers la plage en allant tout au fond là où je campais. Le coin a bien changé, je pourrais toujours y camper mais la végétation a beaucoup poussé, il y a des lianes partout. Par contre c'est beaucoup plus isolé et abrité du vent. Et comme c'est presque la jungle on voit que personne ne vient là. Avant je redoutais que "mon" coin soit squatté par un campeur avant que j'arrive. Le covid a eu un bon côté : la nature a repris ses droits. Si un jour je reviens camper par là il faudra que je débroussaille un peu.
La plage est laissée à l'abandon, les coins où les touristes se mettaient parfois pour être à l'ombre n'existent plus, c'est désormais plein de végétation. Déjà qu'il n'y a personne sur le camp on ne risque pas d'être dérangé par là. J'ai même pu prendre un bain tout nu!
J'aime bien me promener dans le camp, retourner sur mes pas. 4 ans se sont passés mais j'ai l'impression que c'était il y a un mois. Le bloc sanitaire du fond est condamné. C'est bête c'était le plus agréable, là où j'allais me doucher. Je croise beaucoup plus de macaques que d'habitude, sans doute parce que le site est moins fréquenté. Je les surprends à fourrager dans des trous de crabe.
Au restaurant je prends le poulet basilic et riz. Une valeur sûre, mon plat préféré avec le poulet aux noix de cajou. Il y a comme une routine qui se réenclenche, comme si j'allais rester là 2 mois. Je trouve ça bête de partir dès demain. L'équipe du restaurant est toujours la même. Elles n'ont pas l'air de me reconnaître, de toute façon elle n'ont jamais été aimables, à part la Joconde, celle qui a toujours un sourire en coin.
Après le déjeuner je retourne à l'endroit où je me mettais. C'est marée basse, le vent s'est calmé, il fait très beau, c'est les conditions optimales pour un peu de snorkeling. Ça tombe bien j'ai amené mon masque et tuba dans le kayak. Et c'est l'endroit le mieux pour aller explorer les poissons et les coraux. Ça cogne sec alors j'enfile un t-shirt de plongée à manches longues et casquette sur la tête. Gopro au poignet je m'élance et place au spectacle! C'est une vraie féerie de couleurs et de formes. Un jardin sous marin. Je traque les poissons, ils virevoltent comme des papillons, heureux. Et moi aussi.
J'ai trouvé un nouveau coin à l'ombre vue mer, le spot parfait. Je le retiens pour la prochaine fois. C'est avec un pincement au cœur que je dois m'extirper de ce jardin d'eden. Mais j'ai envie de profiter aussi de la piscine. J'ai un peu l'impression de tout faire au pas de course, à peine arrivé et accoutumé que je dois déjà aller ailleurs. C'est bien d'explorer plusieurs coins mais c'est pas de tout repos et c'est à chaque fois un crève-cœur quand on part. En plus la journée de changement est un peu une journée perdue entre les transports et après le fait de devoir se réacclimater. En arrivant à Koh Lipe, Langkawi me manquait, maintenant c'est Koh Adang qui commence à me manquer à l'idée que je pars demain...









































