Souvenez-vous, Playa
Prieta c'est cette plage incroyable au sable tantôt gris tantôt
noir, bordée de jungle entre deux collines qui avancent dans la mer.
J'avais pris la première fois une photo depuis les hauteurs d'une
colline. C'est la plus belle vue de toute la baie autour de Potrero.
Et l'une des plages les plus sauvages de tout le coin. C'est ma
préférée mais il ne faut pas l'ébruiter. Et pourtant elle est
loin des clichés de plages de sable blanc. J'y ai passé un dimanche
merveilleux. Je me suis garé là où je dors quand il n'y a pas
d'orchestre, laissant le superflu comme T-shirt ou tongs dans la
voiture. C'est en face des villas, là où les gens se garent et
viennent se baigner.
Mon coin est toujours là. C'est un endroit
fabuleux situé à peu près au milieu de la plage, avec un
renfoncement où la mer ne vient pas. Il y a un grand et bel arbre
qui s'épanouit de bonheur dont les branches forment un parasol géant
de 10 mètres de diamètre. Aujourd'hui j'ai amené un accessoire.
Dans mon sac de voyage j'ai un hamac que j'ai emporté pour
l'utiliser à l'origine en Thaïlande où m'attendent deux mois sur
une île déserte au sein d'un parc national. Quitte à l'avoir dans
le sac, autant s'en servir. Je l'ai suspendu entre deux branches. La
vue du hamac est fabuleuse. Je suis aux premières loges pour
observer la mer, les rouleaux, la lumière à travers les feuilles
des arbres ou pour sentir les odeurs qui imprègnent la jungle.
Ce qu'il y a de
merveilleux dans cette baie c'est ce relief découpé, plein de
recoins et d’îlots qui offrent un panorama magique qui évolue au
fil de la journée. L'aspect et les ambiances changent selon
l’orientation du soleil ou avec la marée qui monte et qui
transforme la plage. Cerise sur le gâteau, je suis tout seul. C'est
incroyable. On est dimanche pourtant. Et je n'ai marché que quelques
centaines de mètres. Pour éviter d'être envahi je monte la garde.
Je me suis étalé. Outre le hamac j'ai mis plus loin la serviette
sur le sol. Quand je vois quelqu'un arriver, je me tiens debout
encore un peu plus loin de sorte que tout l’espace sous l'arbre
semble occupé.
Pas besoin de tant de ruse, les gens ne font que
marcher sur la plage, personne ne veut rester là. Ils préfèrent
rester tous ensemble où je me suis garé. J'y suis retourné pour
le déjeuner et tous les locaux étaient là, dans le bordel, avec
des chaises en plastique, des chiens, des barbecues, au milieu de
sacs et de glaciaires, vautrés au pied de la voiture qui distille sa
musique pendant que les gamins s’adonnaient au surf, au ballon ou à
ces planches de bois qu'on fait glisser au bord de l'eau. Une toute
autre ambiance. Mais ils adorent ça, être tous ensemble. Tant
mieux !
Avec la marée haute mon
petit paradis est devenu presque inaccessible.
Il faut attendre que
les vagues aient fini de déferler pour pouvoir passer le long des
arbres aux branches qui lèchent le rivage. J'adore quand c’est
marée haute. Il y a de gros rouleaux et le sable devient
complètement vierge de toute empreinte. En plein milieu de la
journée ça donne une ambiance de baie sauvage avec des embruns qui
montent dans la forêt et une mer émeraude qui semble vouloir gagner
la terre. Du coup je suis tout le temps à lever mon cul du hamac
pour prendre des photos.
A l'extrémité de la
plage en allant vers Playa Pan de Azucar on trouve un rocher d'une
dizaine de mètres de haut entouré d'eau à marée haute comme une
dent dans la mer avec un arbre tarabiscoté posé à son sommet et
atterri là on ne sait comment.
C'est l'attraction de Playa Prieta.
Je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué et tous ceux qui passent
s'arrêtent devant pour se prendre en photo. Avec mon endroit
paradisiaque encerclé entre la mer et la forêt, j'ai un décor
digne d'une plage de Koh Lanta. C'est si sauvage qu'ils pourraient y
tourner une saison. Il y a juste une trouée entre une pointe
couverte de cactus et un îlot rocheux où l'on voit au loin un hôtel
de Playa Flamingo, de l'autre côté de la baie de Potrero.
J'aime me baigner dans
l'après midi, quand les rayons du soleil passent à travers le
rideau d'eau d'un rouleau qui prend une merveilleuse couleur
turquoise que je me plais à percer d'un coup de tête.
Les vagues
sont sacrément grosses aujourd'hui et quand on se retrouve en haut
d'une vague à flotter comme un bouchon on peut voir la plage comme
si l'on avait pris de l'altitude. La plage est située plein ouest,
offrant des couchers de soleil à couper le souffle. C'est l’heure
à laquelle sortent les bernards l'hermite. Il y en a de toutes les
tailles et de toutes les formes selon la coquille qu'ils ont choisi,
avec leurs antennes qui frétillent et leurs grosses pinces. Ils
arpentent la plage et n'hésitent pas à grimper sur la serviette. Je
n'y ai pas été beaucoup. Seulement pour y faire la sieste. Le reste
du temps j'étais plus occupé par le hamac ou par une baignade. Avec
les vagues, j'y suis resté plus longtemps que d'habitude et plus
souvent. L'eau est incroyablement chaude. C'est un régal.
Cette fois
j'ai trouvé mon petit paradis pour passer Noël. Si c'est vide un
dimanche, il y a de fortes chances pour que ça le soit cette
semaine, même avec Noël qui s'annonce, à moins que les gens qui
passaient en pointant du doigt mon hamac ne se prennent à avoir la
même idée. Je suis toujours à me demander là où j'irai en
Décembre prochain. J'ai laissé tomber le Chili, trop cher et
apparemment pas si bien que ça. Et si je retournais au Costa Rica ?
La plage de Prieta va me manquer. Même si ce n'est pas l'an
prochain, c'est sût que je reviendrai ici. Pourquoi toujours
chercher ailleurs dans d'autres pays, alors qu'ici j'ai tout :
une plage fantastique et sauvage, une baie de pirates, un restaurant
à deux pas les pieds dans le sable, un temps où il ne pleut jamais
et une exposition plein ouest idéale pour contempler les couchers de
soleil. Si ce n'est pas le paradis, alors je me demande bien à quoi
il ressemble !








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