Pages

Translate

Affichage des articles dont le libellé est Maroc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Maroc. Afficher tous les articles

mercredi 24 septembre 2014

Épilogue marocain

La dernière journée au gîte Coco Canel à Marakech me rappelle l'Inde quand après la première fois je restais bien tranquille dans mon resort à partager mon temps entre la piscine, la chaise longue et le restaurant de la piscine. C'est ma formule de retranchement. Quand j'en suis réduit à ce stade, c'est que je n'attends rien de ce qu'il peut y avoir à l’extérieur, préférant rester reclus qu'emmerdé. Le gîte pour cela est très bien, pile ce que je cherchais. C'est un riad dans un grand jardin planté d'oliviers, de bananiers, de plamiers et de bougainvillées avec un bâtiment central qui dispose d'une cour intérieure et d'un salon de lecture avec sur le toit une terrasse où ils étendent le linge de maison. 
Il y a un petit chaton roux avec une queue touffue comme un écureuil et du poil qui dépasse des oreilles, qui passe son temps à se frotter à moi en ronronnant de bonheur. Les chambres sont derrière, toutes en rez de jardin. Elles disposent d'un lit king-size et d'une belle salle de bain en tadelakt avec les ouvertures de porte à la marocaine, en forme d'ogives. Le gîte est détenu par un breton qui a repris l'affaire il y a trois semaines seulement. C'est un amoureux du Maroc qui vient là depuis 1993 et qui a un jour décidé de changer de vie et de bazarder la société qu'il détenait en France. On a longuement discuté autour du dîner. Devant son enthousiasme et sa passion du Maroc, que puis-je dire ?
Il se range du côté de tous ceux qui disent que le Maroc c'est très sympa, que les gens sont gentils et que les rapports humains sont sains et authentiques. J'ai essayé de glisser un bémol avec mon expérience où les contacts à mon égard étaient tous intéressés. Hier encore alors que je sortais de la vallée d'Imlil pour rejoindre Asni, alors que je m'étais arrêté pour prendre une jolie photo de la vallée, un type est venu me voir, commentant le paysage en me demandant si j'avais vu tel ou tel endroit. Comme l'échange était désintéressé et qu'il souhaitait que je le conduise à Asni, j'acceptai de bon cœur. Seulement, arrivé en ville, il ouvrit un sac plein de colliers et il ne voulait plus descendre de la voiture. 
Je ne voulais pas le pousser dehors, j'ai eu toutes les peines du monde à m'en débarrasser. Les non ne les effraient pas, ils rebondissent sur autre chose, sur une invitation à venir boire le thé chez eux pour faire connaissance avec la famille. Je voyais tout de suite le piège se refermer sur moi, avec un frère ou un cousin qui a une fabrique de tapis. Du coup j'ai passé mon temps à être fermé comme une huître. Peut être que le gars du gîte est à l'abri des sollicitations car il vit ici et en plus avec une marocaine. Il a plein d'anecdotes pour illustrer ses propos, comme un jour où ils étaient partis pique-niquer dans la vallée de l'Ourika pour échapper à la fournaise de Marrakech. Il avait demandé la permission à un agriculteur pour se mettre sous un olivier dans un champs. 
Le paysan est revenu avec une nappe, un thé vert et s'est proposé de leur apporter à manger, tout cela sans rien demander en retour. C'est ce genre d'aventures qu'on lit dans les guides ou que des voyageurs racontent. C'est à se demander si je suis allé dans le même pays. Pourquoi mon expérience a-t-elle été aussi différente ? Mystère et boule de gomme. Pourtant le pays pourrait être en effet sympa si c'était l'Europe. Il y a de beaux paysages et les côtes aménagées différemment, nettoyées des détritus avec des villages qui se tiennent au lieu des traditionnels immondices pourraient donner un cadre où l'on se sente bien et en paix. Avec la possibilité de se balader tranquille où l'on veut sans être sollicité pour acheter tout et n'importe quoi, emmerdé par des individus louches au beau milieu de la nuit et où bakchichs et corruption sont un mode de fonctionnement. On peut toujours rêver ! Je vais donc laisser le Maroc à ceux qui l'aiment. Ça fera ça de gens en moins ailleurs. Pour ma part ce fut une expérience un peu décevante qui ne me poussera pas à revenir. D'ailleurs il me tarde mon prochain séjour aux États-Unis dans une semaine pour passer à autre chose. Au moins là bas je ne devrais pas être embêté...

mardi 23 septembre 2014

Autour du Djebel Toubkal

Hier en quittant la vallée de l'Ourika, j'ai bifurqué pour prendre une route qui monte à 2650 mètres d'altitude au niveau d'Oukaïmeden, village connu pour être l'unique station de ski du Maroc. En revanche, les nuages qui commençaient à s'accumuler au bas de la vallée étaient de plus en plus nombreux en altitude, de sorte que je me suis retrouvé dans une purée de pois. Dans ces conditions, autant remettre l'excursion au lendemain. Je me suis donc mis en quête d'un endroit où planter la tente. J'ai rapidement écarté cette solution en raison du froid qui sévit à 2000 mètres, de l'humidité ambiante qui s'est vite transformée en petite pluie et de la présence de hameaux un peu partout d'où des aboiements divers et variés s'élevaient, traversant des vallées. 
J'ai trouvé un petit chemin qui partait en s’enfonçant dans une forêt de pins qui sentait bon la résine, en direction d'un col. Je me suis garé à ce niveau, pour passer la nuit dans la voiture. Comme le siège passager ne se rabat pas complètement, j'ai trouvé l'astuce. Je bourre le creux entre l'assise et le dossier par des vêtements, mets le tapis de sol par dessus et gare la voiture dans le sens de la pente de manière à avoir l'avant surélevé, ce qui a pour effet de mettre le siège à l'horizontal. De cette façon je n'y dors pas trop mal. Sauf cette fois ci. À 22h30, alors qu'il faisait nuit depuis presque 3 heures et que je dormais comme un loir, un gros 4x4 s'est radiné, ralentissant à mon niveau pour se garer en braquant ses phares sur la voiture afin d'éclairer tout l'intérieur. 
J'ai regardé si je voyais un logo de police sur la carrosserie, il n'y avait rien d'écrit. Pendant ce temps ça palabrait à l'intérieur, avant que quelqu'un ne descende pour venir voir de plus près. Que faire ? J'étais prêt à bondir hors de mon sac de couchage pour passer côté conducteur mais la jeep derrière me bouchait la manœuvre. Pas de panique. Je me suis redressé, ai levé la main pour saluer en souriant. Le type en a fait de même avant de remonter dans sa jeep. En attendant ça fait flipper. Pour le reste de la nuit, je n'ai plus compté le nombre de mobylettes et de voitures qui sont passées par là quelque soit l'heure en me réveillant à chaque passage. 
La montagne où l'on skie
Pourtant j'étais parti explorer la piste plus loin et elle n'en finissait plus, se dirigeant vers les montagnes sans aucun village alentour. C'était une belle piste forestière. Sauf qu'au Maroc, on peut se croire perdu dans la nature mais on ne l'est jamais. Je ne sais pas comment ils font pour être partout. Ils se multiplient la nuit venue ou quoi ?
Ce matin le soleil brille et découvre un paysage inédit. Le coin où j'ai passé la nuit est très beau, au pied de montagnes de couleur rouille qui contraste avec le vert des pins et des chênes verts. Je me suis mis en route aussi sec, le temps en montagne étant souvent beau le matin pour finir très couvert l'après midi. 
Je connais ces phénomènes météorologiques, ils ont lieu dans toutes les montagnes du monde. En plus la lumière du matin offre de beaux contrastes entres versants illuminés et d'autres restés dans l'obscurité au milieu de nappes de brume mystérieuse où les rayons de lumière filtrent à travers. La route pour Oukaïmeden n'en finit plus de grimper, entre gorges et canyons. C'est très beau, sans doute le plus beau paysage que j'ai vu pour l'instant au Maroc. On traverse de petits villages très montagnards où les villageois tirent des ânes ou suivent un troupeau de brebis, appuyés sur une grande canne. Il y a aussi des petits champs minuscules, étagés en terrasse.
Ça a l'air plus sympa par là. Les gens me saluent sur mon passage, les enfants crient et bondissent vers la voiture. Les femmes sont habillées comme des gitanes, avec des vêtement très colorés, des genres de manteaux de laine. Elles ont laissé tomber le voile pour porter comme un foulard noué sur la tête. Les gamines me font rire. Elles ont des coiffures improbables, toutes pareilles. Elles portent une tresse derrière pendant que devant leurs cheveux drus et frisés partent dans toutes les directions comme si un pétard avait explosé en plein milieu.
Je pensais que d'Oukaïmeden je verrais le Djebel Toubkal qui semble le dominer sur la carte. 
Mais ce n'est pas le cas. Il n'y a aucun sommet enneigé à la ronde. La station de ski semble comme abandonnée hors saison. Il y a de grands hôtels clubs délabrés et quelques restaurants, dont le Courchevel. On y trouve aussi des boutiques de location de matériel de ski et de surf. Depuis la station il y a des tire-culs qui mènent à de petits sommets mais aussi un télésiège qui monte jusqu'à 3243 mètres, en faisant le plus haut d'Afrique ! C'est une petite station de 7 pistes qui sont transformées l'été en zones de pâturages pour les brebis. Sur les côtés il y a un nombre incalculable de cabanes de terre cuite qui ressemblent de loin à des tanières. 
Par contre, là comme ailleurs, impossible de poser un pied à terre. Pour les photos vous êtes priés de faire vite et depuis la voiture. Malgré ces précautions d'usage, il y a toujours une mobylette qui arrive sans l'avoir vue venir avec une cargaison de babioles à refourguer. C'est la génération spontanée. A croire qu'ils sont postés partout avec des jumelles. Impossible de passer inaperçu au Maroc, c'est bien ce que je reproche en premier à ce pays. Les incessantes sollicitations sont épuisantes. J'ai fini par acheter une améthyste à un type qui m'a eu avec « c'est pour ma famille, j'ai trois enfants, la vie est rude par ici, aide moi, ça te fera un beau souvenir aussi». 
La pierre qu'il m'a montrée est magnifique. Elle est toute noire et a la forme d'un œuf d'autruche. Elle a été coupée en deux et les deux parties s’emboîtent parfaitement sans laisser d’interstice. Quand on l'ouvre c'est incroyable. Il y a plein de cristaux d'un violet électrique qui tapissent l'intérieur de cette coquille d’œuf. C'est magique. Il voulait aussi me vendre une autre pierre, beige celle là avec des cristaux aux reflets rubis et or. Une pure merveille qu'il me faisait pour 5 euros de plus. Je ne vais pas ramener toutes les pierres d'Afrique, je me suis contenté de l'améthyste. L'histoire ne dit pas si elle est d'ici. Car je crois que ce sont des roches volcaniques. Quoique en dessous du Djebel Toubkal, il y a un autre sommet, le Djebel Siroua, ancien volcan qui culmine à 3304 mètres. Qui sait...
Imlil
En descendant d'Oukaïmeden, on rejoint les gorges de Moualy Brahim, juste avant le village d'Asni, bordélique, sale, encombré, aux routes défoncées, noir de monde avec des stands de tout et n'importe quoi posés par terre sur un drap. Un grand classique. Les gens circulent dans des estafettes de plombier remplies à craquer où les derniers passagers se tiennent debout accrochés aux portières, une jambe dehors. On y trouve quelques restaurants aux chaises en plastique fondues au soleil à la vue desquels mon estomac n'a fait qu'un tour. C'est ici qu'on rejoint Imlil, 17 kilomètres plus loin, après être entré dans une vallée fermée par les cimes enneigées du Djebel Toubkal. J'ai de la chance de voir le sommet avec la neige. 
C’est seulement depuis dimanche. Imlil est célèbre pour être le point de départ de randonnées dans le parc national du Toubkal et pour l'ascension au sommet du même nom, au cours d'un trek de 22 kilomètres effectué sur deux jours avec 3313 mètres de dénivelé et autant au retour. Un truc de fou dont je me suis abstenu. On peut aussi choisir un autre trek qui rejoint la vallée de l'Ourika en trois jours. Bref, il y a fort à faire dans le coin. La vallée s'ouvre par des vergers pleins de pommes puis s'achève par des noyers où tous les paysans du coin sont venus armés d'une longue tige pour remplir de grands sacs de jute. 
Dès qu'il y a quelques chose à voir, ça rameute les rabatteurs inéluctablement. Il y a même une voiture qui m'a doublé sans me doubler pour ouvrir sa vitre à mon niveau : « j'ai des chambres à Imlil, suis moi ». Tout le long de la route les panneaux de chambres à louer ne manquent pas. Il y a chez Hamid, vous savez le célèbre proctologue Hamid Mefes, confrère du non moins célèbre gynécologue Imraz Latouf rencontré sur les bancs de l'université de Casablanca...
Imlil est comme Setti Fatma et ses cascades hier. Viens que je te gare là et autres routes interdites. Dire que je comptais passer la nuit ici. 
D'une il n'y a aucun endroit où l'on puisse se garer discret et planter la tente loin de tout bruit et civilisation - j'en ai fait mon deuil depuis belle lurette - et de deux les gîtes sont des taudis. En plus d'Imlil on est trop près du Djebel Toubkal pour en apercevoir le sommet, caché derrière d'autres monts. Bref, aucun intérêt que ce village dont je me suis extrait au plus vite. Du coup que faire ? Je n'ai plus rien à voir dans le secteur et dormir dans la voiture pendant encore deux jours après l'expérience d'hier ne me dit rien qui vaille. Surtout qu'un ami m'a prévenu par SMS qu'un randonneur s'était fait enlever par des djihadistes dans les montagnes en Algérie et devait être exécuté demain. 
Du coup tout le monde m'envoie des messages et s'inquiète pour moi. J'ai donc décidé de regagner Marrakech. Je me suis arrêté en chemin pour réserver sur internet un truc à l'écart de la ville mais pas trop loin, avec piscine, où je puisse me détendre en paix avant de prendre l'avion jeudi. Je l'ai bien mérité, après toutes ces péripéties !



lundi 22 septembre 2014

Vallée de l'Ourika

Pour les trois derniers jours qui me restent, j'ai décidé de ne pas partir du Maroc fâché avec l'Atlas. Je vais donc retourner dedans, moins pressé que le premier jour, et surtout moins loin. Hier encore je ne savais pas quel coin choisir. J'avais initialement prévu une virée à l'est, avec les cascades d'Ouzoud et la vallée de l'Aït Bougoumez. Mais il y a un équivalent au sud de Marrakech, deux fois moins loin avec des sites à voir comme la vallée de l'Ourika, le parc national du Toubkal qui abrite le plus haut sommet de toute l'Afrique du nord avec ses 4167 mètres, les gorges de Moulay Brahim et d'autres routes pittoresques. Une recherche de photos sur internet m'a convaincu d'explorer le sud. En plus, comme c'est moins loin, je n'aurai pas le stress jeudi d'arriver à temps à l'aéroport pour rendre la voiture sur les coups de 10 heures.
Ce matin c'est la petite forme, je me suis levé avec des crampes abdominales. Un petit tour aux toilettes a confirmé ce que je pensais : la tourista ! Et une carabinée, tant qu'à faire. Il fallait bien qu'elle arrive, pourtant je faisais attention, ne m'octroyant que des truc bien cuits. L'avantage c'est que ça me purge !Je pense savoir où je me suis chopé ça. A un café restaurant de la place Djemaa el-Fna, juste avant le café de France. Pour atteindre la terrasse panoramique on traversait des couloirs et des escaliers lugubres qui donnaient l'impression de mener à l'arrière des cuisines. Arrivé sur la terrasse il n'y avait que 3 ou 4 personnes. Les toilettes n'étaient pas bien brillantes et la table où je me suis assis a été nettoyée d'un coup de manche. 
Le type, peu aimable, m'a refusé le menu sous prétexte que c'était dimanche, alors que rien ne l'indiquait sur la carte. Sans doute pour faire monter son chiffre d'affaires. J'avais commandé une tajine aux olives et citron et un thé vert. Rien qui à priori puisse me rendre malade. Mais le faible débit du restaurant doit être responsable du truc. Si ça se trouve c'est préparé à l'avance, gardé dans un frigo la porte ouverte et réchauffé à la dernière minute. On va dire que je l'ai bien cherché. Pas forcément, j'ai évité tous les snacks de rue et les banquets nocturnes de la place et leurs barbecues en plein air. Au final, il y avait peut être moins de risque vu le nombre de personnes qui s'assoient autour de ces grandes tables communes. 
La tourista ça ne m'est arrivé que deux fois dans ma vie, la première étant l'Inde. Ce qui achève de confirmer la ressemblance que je trouve entre les deux pays.
Du coup plus question de restaurants. Avant de quitter Marrakech, je suis passé au Carrefour. Ce sera crackers et fruits secs pour les trois derniers jours. Retour aux basiques. Seules deux caisses étaient ouvertes mais avec quatre caissières autour de chaque, regardant l'objet comme un truc indomptable. Il faut bien ça pour arriver à les faire fonctionner ! La vallée commence après Dar-Caïd Ouriki, un bled pouilleux comme tous les autres, gorgé de monde qui marche au milieu de la route et d’animaux qui traversent, le tout dans une odeur pestilentielle. 
L'entrée de la vallée est très verte, avec de nombreux amandiers et oliviers qui forment comme une forêt le long du lit de la rivière. En raison des pluies d'hier, le débit de la rivière est impressionnant et tumultueux. L'eau a une couleur boueuse et charrie tout ce qu'elle a pu trouver sur son chemin depuis les pentes du Jebel Toubkal, le fameux sommet de 4167 mètres de haut. Sur les hauteurs, des villages pittoresques en terre cuite avec leur mosquée au milieu semblent suspendus dans les airs. Puis la vallée se rétrécit, formant comme une gorge. De l'autre côté de la rive, il y a de nombreux restaurants auxquels on accède par des ponts suspendus branlants, en bambou, qui ne demandent qu'à se retourner dès qu'on pose le pied dessus. Il y a un monde fou qui visite la vallée. 
Beaucoup de navettes touristiques venues de Marrakech pour une sortie à la journée. Dans le souk, on ne compte plus le nombre d'agences de voyages spécialisées dans ces excursions. Du coup, ça ne roule pas, 30 à 40 km/h au mieux.
La vallée de l'Ourika s'achève par des cascades dont je n'aurai rien vu. En effet elles se trouvent dans le village de Setti Fatma et dès que l'on arrive là dedans des jeunes suivent en courant derrière la voiture comme des clebs, pour vous faire garer à leur parking privé. Les gens font barrage pour qu'on ne puisse pas continuer. Il est plus facile d'avancer dans un troupeau de brebis. C'est des grands signes de bras façon flics pour vous indiquer de vous garer là. 
Ils vous disent « Où vas tu, la route est finie », « Il n'y a plus rien », « non, non, pas par là, ici les cascades »... Sourd à leurs remarques, je continue à la limite d'en écraser plusieurs. On verra bien où elle s'arrête cette route, j'ai le droit de savoir. Ce que je cherche c’est surtout à quitter ce village maudit et à me rapprocher le plus possible du Jebel Toubkal dont on aperçoit la cime enneigée dès l'entrée du village. Les cascades, je m'en fiche. Je préfère m'en passer que d'avoir une meute à mes trousses pour m'y conduire. La route finit bien en cul de sac mais c'est plusieurs kilomètres après les cascades. 
Et c'est la partie la plus jolie de la vallée. Personne ne vient par là, les barrages des jeunes ayant bien fonctionné pour tout ceux qui arrivent aux cascades. Quelques personnes ont réussi à s'extraire du village, attirées par des vues merveilleuses sur la vallée et frustrées d'être garées si loin. Après la route un chemin continue en fait, au delà de noyers dont les villageois sont occupés à remplir de gros sacs. Il grimpe en lacets sur les pentes d'une montagne dénudée. Je l'ai emprunté un peu pour bénéficier d'une vue panoramique sur la vallée mais j'ai dû faire demi tour très vite, le chemin étant plein d'ornières et impraticable avec un véhicule normal.

dimanche 21 septembre 2014

Palais et jardins marrakchis

J'aime quand il n'y a pas de programme. Après m'être perdu la veille au nord de Djemaa el-Fna, place au sud. Le gérant qui me reconnaît et m'appelle de mon prénom m'a conseillé de visiter les palais. Je vais suivre son conseil. Ça me changera des souks d'hier. Après les trucs un peu miteux, place aux trucs princiers ! Il a dû pleuvoir des cordes dans la nuit car en montant sur la terrasse pour le petit déjeuner ce matin, les tables n'étaient pas dressées, la préposée au service étant à quatre pattes avec un seau en train d'éponger les flaques. C'est beau un toit terrasse mais dans ces contrées où la pluie ne doit pas tomber souvent, ils n'ont rien prévu pour l'évacuation. 
Ça fait donc piscine. Les banquettes épaisses ont été retirées et placées sur leur flanc pour les faire sécher. Les tentures sont comme une serpillière. C'est la cata. Du coup tout a l'air en chantier. Et il flotte un parfum de chien mouillé. La pluie a bien rafraîchi l'atmosphère et on a perdu au moins dix degrés dans la nuit. Il fait même limite frais. Après tout, pour se balader en ville, on ne pouvait tomber mieux. Et c'est une chance que ça arrive maintenant et pas quand je serai dans les montagnes de l'Atlas.
Le premier palais le plus proche est celui de la Bahia. Je l'ai trouvé du premier coup, sans tournicoter, plan en mains. Ça change d'hier ! 
Le palais a été commencé en 1860 par un vizir et a nécessité 14 ans de travaux. Puis il a été embelli à la fin des années 1800 par un autre vizir. La Bahia signifie « la splendide » car le palais est entièrement décoré du sol au plafond. Il couvre 8 hectares et « seules » 150 pièces sont ouvertes au public. C'est un vrai dédale où l'on pourrait se perdre si le sens de la visite n'était pas fléché. On passe de cours à des jardin fleuris, plantés de bananiers et ornés de fontaines. Mais pourquoi avoir fait autant de pièces ? La réponse est simple, le vizir avait 4 femmes et 24 concubines. Ça fait du monde à loger. Sans compter les gosses dont personne ne parle. 
Il avait aussi une favorite, placée dans l'aile la plus splendide, avec des paravents en soie, des vitraux, de délicates marqueteries et de plafonds peints de bouquets de rose. Je n'ose imaginer les scènes de ménage et de jalousie qui ont dû se dérouler là dedans. D'ailleurs, dès la mort du vizir le mobilier fut pillé par les veuves et ex-concubines qui dégagèrent en laissant un palais vide. Il est depuis resté en l'état et on passe de pièce en pièce sans savoir quel en était l'usage. Le palais attire beaucoup de visiteurs. Avec les groupes et leur guide, on a tôt fait de se rentrer dedans dans le coin d'une pièce. Pour les photos c'est mission impossible. 
Vous aurez toujours quelqu'un pour faire tâche et jurer dans ce décor. Si vous attendez comme moi qu'un groupe dégage, vous en aurez deux autres à la place en suivant. Il n'y a donc rien à en tirer et il faut faire avec ce qu'on a. Ce qui est un peu dommage et gâche le plaisir de la visite.
Pas très loin du palais de la Bahia se trouve le palais el-Badi auquel on accède en traversant la place des Ferblantiers où l'on essaiera de vous vendre tout un tas de choses inutiles. Les vendeurs de rue connaissent le circuit des touristes et vous attendent. A côté de sympathiques stands d'épices, vous trouverez des femmes avec plein de bracelets dans les bras qu'elles vous laisseront dans la main. « Celui là est gratuit, c'est gratuit, garde-le ». 
Malheur à vous si vous acceptez le « cadeau ». Cela voudrait dire que la vente est conclue. Car ce qu'elle oublie de vous dire c'est que le bracelet est gratuit... si vous lui en achetez deux autres ! C'est un peu le cadeau empoisonné. Pas dupe, dès qu'elle me le donnait, je lui rendais aussi sec mais elle n'en voulait pas « non non, gratuit, gratuit », jusqu'à ce qu'il tombe par terre près d'une bouche de caniveau. Tout de suite sa main fermée s'est rouverte pour le prendre et j'en ai profité pour tracer.
Le palais el-Badi, considéré comme l'un des must par mon guide, ne paye pas vraiment de mine vu de l'extérieur et le descriptif qui en est donné ne donne pas franchement envie. 
Djemaa el-Fna
Ce palais date du XVIe siècle et le sultan qui le fit construire vu les choses en grand, en le pavant d'or, de turquoise et de cristal. Son bouffon ironisa alors : « Cela fera une ruine splendide ». La suite de l'histoire lui donna raison car le palais fut pillé. Il ne reste désormais plus qu'une cour déserte et des remparts en pisé d'où l'on peut contempler Marrakech ainsi qu'une pièce où est exposée la chaire de la mosquée de la Koutoubia, le minbar, toute en bois de cèdre sculpté et incrusté de calligraphies en or et en argent. Sa photo trône à l'entrée et montre un bout d'escalier dans une pièce vide. Dans ces conditions j'ai préféré tourner les talons et garder mes sous pour la visite d'un jardin que je réserve pour cet après midi et qui vaut parait-il le détour. 
Ça tombe bien, la nature me manque dans ce Marrakech tout en souk. Et puis pour la vue de la ville depuis là haut, j'en ai une bien plus belle depuis les terrasses des restaurants de la place Djemaa el-Fna. Justement, alors que j'y retournais, un vieux m'a fait arrêter car il n'avait pas l'air méchant. Il avait l'air de plus vouloir parler que de vouloir me vendre quelque chose. « Bonjour, d’où es-tu ? Parle-moi je ne suis pas un cannibale ». Erreur ! Il cachait dans son dos un miroir qu'il me tendit pour que je m'y admire et veuille le suivre dans sa boutique où il en avait plein d'autres. « Regarde le bord, que vois-tu ? ». Michelin ! Eh oui ce qui ressemblait à un cadre en bois d'ébène sculpté n'est qu'un miroir sur lequel on a collé tout autour un vieux pneu dont la surface fait le relief. 
«Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme mon ami ! » Devant le peu d'enthousiasme que je manifestais, il m'a sorti une carte de dessous sa tunique pour me vanter les mérites d'un spa qui fait des gommages, à deux pas de là, vers là où je vais. « Viens je t'y emmène ». C'était mal barré. Je lui ai sorti un ingénieux « Je passe à mon hôtel là, plus tard peut être ». Et là, le bonhomme s'est évanoui comme par enchantement, happé par la foule du souk. Arrivé à l'hôtel, surprise ! Dans la salle de bain, le miroir qui pend au mur est lui aussi en véritable pneu. Mais celui ci n'a pas de marque. Ça fait plus stylé...
Dans la rue qui mène à la place, il y a toujours une faune digne d'une cour des miracles. Des femmes par terre avec des gosses dans les bras, sans dignité, qui passeraient pour des roms partout ailleurs. Des types vous hèlent : « Eh, t'as rien à troquer ? ». Si, mon appareil photo, mais je le garde précieusement. Il y aussi des étals de vendeurs à la sauvette, qui exposent leur marchandise à même la charrette, prêts à déguerpir. Il y en avait un qui vendait du raisin. C'est la saison, il y a plein de ces vendeurs aussi le long des routes. Mais ici il ne fait pas recette, les gens achètent des babouches, pas des raisins. Alors, en attendant, il les grignote, grain après grain, exposant des grappes dont il ne reste plus que le squelette. 
A ce rythme, il va bouffer toute sa marchandise ! Dans les kiosques à journaux ils ont plein de quotidiens arabes illisibles, sauf une spécialité écrite en français. C'est le Canard Libéré. Parodie du Canard Enchaîné, ou même quotidien décliné en version marocaine ? Après tout ici Auchan s'appelle bien Acima. Le journal qui reprend le même logo est plein de titres d'affaires auxquelles on ne comprend rien. J'hésite à l'acheter, plus pour le fun qu'autre chose.
Après le déjeuner, je suis parti vers le jardin Majorelle après avoir bien étudié le plan. Car pour s'y rendre il faut traverser toute la médina pour aller dans la ville nouvelle. Pas question donc de se perdre. 
J'ai repéré les artères principales, des avenues larges d'une seule charrette. Il y en a une qui se prend de la place, traversant un souk couvert sous des canisses et rempli de stands de lampes d'Aladin, de tapis, draperies et autres T-shirts. Sans compter les fameux plats de tajine en terre cuite, peints et vernis de toutes les couleurs qu'on veut. Je ne me suis pas perdu, tout juste égaré autour de la place ben Youssef où je devais bifurquer subtilement. Mais j'ai su me remettre en selle rapidement. Il y a progrès.
Le jardin Majorelle est un petit havre de paix dans cette ville surpeuplée de 1,6 millions d'habitants. Il n'est pas bien grand et ressemble plus à un jardin japonais. 
Mais il a le mérite d'exister car on ne peut pas dire que les maisons au Maroc brillent par leurs fleurs. Les habitants leur préfère les immondices. Ce jardin est l’œuvre de Jacques Majorelle, un peintre français né en 1886 qui vint à Marrakech en 1919 où il acheta un bout de terrain en 1924 pour le transformer en jardin qu'il ouvra au public en 1947. Il y collectionna des plantes du monde entier. On y trouve des bougainvillées, des cactus, des bambous, des fontaines, des petits bassins remplis de nénuphars et de poissons rouges. Le jardin fut ensuite racheté par Yves Saint-Laurent en 1980 où ses cendres ont été dispersées en 2008. 
Il y a un lieu de recueillement, derrière des bambous, avec un mémorial, une sorte de colonne et des bancs tout autour où des gens s’essuient les yeux derrière leurs lunettes. Ce que j'ai préféré dans le parc ce sont les cactus, tous superbes, que les gens commentent en s'émerveillant : « J'ai les mêmes à la maison mais ils sont moins beaux. Ici ils sont d'une beauté et d'une vigueur incroyables. Faut dire que le climat leur va mieux que celui de Normandie ».
Hier soir j'étais sorti dîner sans mon appareil photo pour ne pas tenter le diable. Chose que j'ai bien regretté. Car la place Djemaa el-Fna est plus intéressante la nuit que le jour, avec tous ses stands de restauration en plein air. 
Il s'élève dans les airs de larges colonnes de fumée des grills de brochettes et merguez qui envahissent toute la place en la plongeant dans une brume mystérieuse avec les tours des minarets éclairées tout autour et les innombrables appels à la prière scandés par les muezzins. Ça fait une ambiance des mille et une nuits. Et depuis la terrasse du toit des restaurants, c'est encore mieux. On surplombe tout et on peut jouer au paparazzi à cœur joie. Dans ces conditions, je n'ai pas trop fait attention à ce qui était dans l'assiette, bien calé contre la rambarde où j'avais posé mon appareil photo, plus occupé à regarder à travers le viseur.

samedi 20 septembre 2014

Perdu dans Marrakech

Djemaa el-Fna
Sur la route de Marrakech, j'ai retrouvé le trafic que j'aime bien, avec ses taxis et camions au diesel nauséabond. Heureusement la route est à deux voies, ce qui permet de doubler tout ça. Par contre la traversée des bleds reste toujours anarchique. Il y a des flics embusqués à l'entrée ou à la sortie de chacun, avec des jumelles pour contrôler la vitesse, sans compter les barrages mobiles. Ils feraient mieux de verbaliser les mobylettes qui slaloment, les camions qui reculent, les passants qui se jettent sous les roues, les voitures qui s'arrêtent en plein milieu de la voie pour décharger un truc ou dialoguer avec quelqu'un. Les ânes, eux, ça se verbalise pas. Conduire au Maroc est d'un stress absolu. On se fait arrêter en se demandant toujours si l'on n'a pas oublié quelque chose, un clignotant ou un panneau que l'on n'aurait pas vu. 
N'ayant rien à me reprocher je me suis fait mettre sur le bas côté plusieurs fois : et d'où venez vous, où allez vous, c'est votre première fois au Maroc, bienvenue... Bilan : je suis arrivé à Marrakech noué et il a fallu que je me précipite aux toilettes pour me soulager tout ça !

Se repérer en voiture dans Marrakech est un jeu d'enfant. Un jeu de massacre. Rien n'est indiqué à part « Préfecture de Police » ou autres trucs dont on n'a rien à faire. Rien sur le centre ville ou la place Djemma el-Fna, cœur de la médina où tous les touristes se rendent. Pour le nom des rues, c'est toujours pareil, pas de panneau non plus. Heureusement j'ai un plan de la ville et c'est en passant sur un boulevard que j'ai pu me repérer, en raison de sa particularité : à un endroit les deux voies se séparent pour former une espèce de nœud. J'étais pile au bon endroit. 
Cela m'a mené au niveau de la mosquée de la Koutoubia derrière laquelle j'ai trouvé un parking privé où j'ai pu laisser la voiture pour les deux jours où je vais rester à Marrakech. Il y a peu d'endroits où se garer et le centre est interdit à la circulation, aussi j'ai eu de la chance de trouver ça de suite, à deux pas de la place. 
L'hôtel où je loge est un riad impossible à trouver. Il se trouve derrière la place, dans une des innombrables ruelles qui se coupent, se recoupent et finissent en cul de sac. J'ai bien le nom de la rue mais il ne m'est d'aucune aide, il n'y a pas de plaque avec le nom des rues. J'ai fini par trouver par miracle le petit riad. 
Mais le réceptionniste quant à lui n'a pas retrouvé ma réservation. Pas étonnant, j'étais au mauvais endroit. Ben quoi, riad Taghazout ou Tamazouste, c'est pareil non ? Il m'a fait un plan sommaire sur un bout de papier. « C'est juste derrière, il suffit de contourner ! ». Facile à dire mais on contourne comment ? Ça va à gauche, puis à droite puis ça repart à la perpendiculaire, pour retourner dans l'autre sens où ça coupe deux rues qui se ressemblent. On en essaye une. Impasse. Puis une autre. Impasse. Pendant ce temps il faut scruter toutes les enseignes accrochées aux façades. Et il y en a légion. Ce ne sont pas les hôtels et les riads qui manquent. En plus il faut marcher d'un pas décidé et ne surtout pas avoir le nez en l'air. Sinon il y a quelqu'un qui vous hèle pour vous demander où vous allez, ou bien pour venir faire un tour dans son riad. 
Quand ce n'est pas pour proposer du haschich à tout va. Je décline toutes les invitations, secoue la tête, tend une main en signe de refus, rien n'y fait, ils sont autours de moi, ne me lâchent pas, comme une nuée de mouches. C'est donc avec mon essaim que j'ai fini par arriver au riad, au fond d'une impasse où les deux bâtiments sont si proches qu'ils peuvent se passer la couscoussière sans descendre. C'est très tranquille, l'enseigne toute noire ne paye pas de mine et il faut sonner à la porte pour qu'on vienne nous ouvrir après avoir jeté un œil par dessus la terrasse sur le toit. Les riads sont une spécialité de Marrakech. Ce sont des demeures de brique rouge sur plusieurs niveaux, aménagées autour d'une petite cour où s'ouvrent toutes les fenêtres et qui possèdent une terrasse qui fait jardin sur le toit où l'on prend ses repas ou un bain de soleil. 
Beaucoup se sont transformés en hôtels ou ont été achetés par des français qui en raffolent comme pied à terre ou pour en faire des chambres d'hôtes. J'ai une chambre au rez de chaussée, juste à côté du vestibule et de la sonnette...

Sitôt déposé mes affaires je suis allé explorer la place. C'est plein de touristes, surtout des anglo-saxons. Il y a de nombreux vols low-cost depuis l’Angleterre, ce qui explique cela. C’est aussi un repère de jeunes routards en sacs à dos venus en tribu. La place est pleine de stands ambulants, qui portent tous un numéro. Il y a les vendeurs de jus d'orange, les charmeurs de serpents, des saltimbanques, des calèches, des ânes qui font les livraisons. C'est un vrai bordel plein d’effervescence. 
Un côté de la place se prolonge par une promenade qui mène à la mosquée de Koutoubia. Sinon il y a plusieurs minarets tout autour de la place avec leur muezzin que vous ne manquerez pas d'entendre. On trouve aussi de nombreux cafés restaurants bon marché pour touristes qui offrent l'avantage d'une vue imprenable sur la place, notamment ceux sur plusieurs niveaux qui possèdent des terrasses sur le toit. C'est là que j'ai pris un menu tajine végétarien. Après quoi je suis allé me perdre dans les souks des ruelles alentour. Je pensais que le mot se perdre tel que décrit dans mon guide était une formule, au sens de se laisser prendre par l'ambiance. Mais non, on s'y perd vraiment. 
Un des nombreux passages du labyrinthe. Le gamin dealait...
Pour bien faire il faudrait aller dans une direction bien précise et faire ensuite demi tour. Pas comme moi qui suis parti dans un sens, ai pris une ruelle prometteuse avec ses façades de couleur rouge qui se termine le plus souvent en impasse. Mais pas tout de suite. Alors on essaye, on se casse le nez, on essaye une autre rue pour sortir de là et on se recasse le nez. Le plus souvent ce sont des gamins qui vous disent « pas par là, il n'y a pas de sortie ». Pourtant j'ai un bon sens de l'orientation. Mais là même un pigeon voyageur n'y retrouverait pas son chemin. Je ne sais pas comment ils ont conçu la ville et comment font les gens pour rentrer chez eux. Tout cela est fort charmant mais au bout d'un moment c'est fatiguant d'être sollicité tout le temps pour du hachisch, par des « pas par là », « la place par ici » (indications contradictoires évidemment), « que fais tu là ? », « que cherches-tu ? », « viens voir par ici », « y a rien par là », « c'est que pour les marocains »... 
Qu'on me laisse tranquille ! Si j'ai envie de visiter comme il me chante, en quittant les étals de souk à touristes, Inch Allah. On parle de l'hospitalité des marocains, encore mainte fois décrite dans mon guide, même à Marrakech. Moi tout ce que je vois c'est qu'ils vous considèrent comme un portefeuille sur patte qu'il faut délester au plus vite par la combine la plus facile. Même les gosses s'y mettent. C'est aussi eux qui dealent le plus souvent. Moyenne d'âge : 10 ans. J'ai fini par me laisser guider par l'un d’eux. Mon plan n'est pas assez précis et dès que j'ai le malheur de le sortir ils se jettent tous sur moi pour m’emmener quelque part. A force de ne plus oser sortir le plan, je suis perdu pour de bon. 
Il n'y a plus un seul touriste depuis un bon moment et les ruelles ont été remplacées par des rues étroites où je me fais klaxonner par des mobylettes qui me renversent à moitié. C'est ainsi que je suis arrivé devant un hôpital, endroit parfait pour se situer, sauf qu'il n'est pas sur le plan. Sans doute que je suis allé trop loin. Comme aujourd'hui il fait gris, il est impossible de s’orienter avec le soleil. Je suis complètement désorienté, ne sachant plus quelle direction prendre. Sans le gamin je n'y serais jamais arrivé. Pourtant je n'en voulais pas, je l'ai chassé à plusieurs reprises, lui disant que je savais où j'allais. Jusqu'à ce qu'il me voit butter sur un cul de sac ! Je l'ai alors suivi. 
Un coup à droite, un coup à gauche, puis deux coups à droite et un tout droit. Il trace, j'ai même du mal à le suivre. Bizarrement pour un chemin censé me ramener vers la place, il y a de moins en moins de monde. D'ici qu'il m'attire dans un coupe gorge... Main non, il m'a laissé là, tendant sa main pour que j'y glisse un billet qu'il voulait toujours plus gros. « Tu tournes à droite, après c'est tout droit ». Sauf que rien n'est droit là dedans. Il y a des fourches, des tournants, et je me suis encore paumé. Surtout qu'un type ne voulait pas que j'aille vers là où j'allais prétextant qu'il n'y avait plus rien. Le con m'a fait aller dans l'autre sens où je suis sorti de la médina au niveau de la station des bus. Au moins j'ai pu me repérer sur le plan. J'étais à l'opposé de la place. Pour revenir, j'ai longé les remparts. Plus facile. Et je suis rentré à l'hôtel sur les coups de 17 heures, épuisé !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...