Pour un 24 décembre,
cela ne ressemble en rien au Noël pourri que j'avais passé en
Nouvelle Calédonie. Si j'avais su j'aurais fait plutôt une halte au
Costa Rica. Par contre il fait très chaud. C'est étonnant car ça
fluctue. Il y des jours de chaleur tropicale normale et d'autres où
ça s'emballe en cherchant à battre des records. Ces jours là,
l'humidité est à son maximum. Ce matin je me suis réveillé avec
tous les vêtements humides et les affaires poisseuses. En fait il
fait si chaud que la mer s’évapore instantanément sans attendre
de lécher le sable. Ce sont des vraies nappes de fumée qui
s'élèvent le long du rivage en gagnant des hauteurs qui nous
dépassent.
Cela apporte un peu de gaieté aux plantes assoiffées
qui n'en peuvent plus d'attendre une pluie qui ne vient jamais. Les
feuilles sont perlées de fines gouttes d'eau. Je suppose qu'elles
sont en mesure d’absorber ça. Par contre ça dégueulasse tout.
Des gouttes pleines de poussières mélangées aux sucs collants des
plantes couvrent la voiture et le pare brise comme si on oiseau avait
chié dessus toute la nuit. Avec une voiture toute propre ça ne
pouvait pas durer bien longtemps. J'ai beau faire attention il y a à
nouveau du sable sur les sièges et le sol. Faut bien vivre !
Depuis quelques jours des
familles squattent l'arrière de la plage de Prieta, juste devant les
villas, en prenant toute la place.
C'est un groupe avec 4 gros
pick-ups qui a monté des tentes façon chapiteau de cirque. Il y a
une cuisine en plein air sous une tente où tiendrait debout un
éléphant, toute en moustiquaire. A coté il y a le salon avec plein
de tables en étoile sous une bâche qui fait toit et une autre par
terre pour faire le sol. Autour ils ont planté leurs tentes et même
mis derrière dans les fourrés une cabine pour faire leurs besoins.
Avec un tel attirail, ils sont sans doute là pour plusieurs jours
sous le prétexte de fêter Noël. Au moins je préfère ça à la
construction d'un hôtel. Une fois le séjour terminé, il ne reste
plus rien et la nature reprend ses droits.
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| Des îlots que l'on peut contempler de la plage |
Voilà comment les gens
devraient voyager. En parlant de choses qui fâchent, je me suis
renseigné hier auprès des locaux face à mon inquiétude de voir se
transformer Playa Dantita. Et devinez quoi ? Ils vont bien
construire un hôtel et une fois terminé, ils passeront à la
construction de maisons et villas tout autour, gagnant les hauteurs
et la jungle. Playa Dantita vit donc ses derniers jours et ne le sait
pas encore. Les bernards-l’hermite sont toujours là à crapahuter
gaiement, les condors volent toujours au dessus de ce qu'ils pensent
être leur chez eux et les petits oiseaux insouciants et perroquets
continuent à chanter en se poursuivant. Ma peine est immense. Même
si le processus risque de s'étaler sur plusieurs années, ce sera
une période rythmée par les bulldozers et les marteaux-piqueurs.
Il
ne restera plus que Playa Prieta qui, par miracle, n'a qu'un seul
côté développé, tout petit. Et pourquoi pas le reste de la
plage ? En fait j'ai inspecté derrière pour voir. Le relief
est trop accidenté. Comme il faut respecter une distance de 200
mètres par rapport à la mer, ça mène toute de suite sur les
pentes. Je ne suis pour autant pas certain que cela suffise à sauver
la plage. Je ne serais pas surpris que lorsque toute la baie sera
devenue une petite île Moustique pleine de villas partout, ils ne se
mettent pas à exploiter ce qui reste en rasant les collines. En
attendant d'en arriver là ça laisse un peu de répit.
C’est étonnant qu'il
n'y a ait pas plus de monde sur la plage de Prieta. Peut être est ce
à cause d'un chemin d'accès chaotique pas évident à trouver, qui
descend en longeant des maisons comme s'il menait à leur garage. En
plus, de la route, il n'y a aucune panneau qui indique la plage,
contrairement aux autres. Du coup ceux qui viennent sont soit les
résidents des villas, soit les locaux. Et comme je disais, tout ce
petit monde n'est pas très aventurier et reste agglutiné à
l'entrée de la plage. Par mesure de sécurité, je suis allé de bon
matin réserver mon petit coin de paradis en suspendant le hamac et
en y laissant serviette et bouteille d'eau question de signifier que
la place est prise.
Et je m'en suis retourné à mes affaires,
laissant ça comme ça à la vue de tous. Quand je suis revenu deux
heures plus tard tout était là et seules mes empreintes avaient
foulé le sable vierge. C'est une période de grandes marées. Dans
la nuit la mer est montée plus haut que les autres jours et le coin
de sable sec encore épargné où je m'installe était tout mouillé.
Tant pis, il me restera toujours le hamac !
J'ai beau connaître la
plage sous toute ses coutures, je découvre toujours de nouvelles
choses. Aujourd'hui ma curiosité m'a poussé à inspecter la dent de
la mer, ce rocher insolite avec son arbre posé dessus. A marée
basse il y a un petit bassin qui reste au pied du rocher où les
locaux aiment venir y barboter en s'agitant sur le dos les quatre
fers en l'air comme un scarabée retourné qui chercherait à se
redresser.
La composition du rocher est très curieuse. C'est un
mélange de différents minéraux avec des filons clairs qui forment
un réseau de fils blancs qui ressemble à une vieille toile
d'araignée dans un grenier. Quant à l'arbre, il a de grosses
racines qui pénètrent dans les anfractuosités pour y chercher un
peu de fraîcheur.
Au moment du déjeuner je
suis retourné pique niquer à la voiture, garée pas très loin du
groupe de campeurs, occupés eux aussi à cuisiner. Une femme est
venue me voir avec une platée pleine de lasagnes pour me l'offrir.
C'est touchant mais j'ai préféré décliné au prétexte que
j'avais fini de manger, ce qui était plus ou moins vrai. Je ne sais
pas si j'ai bien fait ou si je l'ai vexée. Je n'aime pas beaucoup
avoir l'air de profiter des autres. Surtout quand je suis un simple
étranger de passage dont ils pourraient penser que je suis en train
de voler leur beau pays. Mais apparemment ils ont dû remarquer mon
manège à dormir dans la voiture et en vivant librement et
simplement, attirant sans doute leur sympathie.
La plage a disparu
complètement dans l'après midi. La faute à la marée montante et à
des vagues plus grosses que jamais. Je me suis même fait mouiller
les fesses dans le hamac par une vague qui avait décidé de monter
plus haut que les autres. Les vagues sont si monstrueuses qu'il m'a
fallu attendre une accalmie une dizaine de minutes pour sortir de
l'eau car j'étais rendu de l'autre côté de la ligne de déferlement
pour éviter d'être brisé en deux. J'ai cru que je n'arriverais
jamais à en ressortir. En fin de journée, j'ai voulu prendre un
dernier bain au coucher du soleil. Impossible. C'était comme une
vrai tsunami, des remous partout, plein de branches et troncs qui
flottent et qui attendent qu'on y soit pour se faire assommer d'un
coup de gourdin au détour d'une vague.
Ce soir je suis allé
réveillonner à Las Brisas. A 18 heures ! Rien de spécial, pas
de menu particulier. Pour améliorer l’ordinaire j'ai donc commandé
une piña-colada, servie dans un verre de la taille d'une coupe de
fruit. Ça a aussi fait mon dessert. Il y avait plein de morceaux
d’ananas et de noix de coco et la mixture était si épaisse que la
paille tenait debout toute seule. Il n'y avait pas grand monde au
restaurant, les gens attendant sans doute pour dîner plus tard
autour du fatidique minuit. D'ailleurs ceux qui étaient là n'ont
pas tardé à se disperser et je me suis retrouvé tout seul dans le
restaurant dès 19 heures, avec des serveurs pressés de fermer qui
avaient enlevé toutes les nappes. J'ai quand même eu droit à un
sapin de Noël. En plastique mais couvert de guirlandes, de boules et
de lumières qui clignotent !











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