Dernier jour à Gavdos.
Ou plutôt matinée. Car le bateau est cet après midi, même horaire
que d'habitude. S'il vient. Car lundi, le jour où l'on s'était
réfugié à Lakoudi, il n'est pas venu. De toute façon il n'y a
plus d'horaires. Le bateau fait la traversée quand ça lui chante.
Hier on a vu un groupe débarquer de Gavdos Tours alors qu'aucun
bateau n'était prévu. Dès lors, je ne sais pas comment font les
gens pour s'organiser. Qui à Agios Ioannis du fond de sa tente dans
les dunes peut savoir qu'un bateau non prévu va arriver ? A mon
avis, ils ne doivent pas avoir grand monde au retour. Ou alors c’est
panique générale dès que le bateau apparaît au coin de l'île.
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| On avait la chambre dans l'unité en pierres |
Afin de ne pas trop se stresser, on a décidé de rester la matinée
à Sarakiniko. C’est aussi l'occasion de découvrir cette station
balnéaire qui nous servait juste de base d'exploration et de cantine
le soir. Pour la visite du village, il suffit de marcher le long de
la plage, ou derrière, dans la rue. Mais c’est du sable pareil. La
chaussée déchaussée jamais chaussée est délimitée par des
galets !
On a laissé nos bagages
chez Gertrude puis on est allé prendre un jus d’orange à la
taverne du bout, celle avec des cyprès et des tables dessous où
l'on peut s'asseoir les pieds dans le sable avec des lampions
suspendus dans les branches et des tentures indiennes du stand
attenant qui volent au vent.
C'est un petit repère de pirates, un
genre de taverne d'Agios Ioannis en modèle réduit, moins fréquenté.
Les gens y viennent pour papoter ou jouer à leurs espèces de jeux
de dominos typiques de la Grèce. Le serveur est un jeune barbu torse
nu et pieds nus qui a l'air de n'avoir jamais connu le stress. Je les
envie. Gertrude, elle, s'en lamente. Elle n'a pas arrêté de se
plaindre pendant qu'on attendait le bus qui ne venait pas et qui
devait nous conduire au port. «Pff, les grecs sont si lents... »,
« Ils ne veulent pas travailler... ». Il faut dire
qu'elle est d'origine suisse ou autrichienne, je ne sais plus trop.
A
côté, c'est sûr que la vie à Gavdos est moins trépidante. Mais
apparemment elle aime bien car elle y vit à l'année. Et puis elle a
son petit business, son potager, sa poissonnerie. Il y a un étal à
l'intérieur de la taverne où l'on peut voir tous les poissons
fraîchement péchés qu'on n'a plus qu'à choisir pour le dîner.
Après ils vont le faire griller dans un grand four en pierre
alimenté par un feu de bois dont les flammes montent souvent très
haut, juste à côté des tables. Du péché maison, ça ne se fait
pas encore en France, ça ! Et puis en accompagnement on a les
légumes du jardin. Pour la salade grecque c'est servi avec des
herbes comme du pourpier en guise de laitue. Une variante de la
traditionnelle salade grecque qui d'ordinaire ne contient aucune
salade. C'est juste tomates, concombres, oignons, olives et feta. Ici
ils ont ajouté cette petite fantaisie. C’est très bon.
Gertrude nous avait
laissé la meilleure chambre car je lui paraissais sympathique.
J'étais venu la voir la semaine dernière quand on était venu mangé
un soir avec Sébastien en scooter. J'en avais profité pour faire
des repérages, lui demandant si elle était Gertrude, ce qui l'avait
laissé toute surprise. Elle a un fils qui sert à la taverne, un
barbu lui aussi. Tous les grecs se ressemblent, on ne voit plus que
leurs yeux ! Ce sont tous des espèces d'ours de différentes
tailles et gabarits. On me prend pour un des leurs désormais. J'ai
oublié ma tondeuse avant de partir, aussi quand je vais rentrer,
après 5 semaines je serai comme les popes orthodoxes. Si on me
laisse entrer en France car j'ai l'air d'un terroriste !
Le bus de Gavdos Tours a
fini par arriver, juste 20 minutes avant le départ du bateau.
Gertrude était prête à nous conduire au port en pick-up. On a
juste eu le temps de passer à l'épicerie pour le pique-nique. On se
fait des sandwichs d'un nouveau genre qui se reconstituent dans la
bouche. Une bouchée de tomate, une bouchée de pain, une bouchée de
fromage. Pablo a acheté ce matin une pilule contre le mal de mer. Il
a eu raison car le vent n'a pas faibli d'un cran, bien au
contraire... Gertrude n'en peut plus. « C'était si tranquille
jusqu'à début juillet, si bon. Et puis cette tempête est arrivée.
Depuis il y a du vent tous les jours, regardez-moi ça ! ».
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| L'unique rue du village |
Même moi qui ne suis pas sensible au mal de mer, j'ai dû dû abrégé
le pique-nique qui commençait à tournebouler dans le ventre.
Pendant toute la traversée : mal de crâne, nausées, rots... A
côté, Pablo se portait comme un charme. Le bateau quant à lui
oscillait de gauche à droite et parfois d'avant en arrière dans de
grands craquements comme si la coque allait se briser en deux. Je
suis descendu voir le pont inférieur, celui des voitures. Je ne sais
pas comment on fait pour ne pas couler, le pont est balayé sans
cesse par des lames de fond. Détail saugrenu, le bus vert avec ses
déplacements erratiques est à bord. Destination Paleochora. Je ne
sais pas ce qu'on lui réserve. Une nouvelle vie en Crète, une
réparation sérieuse, un démantèlement ?
Car question pièces,
pas sûr qu'ils aient ça en stock à Gavdos. Remarque, avec tout le
fourbi dans la ferme de cauchemar, on doit bien pouvoir trouver ça.
Peut être dans le congélateur... Ou alors la chèvre inanimée et
digne s’est étouffée avec ! A bord il y a aussi le camion
pourri du trafic de chaises et pastèques. Il est aussi plein que
quand il est arrivé dimanche dernier. Il a fait chou blanc. Je
retrouve également des têtes d'Agios Ioannis. Des campeurs qu'à la
longue je reconnaissais. Certains sont même arrivés en même temps
que moi, le 24 juin.
Aujourd'hui il pleut sur
la Crète, dans les montagnes et sur la côte nord. Des trombes
parait-il.
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| Le bus et le camion aux chaises se font saucer! |
A Agia Roumeli, rien à signaler. On est arrivé à bon
port avec une demie heure de retard à cause de la houle, mais sains
et saufs. Sur le quai attendait une foule encore plus dense que la
dernière fois. Une fois que tout ça est parti le village est
redevenu paisible. Les bateaux font office de voiture balais, ils
vident le village des encombrants ! Si on ne vient pas l'après
midi, on se demande pourquoi il y a autant de tavernes pour si peu
d'habitants. Agia Roumeli est comme une île. On ne peut y venir que
par bateau. Ou bien par les gorges de Samaria comme les randonneurs
mais ceux ci sont bien pressés de repartir de là, exténués et
rêvant à leur lit douillet dans leur hôtel club avec piscine et
gentil animateur. Nous a la place on a une chambre avec vue sur la
mer de Lybie et les jardins potagers du village, avec des poules
scandaleuses qui gloussent et des tourterelles qui roucoulent
langoureusement. Je laisse les autres s'entasser tous ensemble entre
eux, ça nous fait plus de place !

















































