Je n'ai pas raconté mais
à Playa Prieta je dors non seulement au bruit des vagues mais en
plus aux sons des geckos qui ont l'air de se faire des bisous. Et le
matin j'ai droit à un concert de singes hurleurs qui célèbrent à
leur manière le retour du soleil. Avec le raffut qu'ils font, ils
sont faciles à localiser. Au dessus du grand arbre sous lequel je
m'étais garé j'en ai identifié trois. Mais peut être qu'ils sont
plus nombreux. Un mâle, le plus gros, agité et qui donne de la
voix, pendant qu'une femelle dort sur une branche, la queue enroulée
autour par mesure de sécurité, la tête posée sur son bras. Elle a
un petit qui ne voulait pas dormir et tendait le cou tout autour de
lui pour tenter d'explorer d'autres endroits.
Mais sa maman, maligne,
s'est mise en travers, bloquant la branche. Impossible pour le petit
singe de s’échapper aussi elle pouvait dormir sur ses deux
oreilles. Le cri du mâle ne la réveille même pas. Faut dire
qu'avec leurs cris rauques, ils doivent s'y être habitués depuis
longtemps !
J'ai transposé mon
opération hamac à Playa Dantita. Avec Prieta ce sont les deux
plages les plus sauvages, qui restent pour l'heure épargnées de
bétonnage dans une baie qui tend à se développer. Le sentier
officiel pour Playa Dantita consiste à gravir une colline dans la
forêt. A marée basse c'est plus facile, on peut marcher le long de
la plage en passant dans les rochers qui séparent les plages de
Danta et Dantita.
![]() |
| Playa Pan de Azucar |
C'est cette option que j'ai choisie. Et je n'étais
pas le seul. Les touristes du resort de Danta sont venus s'échapper
de leur plage, pourtant plus grande mais plus fréquentée. Il y en a
qui sont venus en kayak de mer, d'autres avec un ballon pour jouer
ans l'eau. L'idée du kayak me plaît bien. J'ai vu le long de la
route à Potrero un type qui en proposait à la location. Ça
pourrait être une idée pour passer une journée inédite. Et ainsi
découvrir les plages et criques d'un angle nouveau, comme si j'étais
un explorateur arrivant pour la première fois dans cette baie. Le
rivage est encore plus joli vu de la mer. Quand je me baigne je ne
regarde pas l'océan mais je me tourne toujours vers le rivage pour
contempler les étages de végétation qui grimpent sur les collines
et dégringolent ensuite de l'autre côté jusqu'à la mer, comme si
l'on volait au dessus de la forêt.
Ce qui fait tout le charme de la
baie de Potrero c’est bien ce relief avec une côte vallonnée
merveilleuse pleine de recoins, où se succèdent falaises et îlots.
Sans oublier un mont au fond qui pourrait faire penser à un paysage
de Sainte Lucie. Et partout c’est de la forêt à perte de vue.
C’est vraiment un coin extraordinaire.
La plage se réduit comme
peau de chagrin à mesure que la mer monte. Sauf le coin où je me
suis mis, devant la table de pique-nique qui dispose d'un coin de
sable sec en haut d'un petit talus, sous l'arbre que je me plais à
grimper. Aujourd'hui il m'a servi à suspendre le hamac. Après le
déjeuner, j'étais si bien que j'ai piqué un roupillon de plus
d'une heure, bercé par les vagues qui venaient mourir à mes pieds.
Quand je me suis réveillé il n'y avait plus personne sur la plage,
les gens étant partis avant d'être bloqués par la marée à moins
de faire le tour par le sentier qui grimpe et descend tout du long.
Tout seul sur une plage pareille, c'est l'extase. J'ai trouvé un
numéro de L'Express dans une poubelle alors que je jetais les
pelures d'une mangue que je venais de déguster. Je l'ai feuilleté
un peu, question de savoir un peu ce qui se passait en France depuis
que je suis parti début octobre. Je ne suis en effet au courant de
rien. Mais c’est très bien ainsi. Ce que j'ai lu m'a filé le
bourdon. Ce sont toujours les mêmes nouvelles franco-françaises
pessimistes et étriquées, une suite de problèmes qui ternissent
l'existence, des histoires de lutte de pouvoir sur fond de chômage
et de crise avec coups de gueule et coups bas.
Le monde là bas est
bien noir et triste. Ici la vie se décline en nuances de vert et de
bleu. Qu'on ne me parle plus de la France ! Pas avant l'été.
Je veux de la légèreté et de l'insouciance.
Tandis que je contemplais
le vol d'un condor en train de faire des rondes au dessus de moi,
j'ai remarqué des nuages au loin. L'endroit où je suis est toujours
épargné. La partie nord de la péninsule de Nicoya jouit vraiment
d'un micro-climat exceptionnel. La partie sud de la péninsule est
dans le gris tandis que tout l'est est dans la pluie avec cette
cordillère centrale qui capte et retient tous les nuages. Ici,
depuis deux semaines que j'y suis, pas une goutte de pluie ni même
de ciel voilé.
Les jours se suivent avec un ciel limpide, sans avoir
à se soucier du temps qu'il fera le lendemain. C'est un bonheur de
plus. Plus je passe mes journées ici et plus j'ai envie de revenir.
Et pourquoi pas en décembre prochain ? Pourquoi se creuser la
tête à la recherche d'une destination ? Qui veut y venir avec
moi et découvrir ce beau pays ? Je comprends que beaucoup
d'expatriés vivent là après avoir découvert un coin qu'ils n'ont
plus jamais eu envie de quitter. Je suis à deux doigts de faire
pareil. Finalement c'était une bonne chose que ce départ raté pour
le volcan Arenal. Ça m'a permis de mieux y revenir, d'y rester et de
connaître une semaine fantastique !
![]() |
| Playa Prieta et la baie de Potrero |
Je ne pense pas revenir à
Playa Dantita au cours des jours prochains. Aussi, c’est le cœur
serré que j'ai dit au revoir à la plage qui disparaissait sous
coucher de soleil fabuleux. Je n'ai pas percuté plus tôt mais
derrière la plage il y a une clôture avec un tissu noir de deux
mètres de haut pour ne pas qu'on puisse voir ce qui se trame
derrière. Intrigué, j'ai regardé par un trou. Pour l’instant il
n'y a rien d'autre qu'un panneau «Propriété privée. Port du
casque obligatoire». Ça ne me dit rien qui vaille. Et ça me fait
trembler. Vont-ils construire un hôtel ? Je veux revoir cette
crique magique à l'identique la prochaine fois que je viendrai au
Costa Rica.
Si cette plage disparaît sur l'autel du profit ce sera
une perte dont je ne me consolerai jamais. Je veux pouvoir revenir et
goûter à la même ambiance sauvage et délicieuse et non pas y
trouver cris et chaises longues. Voilà où l'on en est avec le
concept de propriété privée. C'est évident qu’une côte
pareille a de quoi attiser les appétits. Avec des hôtels à 1000
euros la nuit que les touristes réservent sans ciller, la nature et
la vie sauvage n'a plus son mot à dire. On la piétine, on la
spolie, on la détruit. Qu’adviendra-t-il du panneau sur le bord de
la plage qui précise que la plage est publique et pour la joie de
tous ?
Le Costa Rica est en train de tuer ce qui fait son
attrait et de dilapider ses trésors. Nul doute qu'à terme la côte
deviendra ce qu’elle est dans les Caraïbes dans les coins les plus
prisés, des repères de milliardaires qui se seront octroyés le
droit de tirer la couverture à eux, expulsant les gens tout autour
d'eux. Le pouvoir du fric. Voilà ce qui domine le monde. Des
investisseurs chinois se sont même penchés sur le Costa Rica et le
gouvernement accepte tout investissement étranger de bon cœur sans
penser aux lendemains. Le Costa Rica, « la côte riche »,
sera bientôt une côté riche non pas des cadeaux de la nature mais
croulant sous les dollars d'amerloques qui s'ils pouvaient
s'achèteraient la terre entière poussés dans leur boulimie de
possession.
![]() |
| Mon petit coin secret avec le hamac |
Avec une démographie mondiale galopante, les choses ne
sont pas pour s'arranger. Où irai-je me réfugier dans quelques
années ? Il ne restera plus à terme que les parcs nationaux
comme derniers sanctuaires que l'on visitera comme des musées, pour
se rappeler comment était la Terre avant. C'est triste. Je suis né
à la mauvaise époque. Trente ans plus tôt aurait été parfait. Je
plains les générations futures. On est vraiment trop de monde sur
cette terre. Trop de monde, trop de touristes avec des niveaux de vie
qui ne cessent de s'accroître. Ça me donne envie d'être riche,
tiens ! Non pas pour investir ici mais justement pour racheter
cette propriété privée et en faire un coin que personne ne pourra
plus jamais convoiter. N'y a t il vraiment personne dans le coin pour
s'élever contre ce projet ? Les amerloques ont déjà
l'embarras du choix avec des plages perdues à jamais. Cette plage
est la dernière restée à l'état sauvage par miracle. Dieu du Ciel
si tu m'entends, qu'elle reste en l'état où tu l'as faite !












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