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jeudi 14 mai 2015

Au revoir la Graciosa !

Playa Francesa
Pour mon dernier jour j'aurais attendu un peu plus d'effusion de sentiments de la part de la Gracieuse mais la météo en a décidé autrement. C’est le retour du vent qui rend fou et qui déracine les buissons morts qui roulent au vent. Dans ces conditions, la baignade n'est plus de mise. Ni la plage d'ailleurs. Même mon endroit de refuge derrière un muret montre des faiblesses. J'ai passé l'après midi là, blotti contre les pierres qui laissaient passer le sable qui me pleuvait dessus s'immisçant partout, le nez, les oreilles, la bouche. Des gens ont squatté l'abri où je passe la nuit. Pas étonnant, j'y ai mis tout mon savoir faire. De grosses pierres plates posées les unes au dessus des autres en quinconces comme des briques, avec de petits cailloux pour boucher les interstices. 
Mon abri de nuit
Enfin, j'ai débarrassé le sol des pierres qui restaient et labouré pour attendrir le sol tassé par les rochers à l'aide d'une pierre anguleuse. Que de travail ! Mettez un toit et vous avez presque une maison. J'espère juste que quelqu'un n'en profitera pas pour chier derrière. On ne pourra pas dire que je ne fais rien. Si ça c'est pas un boulot ! Je crains que quelqu'un qui passe devant en profite pour y déménager sa tente. Mais je l'ai jouée tactique. Il y a juste la largeur d'une personne et aucune tente ne peut tenir dedans sauf à en avoir une comme la mienne. Du reste, beaucoup ont jeté l'éponge et se sont rabattus en fin de journée sur des pensions. Le camping s'est vidé mais les gens sont toujours là, je continue à les croiser le soir dans les ruelles balayées par le vent. 
J'ai repéré un certain nombre de pensions, pour les prochaines fois, au cas où je reviendrais avec quelqu'un n'aimant pas camper. J'ignore les tarifs mais voici quelques noms : evitabeach.es (les mieux, directement au bord de l'eau, mais sans doute les plus chers), graciosamar.com (dans la rue juste derrière), apartamentoslapardela.com (encore un peu plus derrière), pension enriqueta (qui fait aussi restaurant) mais aussi des hébergements gérés par la compagnie maritime lineas-romero.com. Pour compléter le guide de l'île, j'ai trouvé une carte sur un panneau au bord du port, bien détaillée avec tous les noms et que j'affiche ici en résolution supérieure. 
Il y a aussi une maison d'informations située dans la rue de la bocateria, mais elle est toujours fermée et se contente d'afficher une carte et la météo plus ou moins à jour sur des panneaux vitrés à l'extérieur. Dommage, je serais bien reparti avec une carte comme celle que m'avait donné la loueuse de vélos, mais dans une autre langue que l'allemand !

Pour ma tournée d'adieux, j'aime retourner sur mes lieux fétiches pour m'en imprégner une dernière fois, vent ou pas vent ! Ça tombe bien, ce matin la marée haute a rempli le lagon de Playa del Salado. De quoi prendre de nouveaux clichés, même si le vent a créé un voile atmosphérique qui rend le ciel moins bleu. De plus, il y a des contours de la Lanzarote qu'on ne voit plus, noyés dans la brume. Ça n'empêche pas d'aller voir Playa Francesa toute proche, abritée par un cap qui tombe à point et qui permet à quelques voiliers d'y passer la nuit. Ou plusieurs, à l'instar de l'un d'entre eux qui bat pavillon allemand depuis plusieurs jours.  
Seulement, c'est la portion que tous les touristes du catamaran « I Love la Graciosa » envahissent de 13 à 15 heures. Même avec ce vent le catamaran est de sorti, bien qu'il avance au ralenti. Tout le monde doit y dégobiller à bord. D'ailleurs on n'entend pas aujourd'hui de la musique en sortir, sans doute que l'humeur ne doit pas y être à la fête. En plus il y en a un qui s’est fait emporté par le vent sur son kayak. Perdu au milieu de l'océan, je me suis demandé ce qu'il faisait là avant qu'un hors bord ne vienne le récupérer. C'est que pour que ce petit monde ne s'ennuie pas sur cette belle plage qui se suffit pourtant à elle même, ils amènent par un autre bateau des installations avant que le catamaran ne débarque. 
C'est un des serveurs du restaurant où je dîne qui s'y colle. Et vas-y que je te gonfle un genre de ponton flottant qui fait office de trampoline avec toboggan intégré ! 
Comme je m'en vais demain je suis un peu inquiet de rester en rade, bloqué sur l'île. Il paraît que ça arrive. J'ai scruté les allers et venues des bateaux, tous ont circulé comme si de rien n'était. Le vent va souffler encore jusqu'à samedi selon la météo. Demain, ça ne peut pas être pire. Mais sait-on jamais. Lassé de manger du sable derrière mon abri, j'ai préféré aller m'enquérir de la chose en fin d'après midi au port, à savoir s'il y avait un risque d'annulation des ferrys. 
« Nooo ! », me dit-elle derrière sa vitre, étonnée de ma question. Ce serait Gavdos, ça ferait pourtant belle lurette que l'île serait coupée du monde. Pas ici. Il faut dire que leurs bateaux sont un peu mieux étudiés. Ils sont plus petits et la coque est en deux parties, trouée au milieu, comme si le ferry avançait sur deux flotteurs. Un peu à la façon d'un catamaran. Pas d'inquiétude donc pour demain...

mercredi 13 mai 2015

Le nord de l'île

Les températures continuent sur leur lancée. Après les « que frio !» des dernières nuits les locaux en sont à « que calor ! ». Bref soit pas assez, soit trop, mais jamais comme il faut. Qu'à cela ne tienne, c'est la journée idéale pour aller voir cette fameuse plage du nord de l'île, la plus éloignée du village d'entre toutes, et donc la moins visitée. Pour cela, je suis allé sur le port pour louer une bicyclette. Ce n'est le choix qui manque, il y a plusieurs sociétés qui descendent leurs vélos sur le port tous les matins. Mine de rien, c’est un sacré boulot. Ils descendent en pédalant avec un autre tenu à côté à bout de bras. Ils font ainsi des allées et venues tous les jours, vélo par vélo et rebelote le soir. 
J'ai choisi une société qui a des vélos avec un panier devant pour y loger mon fourbi. Si le périple peut au moins pour une fois me soulager les épaules et les mains...
La première compagnie qui est passée par là sera la bonne. La vendeuse, rompue à la vente, a tout de suite repéré que je lorgnais du coin de l’œil des vélos, l'air de rien. Elle m'a d'emblée proposé un des siens. Question formalités, il vaut mieux louer un vélo qu'une voiture ! Juste un papelard où l'on met son nom et où l'on signe. Pas de coordonnées à saisir, pas d'empreinte de carte bleue, rien, roule ma poule ! « Vous n'aurez qu'à le laisser là en fin de journée – A quelle heure ? – Les journées se terminent à 19 heures ». 
C'est parti!
Sur quoi, elle m'a remis un plan de l'île - en allemand ! - en me conseillant d'aller faire un tour de pédales au nord de l'île. Il va faire très chaud, me prévient-elle, aussi il faut bien mettre de la crème et boire beaucoup. A ce titre, il faut faire le plein au village, sur les plages là bas, il n'y a pas de facilités. Merci, je suis au courant, c'est d'ailleurs bien pour ça que je suis ici. Avec tout ça on en aurait oublié de payer ! C'est combien ? Elle aurait pu me dire le prix qu'elle voulait maintenant que l'affaire était conclue et que rien n'est affiché. Mais elles est honnête. 8 euros pour la journée, c’est correct. Je l'ai joué tactique, pressant le pas à l'approche d'un ferry chargé de touristes qui s'apprêtait à accoster. J'ai ainsi gagné du temps, en étant en plus l'un des premiers sur les pistes et donc sans intrus bouche paysage devant.
Playa Las Conchas
Les fruits et la bouteille d'eau dans le panier, ainsi que le sac à dos, le parasol calé le long du cadre et coincé dans un câble du frein arrière, l’appareil photo en bandoulière, me voilà prêt à en découdre. Ça commence bien, par une montée ! Les vitesses marchent bien heureusement. Moins le panier qui penche bizarrement beaucoup vers l'avant et frotte la roue à chaque bosse ce qui a pour effet de me freiner un peu. Et des bosses, il y en a beaucoup ! On ne s'en rend pas compte quand on marche, mais le sol est plein de pierres enfouies mais surtout de ces espèces de vaguelettes causées par les passages réguliers des 4x4. Bonjour le dos ! C'est à en s'en faire décrocher un plombage. 
Playa del Ambar
Aussi, l'astuce consiste à rouler sur le bord de la piste. Sauf qu'ils sont parfois couverts de sable et là c’est le gadin assuré. Le vélo commence par ralentir sec avant de faire des embardées. Si on contrôle mal son engin il peut finir en travers et nous désarçonner. C’est pour cela que plus que les bosses, je me méfie des passages ensablés que j'essaye de repérer de loin pour les esquiver.
La bifurcation pour le nord de l'île se prend juste avant la plage de Las Conchas. J'y ai fait un saut question de la voir encore une fois. Passer si près et l'ignorer serait un crime. La piste pour le nord passe devant Montaña Bermeja avant de rentrer dans une zone strictement protégée où l'on n'a pas le droit de quitter la piste, même à pied. 
Sans doute parce que la région devient plus verte et se pare de petites arbustes aux feuilles vert tendre minuscules et aux tiges qui ont l'air gonflées à l'hélium. S'ensuit une zone de dunes où le sable gagne la piste. Puis se dévoile Playa del Ambar dans une belle anse enserrée de dunes de sable blanc qui se prolongent jusqu'au pied des volcans. Par contre la plage n’est praticable qu'à marée haute, comme beaucoup d'autres sur l'île. Ce qui laisse en fait seulement deux plages propices à la baignade à toute heure de la journée : Las Conchas et Francesa. C'est pas grave, je vais quand même y passer un moment, question de me reposer et de boire un coup. 


Il n'y a personne sur la plage, mais je fais quand même dans la difficulté, ayant repéré un coin de l'autre côté avec semble t-il un coin de sable qui plonge dans la mer. Pour le rejoindre il faut continuer la piste qui à ce stade contourne la plage en prenant un peu de hauteur, dans les dunes, et se retrouve complètement ensablée. Impossible de rouler là dedans, il faut pousser le vélo. Ça n’arrête pas pour autant les jeeps d'excursions marquées « Graciosa safari », avec des touristes à bord tout appareil photo dehors, vêtus de chemises beiges et de chapeaux du même acabit comme s'ils faisaient un safari dans le Sahara. Il est vrai qu'il est n’est pas bien loin, juste en face !
Le sable des dunes est constellé de coquillages plus ou moins fossilisés, blancs ou qui prennent la couleur du sable congloméré dans des nuances rosées. En marchant là dessus pour rejoindre le bord de l'eau ça crisse sous les pieds et ça me désole de détruire un écosystème si fragile en traînant mon vélo à côté. Sur la plage il n'y a pas un brin de vent. Aujourd'hui il souffle de l'est et les montagnes forment une barrière naturelle. Pas besoin donc de chercher un relief pour poser le parasol. De toute façon il n'y en a pas, la plage est toute plate. Ma mini crique d'accès à l'eau n'est qu'un leurre. J'arrive pile à la fin. Le temps de faire une petite sieste pour me remettre de la balade (1h30 que je fais du vélo quand même) et les rochers étaient à découvert. 
Pedro Barba
Question baignade, trop tard. Ce qui me fait pencher pour retourner à Las Conchas. Mais il est à présent midi et sorti du parasol ça cogne trop pour envisager quoi que ce soit, et surtout pas un périple à pousser un vélo dans le sable. Il faudra donc attendre plus tard. Et puis, ainsi, je vais déjeuner ici et me délester de quelques kilos qu'il vaut mieux avoir dans le ventre qu'à trimbaler.
Je n'avais pas fait gaffe mais la piste ne s'arrête pas à cette plage. En continuant elle mène à l'autre village, Pedro Barba et permet de rejoindre Caleta del Sebo dans une boucle qui fait le tour de La Aguja Grande. Dès lors, l'idée me taraude. Pourquoi revenir à Las Conchas et finir la journée en revenant sur mes pas alors que je peux continuer en explorant des territoires que je ne connais pas encore ? 
Ce serait bête d'avoir un vélo et de ne pas en profiter. Et puis c’est l'occasion rêvée pour visiter ce village de Pedro Barba qui est trop loin à pied pour s'y rendre de Caleta del Sebo. La chose est entendue, il n'y aura pas de Playa Las Conchas et donc de baignade aujourd'hui. D'autres bains m'attendent en Crète et ailleurs, je ne vais pas pleurer pour une journée sans baignade. Et puis comme ça, no stress, j'attends 16 heures qu'il fasse moins chaud et que la lumière soit plus douce pour continuer mon périple.
Et je ne regrette pas mon choix. Pedro Barba est un petit village délicieux qui se découvre du haut de la piste, pile face au cap de Lanzarote avec le village d'Orzola en arrière plan. 
C’est un village plongé dans une oasis de palmiers et qui contraste fortement avec Caleta del Sebo, plus aride. Je m'attendais à des bicoques de poupée, délabrées, avec des pécheurs bourrus occupés à raccommoder un filet des bottes au pied, c’est tout le contraire. Le village est un village fantôme où seule une maison est occupée. La moins belle. Le reste est constitué d'une dizaine de propriétés qui semblent toutes importées des Cyclades. Visiblement ce sont des résidences secondaires. Elles sont pleines de jardin de cactus et de bougainvillées qui n'en peuvent plus. Tout cela semble très bien entretenu et arrosé et pourtant il n'y a personne. Les plantes poussent là comme elles veulent. 
Pas besoin d'arroser, c'est le jardin parfait, complètement adapté au climat de ces îles. Les maisons sont simples mais rutilantes. Des coups de cœur assurés. Ce sont des maisons blanches aux murs tordus, avec de belles ouvertures et terrasses face à la mer. Il y a même un petit port sans aucun bateau qui fait office de plage où se baignent une demie-douzaine de cyclistes qui en profitent pour se rafraîchir. Aucun bruit à la ronde, pas de chien, un village sans commerce. Juste un coin où venir s'isoler au bout du monde pendant les vacances. Je me verrais bien y vivre à demeure dans une maison pareille. J'ai bien fait de visiter Pedro Barba. C'est une bonne surprise et ça aurait été dommage de quitter la Graciosa sans voir ce coin.
Pour terminer la boucle qui retourne sur Caleta del Sebo, la piste grimpe sur les flancs du volcan. Ça grimpe sec, obligé de pousser le vélo dans la côte. Mais de l'autre côté, ça file tout droit en descente jusqu'à un embranchement à côté du village. Il n'y a même pas à pédaler, juste à se laisser aller. La piste longe des jardins potagers qui me surprennent par leur luxuriance. J'ignorais qu'il y en avait autant sur l'île. Si ça se trouve les fruits et légumes que je déguste le midi au pique-nique sont cultivés ici. Je suis sûr que les guides de voyage disent qu'il n'y a rien à faire à la Graciosa, comme ils le disent si bien de Gavdos. Ça va faire 10 jours que je suis là et j'en découvre encore !



mardi 12 mai 2015

Caleta del Sebo insolite

Je croyais qu'il n'y avait pas de faune sur l'île autre que des oiseaux (mouettes, goélands, tourterelles, hirondelles et un oiseau venu du Brésil pour nicher) mais ce matin en ramenant la tente au camping j'ai fait peur à un tout petit lapin gris comme la cendre. Ces derniers jours le temps a évolué, pas en bien. C’est la raison pour laquelle j'étais resté bien silencieux. Pendant deux jours on a eu un ciel couvert par une bande de nuages qui arrivaient du nord et que les falaises de Lanzarote déroutaient de leur parcours pour nous les envoyer. Le reste de Lanzarote jouissait ainsi d'un temps ensoleillée radieux. 
De plus, avec le micro climat qui sévit sur ces îles, les nuages se délitaient dès qu'ils avaient dépassé la Graciosa. Un peu rageant. Avec un vent qui soufflait très fort, pas moyen d'aller à aucune des plages. Du coup je m'étais réfugié au lagon de Playa del Salado où je squatte un emplacement entouré de murets de pierre, derrière une petite dune pile dans le sens du vent. On ne peut pas s'y baigner car à cet endroit ce sont des rochers, mais ça permet au moins de se reposer du vent, de lire et de laisser ses pensées s'évader. Ça, c'est le matin. A midi, changement de cap, le vent souffle d'est pour finir par le sud en fin de journée puis rebelote l'est dans la nuit. 
La Aguja Grande
C'est la direction la pire, celle des tempêtes de sable qui vous fouettent les chevilles et rentrent dans la tente. On ne compte plus les tentes en charpies qui claquent au vent comme un drapeau en lambeaux. Impossible de fermer l’œil, même ma tente qui n’est qu'une moustiquaire me colle au sac de couchage en claquant comme pour mieux me réveiller. J'ai donc pris les mesures qui s'imposent. J'ai dégoté hier un coin sur la plage, en contrebas d'une dune de sable aggloméré et érodée par la mer qui a formé de petites falaises. Il y avait là un abris à vent en ruine, je l'ai restauré et rehaussé. J'ai procédé aussi à un nivellement et à un terrassement. Ça m'a bien demandé une heure d'efforts à soulever des dalles de pierres presque insoulevables mais la mission est accomplie. 
La nuit dernière j'ai dormi dans mon antre et pas un brin de vent. Du coup, j'ai même eu trop chaud. En effet ce changement de climat coïncide avec des températures qui n'ont rien à voir avec celles des Canaries, qui d’ordinaire – et en plein mois d’août – ne dépassent jamais 27 degrés. Ici on a 33. Ça rend les mouches folles. Une fois qu’elles se sont posées sur vous (prédilection pour le trou de l'oreille, du nez ou le coin de l’œil), elles ne vous lâchent plus. Vous avec beau les chasser elles reviennent aussi sec pour se poser au même endroit. Un vrai cauchemar qui rend fou ! 
 Enfin, question cauchemar, il y en a de bien plus grands. Cela fait maintenant 20 mois que j'ai arrêté de travailler, préférant aussi me désinscrire du chômage et rendre service à Hollande pour être plus libre d'aller où je veux sans avoir de comptes à rendre. C'est bien beau de voyager mais après tout ce temps tout cela me paraît presque normal. On s'habitue à tout, ainsi va la vie. J'en suis même venu à envisager de rechercher un travail au début de l'année prochaine. Si si. Oh, juste pour un an ou un an et demi, question de mettre uniquement de l’argent de côté et de repartir pour un tour de chômage en plus. 
J'essaye de m'imaginer assis à un bureau, à subir les ordres, impératifs et brimades de supérieurs, le tout dans un temps chronométré et productif, avec le matin et le soir des transports en communs bondés, qui puent et qui sont là pour vous compliquer la vie. En imaginant, je me vois presque avoir la force d'endurer cela, si je sais que c’est pour un temps déterminé. Sauf que la nuit dernière j'en ai rêvé. Et là c’est de recrutement dont il était question. D'entretiens à poser des questions sous un œil de rapace qui vous scrute mieux qu'une machine à rayons X d’aéroport, pour me déstabiliser et juger de mes compétences techniques et managériales par des jeux de mises en situation dans lesquels je plongeais dans de grands silences ou bégaiements. 
Une horreur totale qui se soldait pas une crise de stress et un échec évidemment. Je me suis réveillé dans une crise d'angoisse, heureux d'être au bord de l'eau derrière mon muret coupe vent. Depuis, c'est comme si de nouvelles vacances s'ouvraient à moi. Bref, rien de sûr de ce que je ferai par la suite.

J'ai ainsi rejoint la tribu de ces voyageurs au long cours, ces gars à dreadlocks qui vivent d'air et d'eau et qui vont là où le vent les pousse. Il y en a quelques uns sur le camp, déjà là avant que je n'arrive. Un noyau dur bien différent de ceux au look conformiste qui viennent le temps d'un week-end ou pour quelques jours. 
Il y a un australien de Cairns, une française, un polonais. L'un va ensuite au Sénégal, l'autre au Cap-Vert. Quand le cycle aura tourné sans doute. Au final, plutôt que de végéter quelque part en ville à faire la manche sur une plaque de bouche de métro à côté d'un gros chien qui pue ou au fond d'un HLM de banlieue hostile et morne sur fond de RSA, ils préfèrent s'exiler et vivre dans des contrées où la vie est moins chère. Ils ont bien raison. Ici je vis avec 15 euros par jour. Comme en Thaïlande. Certes je ne mange qu'une fois par jour. Non par souci d'économies mais parce que j'ai quelques kilos à perdre mal placés. Pour les alternatifs, ils finissent pour les plus riches d'entre eux à la bocateria, un genre de snack qui offre sandwichs, fajitas, hamburgers et platos combinados pour trois fois rien. 
Pour ma part je préfère finir sur le port, à la Meson de la Tierra, à côté de mon pot de basilic. Les serveurs me reconnaissent à chaque fois et ne me servent même plus la carte mais me détaillent le menu du jour. Il est toujours convenable. Le menu est à prendre ou à laisser car il est sans choix possible mais un coup c’est potaje de lenteja ou ensalada mixta, suivis d'un pollo a la plancha ou d'un pescado empenado, pour finir en dessert par helado a la vanilla ou melon. Et chaque fois il y a match de foot. Ça débâtait sec hier soir entre Madrid et Barcelone, les frères ennemis.

Ces derniers jours, comme le temps était maussade, j'ai exploré les moindres recoins et ruelles de Caleta del Sebo. Il y a bien des jardins dans les courettes intérieures. On voit des arbustes fleuris et des palmiers en sortir. Certains ont même couvert leur devant de porte de bougainvillées, de lys, de jasmin, d’amaryllis et de géraniums qui n'en peuvent plus. Ceux dont le pas de porte donne à l'ouest. C'est apparemment le seul sens où le vent ne souffle pas. J'ai regardé aussi comment ils construisent les maisons. Tout est fait par des locaux. Ce sont des parpaings qu'ils recouvrent ensuite d'un enduit fait maison. Il vont chercher du sable sur la plage qu'ils ramènent dans des brouettes avant de le jeter à l'aide d'une pelle dans la bouche d'une bétonneuse qui tourne poussivement en un cliquetis proche de rendre l'âme, alimentée par un moteur à essence. 
Ils sortent de là une espèce de ciment qu'ils étalent à la taloche ce qui donne le relief si décoratif des murs des maisons. Ensuite une couche de peinture blanche et le tour est joué.

En continuant mon tour je suis tombé sur une discothèque ouverte le week-end et sans doute en saison. Un truc bien insolite. J'ai trouvé aussi une boucherie Don Cochon. Si si ! Ou encore une vieille voiture des années 20 sur le toit plat d'un restaurant. Drôle d'idée ! Sinon j'ai trouvé le postier. Il œuvre sur un quad de nain, on dirait un gag. Pour finir ce tour des trouvailles, j'ai pris la direction du chenil pour voir de quoi il retournait. C'est en fait la ferme du village. 
Las Caletas
C'est un fourbi de cabanes délabrées, ou l'on tient captif un cheval, des poules, des chèvres et un clebs enfermé dans un local sans fenêtre. Les chèvres sont dans un petit enclos de terre battue et rebattue et cherchent l'ombre au coin d''un muret. Elles sont toutes venues vers moi dans un concert de bêlements de toutes tonalités. Ça allait du cri aiguë strident à celui grave d'un vieux fumeur. Et au milieu gisait fièrement des poules et un coq juché sur une queue de pelle en chantant pendant que le clebs aveugle répondait depuis son trou lugubre. Au début tout cela m'a amusé. Ça me rappelait panique à la ferme de Gavdos. Mais quand j'ai vu l'état des chèvres, je me suis plus senti dans un camp de concentration. 
Visiblement elles ne reçoivent pas beaucoup de visite et de soins. Elles ont le poil hirsute et teigneux, et certaines sont maigres au point qu'elles n'ont plus qu'un ventre creusé qui se termine par les os de la colonne vertébrale et des gigots qui ont fondu. Elles ne venaient pas pour me dire bonjour mais parce qu'elles crèvent la dalle. J'avais envie de leur ramener un truc. Mais elles étaient une bonne cinquantaine et ça aurait été une goutte d'eau dans le désert de leur vie. Je ne comprends pas qu'on puisse détenir des animaux dans de telles conditions. Au moins les chèvres de Crète rachètent les autres des mauvais traitements. Elles vont à leur guise dans les montagnes et broutent ce qu'elles veulent.

J'ai aussi eu dans l'idée de visiter l'autre village de l'île, Pedro Barba, parce qu'il ne reçoit la visite d'aucun touriste et doit donc être très authentique. Mais j'ai rebroussé à mi chemin, fatigué de longer une côte rocheuse en plein vent, harnaché comme à mon accoutumée. Je voulais passer la journée à la plage de Las Caletas, question de toutes les faire. Elle est située entre les deux villages. Seulement elle est en plein vent, offre une langue de sable mince pour un accès à un rivage bordé de rochers. Pas vraiment d'intérêt. Mais le spectacle de La Aguja Grande derrière vaut le détour et offre une paysage plein de nuances. Après avoir fait demi tour, je suis retourné à Playa Francesa, exténué. Mais au moins là bas on peut s'y baigner facilement dans une eau toujours aussi délicieuse et cristalline.

samedi 9 mai 2015

Montaña Amarilla

A force d'écrire le matin toujours au même endroit, j'ai fini par me faire repérer. D'abord discret les jours précédents, me jaugeant du haut de son toit blanc et plat, c'est un chat qui m'a accueilli ce matin dans une effusion de câlins. Il était tout chaud, ça m'a bien réchauffé du petit vent frais du matin. Si je suis fâché avec les chiens, ce n'est pas le cas des chats qui m'adorent et sentent bien que je les aime. C'est un bon gros chat fauve et rayé, un garfield, qui ne demande rien d'autre que de l'affection. Son truc, c'est le grattouillage de tête. Il n'en finit plus de se la frotter à une main, un bras, une hanche, tout ce qui offre une protusion, en se contorsionnant pour plus de plaisir. 
A l'heure où j'écris il est en position du sphinx, blotti contre moi. J'ai un polaire transformé en ces espèces de brosses adhésives pour enlever les poils. C'est comme si j'avais une doublure fourrure. Un chat affectueux certes, mais qui perd ses poils. C’est pas de sa faute s'il a le poil trop long. Mais il doit crever de chaud là dedans, surtout aux Canaries !

Le sud de la Graciosa n'en finit plus de remporter mes faveurs. Il faut dire que le vent souffle du nord depuis plusieurs jours et ne me pousse pas trop pour l'instant à aller voir ce qui se passe du côté nord. Je termine l'exploration du sud aujourd'hui par la Montaña Amarilla, ce volcan de 172 mètres d'altitude que vous avez pu apercevoir les autres jours sur les clichés puisque que c'est le volcan du bout de l'île, celui que l'on voit derrière Palaya Francesa ou plus encore qui surplombe directement Playa de la Cocina.  


Playa Francesa
Tout comme sa sœur la Montaña Bermeja au nord ouest qui domine Playa de las Conchas, c'est une montagne rougeoyante mais qui ne dispose pas de sentier officiel pour y grimper. Qu'à cela ne tienne, je me fie à mon intuition. Il suffit de repérer le côté par là où c’est le moins pentu. Pour ce faire il faut traverser l'île en franchissant de nombreuses ravines, directement dans la caillasse. Après, une fois sur l'épine dorsale de La Graciosa, les choses deviennent plus évidentes car on repère aisément une trace.

L'ascension est l'occasion d’apprécier le paysage dans toute sa splendeur. L'île offre ses atours sur 360 degrés. Playa Francesa et ses eaux translucides étincelle en contre-bas tandis que le lagon de Playa del Salada se déploie avec le village de Caleta del Sebo juste derrière avec au fond les falaises de Lanazarote. 
C'est de ce sommet que vous aurez la plus belle vue sur l'île. Le sentier est très érodé et ce n'est que du petit gravillon de roches volcaniques, léger et qui vole sous le pas. Encore une occasion de se casser la gueule. A la montée ça va, c’est à la descente que les chose se gâtent, comme c’est souvent le cas. Il n'y a pas de sommet à proprement parler sur cette montagne. Ce qui semble être une table d'en bas n'est en fait qu'un demi anneau tout plat, avec le centre du cratère effondré côté ouest. Il ne reste donc plus qu'un demi volcan. La couronne n'est pas bien large, juste de quoi avancer comme sur un fil, après ça descend en pente abrupte d'un côté comme de l'autre. 


Le vent souffle de plus en plus à mesure qu'on se rapproche de la pointe de l'île (Punta del Pobre), de sorte que j'ai préféré ne pas aller au bout, des bourrasques m'ayant déjà déstabilisé à plusieurs reprises.

Pendant que je contemple l'île tel un aigle, je pense à ceux qui sont restés en bas sur la plage. L'ascension n'a rien de très terrible, ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Les gens viennent à la Graciosa pour les plages mais en oublient de visiter ses volcans qui font pourtant tout son charme. Ce manque de curiosité m'a toujours étonné. En une heure et demie à peine j'avais fait l'aller et retour depuis Playa Francesa. 
Et puis ça coupe une journée plage, offrant plus de fantaisie que les allées et venues serviette-baignade. Mais bon, tant mieux pour moi, ça me permet de me retrouver seul là haut à méditer dans une quiétude absolue. Il y a juste le souffle du vent et le le bruit des vagues que l'on perçoit d'ici dans un murmure.

Pour Playa Francesa il y a aussi un service de jeeps pour déposer les gens. C'est fâcheux. Ça va attirer de plus en plus de monde. Certes c'est tentant pour un pécheur de l'île, ça lui permet de mettre du beurre dans les poulpes. En plus tout cela est à la bonne franquette, chacun propose sa jeep et à mon avis tout se fait au black. 
Mais ce que j'ai peur, c'est qu'avec le temps des mini bus s'installent avec deux lignes : une pour Playa Las Conchas et l'autre pour Playa Francesa, les deux plus visitées. Et là ce sera la mort du caractère si particuliers de cette petite île. Déjà le village s'est nettement étendu en 5 ans et ils continuent à bâtir de nouvelles maisons. Je crains que d'ici quelques années, ce petit paradis perde son âme comme un peu partout dans le monde...

vendredi 8 mai 2015

Playa de la Cocina

En continuant l'exploration de la côte est, on trouve Playa de la Cocina, tout à l'extrémité de la pointe sud, qui selon mes souvenirs d’espagnol signifie la plage de la cuisine. Allez savoir pourquoi ! Je n'y allumerais pas un réchaud. Les vents ne savent plus dans quelle direction souffler. Il y a un phénomène bien particulier aux Canaries, c'est que quelque soit la côte que vous choisirez vous aurez toujours le vent en pleine poire. Sa direction change selon la côte où on se trouve, c’est une des facéties de la nature. Évidemment si comme moi vous vous trouvez à une pointe, alors là c’est le pompon. Vous avez le vent qui souffle en tout sens, mais pas au même moment. Chacun son tour. 
Le parasol ne sait plus où donner de la tête. Et comme si ça ne suffisait pas, la plage étant encastrée à la base d'un volcan, le vent descend avec force de là haut avant d'être renvoyé par l'océan et les rochers, donnant des bourrasques ascendantes qui vous soulèveraient de terre.
Cela n'empêche pas la plage d'être absolument magnifique avec sa montagne rouge, qui érodée en devient jaune orangé. Et puis avec le vent, tous ceux qui essaient d'y passer la journée ont tôt fait de plier serviette et barda, préférant la plage précédente, Playa Francesa, et ses eaux calmes et lagoneuses. Sauf ceux que le vent attire. En effet, avec ce phénomène les vagues n'en peuvent plus et on pourrait se croire à Hawaï. 
Les côtes de Lanzarote au fond
Cela donne de gros rouleaux qui grossissent déjà bien au large avant de s'écraser avec fracas sur les rochers sombres. Du coup, on trouve quelques planches de body surf avec des gars en combinaison intégrale. Pour la température de l'eau je la trouve bonne. Cela donne à peu près la même chose que sur la côte Aquitaine en plein moi d’août. La température s’est même élevée au cours des derniers jours car je me souviens qu'à Fuerteventura en arrivant je trouvais l'eau trop fraîche pour la baignade. Pourtant la nuit il fait un froid glacial. Dès que le soleil passe de l'autre côté de l'horizon arrive une chape de glace qui vous met la goutte au nez. En fait c'est un effet ressenti à cause du vent car les nuits sont autour de 16 degrés. La journée ça monte à 25 ce qui peut sembler peu mais avec les tropiques pas bien loin, il chauffe fort et on ne peut pas tenir dessous, à moins d'avoir un parasol.


A marée haute la plage est impraticable. Non seulement la mer monte jusqu'aux rochers mais en plus les vagues y déferlent en balayant tout se qui s'y trouve de droite et de gauche avant de repartir dans des vagues contraires qui s'entrechoquent en gerbes. Une vraie machine à laver dans laquelle je ne m'y risquerais pas. A la place j'ai fait comme tous les autres, sur les coups de 4 heures je suis allé voir à Playa Francesa. C'est tactique, c’est l'heure à laquelle les gens plient leur serviette pour rentrer au village. Et puis c'est aussi celle où il n'y a plus aucun bateau. Le catamaran de l'invasion est réapparu aujourd'hui. Il est venu faire un tour à Playa de la Cocina. Mais juste un tour, et de loin, impossible d'y jeter l'ancre au large et de débarquer les gens en annexe. La nature déchaînée a du bon !
Au village c'est la deuxième fois que je retourne à une cafétéria sur le port. Outre le cadre qui me va à ravir, où l'on peut contempler les falaises s'embraser au coucher su soleil avec les mats des voiliers qui dodelinent doucement, j'ai ma place favorite, à côté d'un gros pot de basilic en fleurs qui embaume à lui tout seul mais dont je me plais à caresser les feuilles entre deux doigts pour les renifler après. En plus on y mange bien et les deux serveurs sont très gentils et vous font des blagues que je comprends plus ou moins. Il faut dire que l’espagnol d'ici ne ressemble en rien à ce que je connais. L'accent est un mélange entre le grec et le portugais. Sans doute à cause du Brésil qui n’est plus si loin...
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