Il y a une biodiversité
exceptionnelle au Costa Rica comme nulle part ailleurs. A chaque instant on entend
de drôles de râles émerger de la jungle. C'est entre le cochon
effrayé et un lavabo bouché qui se gargarise en se vidant. Le son
est très fort et ça fait presque peur, surtout quand on se balade
en pleine nature et qu'on entend ça caché dans la jungle à deux
pas de soi. On verrait un gorille sortir de là et nous emmener sous
le bras. Je ne sais pas ce que c'est comme bestiole car on ne la voit
jamais. Mon guide dit que des singes hurleurs sont communs au Costa
Rica. Je suppose que ce doit être eux. Le coin que j'ai déniché à
Samara pour la nuit est en bord de plage, sous des cocotiers et je
n'entends que ces bestioles et le bruit des vagues.
Parfois un cheval
vient se frotter à la voiture. Il y a une maison pas très loin où
le propriétaire laisse ses chevaux en liberté. Apparemment ils ne
prennent pas la fuite. Je suis très bien dans mon 4x4 camping-car.
Parfois j'hésite à aller dans un gîte mais même si l'on m'offrait
la nuit, je ne suis pas sûr que je préférerais y aller. Peut être
pour la douche, c'est tout. Dans le village il y a toujours quelque
chose de pas idéal. Un bar plus loin qui distille de la musique, les
chiens des voisins qui aboient ou un chemin à proximité où passent
de bruyants véhicules. Avec ma voiture, je me mets à l'écart, où
je veux.
Samara est un repère de
jeunes américains en sacs à dos qui arpentent les rues pieds nus et
en débardeur, le plus souvent avec une bière à la main.
En fin
d'après midi ils se retrouvent en clan au bar-restaurant Lo que Hay
où j'ai pris l'habitude de dîner. Quand je vois qu'au premier dîner
j'en ressors sans être malade, ça me pousse à y revenir le
lendemain. Pourquoi multiplier les restaurants et les risques d'en
trouver un qui nous file une tourista ? Quoique ce système a
ses limites car à Manuel Antonio j'ai eu une intoxication à El
Wagoon alors que la première fois tout s'était bien passé.
Comme les touristes
circulent au Costa Rica en bus, ils restent à proximité du village.
Ça me va très bien. Ainsi j'ai retrouvé aujourd'hui Playa Carrillo
quasiment déserte.
Cette plage étant à 5 kilomètres de Samara il
faut être véhiculé pour y venir. La baie ressemble à celle de
Samara, le village en moins. Aussi les gens ne voient pas l'intérêt
d'y venir. Il y a bien quelques touristes mais c'est un autre public.
Des retraités, des gens seuls, ou encore des allemands qui préfèrent
résider dans les quelques pensions sur les hauteurs plutôt qu'à
Samara. Ils ont bien raison. Pour poser sa serviette on a l'embarras
du choix. Les cocotiers offrent une ombre idéale mais qui ne dure
pas. Comme le feuillage est étroit, il faut fréquemment déplacer
sa serviette pour retrouver l'ombre du cocotier. Il y a pire comme
souci ! Et puis on peut toujours aller piquer une tête dans
l'eau, incroyablement chaude.
J'aime beaucoup ce coin.
Pour l'instant avec Manuel Antonio c'est mon préféré. Avec la
proximité de Samara parfaite pour y trouver un supermarché et des
restaurants le soir, le coin offre tout ce qu'il faut. La plage a
aussi des tables de pique nique en béton plus ou moins décrépi où
l'on peut déjeuner sous les cocotiers, à deux pas de sa serviette
et de la voiture. La partie sud de la plage est certainement la plus
jolie. Elle se termine par une rivière avec une cocoteraie plus
large où les arbres se courbent au dessus du sable. C'est la carte
postale rêvée de la plage tropicale. Tandis que je me faisais à
manger il y avait des gens agités sur le pont au dessus de la
rivière.
Un type m'a fait signe de venir. Apparemment ils avaient dû
voir quelque chose. Peut être un de ces mystérieux singes hurleurs.
J'ai donc pris mon appareil photo pour voir ce qui se tramait. A la
place de singes, c’est un truc monstrueux que j'ai trouvé. Un
crocodile. Et pas qu'un mais deux ! Tranquillement en train de
patrouiller dans la mangrove, lentement et en silence, avec juste un
œil qui sort de l'eau. Pour un peu on pourrait les prendre pour des
troncs d'arbre morts en train de dériver. Ils devaient bien faire
plus de trois mètres de long et encore on n'en voit pas tout. Avec
cette petite agitation autour du pont, les gens qui passaient se sont
tous arrêtés n'importe comment plus loin pour venir voir ce qui se
passait.
Ainsi il y a des crocodiles au Costa Rica. C'est une donnée
qui change tout. Je comprends mieux pourquoi il n'y avait personne
dans mon coin situé à moins de 100 mètre de l'embouchure de la
rivière. Un des crocodiles a disparu sous le pont, prenant la
direction de la mer. Les gens s'attendaient à le voir réapparaître
de l'autre côté mais on ne l'a jamais revu. Il a dû plonger dans
les eaux troubles pour aller ailleurs sans se faire repérer. Du coup
la baignade qui a suivi a été un peu moins détendue. Avec ce
crocodile qui a disparu des écrans radars, il pourrait lui aussi
très bien décider de prendre un bain de mer pour se changer des
eaux de mangrove.
Je ne sais pas si ça leur arrive de patrouiller
comme ça vers l'embouchure. Je surveillais donc ce qui pouvait venir
sous l'eau. Comme je suppose que ces bestioles ne préviennent pas
quand elles arrivent et avec l'image de dents bien acérées que je
venais de voir, ça m'a fait sortir de l'eau où je ne sentais
bizarrement plus en sécurité.
De retour sur Samara,
c'est un gros écureuil bariolé qui a traversé la route avant de me
regarder depuis une branche. Un bel écureuil orange rayé de blanc
et de gris. Je me suis arrêté illico sur le bas côté mais il
avait pris la fuite dans la jungle. En revanche j'ai vu dans le même
arbre des perroquets tout verts occupés à jacasser.
Ils vivent en
colonie, se posant dans les arbres tous ensembles avant de repartir
dans un autre coin. Je les avais déjà vus de loin à Manuel Antonio
sans réussir à les prendre en photo. Ils sont marrants, on dirait
qu'ils sont sortis d'un dessin animé avec leur touffe orange en haut
de la tête et des yeux cernés de jaune qui leur donnent un regard
hypnotisant. Lorsqu'une plage parfaite se conjugue avec des plantes,
des fleurs et une faune qui ne demande qu'à être découverte, on
n'est pas loin du paradis tropical, non ?









Extraordinaire, ton aventure au Costa-Rica que je trouve toute éblouissante. Merci de l'avoir partager, tout en évoquant de sublimes photos dignes d'un poème.
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