Pages

Translate

lundi 15 décembre 2014

Parque Nacional Santa Rosa

Playa Naranjo
Le parc national de Santa Rosa couvre toute la péninsule de Santa Elena sur une superficie de 386 km2 et protège la plus vaste étendue restante de forêt tropicale sèche de toute l’Amérique Centrale. Cette forêt couvre les bords de la côte Pacifique et remonte jusqu'au nord du Mexique et occupait à l'origine toute la côte de l'Amérique Centrale. Avec la colonisation, le développement et l'agriculture, il ne reste plus aujourd'hui que 2% de cette forêt originale, ce qui en fait l'écosystème le plus menacé des tropiques. Le parc, l'un des plus anciens et des plus grands du Costa Rica, fut fondé en 1971 - en même temps que moi ! On le trouve à seulement 35 kilomètres de Libéria et à 43 km du Nicaragua. 
Le parc national fait partie d'une zone encore plus grande, l'Area de Conservacion Guanacaste, qui comprend le parc national de Guanacaste juste de l'autre côté de l'interamericana pour protéger cette fois la forêt pluviale qui s'épanouit sur les pentes du volcan Orosi, 1484 mètres plus haut. L'ensemble des deux parc est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, gage de trouver quelque chose d’exceptionnel.
Curieusement, le parc de Santa Rosa n'a pas été créé pour protéger l'environnement mais pour une toute autre raison. Dans l'histoire du Costa Rica, on trouve que le pays a été envahi trois fois mais que l’ennemi a toujours été repoussé au niveau de Santa Rosa. 
Les festivités commencent!
La bataille la plus célèbre remonte au 20 mars 1856 quand le président auto-proclamé du Nicaragua décida d'envahir le Costa Rica, aidé d'un groupe de pirates étrangers connus sous le nom de flibustiers qui tentaient de prendre le contrôle de toute l'Amérique Centrale. Le président du Costa Rica devina les intentions de son voisin et répliqua aussitôt, envoyant des troupes à Santa Rosa qui encerclèrent une hacienda du Santa Rosa historique connue sous le nom de La Casona. La bataille dura seulement 14 minutes. La Casona est devenu depuis le centre des visiteurs du parc et se visite avec un musée qui détaille les différents événements. En 1919 et 1955 le pays fut encore envahi, toujours par le Nicaragua et toujours par Santa Rosa. 
Camino de pierda o de mierda?
L'attaque de 1919 visait à renverser le dictateur General Federico Tinoco et celle de 1955 à établir un coup d'état. Toutes les tentatives échouèrent.
Ce n'est que plus tard que les biologistes trouvèrent que la région abritait aussi un écosystème fabuleux. Outre la forêt sèche, les plages de la péninsule sont le territoire de ponte de tortues de mer qui viennent toutes sur la plage de Nancite dans des groupes allant jusqu'à plus de 8000 tortues en même temps. J'ai vu des photos, c’est très impressionnant. Du coup, la plage peut être interdite d'accès à n'importe quel moment selon les saisons des pontes. La forêt quand à elle comporte des acacias, des chênes, des cactus, et un arbre enflé à l'écorce rouge-orange qui pèle. 
Cet arbre a la particularité de pouvoir encore photosynthétiser par le tronc lorsqu'il a perdu ses feuilles. Car 80% des arbres de la forêt sèche perdent leurs feuilles en période de sécheresse. J'avais déjà vu ce phénomène dans le sud de la Martinique ou du Queensland. Je pensais que les arbres étaient en train de crever mais c'est un phénomène tout ce qu'il y a de plus normal. Les arbres perdent leurs feuilles pour freiner leurs pertes en eau causée par la respiration des feuilles.
A Santa Rosa il pleut entre 0,9 mètres et 3 mètres d'eau chaque année, offrant les conditions idéales pour le développement de la forêt sèche. 
Il existe 4 sortes de forêts différentes au Costa Rica, selon la pluviométrie qu'elles enregistrent et d'autres conditions climatiques qui leur sont propres. Monteverde est le domaine de la « Cloud Forest », qui reçoit de 2 à 2,5 mètres de pluie par an et qui est le plus souvent plongée dans des nappes de brouillard et de nuages. Avec plus de pluie, on trouve la forêt tropicale de montagne avec des précipitations de 3,5 mètres annuel et qui se retrouve sur les pentes des volcans. Enfin la dernière catégorie, la « Rain Forest », se rencontre dans le parc de Corcovado au sud ouest du pays avec des records de flotte de 5 à 6 mètres chaque année.
Comme on peut voir je suis donc bien dans la zone la plus sèche du Costa Rica qui reçoit trois fois moins de flotte que dans la partie la plus humide du pays. Il peut ne pas pleuvoir une seule goutte pendant la saison sèche qui dure de 5 à 7 mois et qui s’étend de Décembre à Mai. Comme on est juste au début de cette saison, tout est encore très vert. Plus tard, on peut avoir l'impression d'être arrivé en Afrique avec des paysages de savane. Pendant cette période, les animaux se regroupent autour de rivières alimentées par les montagnes non loin, certains gagnant même les pentes des volcans pour y trouver refuge. On n'en est pas encore là. 
Preuve qu'on est bien en terre sèche, le parc est plein d'iguanes affreux qui tremblent de la tête comme s'ils avaient des tocs ou semblaient vouloir dire : « Quoi, qu'est ce que t'as, t'as jamais rien vu ? ».
La visite du parc nécessite un droit d'entrée de 15$ dont on s'acquitte au niveau du centre des visiteurs. On peut également camper dans différents secteurs aménagés en ajoutant 4 dollars de plus par nuit. C’est cette option que j'ai choisie. Cela me permettra de rester prisonnier du parc et de dormir pour une fois sous la tente. J'essaie toujours le plus possible de converser avec quelques mots d'espagnol. 
Aussi, le ranger qui m'a accueilli d'abord en anglais m'a fait tout un topo en espagnol, ponctué de « verdad », quand il a vu que je balbutiais quelques mots d'espagnol. Cela a bien duré 5 minutes et j'ai été très surpris de comprendre tous les mots qu'il prononçait comme si c'était ma langue maternelle, et bien mieux que s'il s'était exprimé en anglais. Par contre, impossible de répondre dans sa langue. J'ai un blocage de vocabulaire. J'aimerais bien parler l'espagnol. C'est une langue qui m'ouvre les portes de toute l'Amérique du Sud. Je peux aller très loin avec. Sans compter que c’est une langue que j'aime bien. Beaucoup de français préfèrent l'italien qu'ils trouvent plus charmant. Moi c’est le contraire, je trouve l'italien beaucoup plus agaçant.
Le parc est un endroit complètement inaccessible. Il n'y a qu'une seule piste qui mène jusqu'à l'océan, au niveau de Playa Narajo où l'on peut camper. C'est là que j'ai décidé de passer la nuit. Pour y parvenir il faut emprunter une piste de 12 kilomètres qui traverse comme elle peut la forêt sèche. C'est un chemin qui n'en porte que le nom et où même une vache n'oserait s'aventurer. On est prévenu dès le début par un panneau qui déconseille vivement de rouler sur le chemin, en très mauvais état, même avec un 4x4 et qui conseille plutôt de continuer en marchant. Mais 12 kilomètres pour chaque trajet cela fait très long. Le Lonely Planet dit que le parc demande de signer une décharge si l'on veut emprunter cette piste et qui décline toute responsabilité. 
S'il arrive quoi que ce soit sur le chemin avec la voiture, les rangers seront incapables de venir porter secours. Le garde qui m'a reçu a oublié de me faire signer ce document. Le panneau est toutefois là pour rappeler que la conduite se fera à ses risques et périls. C'est rassurant !
Le chemin est un truc insensé où l'on a droit à tout et qui ne donne jamais un moment de répit. Des ornières dans lesquelles il faut s'enfoncer et qui font des montagnes russes, des descentes vertigineuses sur des rochers pointus qui ressemblent à des pinacles, des ruisseaux à traverser et des marres de boue qu'un rhinocéros ne renierait pas. 
Le 4x4 passe miraculeusement partout. Même la marre de boue ne l'enlise pas, tout juste il zigzague dedans chassant la boue comme l'hélice d'un robot ménager. A plusieurs reprises j'ai failli renoncer, certain d'y laisser un pneu ou plusieurs si je continuais là dedans. Ce qui m'a poussé à poursuivre c'est le fait que d'autres touristes continuent eux aussi. On est mieux en enfer à plusieurs ! Pour les 12 kilomètres cela m'a pris 1h30, où l'angoisse ne m'a jamais quitté. Tout le long du parcours je n'ai cessé de m’exclamer : « Que pena ! ». Si le chemin était praticable, cela pourrait être très joli avec la forêt inextricable tout autour, remplie de papillons qui virevoltent dont le célèbre Blue Morpho Butterfly, aux ailes d'un bleu électrique. 
C'est l'emblème du Costa Rica et j'en ai vus plein. Mais impossible de les prendre en photo, ils ne se posent jamais. Certains sont mêmes venus lécher le pare-brise. J'ai croisé aussi un daim qui m'a regardé d'un air étonné et des cerfs. Pas de risque de les écraser vue la vitesse à laquelle j'allais.
Quelques surfeurs ont établi leur camp à Playa Naranjo, autour de larges tentes sans double-toit, protégées par de grandes bâches tendues entre les arbres. On y trouve une douche en plein air où des ratons laveurs viennent laper les restes de flaques d'eau, des toilettes sèches où l'on manque marcher sur des iguanes qui se prélassent au soleil et qu'on prend pour des branches au sol. 
En ouvrant la porte du cabanon, ce sont des nuées de chauves-souris qui vous volent dessus comme si l'on avait ouvert une boite de farces et attrapes ! La plage est devenue célèbre depuis qu'un film y a été tourné, Endless Summer II, un truc de surfeurs en goguette apparemment. Sauf que dans le film ils ont atterri là suite au crash de leur avion. Remarque, c’est sans doute le meilleur moyen pour venir...
Je n'ai passé que quelques heures sur la plage, le stress de retrouver au petit matin un pneu crevé comme à Isleta m'a fait préféré retourner là haut autour du centre des visiteurs pour planter la tente, là où la route s'achève et où un engin de dépannage puisse passer le cas échéant. C’est plus raisonnable. 
Playa Naranjo est une plage immense et d'une sauvagerie absolue. Trop peut être tant on a à l'esprit que s'il nous arrive quelque chose personne ne pourra ou voudra venir pour nous porter secours. Il y a un rocher au milieu de la plage, les pieds dans l'eau, Peña Bruja, au niveau de l'estuaire d'une rivière. Mais la plage est si grande et sans ombre qu'il faut avoir une grande détermination pour arriver jusque là. En revanche j'ai raté la Lagnua El Limbo, au sud de la plage, une lagune où se plaisent les crocodiles.
A 15 heures j'ai repris le 4x4 pour défier le chemin dans l'autre sens. Avec la montée, j'ai calé à de nombreuses reprises et suis même resté bloqué dans des creux impossible à gravir. 
J'ai dû user de patience en essayant de passer sur les bords pour m'en sortir. L'angoisse m'a filé la nausée au point que j'ai cru que je faisais à nouveau une intoxication alimentaire. Au final aucune crevaison à déplorer. C’est miraculeux ! Sur le terrain de camping du centre des visiteurs, j'ai mis ma tente sous des arbres tarabiscotés couverts de figuiers étrangleurs. Les rangers ont coupé l'herbe autour dont se régalent les cerfs qui vont et viennent comme chez eux. Il y a aussi des espèces de dindons sauvages, noirs avec un cou rouge de vieille qui pendouille et des groupes de volaille qui caquettent, mi canard mi poule. Dans les branches on entend un oiseau qui chante et que j'ai pris au début pour des doudous antillaises qui jacassent sur une place de marché. Pour aller aux sanitaires j'ai failli marcher sur une vipère rayée toute fine qui a eu plus peur que moi et s’est faufilée bien vite dans les herbes. Dans ce parc, on n'arrête pas de sursauter avec une bestiole qui nous passe toute le temps sous le nez. Et la nuit ça continue. Il y a un truc volant au ras du sol qui patrouille autour du camp en éclairant son chemin. J'ai même cru que c'était un ranger qui passait avec sa torche !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...