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mercredi 16 juillet 2014

Sarakiniko

Dernier jour à Gavdos. Ou plutôt matinée. Car le bateau est cet après midi, même horaire que d'habitude. S'il vient. Car lundi, le jour où l'on s'était réfugié à Lakoudi, il n'est pas venu. De toute façon il n'y a plus d'horaires. Le bateau fait la traversée quand ça lui chante. Hier on a vu un groupe débarquer de Gavdos Tours alors qu'aucun bateau n'était prévu. Dès lors, je ne sais pas comment font les gens pour s'organiser. Qui à Agios Ioannis du fond de sa tente dans les dunes peut savoir qu'un bateau non prévu va arriver ? A mon avis, ils ne doivent pas avoir grand monde au retour. Ou alors c’est panique générale dès que le bateau apparaît au coin de l'île.
On avait la chambre dans l'unité en pierres
Afin de ne pas trop se stresser, on a décidé de rester la matinée à Sarakiniko. C’est aussi l'occasion de découvrir cette station balnéaire qui nous servait juste de base d'exploration et de cantine le soir. Pour la visite du village, il suffit de marcher le long de la plage, ou derrière, dans la rue. Mais c’est du sable pareil. La chaussée déchaussée jamais chaussée est délimitée par des galets !
On a laissé nos bagages chez Gertrude puis on est allé prendre un jus d’orange à la taverne du bout, celle avec des cyprès et des tables dessous où l'on peut s'asseoir les pieds dans le sable avec des lampions suspendus dans les branches et des tentures indiennes du stand attenant qui volent au vent. 
C'est un petit repère de pirates, un genre de taverne d'Agios Ioannis en modèle réduit, moins fréquenté. Les gens y viennent pour papoter ou jouer à leurs espèces de jeux de dominos typiques de la Grèce. Le serveur est un jeune barbu torse nu et pieds nus qui a l'air de n'avoir jamais connu le stress. Je les envie. Gertrude, elle, s'en lamente. Elle n'a pas arrêté de se plaindre pendant qu'on attendait le bus qui ne venait pas et qui devait nous conduire au port. «Pff, les grecs sont si lents... », « Ils ne veulent pas travailler... ». Il faut dire qu'elle est d'origine suisse ou autrichienne, je ne sais plus trop. 
A côté, c'est sûr que la vie à Gavdos est moins trépidante. Mais apparemment elle aime bien car elle y vit à l'année. Et puis elle a son petit business, son potager, sa poissonnerie. Il y a un étal à l'intérieur de la taverne où l'on peut voir tous les poissons fraîchement péchés qu'on n'a plus qu'à choisir pour le dîner. Après ils vont le faire griller dans un grand four en pierre alimenté par un feu de bois dont les flammes montent souvent très haut, juste à côté des tables. Du péché maison, ça ne se fait pas encore en France, ça ! Et puis en accompagnement on a les légumes du jardin. Pour la salade grecque c'est servi avec des herbes comme du pourpier en guise de laitue. Une variante de la traditionnelle salade grecque qui d'ordinaire ne contient aucune salade. C'est juste tomates, concombres, oignons, olives et feta. Ici ils ont ajouté cette petite fantaisie. C’est très bon.
Gertrude nous avait laissé la meilleure chambre car je lui paraissais sympathique. J'étais venu la voir la semaine dernière quand on était venu mangé un soir avec Sébastien en scooter. J'en avais profité pour faire des repérages, lui demandant si elle était Gertrude, ce qui l'avait laissé toute surprise. Elle a un fils qui sert à la taverne, un barbu lui aussi. Tous les grecs se ressemblent, on ne voit plus que leurs yeux ! Ce sont tous des espèces d'ours de différentes tailles et gabarits. On me prend pour un des leurs désormais. J'ai oublié ma tondeuse avant de partir, aussi quand je vais rentrer, après 5 semaines je serai comme les popes orthodoxes. Si on me laisse entrer en France car j'ai l'air d'un terroriste !
Le bus de Gavdos Tours a fini par arriver, juste 20 minutes avant le départ du bateau. Gertrude était prête à nous conduire au port en pick-up. On a juste eu le temps de passer à l'épicerie pour le pique-nique. On se fait des sandwichs d'un nouveau genre qui se reconstituent dans la bouche. Une bouchée de tomate, une bouchée de pain, une bouchée de fromage. Pablo a acheté ce matin une pilule contre le mal de mer. Il a eu raison car le vent n'a pas faibli d'un cran, bien au contraire... Gertrude n'en peut plus. « C'était si tranquille jusqu'à début juillet, si bon. Et puis cette tempête est arrivée. Depuis il y a du vent tous les jours, regardez-moi ça ! ». 
L'unique rue du village
Même moi qui ne suis pas sensible au mal de mer, j'ai dû dû abrégé le pique-nique qui commençait à tournebouler dans le ventre. Pendant toute la traversée : mal de crâne, nausées, rots... A côté, Pablo se portait comme un charme. Le bateau quant à lui oscillait de gauche à droite et parfois d'avant en arrière dans de grands craquements comme si la coque allait se briser en deux. Je suis descendu voir le pont inférieur, celui des voitures. Je ne sais pas comment on fait pour ne pas couler, le pont est balayé sans cesse par des lames de fond. Détail saugrenu, le bus vert avec ses déplacements erratiques est à bord. Destination Paleochora. Je ne sais pas ce qu'on lui réserve. Une nouvelle vie en Crète, une réparation sérieuse, un démantèlement ? 
Car question pièces, pas sûr qu'ils aient ça en stock à Gavdos. Remarque, avec tout le fourbi dans la ferme de cauchemar, on doit bien pouvoir trouver ça. Peut être dans le congélateur... Ou alors la chèvre inanimée et digne s’est étouffée avec ! A bord il y a aussi le camion pourri du trafic de chaises et pastèques. Il est aussi plein que quand il est arrivé dimanche dernier. Il a fait chou blanc. Je retrouve également des têtes d'Agios Ioannis. Des campeurs qu'à la longue je reconnaissais. Certains sont même arrivés en même temps que moi, le 24 juin.
Aujourd'hui il pleut sur la Crète, dans les montagnes et sur la côte nord. Des trombes parait-il. 
Le bus et le camion aux chaises se font saucer!
A Agia Roumeli, rien à signaler. On est arrivé à bon port avec une demie heure de retard à cause de la houle, mais sains et saufs. Sur le quai attendait une foule encore plus dense que la dernière fois. Une fois que tout ça est parti le village est redevenu paisible. Les bateaux font office de voiture balais, ils vident le village des encombrants ! Si on ne vient pas l'après midi, on se demande pourquoi il y a autant de tavernes pour si peu d'habitants. Agia Roumeli est comme une île. On ne peut y venir que par bateau. Ou bien par les gorges de Samaria comme les randonneurs mais ceux ci sont bien pressés de repartir de là, exténués et rêvant à leur lit douillet dans leur hôtel club avec piscine et gentil animateur. Nous a la place on a une chambre avec vue sur la mer de Lybie et les jardins potagers du village, avec des poules scandaleuses qui gloussent et des tourterelles qui roucoulent langoureusement. Je laisse les autres s'entasser tous ensemble entre eux, ça nous fait plus de place !

mardi 15 juillet 2014

Le tour des Agios

Agios Georgios
J'ai dans mes affaires une carte de Gavdos que j'avais commandée sur internet il y a 5 ans, sur un site dédié et maintenu par des allemands. J'avais aussi acheté un petit livret avec des photos. Les choses ont bien changé depuis. L'an dernier est sorti le livre dont j'ai recopié la préface dans un précédent épisode. Et cette année j'en ai un vu un autre à l'épicerie de Sarakiniko avec en couverture une photo noir et blanc, reflét d'une époque ancienne qui semble pourtant toujours d'actualité. Le livre était sous cellophane, c'est dommage car s'il m'avait plu je l'aurais bien acheté. Pour ce qui est de la carte c'est en fait un agrandissement d'un truc plus petit sans doute trouvé quelque part dans un office du tourisme de Chania. 
Chemin pour Kastri
C’est tellement grossi que les inscriptions en sont floues. Mais cela suffit à avoir un bon aperçu de l'île avec les sentiers de randonnée détaillés. C’est ainsi que sans idée préconçue sur l'itinéraire du jour, j'ai décidé d'aller à Potamos par un nouveau chemin. Il suffit de prendre la route qui part juste avant Agios Ioannis et qui mène à Kastri en passant par l'héliport. Ensuite on trouve sur la droite, dans une vallée, un sentier qui mène à Pyrgos. Vers la fin faut tourner à gauche pour rejoindre les hauteurs au niveau d'Ambelos. Le sentier contourne ainsi les canyons infranchissables de Potamos. Après, c'est le circuit classique avec la descente infernale vers Potamos. Sur la carte cela n'a pas l'air si loin que ça. 
Agios Pavlos
A peine plus loin que de faire Sarakiniko-Trypiti, chose qu'on avait déjà faite l'an dernier. Étonnamment Pablo n’est pas contre l'idée. Je ne sais pas dans quoi je l’entraîne, c'est une grande première pour moi et je ne suis pas sûr que le programme ne soit pas trop ambitieux. Enfin, on verra !
Itinéraire inédit, nouveaux paysages ! La route vers Kastri s'engouffre dans une petite gorge verdoyante, devenant rapidement un chemin caillouteux. Une première chapelle blanche fait son apparition. C'est Agios Pavlos. Chaque chapelle dispose d'icônes du saint en question, toutes au motifs identiques qui ne divergent que par des teintes différentes. 
Agios Nikolaos
Il y a aussi des ex-voto à l'effigie du saint, en aluminium façon papier de chocolat. Agios Pavlos c'est Saint Paul. Je ne connais plus sa spécialité mais en général les icônes représentent les saints dans la situation qui les as rendus célèbres. A un moment il y a une bifurcation, non indiquée sur la carte. Cette carte ne se veut pas exhaustive et il y a des noms de plage et de lieux-dits qui n'y figurent pas. En gros, elle ne sert pas à grand chose. Mais c'est la mieux qui existe, le nec plus ultra ! Pablo affirme qu'il faut prendre à droite au motif que le chemin a l'air en meilleure condition. Il n'a pourtant pas la carte et ne sait même pas dans quelle direction nous allons aujourd'hui. 
Agios Ioannis et les Lefka Ori au loin
Pour moi ce serait plutôt à gauche. Mais c’est vrai que le chemin file vers Kastri alors qu'il devrait plus partir vers la mer. J'ai donc laissé Pablo aller là où il voulait, bien que convaincu que cela n'allait mener nulle part. A défaut, il y aurait toujours moyen de couper et de retomber sur ses pattes. Le maquis n’est pas une jungle impénétrable !
J'avais raison, le chemin ne mène qu'à l'héliport. Je sais au moins désormais où il se trouve, juste par curiosité. Car ce n’est ni plus ni moins qu'une dalle bitumée sur les hauteurs d'Agios Ioannis, entourée d'une clôture. Place donc maintenant à une balade en mode chèvre. Ça commence par passer entre deux plots de clôture affaissés. 
Agios Nikolaos
Pour l'orientation ce n'est pas très compliqué, il suffit d'aller vers Ambelos dont on voit la ferme plus loin en haut d'une colline. Ça a l'air très loin et Pablo commence à dire qu'on n'y arrivera jamais. En plus il me demande tout le temps par où je vais, qu’est ce qu'on fait, où est le chemin... Patience, je sais ce que je fais. Certes je ne connais pas mais mon sens de l'orientation ne m'a jamais trahi. En filant droit on devrait à un moment ou à un autre tomber sur le chemin pour Pyrgos. Pour ce qui est de filer droit c’est une expression car même si le maquis n’est pas très dense, il faut sans cesse contourner des bosquets de cyprès aux branches coupantes et des massifs de thyms et bruyères dans de la caillasse où l'on se tord les chevilles. 
Agios Nikolaos
Sans compter une ravine pleine de pins que j'aimerais bien traverser mais où je n'arrive pas à me frayer un chemin. A force de contourner, on prend la direction de Kastri, transformant mon raccourci en belle rallonge ! En plus, après avoir trouvé le moyen de franchir la ravine, on se trouve confronté à une clôture sans trou pour passer. On est en fait dans un enclos géant à chèvres ! Je trouve tout de même à passer de l'autre côté mais cette fois ce sont des falaises qui nous empêchent d'aller plus loin. Ce sont celles qui entourent la vallée qui mène à Pyrgos. Le chemin devrait donc être en bas. A force de marcher sur la crête à la recherche d'un moyen pour descendre on a fini par tomber sur une nouvelle chapelle, pile là où je pensais rejoindre le sentier. C'est Agios Nikolaos. 
La chapelle est cette fois différente, elle est toute de pierres ocres, de la couleur des roches alentour, façon chapelle byzantine. A l'intérieur on trouve des bouteilles d'eau avec un liquide jaune sans doute destiné à des onctions. Ça doit être leur eau bénite qui a dû tourner à la chaleur. La chapelle fait aussi office de cabanon ; on y trouve une table, une chaise, des balais. Sur la table dotée d'un napperon et d'un vase garni de fleurs en plastique se trouve dans un médaillon le dessin d'un illustre inconnu au sourire un peu niais. Dehors il y a des tables et bancs pour le pique nique. Mais de là où l'on se trouve, en haut de la vallée, le vent souffle si fort que je ne parviens même pas à sortir l'appareil photo de son sac en plastique dont je me sers de housse. Et le vent me pousse vers la chapelle. Au moins dedans on est abrité.
Agios Georgios
D'après la carte il devrait y avoir plus bas une autre chapelle, celle d'Agios Georgios. Avec le pseudo raccourci et les arrêts prolongés aux chapelles, cela doit bien faire déjà deux heures qu'on a commencé la balade. Quand je vois ce qui reste à marcher, je me dis qu'on n'y arrivera jamais. Pablo commence aussi à s'inquiéter. Quand je lui monte du doigt la direction à suivre à vol d'oiseau, il me dit que c'est trop loin, qu'après il faut redescendre vers Potamos, puis revenir, qu'on ferait mieux d'aller à Pyrgos. Il y avait bien une option pour le retour mais je n'ai pas creusé l'idée. En fait on est venu à Agios Ioannis en bus. Le type nous avait dit hier qu'il ferait un tour de l'île en fin d'après midi en passant par le phare. 
Ce matin j'avais bien envie de lui demander si c'était possible de rejoindre le tour au niveau du phare et à quelle heure. Ainsi pour le retour depuis Potamos, il suffisait de remonter à Ambelos puis de poursuivre un peu jusqu'au phare, ce qui nous épargnerait le trajet retour. L'idée était bonne mais je crois trop compliquée pour quelqu'un de Gavdos. Il y avait trop d'aléas. Déjà à quelle heure serait-il au phare ? Et puis dans quel sens il effectue son circuit ? Et si personne ne se pointe pour faire le tour de l'île, qu’est-ce qu'on fait ? C’est surtout ce dernier point que j'ai trouvé le plus critique. 
Agios Georgios
Connaissant l'attrait des indigènes d'Agios Ioannis pour sortir de leur plage, pas sûr que la formule du tour façon pépé dans un bus aux vitres sales face mouche. En plus il fallait se faire comprendre du chauffeur et surtout qu'on le comprenne. Bref j'ai jeté l'éponge aussitôt que l'idée m'a effleuré l'esprit. Sur ce coup Pablo n'a pas été d'une grande aide, me laissant gracieusement gérer la situation.
La chemin qui descend vers Pyrgos est très beau. On a une vue plongeante vers l'île de Gavdopoula à travers une forêt de pins au vert tendre avec la chapelle d'Agios Ioannis en haut de son mont en ligne de mire avec les Lefka Ori de la Crète qui barrent au loin la mer. 
C'est dans ce cadre enchanteur qu'on tombe sur la chapelle d'Agios Georgios, en bord d'une ravine, la même qui mène à Lavrakas. Il y a encore de l'eau par endroits et les jours fastes on peut même y admirer une cascade. Le lit du cours d'eau est plein de lauriers roses. En le parcourant j'ai aperçu un animal qui s'est précipité pour plonger dans une flaque entre deux lauriers. Je n'ai pas eu le temps d'identifier la bestiole mais c'était plus gros qu'un rat. Un castor ?!! Encore un nouveau paysage inédit de Gavdos. Décidément cette île me réserve encore plein de surprises. On est resté un bon moment dans ce coin frais et bucolique. 
Potamos
C'est à ce moment que j'ai commencé à envisager de ne plus aller à Potamos. Ce qu'on voyait suffisait amplement à occuper une journée et à défaut de plage le paysage est tout aussi superbe. Ça change. Et puis aujourd'hui la plage aurait été battue par les vents. De toute façon quand on décollé de là, j'ai continué à essayer de chercher la bifurcation pour Potamos, juste par curiosité, pour une prochaine fois peut être. En vain. Il faut dire, qui voudrait rejoindre Potamos depuis Agios Ioannis ? Si le chemin a un jour existé, il a dû retomber à l'état sauvage depuis. A moins qu'il ne faille suivre le lit de la ravine de la chapelle en remontant. Le cours d'eau semblait mener vers Ambelos. On ne saura jamais. Ou alors l'an prochain. C’est encore la recherche perdue de Potamos.

Pyrgos
Pyrgos
On a pique-niqué sous un pin dans la vallée, assis sur une racine. C'était l'un des derniers pins avant qu'ils ne deviennent rabougris à mesure qu'on se rapproche de Pyrgos pour laisser place aux cyprès. A défaut d'aller à Potamos, j'ai entraîné Pablo vers le point de vue sur la plage en continuant sur la corniche après Pyrgos. On est resté un long moment assis sur une pierre à contempler cette baie magique avec ses canyons surprenants. Après on a fini à Pyrgos, où en bas le vent soufflait bien moins, brisé par les falaises aux tons ocres. Je suis retourné au salon de beauté ! L'argile m'a fait office de crème solaire. Je suis resté une bonne partie de l'après midi comme ça, comme un rhinocéros. 
La taverne d'Agios Ioannis
Pablo me disait que je ressemblais à un de ces aborigènes d’Australie qui se peinturlurent avec tout un tas de boues claires. Pour être beau il faut savoir être moche !
On est rentré par la côte, par Lavrakas, pour prendre un pot à la taverne d'Agios Ioannis. Je tenais absolument à rendre les deux euros dont la serveuse nous avait fait crédit la dernière fois. Je lui ai dit que cette fois c'était la bonne, qu'on partait demain et que je ne reviendrais pas avant l'an prochain. Elle en avait la larme à l’œil et m'a serré dans ses bras en me glissant à l'oreille de faire un bisou à Sébastien quand je le verrai. Elle est d'Athènes et reste là jusqu'en Septembre. J'espère la revoir l'an prochain. 
A l'année prochaine, Agios Ioannis!
A la longue on s'était un peu apprivoisé. Même Ioannis avait l'air triste. Ce n'était pas commercial, je les ai trouvés vraiment sincères. Moi aussi j'avais l’œil larmoyant. Ça a été un beau séjour à Gavdos, plein de découvertes et de bonne vibrations. Une aventure de bout du monde à l'ambiance unique. Ça ne se décrit pas, il faut y aller pour se rendre compte. Mais surtout, de grâce, n'y allez pas. Je tiens à ce que l'île reste un trésor caché, une île mystérieuse et merveilleuse.

lundi 14 juillet 2014

Lakoudi

Le bus du vieux est en service. Horaires de haute saison sans doute. Ainsi on peut rejoindre Korfos sans avoir à faire le trajet à pied ou en scooter. Par contre le vieux est à la retraite. Je l'ai croisé à une taverne mais apparemment il ne conduit plus. Il n’est peut être plus en état. Tout comme le bus du reste. C'est donc le conducteur de Gavdos Tours qui a pris la relève. Je le vois invariablement conduire tous les bus de l'île. Sauf le vert. Un long et sale d'un autre âge qui fait de la concurrence à Gavdos Tours mais que je n'ai jamais vu partir pour une raison précise. Je le vois à Sarakiniko ou Agio Ioannis mais toujours arrêté. 
Peut être qu'un type s'en sert comme voiture. A Gavdos, il ne faut s'étonner de rien, tout est possible.
On ne savait pas vraiment où aller ce matin mais c’est en prenant le petit déjeuner chez Gertrude qu'on a vu le mini-bus passer. Étant donné que le vent souffle toujours du nord-ouest, en allant à Korfos il y avait plus de chances d'être abrité par là bas. Je suis allé voir le chauffeur pour savoir s'il allait repasser par là. Il fait un saut à Agios Ioannis puis revient dans la foulée, d'ici une demie-heure. C'est parfait, ça laisse le temps d'acheter quelques victuailles à l'épicerie de Sarakiniko. Ils n'ont plus grand chose. 
Il faut dire qu'il y a de plus en plus de monde, les gens descendant à présent à Sarakiniko en nombre pour camper. Il faut donc compter sur les réapprovisionnements à chaque bateau. Il y a un camion qui passe tous les jours et qui fait un trafic de chaises et de pastèques que je ne comprends pas très bien. Il fait le tour de l'île, je le croise partout. Il a un haut parleur dont il ne se sert pas. Je pense qu'il sert à délivrer du matériel aux tavernes. Mais dans ce cas pourquoi y a-t-il autant de chaises toujours à bord et de plus en plus de pastèques qui débordent du pick-up ? Un mystère gavdosien de plus !
Le bus pour Korfos est devenu notre bus privé. Il n'y a que nous à bord. A 1 euro le ticket, ça doit à peine couvrir le prix de l'essence. Pas sûr que la navette soit rentable. Si on peut parler de navette. Il n'y a pas d'horaires, le seul qu'on connaisse c’est le premier et le dernier. 10h30 et 18h. Le reste du temps le machin reste scotché le long de tavernes, à prendre la poussière. Je ne sais même pas comment le conducteur fait pour voir à travers le pare-brise. Question vitesse il ne faut pas être pressé non plus, c'est qu'il faut ménager l'engin. Ou le conducteur.
A Korfos quelques tentes ont fleuri sous le spins depuis la dernière fois. 
Alors, côté destination, on fait quoi ? Trypiti ou Lakoudi ? Ou les deux ? Pablo serait bien partant pour faire les deux. Mais avec Sébastien le timing avait été un peu short. En une journée ça se fait mais on n'a pas le temps de faire grand chose. Si on veut voir Lakoudi sous son meilleur jour il vaut mieux commencer par là. Mais cela oblige à continuer après et à avoir plus à marcher au retour. Il faut être motivé. La chose était donc entendue, nous allions passer la journée à Lakoudi. En plus il y aura moins de monde qu'à Trypiti. Dès qu'il y a plus que nous, ça devient insupportable ! Pour Lakoudi, suivez le guide, je connais le chemin par cœur. 
Et le raccourci pour y arriver pareil. En revanche pour ce qui est de la descente dans le ravin, ça je ne peux rien y faire. Mais la balade est bien plus agréable avec le vent qui permet de ne pas trop transpirer. On peut s'autoriser des virées aux pires heures, chose qui aurait été impensable il y a peu.
Il n'y avait personne à Lakoudi. Le seul cyprès près de l'eau qui offre de l'ombre était donc libre. La plage est bien différente par rapport à la dernière fois. Il n'y a pas de vagues ce qui rend la plage bien plus grande et donne la possibilité de visiter la dernière plage. En plus en pleine journée, les couleurs sont au mieux de leur éclat. 
Lakoudi est une plage de couleurs intenses, c’est pour ça que je l'aime. Entre ses falaises de craie, le bleu turquoise intense de ses eaux, ses galets bariolés et ses rochers roses, le cadre est fabuleux. A Gavdos ce que j'aime c’est cette diversité. L'éventail des paysages est très varié, aucune plage ne se ressemble ni même l'intérieur. L'île n’est pas bien grande mais il y a toujours un truc à découvrir, un lieu différent. C'est une île qui se mérite, qui demande qu'on s'en imprègne et c'est alors que ses richesses s'ouvrent dans toute leur splendeur. Celui qui a peu de temps, qui ne reste que quelques jours n'en verra pas grand chose. 
Il en sortira avec le sentiment qu'il n'y a rien à faire. C'est comme ils ont inventé une formule aberrante à Sfakia qui a pourtant ses adeptes les week-ends : la sortie à la journée. Imaginez plutôt : vous quittez Sfakia à 8h30 pour arriver à 11h30. De là vous aurez quartier libre jusqu'à 14h30 avant de prendre le bateau qui vous ramènera à bon port en fin d'après midi. Ils font un prix spécial pour cette formule. Temps libre sur l'île : 3 heures. Mais 6 heures sur le bateau ! Ça fait sans doute une sortie pour les habitants de Chania. Dimanche dernier le bateau était plein de familles sans bagage avec des gosses qu'on ne pouvait plus tenir et dont l'excitation du début de la traversée avait laissé place à des crises d'ennui.
On pensait être abrité à Lakoudi, que nenni ! Pourtant la plage est en bas d'une falaise dont on descend par des marches en blocs de pierre mais le vent arrivait à s'engouffrer là dedans en tornades. Malgré cela l'eau était étonnamment calme, ce qui m'a permis d'aller explorer la plage et de prendre des photos inédites par rapport à la dernière fois. Derrière, en suivant le lit d'une rivière asséché on trouve plusieurs emplacements où l'on peut camper mais qui servent plutôt d'aires de pique nique. Des bancs et des tables en galets ont été construits, de même que des foyers garnis d'une grille rouillée pour faire des barbecues. 
Question végétation, ce ne sont que des cyprès bas où l'on s'écorche si l'on passe trop près. Je me suis encore scalpé le haut du crâne ! Des branches sont suspendus des mobiles de galets qui pendouillent au bout de ficelles. Pour décoration j'ai trouvé aussi un galet tout blanc, tout lisse et d'un rond parfait. Une pleine lune qui tient dans le creux d'une main. Ici aussi il y a de quoi se faire un salon de beauté. Les falaises derrière sont de toutes les couleurs. Des filons rose ou violet côtoient d'autres un peu vert. Un endroit de plus à la géologie délirante. Vous amenez ici un géologue, il ne repart pas avant une semaine !
Comme on est arrivé tôt à Lakoudi on a décidé de rentrer pour chopper la navette de 18 heures à Korfos afin de nous épargner une longue marche jusqu'à Sarakiniko. La plage de Korfos était complètement abritée du vent et quelques personnes étaient encore là à profiter des derniers instants avant que le soleil ne disparaisse de l'autre côté de l'île, au delà de Vatsiana. Des pensionnaires des pensions avoisinantes car on était encore les seuls dans le bus. Ce n’est plus un bus, c'est devenu notre taxi. Le chauffeur, tout content d'avoir quelque chose à faire nous a même fait la pub pour le programme du lendemain. Il propose une excursion au départ d'Agios Ioannis et Sarakiniko à partir de 18h30. Destination Kastri, le phare, Ambelos et Vatsiana. S'arrêtera-t-il à la ferme cauchemardesque ? Pas sûr ! Pourtant il faudrait l'inscrire en tête de liste des lieux à ne pas rater à Gavdos !

dimanche 13 juillet 2014

Salon de beauté à Pyrgos

Hier, destination Sfakia. Ou comment contourner les Lefka Ori. Ça replonge trois semaines en arrière quand je suis arrivé en Crète. Mais je ne rentre pas, je refais un tour. Il me reste encore deux semaines ! Chic ! Il faudra un jour que je tente la descente des gorges d'Imbros qui arrivent à Sfakia, Le bus y marque un arrêt. C'est une alternative à Samaria, moins fréquentée et moins longue car la randonnée ne nécessite que quelques heures contre 5 heures et 17 kilomètres pour Samaria. La route qui descend le long de la gorge vers Sfakia est toute en lacets. Le spectacle est toujours aussi impressionnant, je ne m'en lasse jamais. 
Sfakia
C'est si haut et le bus est si près du vide qu'on a l'impression d'être en avion. Et plus loin on voit Gavdos ! L'île n'a pas bougé, elle m’attend ! Par contre ils ont changé les horaires du bateau. Il est désormais impossible de le prendre au saut du bus, le bateau partant à 8h30. On est donc resté à Sfakia pour la nuit, profitant de la journée pour aller à la page d'Ilingas, à la sortie d'une gorge du même nom.
Le vent souffle à nouveau très fort, cette fois de sud ouest. Il y a moins de vagues que la fois de la tempête à Gavdos mais on ne tient pas sur la plage. Bien que ce soient des galets, des bourrasques vous fouettent le visage et tout s'envole. En fait depuis cette fameuse tempête tout a bien changé. 
Sarakiniko
Il fait beaucoup moins chaud et le vent souffle presque tous les jours, amenant quelques nuages avec lui. Je n'avais encore jamais vu ça en Crète, tout se détraque. J'étais un peu inquiet pour le bateau du lendemain. Heureusement le vent a faibli dans la nuit de sorte qu'on a bien pu embarquer pour Gavdos. Ouf ! Cette fois le trajet est direct, pas d'arrêt à Loutro et Agia Roumeli. C'est ça de gagné ! Du coup on est arrivé à Gavdos vers 11 heures. Le bus nous attendait. 1,5 euros pour Sarakiniko. On a une belle chambre chez Gertrude, juste derrière la plage. Elle nous a gardé la dernière du bâtiment, comme je lui avais demandé. J'avais repéré ça sur les photos. 
Une autre boutique de souvenirs au milieu de nulle part!
C'est la n°7, la mieux qu'ils aient. C'est presque un bungalow indépendant. Il y a des fenêtres sur trois côtés et de l'autre la salle de bain fait séparation avec l'unité voisine qui de toute façon n'est pas louée. C'est très bien.
De là on est parti pour Agios Ioannis, question d'aller dire bonjour à Ioannis et la serveuse blonde à qui j'avais promis de revenir. Ils étaient tout contents de me voir. La serveuse n'arrêtait pas de sourire, elle m'a serré dans ses bras en me faisant la bise. Elle me touchait l'épaule chaque fois qu'elle passait près de moi en signe d'amitié. Elle m'a demandé des nouvelles de Sébastien et nous a offert une bière. Pour l'addition elle était en rupture de pièces, aussi on a un crédit de 2 euros qu'il faudra honorer avant de quitter l'île. 
Sarakiniko
Comme quoi, il y a bien un problème de trésorerie sur cette île. Quand tout se paye en liquide et avec des gens qui viennent de Crète pour plusieurs semaines les poches pleines de billets, je me demandais comment ils faisaient pour arriver à toujours rendre la monnaie. Au fait pour l'anecdote, à Sfakia le distributeur était hors service : plus de billets. J'avais bien fait de tirer de l'argent à Chania. Conseil à ceux qui vont à Gavdos et voudraient tirer de l'argent au dernier moment avant de prendre le bateau : méfiance !
Avec le vent qui souffle, impossible de rester sur la plage d'Agios Ioannis. On n'a même pas essayé, on a tracé direct jusqu'à Lavrakas. Ça commence à faire une petite trotte quand on vient déjà à pied depuis Sarakiniko. 
Le salon de beauté
Et après un bain et une petite sieste à l'ombre d'un cyprès, j'ai entraîné Pablo vers Pyrgos. Il ne se rappelait plus être déjà allé sur cette plage, aussi je me devais de lui rafraîchir la mémoire. Il y avait quelqu'un sur la plage. Il avait installé son parasol pile là où j'avais l'habitude de me mettre. Un vrai scandale ! En crapahutant un peu dans les rochers, on peut s'enduire d'une poussière orangée, un genre de sable issu de l'érosion de la falaise. Pablo s'en est enduit tandis que j'ai direct filé au salon de beauté. Il y a un endroit où l'on trouve un filon d'argile. Soudainement les strates oranges deviennent vertes. La géologie s'en est donnée à cœur joie. Et entre deux flaques il y a un rocher qui ressemble à un carrelage, tout vert. 
Agios Ioannis depuis un village abandonné
Il devient extrêmement glissant une fois mouillé. Il suffit de s'accroupir, de s'asperger d'un peu d'eau puisée dans la flaque alimentée en permanence par la mer et de se saisir d'un morceau d'argile qui n'attend que ça. Ensuite il faut s'en servir comme d'un savon. Ce n'est pas plus compliqué que cela. On s'est ainsi passé la pierre d'argile de mains en mains, en s'aidant pour s'en mettre dans le dos. En séchant on est devenus tout verts et la peau tirait. C'était presque impossible de marcher. On aurait dit deux extraterrestres et l'autre personne sur la plage a dû bien rire en nous voyant revenir. Un vrai soin qui en France vaudrait bien dans les 50 euros. Ici c'est offert et c’est en plein air dans un cadre somptueux. Ça fait partie des trésors cachés de Gavdos !
Après cette séance bien-être, on est allé à la chapelle d'Agios Ioannis à travers maquis, cyprès et autres arbustes qui vous éraflent au passage. Pablo a fini en sang ! Car il n'y a pas de chemin pour grimper là haut depuis Lavrakas. Il faut tracer d'instinct, en gardant la chapelle en vue. Il y a quelques détours à faire pour éviter des bosquets et des ravines mais on finit par y arriver. Je devrais me reconvertir en guide de Gavdos. En fait c'est moi Gavdos Tours ! Il y avait quelqu'un là haut plongé en pleine méditation, assis en tailleur face au soleil qui n'allait pas tarder à se coucher. Il ne nous a même pas entendu arriver. Il faut dire que depuis la chapelle le paysage est saisissant et vous transpose dans un monde de sérénité qu'on a envie de laisser entrer en soi. Sans doute l'influence de la chapelle. Pour la descente, c'est désormais « fingers in the nose ». Depuis que j'ai découvert la voie, on arrive direct à Agios Ioannis. Pour terminer la descente il suffit de se laisser entraîner par la gravité depuis le haut d'une dune.

lundi 7 juillet 2014

Au revoir Gavdos

Karave
Ça me rend triste de quitter Gavdos même si j'y reviens dans six jours. Hier, l'allemand m'a invité à boire un cappuccino à côté de sa tente. Plus zen que lui c'est pas possible. Sa tente ne ressemble à rien, elle a trop baroudé, partant en lambeaux. Lui aussi a dû en parcourir des endroits. Ça fait 20 ans qu'il vient à Gavdos. Il est bien installé, je ne l'ai jamais se vu se préparer à manger mais il a un beau réchaud qu'il a abrité du vent par des pans de carton. C'est d'un sachet en plastique décoloré par le soleil qu'il m'a sorti une cuillère à soupe de poudre qu'il a mélangé à l'eau bouillante. Comme il n'avait qu'une tasse il a bu à même la gamelle. Le geste me fait chaud au cœur. Il faut trois fois rien pour faire plaisir et je suis sûr qu'il était content aussi de parler avec moi même si son anglais est très hésitant et que je décrochais par moments. 
Agia Roumeli
Des voisins comme ça j'en veux tous les jours. Jamais un bruit, pour un peu on dirait qu'il n'est pas là. Il rentre en Allemagne de l'Est dimanche. Tout a une fin. Ce matin je lui ai dit au revoir. Il est parti à poil en sac à dos, direction le phare. Tout un périple pour voir un phare hors service. Mais c'est la balade qui compte, pas le but, ça l'occupe. J'ai regardé il a tout un tas de magazines dans sa tente. Il va falloir que je me rachète une liseuse de livres électroniques pour mes deux mois en Thaïlande. Au bout de deux semaines à Gavdos je trouve déjà le temps long alors...
Le vendeur de pain improvisé qui fait sa tournée en danse d'abeille a changé de formule. Ce matin, il propose des sandwichs. Il a dû se dire que c'était plus vendeur qu'un pain à moitié rassis qui a été à la chaleur toute la journée. Malheureusement le pauvre n'a guère plus de succès. Avec moi il n'essaye même plus, il a fini par me reconnaître, il me dit juste « kalimera ». 
Hier soir il y avait un concert à la taverne des pirates. Il y avait foule, pas une table de libre, et des groupes de dizaines de personnes débarqués du jour. Comme ça faisait deux jours que le bateau n'était pas venu, forcément ça a amené beaucoup de monde d'un coup. Il est temps que je parte. Ça devient à présent trop peuplé et bruyant, avec de plus en plus de chiens qui se baladent entre les tables en se reniflant le cul. Pour le concert c'était un des pirates aux dreadlocks aux fesses qui jouait de la guitare. Trois accord par ci par là, toujours les mêmes. Le chanteur lui aussi chantait toujours pareil, des espèces de vocalises arabisantes qui n'ont aucune mélodie. On sait quand ça commence mais jamais quand ça s'arrête. Ça vient d'un coup d'un seul sans avoir vu de différence de tout le morceau. Après les applaudissements, bien encouragé, il remet ça, sans que je puisse savoir si c'est un nouvel air. Au bout de deux heures de ce traitement tu deviens fou. Ça a commencé à 16h30. Quand je suis parti à 22 heures, il chantait toujours. Parfois il s'arrête pour prendre un verre de raki, c'est tout. Jamais aux toilettes, il doit avoir un seau à ses pieds. La blonde m'a demandé si j'avais aimé. Je crois qu'il faut être initié pour aimer la musique traditionnelle grecque. Ou avoir fumé quelque chose avant...
Fort turc d'Agia Roumeli
Sur le bateau pour Agia Roumeli j'ai croisé Richard, un type de Manchester qui travaille à l'université. Il repart ce week-end et prend un drôle d'air quand il en parle. Il faut dire Manchester ça ne fait pas rêver. Je ne comprends même pas que des gens puissent y vivre, dans le froid, la grisaille et la pluie. C'est peut être pour ça que c'est un original. Je l'avais remarqué les autres jours sans savoir que c'était lui. Il est toute la journée sur une planche de surf, debout à pagayer. Il a fait le tour de Gavdos ainsi. Il dormait à Potamos et prenait sa planche pour aller se ravitailler. Plus pratique que par le sentier ardu. Par contre il s’est fait prendre dans la tempête de ces derniers jours et a été contraint de dormir à Lavrakas, ne pouvant retourner sur Potamos à cause des vagues. 
Ma tente à Agia Roumeli
C'était un prisonnier de plus. Il vient très souvent en Crète, il a aussi parcouru le trajet que j'ai fait à pied l'an dernier de Sfakia à Paleochora. 50 bornes. Mais lui par la mer, toujours avec sa planche. Il a même poursuivi sur Elafonissi, 20 kilomètres plus loin. Un infatigable. Enfin, sur le bateau il a fait la sieste tout comme moi. Ce soir il m'a proposé d'aller prendre un verre dans Agia Roumeli. On ne s'est donné ni heure ni endroit mais vu le monde qu'il y a le soir venu, ce ne sera pas très dur de se trouver.
Pour finir, je laisse le mot de la fin à Chrisostomos Stefanakis, qui, dans la préface de son livre de photos « Gavdos - The emerald of the Greek South », décrit très bien ce que cette île a de fascinant et d'ensorcelant. Personne ne vient là par hasard. Et tout le monde y revient une fois qu'il y est déjà allé...
« The album – guide you are holding in your hands, is a small tribute to a piece of land, which is rare and unique and which affected my emotions, and attracted me like a magnet, since the first time I visited it.
I visited the island for the first time as a common traveller in the 1980's. Leaving the place, something deep inside pushed me to come back. I was lucky enough to come back to it a decade later. So, in the 1990's, I was given the opportunity to visit the island twice. First in 1995, on the occasion of publishing a small scrapbook, issued by an Athenian editor at that time. Then in 1999 for the needs of a publication in Candia journal, 6th issue August – September 1999. Through endless hours of walking and searching, I was lucky enough to get to know the island entirely. There was always something which made me go back. I managed to visit the island again in September 2011.
The journey round the island, during my visits, was fascinating ! The change of the scenery and natural landscape was evident on each step. The first time I had seen a neglected island, without any infrastructure and any means of transport. Fortunately, as I realized during my last visit, the modern civilization had not spoiled the greatness of its simplicity. It remains intact even today, ready to welcome and get to know the travellers.
Ever since I first visited the island, I was fascinated ; I was tied to it, just like another Ulysses. For years I was turning over in my mind the idea of creating something, which I could share with the rest of people in the whole world : my love and admiration for this place, which was getting stronger and stronger. To offer all those pictures my eyes admired, the shots of a special world, through my own lenses.
Get indulged in the pages that follow. Feelings cannot be transferred ; each one of us has their own way of perceiving things, so they are unique. Try to awaken your feelings, enjoy the fragrance of the place, the colours and its magic. Besides, magic is not something that can be described. Man can only feel, understand and experience it.
Who wouldn't like to find this earthly paradise ? To be carried away form the everyday routine, known up to now, as the well-known bustling cultutre, to a dreamy place, which generates diverse and unique feelings to its guests... The only thing that someone has to do, is travel to Gavdos. An island full of trees, such as pines and cedars, either one close to the other or in small forests standing on their own, in places, where human mind cannot imagine. Green makes its presence felt at every step and comes to tie seamlessly with the blue, creating a unique blend. The breathtaking beaches, covered in endless golden sand and crystal clear waters.
It is a place that radiates a mysterious energy and can either keep someone calm or charge him emotionally with countless feelings. It's an island which blends someone with invisible shakles. And that's not an exaggeration.
In recent years, Gavdos has become more popular mainly through the media and attracts countless visitors worldwide. However, although it is a most popular destination, it still retains its isolation, its tranquility and serenity, which made it so special in people's heart. There are some tourist facilities on the island, developed recently, while most of the travellers are campers, who, in their simplicity, want to experience a different lifestyle. The truth is that, anyone who comes once to Gavdos, will feel the desire to come back over and over again. It is as if they took a silent oath, a secret deposit of the soul. »
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