Au cas où vous voudriez
savoir quel effet ça fait de passer le jour de Noël au Costa Rica,
eh bien ça ne fait rien du tout ! Ça reste un jour comme un
autre. Pas de père Noël sur les plages, pas de guirlandes dans la
jungle ni de chants qui s'élèvent des maisons. Pas plus de panneaux
publicitaires vantant telle ou telle offre exceptionnelle sur le
champagne ou tel cadeau à faire absolument. Comme c’est reposant
un monde sans pub ! Les poules continuent de caqueter autour des
maisons, suivies de leurs poussins, sous l’œil fier de coqs juchés
sur de vieux pneus usés. Le petit commerce artisanal reste ouvert.
Rien à voir par exemple avec un Londres qui met la clef sous la
porte pendant plusieurs jours. J'avais eu le malheur d'y aller fêter
Noël un jour. Quelle erreur ! Je n'ai pas vu une seule église
dans le pays depuis que j'y suis. Je ne sais pas où ils se
réunissent pour la célébration du culte. A Potrero il y a bien une
salle polyvalente sans mur, avec des bancs par terre. Le dimanche et
aujourd'hui c'est plein de monde à écouter quelqu'un parler au
micro. C'est peut être ça, leurs églises.
On sait tout de même
qu'on est Noël au nombre de locaux qui sont venus sur la plage de
Prieta tout le long de la journée.
Certains portaient le fameux
bonnet rouge et blanc du Père Noël pour marquer le coup. Comme les
gens du village se connaissent tous, ils restent tous ensemble devant
les villas qui aujourd'hui n'ont plus de plage. Elle est squattée
par des tentes, des chaises, des barbecues, des gens vautrés par
terre qui se parlent toute la journée en ne cessant de manger des
saloperies la main dans un pochon. Il ne faut pas chercher aller plus
loin la tendance à l’obésité dont ils sont victimes. Les corps
sont mous, les hommes flasques comme des sumos et les femmes pleines
de plis et de jambes comme des poteaux avec une tête sans cou
enfoncée entre deux épaules basses qui se terminent par des bras
potelés.
On est loin de la bomba latina ! Par contre ça ne les
empêche pas d'être charmants. Ils vous sourient et vous saluent sur
votre passage. Bon je force certes un peu le trait, tout le monde
n'est pas comme ça mais il faut bien les chercher parmi la masse.
Aujourd'hui j'ai oublié
de louer un kayak. Ça aurait été l'idéal pour marquer le coup. Ce
n'est pas faute d'avoir quelqu'un qui en loue dans son jardin le long
du chemin qui mène à la plage. D'ailleurs je n'ai pas arrêté d'en
voir passer au loin. Par contre je crois que le kayak n'a plus trop
la côte. On voit davantage de gens debout sur des planches en train
de pagayer semble-t-il sans effort.
C'est le nouveau sport à la
mode, le stand-up paddling. Ils ont l'air d'avancer plus vite qu'un
kayak. L'engin doit être plus maniable et léger, c'est sans doute
pour ça. En plus, le fait d'être debout doit offrir une meilleur
ergonomie plutôt que de forcer en position assise. Faudra que
j'essaye un jour ce truc pour me faire une idée.
Je n'ai peut être pas eu
de visite du père Noël mais à la place ce sont les petits
perroquets verts qui sont venus se poser sur une branche au dessus de
ma serviette. Ils sont trop mignons. On dirait des jouets et on
dirait qu'ils rigolent. Ils sont dodus, tout d'une pièce avec un plumage qui a l'air tout doux. Avec leurs yeux hallucinés cernés de
jaune on a envie des les caresser. Comment un oiseau peut il avoir
une allure pareille ? Le bon Dieu a dû bien s'amuser en créant
cette bestiole. L'oiseau électronique est aussi de tous les arbres,
aujourd'hui plus que jamais. Entre bruits de klaxons et sirènes, il
nous fait son cinéma. Par contre il est tout simple. Noir avec des
reflets bleutés métallisés au soleil, il a la taille d'un merle.
On ne le remarquerait pas si l'on ne l'entendait pas chanter. Ce doit
être pour compenser, il doit avoir le complexe du moche !
La marée en descendant a
laissé de bien jolis dessins sur la plage. Sur la pente ce sont
plein de petits filets d'eau qui s'échappent du sable pour rejoindre
la mer en formant une multitude de sillons et méandres au sable plus
foncé qui contraste avec une surface plane et brillante au soleil
comme des paillettes d'or. Une véritable œuvre d'art que la nature
nous offre. Et que je suis le seul apparemment à avoir remarqué,
les promeneurs me regardant intrigués à quatre pattes au bord de
l'eau en train de prendre des photos le cul en l'air. A côté on
trouve aussi de tout petits mollusques à moitié ensevelis qui
avancent au petit bonheur en formant des traces à la recherche de
débris de plancton enfouis dans le sable.
J’aime observer les
détails, le monde du petit. Il faut presque sortir sa loupe mais il
y a toujours un truc à voir et à apprendre. C'est ainsi que j'ai
remarqué une espèce de cocon blanc en forme de tête de mort
suspendu à une branche basse tout à côté de là où j'ai suspendu
le hamac. Il y a un trou d'où s’échappent des insectes ailés
noirs qui ressemblent à de grosses fourmis. J'ai tapoté le nid pour
savoir si c'était mou ou dur et une nuée d'insectes s’est
immédiatement jetée sur moi. J'ai détalé sans demander mon reste.
Apparemment ce doit être un nid de guêpes d'une espèce spéciale
que je n'avais encore jamais vue.
Aujourd'hui il y a le
volcan qui nous fait des siennes et nous envoie son courroux sous
forme d'ondées qui se succèdent tout l'après midi.
Le vilain,
faire ça un jour de Noël ! Mais ce ne sont que de courtes
averses. Bien drues mais courtes. Il suffit qu'un ce ces nuages un
peut trop zélé passe au dessus pour qu'on en prenne plein sur la
tête. Mais le nuage passé, le soleil revient. Ce qui n'est pas le
cas dans la cordillère centrale. Les français qui font le tour de
l’Amérique latine avec leur 4x4 ont laissé un nouveau message sur
leur blog. Ils ont cherché à se rendre comme moi sur les pentes du
volcan Arenal dont ils n'ont rien vu à cause de la pluie et de la
brume. Ça me rassure. Au moins je sais désormais que ce n'était
pas une question de malchance le jour où j'ai décidé d'y aller
mais bien la norme. Il faut avoir une chance inouïe pour tomber le
bon jour !








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