Koh Khai est une toute petite île située dans le parc de Tarutao, à mi distance de Koh Tarutao et de Koh Adang. Elle fait face à une autre île, toute en longueur, qui fait comme une barrière qui empêche de voir Koh Adang depuis Ao Molae. Cette île est l'image d’Épinal du paradis d'île déserte tropicale telle qu'on se la figure. Un petit confetti posé sur l'eau. En plus elle a pour particularité d'avoir une roche percée, juste au bout d'une plage de sable blanc étincelant. Du coup, à peu près tous les bateaux qui font la navette vers Koh Lipe s'arrêtent une dizaine de minutes pour permettre aux gens d'aller faire les cons sous l'arche, en sautant dans tous les sens. D'habitude la plage est noire de monde et l'arche bouchée de chinois mais là nous ne sommes que trois speedboats.
Je les ai laissés aller sous l'arche, préférant explorer l'île en sens inverse. Il y a un rocher facile à escalader qui donne une vue imbattable sur presque toute l'île. Il y a un catamaran qui a jeté l'ancre. L'équipage est en train de déjeuner à l'ombre sur une plage, face à Koh Tarutao, de l'autre côté où nous avons accosté. Ils ont de la chance de pouvoir y rester tant qu'ils veulent. Le sable est plus blanc que la neige, on est aveuglé même avec de bonnes lunettes de soleil. L'appareil photo galère avec l'exposition et les couleurs mais j'ai réussi arranger ça en post traitement. Il commence à flancher d'ailleurs, depuis à peu près une semaine. Il ne veut pas démarrer, s'éteint tout seul pendant qu'on prend une photo, ne reconnaît pas la carte mémoire ou dit que la batterie est vide alors qu'elle est pleine.
En attendant un peu, les choses rentrent dans l'ordre mais je rate de plus en plus de photos, faute de pouvoir le faire fonctionner. Heureusement il ne m'a pas lâché sur Koh Khai. En revanche, vous ne verrez rien de l'arrivée à Koh Lipe et Koh Adang, il m'a fait un caprice arrivé sur Koh Lipe. Je pense que l'appareil est en fin de vie. L'humidité tropicale n'a pas dû l'arranger. Ces appareils photos sont pensés pour être très vite HS. Je l'ai depuis 4 ans déjà, c'est un exploit. C'est pour cette raison d'ailleurs que je ne m'équiperai jamais d'un appareil coûteux qui connaîtra le même sort. En tout cas, j'espère pouvoir le pousser jusqu'à mon départ.
Une fois les chinois contents de leurs poses sous l'arche, le bateau siffle le regroupement. En attendant d'être le dernier à bord, on peut avoir la plage rien que pour moi l'espace de quelques secondes. Ainsi pour la première fois j'ai l'arche vide de gens mais aussi la plage devant, sans bateaux. Telle que Akki et Esther l'ont connu il y a quelques années où ils avaient passé la nuit après avoir négocié depuis Tarutao qu'un pécheur les amène jusque là. C'est une expérience que je tenterais bien.
La traversée vers Koh Lipe n'a rien à voir avec celle de début février dans l'autre sens. Il n'y a pas de vent, le bateau file à vive allure sans trembler. On se croirait presque en avion. Il faut dire aussi que le bateau est une fusée. Ils ont mis 5 moteurs de 250 chevaux. Un truc de fou. Pendant ce temps tout le monde est rivé sur son téléphone, à pianoter tout du long. Ça marche très bien chez les asiatiques, ils sont scotchés toute la journée sur leur écran sans se parler. Ça fait peur. J'ai même voulu prendre une photo du phénomène. Quand ils lèvent la tête c'est pour se prendre en photo et envoyer ça direct à leurs centaines d'amis.
Pour info, les premières photos de la galerie ci dessous sont prises sur Koh Tarutao avant le départ du bateau depuis Ao Pante. Bizarrement cette partie de l'île ne m'attire plus alors que c'est pourtant là que je campais quand j'ai découvert Tarutao et où j'aimais retourner camper jusqu'à il y a peu. Mais le ballet des long tail boats la nuit m'a saper le moral. Et puis c'est moins sauvage, plus fréquenté. Ao Molae est bien mieux ! Mais faut pas le dire. D'ailleurs j'ai ajouté un code HTML dans mon blog pour qu'il n'apparaisse pas dans Google quelque soit la recherche que vous ferez. Un blog c'est à double tranchant, ça peut faire venir du monde...
Voici les dernières photos de Ao Molae. Je vais retourner sur Koh Adang passer les deux dernières semaines qu'il me reste, peinard. Depuis la virée en bateau les températures ont bien augmenté. Les après midi sont une fournaise et même à l'ombre de mon spectaculaire arbre je peine à me rafraîchir. La mer n'est d'aucune utilité, c'est petit coefficient et elle a toujours l'air basse, offrant de l'eau au genou, pendant que toute le reste du corps se fait dévorer par les sandflies. Celles ci d'ailleurs rentrent dans le hamac chaque fois que j'ouvre la moustiquaire, c'est devenu un sac à sandflies. Je suis obligé de rester couvert et la moustiquaire fait étuve. Par ailleurs, dès que j'ai le dos tourné, que je vais pisser ou étendre du linge à trois mètres, les macaques arrivent et cherchent à s'emparer de mes sacs accrochés aux branches.
J'ai toujours une fronde à porté de main pour les faire fuir, sauf dans ce genre de cas. Alors ils en profitent. Ça finit par me fatiguer. Je me suis vu à Koh Adang à faire trempette sur la plage, à me tripoter les doigts de pieds et à rester dans la baignoire comme ça pendant des heures sans craindre chapardages ni piqûres. J'y retourne donc. Après, Ao Molae me plaît toujours autant, et Tarutao également, mais les aspects négatifs finissent par user. J'y retournerai à coup sûr, mais je ne pense plus y rester des mois comme ce que j'ai pu faire. Pas maintenant que j'ai pris goût à Koh Adang. Par contre je suis quand même triste de partir. Je sais que je n'aurai pas ce calme, la beauté de cet arbre aux mille troncs aux fleurs étranges qui embaument la plage, les beaux couchers de soleil et les nuits paisibles à Ao Jak, loin des long tail boats. Avec tous les chants d'oiseaux du matin que j'aime enregistrer.
Ni le spectacle des langurs à lunettes qui passent tous les après midi en tribu en sautant de branche en branche sans me voir. Et puis il y a Akki et Esther, toujours adorables. Ils me surnomment l'ermite car je suis souvent dans mon coin. Qu'ils ne pensent pas que c'est pas parce que je n'apprécie pas leur compagnie, mais j'aime être seul, lire, manger face à mon assiette sans s'étrangler entre deux bouchées avalées de travers.
Ce soir je me suis avancé, j'ai débarrassé la plage du hamac et de tout ce que j'avais aménagé. L'arbre et son environnement redevient sauvage. Ça me fait bizarre de voir tout ça vide. Il n'y a plus que mes empreintes de pas dans le sable. Cela fait comme des pistes qui convergent toutes vers là où le hamac était suspendu. Il faudra maintenant attendre un an pour retrouver ce coin. Un an de plus, un an plus vieux, un an peut être moins en forme. Qui peut dire dans quel état on sera l'année d'après ?
Nous sommes sept à partir en excursion aujourd'hui pour un tour de Tarutao. Le même que celui que j'avais effectué il y a trois ans. L'idée provient de Esther et Akki qui aimeraient découvrir Talo Udang, cette partie de l'île inaccessible au sud est de l'île où résidait la deuxième prison durant le seconde guerre mondiale. Le chemin pour y accéder n'existe plus, depuis que Stefano et Jean-Pierre ont ouvert la voie à la machette il y a deux ans. Tu penses bien que ça a repoussé depuis ce temps là. L'excursion devrait donc me permettre de découvrir de nouvelles choses alors j'ai accepté de me joindre à l'expédition. Le long tail boat coûte toujours 3500 bahts la journée et accepte dix personnes. Plus on est nombreux, moins c'est cher donc.
La plage secrète entre Ao Molae et Ao Son
Aujourd'hui tout ce que le camp compte en campeurs est de la partie. Pas ceux des bungalows. Ça ne les intéresse pas. On ne se mélange pas avec les beatniks, ces pouilleux sur la plage qui vivent dans des tentes, à même le sol, parmi les macaques ! Méfiance, on pourrait se chopper la gale...
Le temps n'est pas à l'idéal. J'ai toujours de la chance avec ça : je rêvais d'un soleil radieux pour sublimer les paysages, j'aurai droit à un ciel tantôt voilé, tantôt gris. Je suis à deux doigts de me retirer du projet mais cela ferait monter le budget de ceux qui restent, ça ne se fait pas trop. Tant pis, il y aura bien une éclaircie. L'avantage de partir avec Esther et Akki c'est qu'ils parlent un peu thaï ce qui permet de se mettre d'accord avec le capitaine sur ce qu'on veut voir, les endroits où l'on veut s'arrêter et le temps qu'on veut rester.
Ao Son
Cap donc sur Ao Makam, la plage au sud de Ao Son, inaccessible autrement que par la mer. Le but de la journée est de découvrir ce qu'on ne peut voir à pied. Je ne reviendrai donc pas sur la plage secrète à côté de Ao Molae ni sur celle de Ao Son et de son lagon. Après Ao Son, la côte devient beaucoup plus abrupte, les montagnes se jettent directement dans la mer, en pente plus ou moins raide. Tout est couvert de jungle. Où que l'on pose son regard c'est de la foreêt vierge bien dense. Aucune trouée, aucune éclaircie, que de l'inextricable ou jamais personne n'a mis les pieds depuis la nuit des temps. Je pense à tous les animaux pour lesquels c'est leur maison. Et de la faune, il y en a : aigles de mer, dauphins, singes, loutres de mer... On a vu tout ça depuis le bateau. Les gens ont la banane, tout le monde est émerveillé.
Esther à Ao Makam
Il y a un quartier de rangers à Ao Makam. Je ne sais toujours pas ce qu'ils peuvent bien trouver à y faire vu que personne ne vient là. Ils vivent en surplomb de la baie, sur un terrain légèrement en pente qu'ils ont déboisé un peu pour y construire 3 blocs de maisons. Le drapeau thaï flotte au vent au milieu du jardin, en deux exemplaires. La baie est visible en contrebas à travers une trouée dans les arbres. Ça fait repaire de pirates, d'ailleurs il y plein de bateaux de pêche qui ne sont pas aux rangers. Je me demande toujours ce qui se traficote par là et pourquoi les gardes sont complices alors qu'ils sont payés pour surveiller que le parc national reste bien un parc protégé de toute activité humaine. Ils doivent s'en moquer, personne ne les contrôle et puis ça leur fait de la compagnie. Ça les change de leur chien.
D'ailleurs Akki qui est allé leur parler est revenu me dire que c'est le seul chien de l'île. Les autres, ceux que certains gardes avaient en animal de compagnie, ont été déportés sur le continent par décision du nouveau chef du parc qui veut lutter contre les dégâts qu'ils causent à la faune sauvage. En voilà une bonne initiative !
C'est étonnant quand on longe la côte comme on a l'impression que Langkawi est le prolongement de la côte de Koh Tarutao. L'île est vraiment proche. A droite la Malaisie, à gauche la Thaïlande. Qui a décidé que la frontière serait ici ? Qui s'est disputé ces îles à qui mieux mieux ? S'il n'y avait pas de frontière, il suffirait de prendre un bateau de pécheur pour se rendre les doigts dans le nez sur Tarutao depuis Langkawi. C'est comme s'il y avait un mur invisible. Interdit de traverser.
Tu crois que les dauphins se posent ce genre de questions ? Las, il faut remplir des fiches cartonnées, décliner adresse, identité, travail, revenus... Et transiter par des postes de douane sur le continent ou faire un grand détour par Koh Lipe. En fait tout le monde est un peu étonné quand je dis que je viens d'Europe par Langkawi. Personne n'y pense, c'est un autre pays. Du coup ils se farcissent Bangkok, puis la descente vers le sud par des heures de train, ou en avion, suivi d'un minibus et d'un bateau.
Je ne sais pas non plus ce que font les rangers à Talo Udang à part être dans leur hamac. Ce n'est pas un reproche, mais ils servent un peu à rien quand même. Mais bon, après tout, pourquoi toujours servir à quelque chose ?
Je suis sûr qu'ils sont heureux qu'on leur fiche la paix. Leur bicoque est sur la droite de la plage, sous les cocotiers, un peu en hauteur, sur un terrain herbeux trompeur. Quand on marche là dedans on s'enfonce et se trempe les pieds. C'est un truc gorgé de flotte, il y a plein de sources, une mangrove et une rivière. Ils ont une belle vue face au sud et Langkawi en face, pour surveiller les intrus qui seraient tentés d'immigrer illégalement en Thaïlande. Mais ça existe ? Qui serait intéressé ? La plage de Talo Udang me rappelle un peu celle de Koh Adang, dans le sens où elle est bordée de filaos et exposée au soleil de la même manière. La comparaison s'arrête là. Ici il y a une mangrove qui donne à marée basse une plage un peu boueuse, où les gardes sont à quatre pattes à chercher des coquillages.
La mer se retire très loin et forme des bancs de sable qui se retrouvent immergés l'espace de prendre une photo.
Pour la prison, c'est mission impossible. « Nobody knows », comme arrête pas de répéter Akki. La maison des gardes est en cul de sac, on est bien allé voir derrière si quelque chose ressemble à un sentier, mais rien. En revanche on s'est fait rabroué par un garde qui cultive le potager, par un « No » explicite. Quand on leur demande par où passer pour aller à la prison, ils roulent des yeux de bille de loto puis continuent leurs occupations sans rien dire. Comme il y a là aussi de nombreux pécheurs, Akki, qui ne lâche pas le morceau, est allé voir l'un d'eux. En fait il faudrait longer la côte vers le nord sur un kilomètre, avant de s'enfoncer dans la jungle.
Pointe sud de Koh Tarutao
Mais ça ne sert à rien, car ils nous ont assuré qu'il ne restait plus rien de la prison. Voilà donc une énigme définitivement éclaircie. Chaque année elle revenait sur le tapis : et si on allait à la prison de Talo Udang. Au moins on se posera plus la question. En attendant, c'est pique nique. J'ai demandé ce matin un riz sauté avec une omelette qu'ils m'ont enveloppé dans une feuille plastifiée. Il est encore chaud. Et il y en a pour deux. La portion est énorme. Ils m'ont mis une cuillère à soupe chinoise en plastique pour manger le riz. J'ai tout disposé par terre, comme un macaque. En parlant d'eux, il n'y en a pas un dans le secteur. Rien à piquer sans doute, c'est pas intéressant! Pour le dessert, il suffit de regarder autour de soi. En effet je suis assis sous un manguier et il y en a plein par terre.
Les mangues sauvages sont toutes petites, guère plus grosses qu'un abricot. Elle sont vertes et virent vers le jaune en murissant. J'en ai trouvé une dans cet état là. Mais elle est immangeable d'acidité. Dommage car elle sent très bon. En plus elle elle devait être bien sucrée vu que j'ai les mains toutes collantes pour rien.
Un garde de Tarutao a conseillé à Akki de se rendre sur une petite île à côté où ils récoltent les nids d'hirondelle. Nous voilà donc partis pour là bas. Une nouvelle chose à découvrir pourquoi pas, même si je me fiche des nids d'hirondelles qu'on ferait mieux de laisser tranquilles plutôt de manger ce qu'elles ont mis du temps à fabriquer. Et puis, manger un nid, quelle idée ! Ça se mange comment d'ailleurs ? Ça se fait bouillir ? Ou sauter avec des petits légumes ?
Avec le ciel qui s'est soudainement obscurci, l'île se reflète sur une mer d'un vert de jade tout lisse. Elle apparaît mystérieuse. La côte sur une partie devient abrupte et puis, quelque chose se passe. Alors que l'on navigue toujours, je viens d'apercevoir une plage entre deux falaises, sur le côté, au fond d'une lagune. Mes yeux s’écarquillent instantanément. Je suis soudainement replongé dans mon aventure fabuleuse en kayak sur Palau, explorant les méandres, plages cachées et lagunes secrètes. Tout de suite j'interpelle Akki et Esther pour qu'ils passent le message au capitaine. Il faut faire demi tour d'urgence et aller voir de plus près cette pépite. Il n'y a qu'à demander, le capitaine s'exécute. Tout le monde sort l'appareil photo, je ne suis pas le seul à avoir repéré le coin.
Je mets mon appareil photo en mode vidéo pour saisir le moment où le trésor va se dévoiler, comme au concert quand les lumières s'éteignent. Mais là c'est mieux ! Imaginez une lagune, avec une ouverture sur la mer de quatre ou cinq mètres de large. Tout le reste est entouré de falaises, sur 360 degrés. C'est prodigieux. On se dévisse la tête à regarder en l'air pour voir où les falaises s'arrêtent. La jungle colonise la moindre aspérité, comme dans ces murs végétalisés qui ont la côte en ville faute de place au sol. Il règne dans cet écrin un calme absolu. Aucun son, personne ne vient par là, aucun animal n'arrive à descendre. Quand on parle on a un écho qui nous répond. Je suis en transe. C'est Koh Phi Phi sans les gens. Je ne pensais pas qu'un tel endroit pouvait être ignoré en Thaïlande.
Aucune trace au sol, rien. Pour cette raison, je tairai la localisation précise de l'île. Cette lagune secrète se doit de rester vierge. Dans un cadre pareil, tout le monde s'est mis à la flotte. Le sable s'enfonce sous les pas en faisant de grosses bulles d'air. L'eau est comme un miroir. Personne ne parle, on est tous recueillis comme dans une cathédrale naturelle. J'y aurais bien passé la journée. Mais il est temps au bout d'une demie heure de repartir, il y a encore du chemin. Je me suis bien imprégné du lieu, pour le garder en moi précieusement en souvenir. C'est avec joie que j'y retournerai une autre année si d'autres personnes me demandent de me joindre à eux pour un tour. Dire que si je n'avais pas demandé à faire demi tour, on aurait juste aperçu ça en un éclair en passant à côté ! Les autres du groupe m'ont remercié, en me disant que l'endroit était fantastique. Je pense que la lagune restera le clou de l'expédition pour tous.
Juste à côté, il y a une autre lagune, mais moins spectaculaire. Et puis au milieu de le plage il y a une vilaine maison sur pilotis et en béton avec des gens dedans. Sur la gauche, on trouve une bâtisse à l'abandon qui ressemble à un dortoir en ruine où le plancher vermoulu menace de s'effondrer. De l'autre côté de la plage se trouve une grotte. LA grotte, celle aux hirondelles. A l'entrée, un satyre en bois, habillé et affublé d'un casque de moto sur la tête, qui ressemble à un vrai macchabée priapique ou une momie qui aurait pris trop de viagra, accueille le visiteur. C'est le garde des lieux. La grotte est une grande salle dont la roche se décline en une multitude de couleurs, allant du grenat au jade. Il y a aussi des points blancs, comme des étoiles qui brilleraient sur un ciel de roche.
Il y a par terre de longues perches de bois pour atteindre et collecter les nids d'hirondelle. Il règne dans la grotte une drôle d'odeur qui me fait penser à la marijuana. Apparemment je suis le seul à faire l'analogie. On trouve une seconde salle dans la grotte, au fond, mais on n'y voit rien. Il faudrait une torche.
Next stop : Talo Wao, l'autre prison de l'île. Certains veulent aller la visiter, je préfère rester à l'ombre et me reposer un peu, j'ai le dos en compote à force d'être assis sur un banc d'un truc qui ne cesse de tanguer. Et puis, je trouve un peu dommage que du temps soit perdu alors qu'on peut venir ici en vélo ou à pied alors que pendant ce temps ils reste des endroits à explorer en bateau, tels que Ao Rusi avec son spot de snorkeling où Esther aimerait bien plonger.
Mais je suis un peu pessimiste. Il est déjà 16 heures passées, dans deux heures il y aura le coucher du soleil et on n'est qu'aux deux tiers du tour de l'île, que l'on a mis 7 heure à faire ! En plus le tonnerre gronde sur le continent. Le ciel est tout noir, ça se rapproche et plus on attend plus on voit les éclairs. Il faudrait qu'on se bouge un peu si l'on veut éviter tout ça.
Une fois tout le monde de retour, on a voté. Exit l'arrêt snorkeling à Ao Rusi, tant pis les coraux et les petits poissons, on veut rentrer. Il faut dire que la journée est déjà dense et la fatigue se fait sentir. Le vent s'est levé. On fait finalement une petite halte à Ao Rusi pour contempler les patates de corail en dessous du bateau et on s'amuse à suivre des dauphins qui nous narguent.
Le clou de l'expédition
La plage de la grotte aux hirondelles
Une nageoire qui ondule par ci par là. On va dans leur direction et on attend. Et on attend longtemps! Quand ils remontent pour prendre leur respiration ils sont déjà loin et pas dans la direction qu'ils avaient prise. Ils nous mènent en bateau, c'est le cas de le dire. De toute façon, on a fini par abandonner, c'est plus sage, la mer commence à se soulever à cause du vent. Plus on navigue vers le nord de l'île pour franchir le cap afin de passer de l'autre côté, plus les éléments se déchaînent. Il n'y a plus de baie ou de crique. Ce n'est plus que des falaises sans aucune aspérité ou rocher où l'on pourrait se réfugier si l'on venait à tomber à la mer. Car la houle est telle que le bateau a dépassé le stade du balancement d'avant en arrière et des splashs sourds qui donnent l'impression que la coque va se briser. On a aussi du roulis, ça se balance de gauche à droite, les bords se rapprochant de plus en plus de la ligne de flottaison.
La grotte
Cette fois nous sommes dans l'orage. Il pleut des cordes, tout le monde est réfugié sous la petite bâche au dessus des bancs, collés les uns aux autres, grelottant. Ça ne protège pas grand chose, le vent passe par les côtés et la pluie avec. J'ai mis mon sac à l'abri sous un banc, entouré d'un gilet de sauvetage et tout le monde en fait de même. C'est de la folie de s'entêter à vouloir franchir le cap. Le bateau n'avance quasiment plus. Le capitaine lutte contre les éléments. Il connaît la mer et son bateau et sait jusqu'où il peut le pousser. Mais j'ai tendance à penser que la nature reste toujours la plus forte. Le vent et les vagues nous poussent dangereusement vers la falaise, où les vagues se brisent à quelques mètres en créant remous et tourbillons. Si la coque vient par là c'est le naufrage assuré. Et nous avec.
Aucun rocher pour nous accrocher ou se poser dessus. Si on tombe à la flotte on n'aura d'autre de solution que de surnager. Je glisse à Akki qu'il serait peut être plus sage de retourner à Talo Wao et de demander à ce qu'un camion nous ramène au camp. « Don't know », me répond il. Déjà qu'on est en retard, avec la barcasse qui fait du quasi surplace, ça devient mission impossible. Les caps s'enchaînent, on n'en voit plus le bout. Chacun attend avec impatience le moment où l'on passera de l'autre côté de l'île pour être à l'abri du vent. Et en fait, sans s'en rendre compte, nous voilà de l'autre côté. Avec la pluie, le gris et les éléments en furie, j'ai perdu le sens de l'orientation. C'est Akki qui le premier a vu qu'on était tiré d'affaire, grâce à Koh Bulon que l'on voit à nouveau, sur notre droite.
A présent la mer s'est calmée. C'est ainsi qu'on arrive à Ao Molae, juste avant la tombée de la nuit. C'était juste! Le capitaine a eu du sang froid et du courage. Il était debout, crispé une main sur le manche de son moteur, l'autre sur le gouvernail (un volant!), fouetté par le vent et la pluie. Tout le groupe s'est dissipé sur la plage comme les rats quittent un navire, bien content de retrouver la terre ferme. A part la fin de l'excursion ça a été une magnifique balade. Et puis ça donne un petit goût supplémentaire d'aventure... Quant à la plage de l'île merveilleuse cachée dans sa lagune, quel spectacle! J'en ai encore des frissons rien que de l'écrire...