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samedi 27 décembre 2014

Dernier jour à Playa Prieta

Des campeurs supplémentaires sont venus se greffer au groupe déjà en place. C'est désormais une enfilade de tentes qui a pris possession de tout l'espace où l'on peut se garer sous les arbres en bordure de plage. J'ai donc dû m'exiler, là où je m'étais mis une nuit, en haut du rocher entre Playa Prieta et Playa Pan de Azucar, au fond du chemin. Seulement des flics m'ont débusqué alors que je venais de m'installer. Ils faisaient des rondes sur la route. J'éteignais pourtant ordinateur et autres trucs lumineux pour ne pas me faire repérer quand j'apercevais les flashs de leur gyrophare. Cela n'aura pas suffi. Un des flics m'a baragouiné un truc auquel je n'ai rien compris et comme je restais coi, une policière qui parlait anglais est venue à sa rescousse. 
La baie de Potrero
Elle m'a demandé si j'étais là depuis longtemps. Curieuse question. J'ai expliqué que je venais de me garer après avoir avoir dîné à Potrero. Pendant ce temps ils inspectaient l'intérieur de la voiture avec leurs torches tout en regardant l'air effaré ma tenue plus ou moins de clodo, torse nu, avec un sarouel trop large et élimé que je tenais d'une main avec la moitié d'une fesse dehors. Ils m'ont demandé si je comptais rester là. Je ne me suis pas laissé impressionner, j'ai répondu : « oui, pourquoi, c'est interdit ? ». La flic m'a répondu que ça allait mais qu'il y avait des pickpockets dans les parages et comme je suis toute fenêtres ouvertes... Bon, comme contrôle ça va. En France j'aurais eu droit à demandes de papiers et tentative d'intimidation. 
Là c'était à la bonne franquette, une pseudo comédie de flics qui sont juste là pour dissuader et qui ne doivent rien faire d'autre. D'ailleurs je n'ai jamais eu un sentiment d'insécurité de tout mon séjour. Je vais me baigner en laissant sacs et appareils photo suspendus aux branches et il n'est jamais rien arrivé même si je garde toujours un œil dessus au cas où. Les locaux passent sans même y faire attention. Toutes les grilles qu'on trouve devant les villas d'expatriés et les services de sécurité autour des resorts de luxe, à mon avis tout cela doit être pour rassurer l'américain en goguette qui est un trouillard de naissance quand il s'agit de protéger sa petite personne et ses biens accumulés auxquels il tient comme l'écureuil à son gland.
Le bâtiment au milieu c'est Las Brisas
Ce matin je suis allé faire un tour sur la plage de Potrero que je n'avais encore jamais explorée. Question aussi de prendre le restaurant Las Brisas en photo pour souvenir. C'est devenu ma cantine. A force je ne demande même plus la carte, je connais tous les plats. J'ai essayé tous ceux qui me plaisent et je tourne ainsi toujours avec les trois mêmes plats. Il va falloir que je m'y fasse car à Koh Tarutao - ma prochaine destination - ce n'était pas tellement mieux selon mes souvenirs. Mon plat préféré c'est une spécialité locale, le Arroz con pollo, un riz frit avec des oignons, des poivrons, des carottes et de la coriandre avec des morceaux de poulet, le tout accompagné d'une salade aux pousses de luzerne et de frites. 
Playa Pan de Azucar
Ce n'est pas de la grande cuisine mais ce n'est pas ce que je viens chercher. De toute façon j'équilibre le midi en faisant le plein de fruits et légumes, alternant entre papaye et mangue. Ils ont aussi des ananas mais ils sont trop gros et en plus on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Il n'y a rien de pire qu'un ananas acide dont on ressort des aphtes plein la bouche. Je fais aussi des salades de tomates et d'avocats. Ici les avocats sont délicieux. Il n'y a pas à les choisir pendant des heures, ils sont tous vendu murs à souhait et se réduisent en purée quand on veut enlever la coque. Il faut gratter l'intérieur à la cuillère et on en a plein les doigts que je lèche l'un après l'autre pour ne pas en perdre une miette. Un filet d'huile d'olive et une pincée de sel, ça n'a besoin de rien d'autre.
Le coin où j'ai l'habitude de suspendre le hamac est toujours libre pour mon plus grand bonheur. Je crois savoir pourquoi les gens ne s'y installent pas. En fait je suis sous un mancenillier géant. Contrairement aux Antilles où tous les troncs sont peints d'un cercle rouge pour prévenir les gens, ici il y a juste un arbre à l'entrée de la plage avec un panneau dessus indiquant de faire très attention. En effet, l'arbre est très toxique. Le simple contact avec une feuille suffit à provoquer des brûlures de la peau très sévères et le fait de s'étendre dessous peut aussi occasionner les même brûlures, à la faveur d'un suc perlant des feuilles. On reconnaît l'arbre à ses petites feuilles comme un ficus, bien dures et luisantes ainsi qu'à ses fruits qui forment comme de petites pommes vertes. 
D'où le nom qu'on leur donne ici : Manzanillo. Vous remarquerez que le début est très proche de mancenillier, ce qui me fait penser que le nom antillais provient de l'espagnol. Avec mon nid de guêpes juste sous le nez je suis donc dans un coin doublement dangereux mais rien ne m'est arrivé. Pourtant je suspends ma serviette et le maillot de bain aux branches pour les faire sécher...
Aujourd'hui encore la mer en descendant a laissé de jolis dessins sur le sable. Comme la nature voit que j'apprécie son art, elle se perfectionne chaque jour un peu plus. Cette fois c'est une fresque représentant une forêt en hiver qui coure tout le long de la plage, dans un style comme ces dessins moyenâgeux. 
Ça a l'air facile comme ça de prendre une photo mais ça demande beaucoup de temps pour choisir le bon motif et le bon cadrage sinon l'effet tombe à plat. J'ai fait plusieurs essais avant de trouver pile l’endroit parfait qui illustre à merveille la première impression que j'ai eue en remarquant les dessins.
Ce soir j'ai bousculé un peu mes plans. J’avais prévu de passer la nuit tranquille ici avant de partir demain matin dire au revoir au golfe de Papagayo. Mais je ne sais pas ce qui se passe, aujourd'hui l'affluence bat tous les records et un groupe de ticos est même venu s'installer à côté de moi avec ribambelle de gosses et ballons, m’obligeant à changer d'endroit. 
J'ai bien une arme pour repousser les assaillants et qui consiste à sortir le transistor en poussant le volume mais avec eux ça risquerait de les faire venir encore plus nombreux. En plus on est samedi donc ça va donner des bals un peu partout comme samedi dernier. Ne voyant pas trop où dormir, j'ai eu alors l'idée de manger dans le secteur avant de faire la route de nuit jusqu'à Papagayo. Il faut compter quand même 1h15 de route. Mais en contrepartie je serai aux premières loges dès le petit jour !

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