Des campeurs
supplémentaires sont venus se greffer au groupe déjà en place.
C'est désormais une enfilade de tentes qui a pris possession de tout
l'espace où l'on peut se garer sous les arbres en bordure de plage.
J'ai donc dû m'exiler, là où je m'étais mis une nuit, en haut du
rocher entre Playa Prieta et Playa Pan de Azucar, au fond du chemin.
Seulement des flics m'ont débusqué alors que je venais de
m'installer. Ils faisaient des rondes sur la route. J'éteignais
pourtant ordinateur et autres trucs lumineux pour ne pas me faire
repérer quand j'apercevais les flashs de leur gyrophare. Cela n'aura
pas suffi. Un des flics m'a baragouiné un truc auquel je n'ai rien
compris et comme je restais coi, une policière qui parlait anglais
est venue à sa rescousse.
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| La baie de Potrero |
Elle m'a demandé si j'étais là depuis
longtemps. Curieuse question. J'ai expliqué que je venais de me
garer après avoir avoir dîné à Potrero. Pendant ce temps ils
inspectaient l'intérieur de la voiture avec leurs torches tout en
regardant l'air effaré ma tenue plus ou moins de clodo, torse nu,
avec un sarouel trop large et élimé que je tenais d'une main avec
la moitié d'une fesse dehors. Ils m'ont demandé si je comptais
rester là. Je ne me suis pas laissé impressionner, j'ai répondu :
« oui, pourquoi, c'est interdit ? ». La flic m'a
répondu que ça allait mais qu'il y avait des pickpockets dans les
parages et comme je suis toute fenêtres ouvertes... Bon, comme
contrôle ça va. En France j'aurais eu droit à demandes de papiers
et tentative d'intimidation.
Là c'était à la bonne franquette, une
pseudo comédie de flics qui sont juste là pour dissuader et qui ne
doivent rien faire d'autre. D'ailleurs je n'ai jamais eu un sentiment
d'insécurité de tout mon séjour. Je vais me baigner en laissant
sacs et appareils photo suspendus aux branches et il n'est jamais
rien arrivé même si je garde toujours un œil dessus au cas où.
Les locaux passent sans même y faire attention. Toutes les grilles
qu'on trouve devant les villas d'expatriés et les services de
sécurité autour des resorts de luxe, à mon avis tout cela doit
être pour rassurer l'américain en goguette qui est un trouillard de
naissance quand il s'agit de protéger sa petite personne et ses
biens accumulés auxquels il tient comme l'écureuil à son gland.
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| Le bâtiment au milieu c'est Las Brisas |
Ce matin je suis allé
faire un tour sur la plage de Potrero que je n'avais encore jamais
explorée. Question aussi de prendre le restaurant Las Brisas en
photo pour souvenir. C'est devenu ma cantine. A force je ne demande
même plus la carte, je connais tous les plats. J'ai essayé tous
ceux qui me plaisent et je tourne ainsi toujours avec les trois mêmes
plats. Il va falloir que je m'y fasse car à Koh Tarutao - ma
prochaine destination - ce n'était pas tellement mieux selon mes
souvenirs. Mon plat préféré c'est une spécialité locale, le
Arroz con pollo, un riz frit avec des oignons, des poivrons, des
carottes et de la coriandre avec des morceaux de poulet, le tout
accompagné d'une salade aux pousses de luzerne et de frites.
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| Playa Pan de Azucar |
Ce
n'est pas de la grande cuisine mais ce n'est pas ce que je viens
chercher. De toute façon j'équilibre le midi en faisant le plein de
fruits et légumes, alternant entre papaye et mangue. Ils ont aussi
des ananas mais ils sont trop gros et en plus on ne sait jamais sur
quoi on va tomber. Il n'y a rien de pire qu'un ananas acide dont on
ressort des aphtes plein la bouche. Je fais aussi des salades de
tomates et d'avocats. Ici les avocats sont délicieux. Il n'y a pas à
les choisir pendant des heures, ils sont tous vendu murs à souhait
et se réduisent en purée quand on veut enlever la coque. Il faut
gratter l'intérieur à la cuillère et on en a plein les doigts que
je lèche l'un après l'autre pour ne pas en perdre une miette. Un
filet d'huile d'olive et une pincée de sel, ça n'a besoin de rien
d'autre.
Le coin où j'ai
l'habitude de suspendre le hamac est toujours libre pour mon plus
grand bonheur. Je crois savoir pourquoi les gens ne s'y installent
pas. En fait je suis sous un mancenillier géant. Contrairement aux
Antilles où tous les troncs sont peints d'un cercle rouge pour
prévenir les gens, ici il y a juste un arbre à l'entrée de la
plage avec un panneau dessus indiquant de faire très attention. En
effet, l'arbre est très toxique. Le simple contact avec une feuille
suffit à provoquer des brûlures de la peau très sévères et le
fait de s'étendre dessous peut aussi occasionner les même brûlures,
à la faveur d'un suc perlant des feuilles. On reconnaît l'arbre à
ses petites feuilles comme un ficus, bien dures et luisantes ainsi
qu'à ses fruits qui forment comme de petites pommes vertes.
D'où le
nom qu'on leur donne ici : Manzanillo. Vous remarquerez que le
début est très proche de mancenillier, ce qui me fait penser que le
nom antillais provient de l'espagnol. Avec mon nid de guêpes juste
sous le nez je suis donc dans un coin doublement dangereux mais rien
ne m'est arrivé. Pourtant je suspends ma serviette et le maillot de
bain aux branches pour les faire sécher...
Aujourd'hui encore la mer
en descendant a laissé de jolis dessins sur le sable. Comme la
nature voit que j'apprécie son art, elle se perfectionne chaque jour
un peu plus. Cette fois c'est une fresque représentant une forêt en
hiver qui coure tout le long de la plage, dans un style comme ces
dessins moyenâgeux.
Ça a l'air facile comme ça de prendre une
photo mais ça demande beaucoup de temps pour choisir le bon motif et
le bon cadrage sinon l'effet tombe à plat. J'ai fait plusieurs
essais avant de trouver pile l’endroit parfait qui illustre à
merveille la première impression que j'ai eue en remarquant les
dessins.
Ce soir j'ai bousculé un
peu mes plans. J’avais prévu de passer la nuit tranquille ici
avant de partir demain matin dire au revoir au golfe de Papagayo.
Mais je ne sais pas ce qui se passe, aujourd'hui l'affluence bat tous
les records et un groupe de ticos est même venu s'installer à côté
de moi avec ribambelle de gosses et ballons, m’obligeant à changer
d'endroit.
J'ai bien une arme pour repousser les assaillants et qui
consiste à sortir le transistor en poussant le volume mais avec eux
ça risquerait de les faire venir encore plus nombreux. En plus on
est samedi donc ça va donner des bals un peu partout comme samedi
dernier. Ne voyant pas trop où dormir, j'ai eu alors l'idée de
manger dans le secteur avant de faire la route de nuit jusqu'à
Papagayo. Il faut compter quand même 1h15 de route. Mais en
contrepartie je serai aux premières loges dès le petit jour !









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