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jeudi 7 décembre 2023

Langkawi

Langkawi a bien changé depuis la dernière fois, il y a 4 ans. Ça s'est beaucoup développé, enfin bétonné devrais-je dire. La partie que je préfère de l'île, la deuxième partie de la plage de Pantai Cenang  - c'est-à-dire Pantai Tengah - restait encore un peu sauvage avec le Frangipani et ses jolis bungalows entre cocotiers frangipaniers et croulants sous les bougainvilliers, seul hotel de cette partie là de la plage. Un havre de paix. Avec aussi de petites pensions derrière et avec des restaurants convenables et sans prétention. Bref la combinaison idéale entre aventure et commodités. 
En 2019 ils avaient construit des villas jumelées en duplex, modernes et spacieuses de style architecte avec des grandes baies vitrées juste derrière le Frangipani. Collé à ça sur la partie sud il y a maintenant un bloc de béton de 15 étages en arc de cercle, un truc immense et gris. Désormais les villas donnent là-dessus et n'ont plus de soleil de toute la journée. Ils doivent être ravis. Juste à côté il y a un truc aussi en construction et des palissades en fer pour pas qu'on voit mais ça cogne tout le temps, à l'autre bout de la plage il y a des grues en veux-tu en voilà avec aussi un autre paquebot de plusieurs étages. 
Ils ont dénaturé la plage, je ne comprends pas qu'à l'heure actuelle on laisse encore construire des tours pareils au bord de l'eau. En plus il y a un stand qui loue des jet-ski à côté du Frangipani avec des individus à califourchon dessus en gilet rouge qui font des ronds dans l'eau en faisant vrombir leur engin. Le Frangipani est toujours aussi ravissant mais alors faut plus regarder derrière ni sur les côtés, ça fait désordre.
Après deux jours à broyer un peu du noir et à me remettre de mes aventures et du changement de culture et de climat, j'ai repris du poil de la bête et je suis tout guilleret. J'arrive à faire abstraction de ces côtés négatifs. L'hôtel où je reste est une pension de famille, Nas Homestay, juste derrière le Frangipani. Ce sont des bâtiments divisés en appartements de plein pied. J'avais réservé le dernier, le numéro 3, le plus loin de la route et en bordure de jungle. 
Il y a deux chambres, un grand salon, une télé que je n'ai pas allumée, une cuisine, il y a même une planche à repasser. Le tout avec ventilateur et climatisation. On ne peut pas dire que l'intérieur soit luxueux mais il y a tout le confort nécessaire, en plus la literie est bonne, avec une parure de lit toute douce que je connais bien c'est la Natjasmin d'Ikea en satin de coton, la même que celle que j'ai à la maison. Et il y a l'eau chaude, chose rare en Asie! 
Par contre c'est une espèce de boîte qui crée l'eau chaude, c'est le standard asiatique, je n'ai jamais compris ce système. Il faut appuyer sur un bouton rouge à l'extérieur de la salle de bain. Ensuite il y a un interrupteur à côté à actionner à côté de celui de la lumière. Après il faut tourner un variateur sur le boitier qui permet de mettre la machine en route et de régler la température de l'eau. Ça ne suffit pas cependant à avoir de l'eau chaude. Il y a un robinet en dessous avec des chiffres qui vont de 1 à 5. C'est pour régler le débit de l'eau chaude. Autant dire que la première fois on s'arrache un peu les cheveux. Par contre je n'avais pas prévu l'histoire du gel douche je pensais qu'il était fourni, il n'y en a pas. Du coup j'ai fait une expédition en ville côté Pantai Cenang, où il y a des Starbucks, des 7 Eleven et des shopping malls. 
Question aussi d'avoir un petit déjeuner car le Cactus, ma cantine du soir, existe toujours mais ne fait plus de petit-déjeuner. En fait celle qui tient l'établissement, c'est toujours la même je la reconnais, elle m'a expliqué que l'établissement avait été repris, le précédent ayant fait faillite pendant le covid. Dommage.
J'ai commencé à arpenter la plage en cherchant des restaurants derrière, tout est fermé rien n'est ouvert le matin. Finalement je suis tombé sur le seul qu'il y avait, avec deux couples en train de prendre le petit-déjeuner. Je vais voir la dame derrière la caisse enregistreuse, elle me dit que c'est 50 ringits, que c'est un buffet et qu'il faudra régler après à la réception. Le buffet est au standard asiatique donc on trouve tout ce qu'il faut question crevettes et autres poissons fermentés ou séchés. Pour un petit-déjeuner européen il faut se contenter de tranches de pain de mie façon chewing-gum, d'une marmelade fluorescente aux arômes de fruits qui nexistent pas, de faux beurre en huile de palme hydrogénée, de jus d'orange chimique une espèce de poudre de perlimpinpin dissoute dans de l'eau au goût atroce. Sinon il y a des œufs brouillés qui donnent envie de se brouiller avec eux : ils sont trop cuits, des espèces de lanières coriaces. Ah si : ils ont quand même des corn flakes, à mettre dans du lait ou du faux lait, le goût est étrange. Le café sort d'une machine je suspecte que ça soit aussi de la poudre instantanée. 50 Rm pour ça c'est 10 €. C'est abusé. À moins que j'ai mal compris, entre fifty et fifteen on sait jamais. 
Je ne me suis pas attardé, la seule chose qui était bien c'était la terrasse. L'autre derrière sa caisse ne sert à rien, elle ne connait que deux mots d'anglais et fait des signes avec les mains pour me montrer où se trouve la réception, il faut contourner le bâtiment. Sauf que je me retrouve dans une arrière-cour avec un autre bâtiment de l'autre côté où se trouve une porte que je pousse, je me retrouve dans un couloir avec des portes et des numéros dessus. Un hôtel. Sans réception. Je regarde autour de moi un peu plus loin je vois : réception. Je rentre là-dedans et je fais savoir que je voudrais payer le buffet. La réceptionniste me répond : on ne fait pas de buffet, nous ne faisons que de la carte, et ça n'ouvre qu'à 10 heures. Bref c'est la réception d'un autre hôtel! Je contourne le bâtiment en me retrouvant dans des derrières de cuisines qu'il vaut mieux ne pas voir. Rien. Pas même un chien crevé. Partant de la, je veux bien être honnête mais il y a des limites à l'honnêteté. Je continue mon chemin et je me retrouve sur la route principale. Je ne voulais pas resquiller mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas!
Le Frangipani est devenu ma résidence. J'ai toujours aimé cet établissement. La première fois que je suis venu à Langkawi, je venais spécialement ici en scooter pour déjeuner, traversant toute l'île. J'ai toujours voulu y passer la nuit, mais il faut compter 250 € pour un bungalow dans le jardin sans vue mer. À la place je reste sur la plage, où il y a deux ou trois filaos avant la limite de propriété qui permettent de passer la journée à l'ombre. D'ordinaire ils sont pris d'assaut mais cette année il n'y a pas grand monde. Ça me va bien tous les matins je retrouve mon endroit. 
Et maintenant je ne m'embête plus je vais y prendre le petit-déjeuner. C'est un buffet à 50 Rm, c'est cher mais alors c'est pantagruelique!  Le standard est vraiment grand luxe. Le personnel est aux petits soins, souriant, très amical. C'est un eco resort, ils ont leur propre jardin potager. J'ai goûté leur assortiment de salade. Il y a un nom devant chaque saladier. 
Des plantes que je n'ai jamais vu et qui ont plein de vertus. Il y en a des duveteuses, des comme des feuilles de nénuphar, d'autres ça ressemble un peu à du cresson, et une autre avec des toutes petites feuilles plates; j'ai tout goûté et c'estbien goutu! Ils font aussi leur propre infusion glacée avec je ne sais plus quel herbe ils m'ont expliqué mais comme je ne la connais pas... C'est délicieux!
Je vais et je viens là-dedans comme chez moi, on me reconnaît, je marche pieds nus, je laisse mes affaires sur la plage pour déjeuner entre deux bains. Avant la carte était peu fournie et chère,  maintenant il y a beaucoup de choix et c'est les mêmes prix qu'ailleurs donc c'est très intéressant, surtout avec ce cadre... La musique est aussi très sympa, je Shazam pas mal. 
Mercredi soir j'ai dîné là bas car c'est le jour de fermeture du Cactus. Cette journée-là a été très belle, un temps magnifique, un coucher de soleil épique, j'ai été du matin au soir dans le resort, les trois repas pour 30 €. Ceux qui restent là payent 250 sans les repas, enfin je crois qu'ils ont quand même le petit-déjeuner... c'est le bon plan!
Les animaux s'y sentent bien aussi, c'est plein de cet oiseau au bec jaune que j'appelle l'oiseau ventriloque : il fait toujours plein de bruits étranges; à lui seul on dirait un jouet électronique pour gosse qui crépite, le truc énervant qu'on a envie de casser, mais venant d'un oiseau c'est plutôt comique. Parfois on a l'impression qu'il parle. 
C'est plein d'écureuils aussi qui vont et viennent dans la treille de bougainvilliers et ils mangent des baies et grignotent l'écorce, ils vivent leur vie, pas du tout farouches, ils sont chez eux! 
L'avantage du truc à jet ski c'est qu'il a aussi un kayak, au jaune jauni, sans siège, rustique quoi. L'île en face m'a toujours nargué. C'est une île déserte avec une belle plage de sable blanc qu'on voit au loin; et d'ailleurs il y a un bateau qui mouille depuis que je suis là, il ne veut plus bouger. Ça ne demande qu'à être visité. 
La dernière fois c'était en 2012, c'est tellement loin que je ne me rappelle plus. Il me semble que l'endroit est plus beau de loin que de près, mais bon la traversée à elle seule est bien sympathique, dans le kayak le mieux ce n'est pas la destination c'est le kayak! 
Sur l'île il y a comme un chapiteau sur une plate-forme, je me demande si c'est pas fait pour que des gens puissent y camper à l'abri de la pluie. Derrière il y a une table et même un fauteuil qui a été suspendu à un arbre dans les branches, comme un nid. Il y a des hamacs en filet de pêche, un vrai camp de pirates. 
C'est bizarre qu'il n'y ait personne, d'autant plus que sur la table on trouve une clé! Je me demande si ce n'est pas la clé du catamaran, parce qu'il n'y a personne là-dedans,  c'est un bateau fantôme. Peut-être que son occupant s'en est allé en laissant la clé ailleurs pour ne pas s'encombrer. Il y a un ballon qui traîne, un beau ballon de volley pas crevé. Et une chaise en plastique à l'arrière de la plage dans les liserons roses. 
La plage est jolie mais il n'y a pas de tirant d'eau, on est tout de suite dans les coraux. J'ai même cru que j'allais cogner dedans en arrivant en kayak, c'est des grosses patates brunes. 
Personne ne va sur cette île, les gens ne sont pas curieux ou ils ont la flemme, ce qui revient au même. Enfin je ne sais pas moi les îlots sauvages ça m'a toujours interpellé, surtout quand il y a une belle plage pour soi tout seul. Même pas de singe pour la partager. Les gens préfèrent faire du jet-ski ou du parachute ascensionnel. Tant pis pour eux mais tant mieux pour moi! 
Les locaux sont vraiment sympas, ouverts, chaleureux et accueillants. Où que j'aille dès que je croise quelqu'un dans la rue, le plus pur des inconnus, j'ai toujours des salutations comme si on se connaissait de toujours. Il y a un jeune serveur du Frangipani, un chinois, qui m'a raconté que Langkawi était en perte de vitesse et que l'île avait même désormais un surnom en Malaisie : Island of Ghosts. 
En fait depuis peu, après une heure du matin, il est interdit de servir et de consommer de l'alcool, si on se fait choper c'est direct la case prison. Du coup les touristes sont allés voir ailleurs, style en Thaïlande, où l'on peut faire ce que l'on veut. Moi ça ne me gêne pas, je trouve même ça bien, de toute façon à 21h je dors. Alors 1h du matin c'est largement suffisant; et puis en plus comme ça, ça évite la viande saoule à faire du vacarme toute la nuit. Je n'ai pas l'impression que l'application de l'islam ici soit très stricte. Les femmes sont bien voilées, ça leur donne des têtes d'extraterrestres mais ça s'arrête là. Par contre je croise plein de femmes fantôme en noir la fente pour les yeux. Je ne sais pas comment elles font pour supporter ça, elles doivent avoir un ventilateur dessous. Ou un pain à faire lever. Bref quand j'en vois c'est des touristes du golfe, je les reconnais tout de suite. Ils rasent les murs et ne parlent à personne. Sinon au Frangipani, la salle de restaurant, il y a marqué que c'est un espace halal, qu'on n'a plus le droit de consommer d'alcool passé cette limite, bah les bières elles arrivent très bien!
Cette année j'ai un petit plaisir qui s'est envolé après la plage en rentrant. Il n'y a plus la chignole orange au bord de la route qui vendait des cocos, des mangues et des smoothies. Pareil pour l'échoppe qui fait l'angle avec la pension : avant je pouvais y trouver des fruits, maintenant c'est un café quelconque. Bon après j'ai découvert le petit-déjeuner au Frangipani ça compense! 
Le soir avant la tombée du jour j'ai droit à la visite de singes qui viennent jusqu'à la lisière, je les entends ils font un raffut dans les arbres ils viennent manger des baies. C'est des macaques, ils n'ont pas l'air agressifs comme dans d'autres endroits, ils se tiennent à l'écart et ils détestent qu'on les prenne en photo ça les fait grogner! Par contre ça fait deux nuits de suite que j'ai des chiens qui viennent hurler à la mort après 3h du matin. Ils restent devant la porte à gémir. Ce sont des chiens errants, je suis obligé de me lever et de les chasser en pleine nuit pour les faire déguerpir, bâton ou pierre à la main. J'en ai parlé à la réception, elle me dit que c'est nouveau qu'elle l'a déjà signalé aux autorités mais qu'ils ont l'air de ne rien avoir à en faire...

dimanche 8 février 2015

Langkawi

A quoi tu penses, cousin?
Ce matin j'ai reçu un email dans ma boîte aux lettres qui arrive comme un signe du destin. Je suis abonné à une alerte prix pour les vols Madrid - Kuala Lumpur. Chaque semaine le prix descendait. Il est désormais passé sous la barre des 500 euros avec Emirates. Ils font une promo Dubaï en A380 pour 380 euros. Pour 100 euros de plus, on a le vol pour Kuala Lumpur. Tout en A380 avec en plus wifi à bord gratuit pour tous. D'ordinaire les départs depuis Madrid sont plus chers que depuis Paris mais là c'est le contraire. J'ai étudié d'autres possibilités plus pratiques, comme un vol vers la Thaïlande : Bangkok, Phuket ou Hat Yai. Toutes les autres options sont plus chères. Je vais donc revenir par la seule voie que je connaisse. 
Rendez vous est pris : le 1 décembre je serai à Tarutao à nouveau. Jusqu'au 28. Qui m'aime me suive !
En parlant de visa, je ne sais plus quoi penser. Ils ont changé le système en mai 2014 et plus rien n’est clair. Les sites internet ont tous des avis différents, même entre l'ambassade de Thaïlande en France et le site de la Thaïlande. Le site le plus inquiétant que j'ai trouvé dit que désormais les visas runs sont interdits (les entrées/sorties du territoire dans la même journée) mais pire, que toute sortie du territoire est définitive. Si l'on veut prolonger son séjour il faut accomplir les formalités en étant toujours dans le pays. 
D'autres disent qu'il faut s'acquitter de 1900 bahts. L'ambassade de Thaïlande dit qu'on a droit à 30 jours, renouvelables de la même durée en quittant le pays et en revenant par avion ou 15 par tout autre moyen. Pourvu qu'ils disent vrai, c'est cette option que j'ai retenue en revenant passer quelques jours en Malaisie. J'ai reçu un message de Stéphane. Ils ne vont plus au Cambodge et comptent renouveler leur autorisation de séjour en faisant comme moi. Ils veulent savoir s’il faut quitter la Thaïlande 1 ou 3 jours pour que ça marche. Aucun site ne précise cette information, on ne saura jamais. Pour demain, j'espère juste ne pas me faire refouler de la Thaïlande. Ce serait 15 jours sinon à passer en errances diverses et variées en Malaisie.


J'ai découvert une petite gargote dans le village oriental qui reste la dernière à fermer le soir. C'est le GFC, pour German Food Court, tenu par des allemands. On trouve de tout dans ce monde. Ils cuisinent local ou bien des espèces de saucisses aux noms typiques qui ne me parlent pas. Par contre ils font de délicieux jus de fruits passés au centrifugeur pour trois fois rien. Mon préféré, c'est le orange/carotte, un classique qui marche à coup sûr. J'en profite aussi pour prendre des salades assaisonnées à l'huile et au vinaigre. Et le prix est dans les standards de Malaisie. Ils pouvaient me dire « hope to sse you again » au Berjaya ! Le village oriental est plein de magasins de souvenirs ou d'articles de plage. 
J'ai acheté une paire de lunettes de soleil fantaisie pour 15 Rm. A ce prix on pourrait s'offrir la boutique ! Chemin faisant mon attention s'est arrêtée nette devant un stand où un type braillait le prix de ses T-shirts avec un cobra jaune enroulé sur une table qui n'en finissait plus de faire des tours. Il y avait un T-shirt qui pendait dont j'ai eu le coup de foudre. Pas pour les inscriptions Langkawi Malaysia mais par le dessin d'un de ces singles clowns avec leur bonne bouille trop drôle. C'est du fait main. Il me demande de repasser dans une heure. Comme je partais pour la plage, il s’est proposé de me le laisser à l’hôtel. Je lui ai donné le numéro de la chambre. Je sais qu'on peut leur faire confiance, les locaux ne sont pas des arnaqueurs.
Ne vous y trompez pas, ils sont sympas que dans les arbres!
La plage du Berjaya n'a pas une once d'ombre, ils ont planté des cocotiers qui n'en sont qu'à deux mètres de haut. En plus, la plage est noyée sous le vacarme des engins de chantier de feu le Mutiara. Ils doivent être contents ceux qui ont déboursé une fortune pour passer leurs vacances là ! Il y a une plage publique, plus loin, en allant vers le port de Telaga. C'est une petite bande de sable qui sent la pisse mais j'ai trouvé un coin à l'ombre où suspendre le hamac. L'avantage c'est que je ne me gratte plus. Il n'y a pas de sandflies à Langkawi. En revanche il y a des macaques dans les arbres, guère plus sages qu'ailleurs. Je les hèle d'en bas pour qu'ils me regardent. J'ai mes phrases, je lance des insultes : « eh oh, le singe, tu me regardes, face de macaque ! ». Dans les branches ou sur un fil de téléphone ils sont dans leur univers...

samedi 7 février 2015

Sur les hauteurs de Langkawi

Remarquez Koh Tarutao au fond
A Langkawi, le plus pratique en arrivant de Koh Lipe par le speedboat qui laisse à Telaga Harbour est de loger au Geopark Hotel qui se trouve dans le complexe touristique de Oriental Village, sorte de Disneyland en toc avec le départ du téléphérique. La course en taxi revient à 15 Rm. Le coin est très calme car les gens décampent le soir venu et l'hôtel est bien souvent à moitié vide. Les chambres sont très bien, grand luxe, avec serviettes épaisses, salle de bain moderne, écran plat, bouilloire, frigo et un lit immense. Pour 35 euros le prix est imbattable. On a l'impression d'avoir une chambre à plus de 100 dollars la nuit. En plus le coin où il est situé est le plus sauvage de tout Langkawi, avec des montagnes couvertes de jungle tout autour qui interdisent toute construction. C'est là où l'on trouve un sentier qui mène à une jolie cascade.
Juste à côté se trouve un resort de luxe, le Berjaya, qu'on peut rejoindre à pied en se baladant dedans sans que personne ne dise rien. C'est un complexe immense, alors les gardes à l'entrée me lèvent la barrière avec un grand sourire en pensant certainement que je suis un invité. Toujours avoir l'air sûr de soi et ça marche toujours. C'est étrange car je ne reconnais en rien le Berjaya. Ni la route d'accès, ni les bâtiments, ni la plage qui se trouve coincée au pied des montagnes alors qu'avant elle était plus sur la gauche. En fait j'ai compris mon erreur. L'hôtel que je squattais avant était le Mutiara. Sauf que celui-ci a disparu ! 
Hôtel Geopark en jaune au fond
Il n'y a plus qu’une clôture verte pour empêcher les gens d'entrer. Ils ont revendu et rasé le Mutiara. C'est un complexe Tradewinds qui ouvrira ses portes. Un truc de fou au slogan « comfort beyon expectations », avec salle de bain design en plein air au bord de l'eau, piscine à débordement en terrasse au dessus de la mer et j'en passe des meilleures. Sans doute un truc américain typique de leur folie des grandeurs. Je suis sidéré de voir qu'il ne reste rien du précédent complexe. Ils ont même enlevé les allées. Ce n’est plus qu'un champ de bataille avec quelques arbres sauvegardés miraculeusement. Ça a dû coûter une fortune de tout enlever. Sans compter la reconstruction. Face à un tel investissement, ça laisse deviner le prix de la nuit. 
Le Berjaya n'échappe pas à ces atmosphères feutrées avec armadas de serviteurs en beige les mains dans le dos, d'où coulent toujours les mêmes musiques d'ambiance jazzy. Quelle expérience retiendront les gens qui viennent là ? Ces resorts se ressemblent tous et les gens ne les quittent jamais, préférant rester autour de la piscine à lire sur des chaises longues une main posée sur le verre de cocktail de la table basse juste à hauteur de poignet. Je ne vois pas l'intérêt de faire tout ce chemin pour finir là dedans. Mais ça ne regarde que moi. Car le concept plaît. C’est plein à craquer. Le resort fait dans le greenwashing, avec des affiches montrant des singes et le slogan « in harmony with nature ». 
On leur a juste volé leur habitat aux petits singes. On a coupé des arbres pour construire villas et chalets, rasé des collines pour construire un bâtiment central. Qui peut parler d'harmonie après ça ?
J'ai pris mon dîner au Berjaya car tous les petits restaurants du Geopark ferment au coucher du soleil. Riche idée ! J'ai eu droit à un buffet local, très bon au demeurant mais à un prix exorbitant. 80 Rm soit 20 euros, sans compter la bière. Cela ne choque forcément personne car ce sont des prix de resort occidentaux. Sauf qu'on est en Malaisie et que partout ailleurs les repas des restaurants sont 4 fois moins cher. 
Ceci dit, j'ai pu tester un dessert typique surprenant. Dans un bol vous avez des litchis au sirop, des cacahuètes, des machins verts dont je ne sais ce que c'est, une pâte brune inconnue. Ils aspergent le tout de glace pilée au moyen d'une drôle de machine sous laquelle ils placent un gros bloc de glace. La machine gratte ensuite la surface du glaçon géant en le faisant tourner sur lui même dans un vacarme proche du marteau piqueur. Après, ils arrosent le tout de lait, d'un sirop rose et d'un autre brun qui ressemble à du miel. Malgré l'apparence et la couleur c’est très bon.


Je suis content, cette fois le cable car est ouvert. Mais trouver un ticket simple relève de l'exploit. Ils ont greffé tout un tas d'attractions annexes pour visiter un musée en 3D, ou encore un pont suspendu au dessus du vide. Le ticket de base revient à 35 Rm et donne accès au Skydome, une attraction un peu inutile et qui fout la gerbe. Avant de monter dans le téléphérique on suit un dédale de files américaines avec des parcours directs pour ceux qui ont acheté un ticket VIP. On s'y perdrait presque s'il n'y avait pas plein d'hôtesses pour indiquer le sens de la progression. On pénètre alors, comme des moutons guidés par un berger, dans une salle de projection, un genre de demie-sphère où le dôme sert d'écran pour une immersion complète dans l'image. 
Le Geopark en bas et le port de Telaga dans la baie suivante
Le film projeté est une animation de synthèse, comme ces films promotionnels qu'on voit au cinéma avant la séance des films en 3D. On est sur un grand 8 censé être sur Mars qui tourne dans tous les sens en montant, descendant et se retournant, le tout avec une bande son poussée au maximum. Ça dure à peine deux minutes et ça se finit en queue de poisson lorsqu'il rallument alors que la chanson n’est même pas finie ! Une attraction un peu inutile qui doit sa présence à la volonté de faire grimper le prix du ticket. Je n'ai pas trouvé le moyen d'avoir un ticket sans ce Skydome. On voit bien qu'on est dans une usine à touristes, avec boutiques de souvenirs qu'on est obligé de traverser et des photographes qui vous attendent avant de prendre le téléphérique dont vous retrouverez la photo sur fond truqué représentant Langkawi vu de là haut.
Il y a un monde fou, beaucoup de touristes pressés qui ont laissé leurs bagages en bas, s'arrêtant ici juste pour prendre une photo avant de prendre leur avion. La majorité est composée d'asiatiques et d’orientaux avec des femmes en burqa dont rien ne dépasse, pas même un cil. Les hommes sont dépenaillés pendant que leurs femmes crèvent de chaud sous leur linceul noir. J'aimerais bien qu'on les enferme dans une burqa, tiens. Je sais bien qu'il faut s'ouvrir aux autres cultures mais celle là je ne la comprends pas. Le pire c'est qu'elles ont l'air contentes dans leur prison d'étoffe. Même le vent qui souffle là haut n'arrive pas à faire découvrir un centimètre de peau. Ça doit être plein d'élastiques et de sangles là dessous. Les hommes prennent leurs femmes en photo devant la jungle et les montagnes et la mer Andaman tout en bas avant que celles ci ne demandent de voir le résultat. Pour voir quoi, une poupée noire avec une fente en guise d'yeux ?
Le téléphérique, long de 1700 mètres permet d'atteindre le sommet d'une montagne à 700 mètres d'altitude où il fait 5 degrés de moins qu’en bas. Ils sont en train d'y construire un Skywalk, un pont suspendu au dessus du vide, genre de serpentin qui permet de rejoindre un autre sommet pour des sensations fortes. 
Je n'ai pas besoin de toutes ces attractions, une plage sauvage ou un bout de jungle me comble bien plus de bonheur. Si je suis monté là haut, ce n'est pas tant pour la vue aérienne sur Langkawi mais plus pour admirer la chaîne de montagnes avec Koh Tarutao juste derrière qu'on pourrait rejoindre en se laissant planer. Le relief et la taille des deux îles sont plus ou moins similaires. Les montagnes ont la même forme et la même altitude. Mais quelle différence ! A Langkawi vous avez un aéroport, des voitures, des motos qui pétaradent, des resorts de luxe et plein de monde. Du coup je ne ressens aucune vibration ici. Il aurait pu en être de même si Tarutao n'était pas miraculeusement protégée par un parc national. Je me sens exilé ici, comme si j'avais laissé une part de moi même là bas. Il me tarde de m'y retrouver !
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