Pages

Translate

mercredi 24 décembre 2014

Noël à Playa Prieta

Pour un 24 décembre, cela ne ressemble en rien au Noël pourri que j'avais passé en Nouvelle Calédonie. Si j'avais su j'aurais fait plutôt une halte au Costa Rica. Par contre il fait très chaud. C'est étonnant car ça fluctue. Il y des jours de chaleur tropicale normale et d'autres où ça s'emballe en cherchant à battre des records. Ces jours là, l'humidité est à son maximum. Ce matin je me suis réveillé avec tous les vêtements humides et les affaires poisseuses. En fait il fait si chaud que la mer s’évapore instantanément sans attendre de lécher le sable. Ce sont des vraies nappes de fumée qui s'élèvent le long du rivage en gagnant des hauteurs qui nous dépassent. 
Cela apporte un peu de gaieté aux plantes assoiffées qui n'en peuvent plus d'attendre une pluie qui ne vient jamais. Les feuilles sont perlées de fines gouttes d'eau. Je suppose qu'elles sont en mesure d’absorber ça. Par contre ça dégueulasse tout. Des gouttes pleines de poussières mélangées aux sucs collants des plantes couvrent la voiture et le pare brise comme si on oiseau avait chié dessus toute la nuit. Avec une voiture toute propre ça ne pouvait pas durer bien longtemps. J'ai beau faire attention il y a à nouveau du sable sur les sièges et le sol. Faut bien vivre !
Depuis quelques jours des familles squattent l'arrière de la plage de Prieta, juste devant les villas, en prenant toute la place. 
C'est un groupe avec 4 gros pick-ups qui a monté des tentes façon chapiteau de cirque. Il y a une cuisine en plein air sous une tente où tiendrait debout un éléphant, toute en moustiquaire. A coté il y a le salon avec plein de tables en étoile sous une bâche qui fait toit et une autre par terre pour faire le sol. Autour ils ont planté leurs tentes et même mis derrière dans les fourrés une cabine pour faire leurs besoins. Avec un tel attirail, ils sont sans doute là pour plusieurs jours sous le prétexte de fêter Noël. Au moins je préfère ça à la construction d'un hôtel. Une fois le séjour terminé, il ne reste plus rien et la nature reprend ses droits. 
Des îlots que l'on peut contempler de la plage
Voilà comment les gens devraient voyager. En parlant de choses qui fâchent, je me suis renseigné hier auprès des locaux face à mon inquiétude de voir se transformer Playa Dantita. Et devinez quoi ? Ils vont bien construire un hôtel et une fois terminé, ils passeront à la construction de maisons et villas tout autour, gagnant les hauteurs et la jungle. Playa Dantita vit donc ses derniers jours et ne le sait pas encore. Les bernards-l’hermite sont toujours là à crapahuter gaiement, les condors volent toujours au dessus de ce qu'ils pensent être leur chez eux et les petits oiseaux insouciants et perroquets continuent à chanter en se poursuivant. Ma peine est immense. Même si le processus risque de s'étaler sur plusieurs années, ce sera une période rythmée par les bulldozers et les marteaux-piqueurs. 
Il ne restera plus que Playa Prieta qui, par miracle, n'a qu'un seul côté développé, tout petit. Et pourquoi pas le reste de la plage ? En fait j'ai inspecté derrière pour voir. Le relief est trop accidenté. Comme il faut respecter une distance de 200 mètres par rapport à la mer, ça mène toute de suite sur les pentes. Je ne suis pour autant pas certain que cela suffise à sauver la plage. Je ne serais pas surpris que lorsque toute la baie sera devenue une petite île Moustique pleine de villas partout, ils ne se mettent pas à exploiter ce qui reste en rasant les collines. En attendant d'en arriver là ça laisse un peu de répit.


C’est étonnant qu'il n'y a ait pas plus de monde sur la plage de Prieta. Peut être est ce à cause d'un chemin d'accès chaotique pas évident à trouver, qui descend en longeant des maisons comme s'il menait à leur garage. En plus, de la route, il n'y a aucune panneau qui indique la plage, contrairement aux autres. Du coup ceux qui viennent sont soit les résidents des villas, soit les locaux. Et comme je disais, tout ce petit monde n'est pas très aventurier et reste agglutiné à l'entrée de la plage. Par mesure de sécurité, je suis allé de bon matin réserver mon petit coin de paradis en suspendant le hamac et en y laissant serviette et bouteille d'eau question de signifier que la place est prise. 
Et je m'en suis retourné à mes affaires, laissant ça comme ça à la vue de tous. Quand je suis revenu deux heures plus tard tout était là et seules mes empreintes avaient foulé le sable vierge. C'est une période de grandes marées. Dans la nuit la mer est montée plus haut que les autres jours et le coin de sable sec encore épargné où je m'installe était tout mouillé. Tant pis, il me restera toujours le hamac !
J'ai beau connaître la plage sous toute ses coutures, je découvre toujours de nouvelles choses. Aujourd'hui ma curiosité m'a poussé à inspecter la dent de la mer, ce rocher insolite avec son arbre posé dessus. A marée basse il y a un petit bassin qui reste au pied du rocher où les locaux aiment venir y barboter en s'agitant sur le dos les quatre fers en l'air comme un scarabée retourné qui chercherait à se redresser. 
La composition du rocher est très curieuse. C'est un mélange de différents minéraux avec des filons clairs qui forment un réseau de fils blancs qui ressemble à une vieille toile d'araignée dans un grenier. Quant à l'arbre, il a de grosses racines qui pénètrent dans les anfractuosités pour y chercher un peu de fraîcheur.
Au moment du déjeuner je suis retourné pique niquer à la voiture, garée pas très loin du groupe de campeurs, occupés eux aussi à cuisiner. Une femme est venue me voir avec une platée pleine de lasagnes pour me l'offrir. C'est touchant mais j'ai préféré décliné au prétexte que j'avais fini de manger, ce qui était plus ou moins vrai. Je ne sais pas si j'ai bien fait ou si je l'ai vexée. Je n'aime pas beaucoup avoir l'air de profiter des autres. Surtout quand je suis un simple étranger de passage dont ils pourraient penser que je suis en train de voler leur beau pays. Mais apparemment ils ont dû remarquer mon manège à dormir dans la voiture et en vivant librement et simplement, attirant sans doute leur sympathie.
La plage a disparu complètement dans l'après midi. La faute à la marée montante et à des vagues plus grosses que jamais. Je me suis même fait mouiller les fesses dans le hamac par une vague qui avait décidé de monter plus haut que les autres. Les vagues sont si monstrueuses qu'il m'a fallu attendre une accalmie une dizaine de minutes pour sortir de l'eau car j'étais rendu de l'autre côté de la ligne de déferlement pour éviter d'être brisé en deux. J'ai cru que je n'arriverais jamais à en ressortir. En fin de journée, j'ai voulu prendre un dernier bain au coucher du soleil. Impossible. C'était comme une vrai tsunami, des remous partout, plein de branches et troncs qui flottent et qui attendent qu'on y soit pour se faire assommer d'un coup de gourdin au détour d'une vague.
Ce soir je suis allé réveillonner à Las Brisas. A 18 heures ! Rien de spécial, pas de menu particulier. Pour améliorer l’ordinaire j'ai donc commandé une piña-colada, servie dans un verre de la taille d'une coupe de fruit. Ça a aussi fait mon dessert. Il y avait plein de morceaux d’ananas et de noix de coco et la mixture était si épaisse que la paille tenait debout toute seule. Il n'y avait pas grand monde au restaurant, les gens attendant sans doute pour dîner plus tard autour du fatidique minuit. D'ailleurs ceux qui étaient là n'ont pas tardé à se disperser et je me suis retrouvé tout seul dans le restaurant dès 19 heures, avec des serveurs pressés de fermer qui avaient enlevé toutes les nappes. J'ai quand même eu droit à un sapin de Noël. En plastique mais couvert de guirlandes, de boules et de lumières qui clignotent !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...