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| Playa Naranjo |
Le parc national de Santa
Rosa couvre toute la péninsule de Santa Elena sur une superficie de
386 km2 et protège la plus vaste étendue restante de forêt
tropicale sèche de toute l’Amérique Centrale. Cette forêt couvre
les bords de la côte Pacifique et remonte jusqu'au nord du Mexique
et occupait à l'origine toute la côte de l'Amérique Centrale. Avec
la colonisation, le développement et l'agriculture, il ne reste plus
aujourd'hui que 2% de cette forêt originale, ce qui en fait
l'écosystème le plus menacé des tropiques. Le parc, l'un des plus
anciens et des plus grands du Costa Rica, fut fondé en 1971 - en
même temps que moi ! On le trouve à seulement 35 kilomètres
de Libéria et à 43 km du Nicaragua.
Le parc national fait partie
d'une zone encore plus grande, l'Area de Conservacion Guanacaste, qui
comprend le parc national de Guanacaste juste de l'autre côté de
l'interamericana pour protéger cette fois la forêt pluviale qui
s'épanouit sur les pentes du volcan Orosi, 1484 mètres plus haut.
L'ensemble des deux parc est classé au patrimoine mondial de
l'Unesco, gage de trouver quelque chose d’exceptionnel.
Curieusement, le parc de
Santa Rosa n'a pas été créé pour protéger l'environnement mais
pour une toute autre raison. Dans l'histoire du Costa Rica, on trouve
que le pays a été envahi trois fois mais que l’ennemi a toujours
été repoussé au niveau de Santa Rosa.
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| Les festivités commencent! |
La bataille la plus célèbre
remonte au 20 mars 1856 quand le président auto-proclamé du
Nicaragua décida d'envahir le Costa Rica, aidé d'un groupe de
pirates étrangers connus sous le nom de flibustiers qui tentaient de
prendre le contrôle de toute l'Amérique Centrale. Le président du
Costa Rica devina les intentions de son voisin et répliqua aussitôt,
envoyant des troupes à Santa Rosa qui encerclèrent une hacienda du
Santa Rosa historique connue sous le nom de La Casona. La bataille
dura seulement 14 minutes. La Casona est devenu depuis le centre des
visiteurs du parc et se visite avec un musée qui détaille les
différents événements. En 1919 et 1955 le pays fut encore envahi,
toujours par le Nicaragua et toujours par Santa Rosa.
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| Camino de pierda o de mierda? |
L'attaque de
1919 visait à renverser le dictateur General Federico Tinoco et
celle de 1955 à établir un coup d'état. Toutes les tentatives
échouèrent.
Ce n'est que plus tard
que les biologistes trouvèrent que la région abritait aussi un
écosystème fabuleux. Outre la forêt sèche, les plages de la
péninsule sont le territoire de ponte de tortues de mer qui viennent
toutes sur la plage de Nancite dans des groupes allant jusqu'à plus
de 8000 tortues en même temps. J'ai vu des photos, c’est très
impressionnant. Du coup, la plage peut être interdite d'accès à
n'importe quel moment selon les saisons des pontes. La forêt quand à
elle comporte des acacias, des chênes, des cactus, et un arbre enflé
à l'écorce rouge-orange qui pèle.
Cet arbre a la particularité de
pouvoir encore photosynthétiser par le tronc lorsqu'il a perdu ses
feuilles. Car 80% des arbres de la forêt sèche perdent leurs
feuilles en période de sécheresse. J'avais déjà vu ce phénomène
dans le sud de la Martinique ou du Queensland. Je pensais que les
arbres étaient en train de crever mais c'est un phénomène tout ce
qu'il y a de plus normal. Les arbres perdent leurs feuilles pour
freiner leurs pertes en eau causée par la respiration des feuilles.
A Santa Rosa il pleut
entre 0,9 mètres et 3 mètres d'eau chaque année, offrant les
conditions idéales pour le développement de la forêt sèche.
Il
existe 4 sortes de forêts différentes au Costa Rica, selon la
pluviométrie qu'elles enregistrent et d'autres conditions
climatiques qui leur sont propres. Monteverde est le domaine de la
« Cloud Forest », qui reçoit de 2 à 2,5 mètres de
pluie par an et qui est le plus souvent plongée dans des nappes de
brouillard et de nuages. Avec plus de pluie, on trouve la forêt
tropicale de montagne avec des précipitations de 3,5 mètres annuel
et qui se retrouve sur les pentes des volcans. Enfin la dernière
catégorie, la « Rain Forest », se rencontre dans le parc
de Corcovado au sud ouest du pays avec des records de flotte de 5 à
6 mètres chaque année.
Comme on peut voir je
suis donc bien dans la zone la plus sèche du Costa Rica qui reçoit
trois fois moins de flotte que dans la partie la plus humide du pays.
Il peut ne pas pleuvoir une seule goutte pendant la saison sèche qui
dure de 5 à 7 mois et qui s’étend de Décembre à Mai. Comme on
est juste au début de cette saison, tout est encore très vert. Plus
tard, on peut avoir l'impression d'être arrivé en Afrique avec des
paysages de savane. Pendant cette période, les animaux se regroupent
autour de rivières alimentées par les montagnes non loin, certains
gagnant même les pentes des volcans pour y trouver refuge. On n'en
est pas encore là.
Preuve qu'on est bien en terre sèche, le parc
est plein d'iguanes affreux qui tremblent de la tête comme s'ils
avaient des tocs ou semblaient vouloir dire : « Quoi,
qu'est ce que t'as, t'as jamais rien vu ? ».
La visite du parc
nécessite un droit d'entrée de 15$ dont on s'acquitte au niveau du
centre des visiteurs. On peut également camper dans différents
secteurs aménagés en ajoutant 4 dollars de plus par nuit. C’est
cette option que j'ai choisie. Cela me permettra de rester prisonnier
du parc et de dormir pour une fois sous la tente. J'essaie toujours
le plus possible de converser avec quelques mots d'espagnol.
Aussi,
le ranger qui m'a accueilli d'abord en anglais m'a fait tout un topo
en espagnol, ponctué de « verdad », quand il a vu que je
balbutiais quelques mots d'espagnol. Cela a bien duré 5 minutes et
j'ai été très surpris de comprendre tous les mots qu'il prononçait
comme si c'était ma langue maternelle, et bien mieux que s'il
s'était exprimé en anglais. Par contre, impossible de répondre
dans sa langue. J'ai un blocage de vocabulaire. J'aimerais bien
parler l'espagnol. C'est une langue qui m'ouvre les portes de toute
l'Amérique du Sud. Je peux aller très loin avec. Sans compter que
c’est une langue que j'aime bien. Beaucoup de français préfèrent
l'italien qu'ils trouvent plus charmant. Moi c’est le contraire, je
trouve l'italien beaucoup plus agaçant.
Le parc est un endroit
complètement inaccessible. Il n'y a qu'une seule piste qui mène
jusqu'à l'océan, au niveau de Playa Narajo où l'on peut camper.
C'est là que j'ai décidé de passer la nuit. Pour y parvenir il
faut emprunter une piste de 12 kilomètres qui traverse comme elle
peut la forêt sèche. C'est un chemin qui n'en porte que le nom et
où même une vache n'oserait s'aventurer. On est prévenu dès le
début par un panneau qui déconseille vivement de rouler sur le
chemin, en très mauvais état, même avec un 4x4 et qui conseille
plutôt de continuer en marchant. Mais 12 kilomètres pour chaque
trajet cela fait très long. Le Lonely Planet dit que le parc demande
de signer une décharge si l'on veut emprunter cette piste et qui
décline toute responsabilité.
S'il arrive quoi que ce soit sur le
chemin avec la voiture, les rangers seront incapables de venir porter
secours. Le garde qui m'a reçu a oublié de me faire signer ce
document. Le panneau est toutefois là pour rappeler que la conduite
se fera à ses risques et périls. C'est rassurant !
Le chemin est un truc
insensé où l'on a droit à tout et qui ne donne jamais un moment de
répit. Des ornières dans lesquelles il faut s'enfoncer et qui font
des montagnes russes, des descentes vertigineuses sur des rochers
pointus qui ressemblent à des pinacles, des ruisseaux à traverser
et des marres de boue qu'un rhinocéros ne renierait pas.
Le 4x4
passe miraculeusement partout. Même la marre de boue ne l'enlise
pas, tout juste il zigzague dedans chassant la boue comme l'hélice
d'un robot ménager. A plusieurs reprises j'ai failli renoncer,
certain d'y laisser un pneu ou plusieurs si je continuais là dedans.
Ce qui m'a poussé à poursuivre c'est le fait que d'autres touristes
continuent eux aussi. On est mieux en enfer à plusieurs ! Pour
les 12 kilomètres cela m'a pris 1h30, où l'angoisse ne m'a jamais
quitté. Tout le long du parcours je n'ai cessé de m’exclamer :
« Que pena ! ». Si le chemin était praticable,
cela pourrait être très joli avec la forêt inextricable tout
autour, remplie de papillons qui virevoltent dont le célèbre Blue
Morpho Butterfly, aux ailes d'un bleu électrique.
C'est l'emblème
du Costa Rica et j'en ai vus plein. Mais impossible de les prendre en
photo, ils ne se posent jamais. Certains sont mêmes venus lécher le
pare-brise. J'ai croisé aussi un daim qui m'a regardé d'un air
étonné et des cerfs. Pas de risque de les écraser vue la vitesse à
laquelle j'allais.
Quelques surfeurs ont
établi leur camp à Playa Naranjo, autour de larges tentes sans
double-toit, protégées par de grandes bâches tendues entre les
arbres. On y trouve une douche en plein air où des ratons laveurs
viennent laper les restes de flaques d'eau, des toilettes sèches où
l'on manque marcher sur des iguanes qui se prélassent au soleil et
qu'on prend pour des branches au sol.
En ouvrant la porte du cabanon,
ce sont des nuées de chauves-souris qui vous volent dessus comme si
l'on avait ouvert une boite de farces et attrapes ! La plage est
devenue célèbre depuis qu'un film y a été tourné, Endless Summer
II, un truc de surfeurs en goguette apparemment. Sauf que dans le
film ils ont atterri là suite au crash de leur avion. Remarque,
c’est sans doute le meilleur moyen pour venir...
Je n'ai passé que
quelques heures sur la plage, le stress de retrouver au petit matin
un pneu crevé comme à Isleta m'a fait préféré retourner là haut
autour du centre des visiteurs pour planter la tente, là où la
route s'achève et où un engin de dépannage puisse passer le cas
échéant. C’est plus raisonnable.
Playa Naranjo est une plage
immense et d'une sauvagerie absolue. Trop peut être tant on a à
l'esprit que s'il nous arrive quelque chose personne ne pourra ou
voudra venir pour nous porter secours. Il y a un rocher au milieu de
la plage, les pieds dans l'eau, Peña Bruja, au niveau de l'estuaire
d'une rivière. Mais la plage est si grande et sans ombre qu'il faut
avoir une grande détermination pour arriver jusque là. En revanche
j'ai raté la Lagnua El Limbo, au sud de la plage, une lagune où se
plaisent les crocodiles.
A 15 heures j'ai repris
le 4x4 pour défier le chemin dans l'autre sens. Avec la montée,
j'ai calé à de nombreuses reprises et suis même resté bloqué
dans des creux impossible à gravir.
J'ai dû user de patience en
essayant de passer sur les bords pour m'en sortir. L'angoisse m'a
filé la nausée au point que j'ai cru que je faisais à nouveau une
intoxication alimentaire. Au final aucune crevaison à déplorer.
C’est miraculeux ! Sur le terrain de camping du centre des
visiteurs, j'ai mis ma tente sous des arbres tarabiscotés couverts
de figuiers étrangleurs. Les rangers ont coupé l'herbe autour dont
se régalent les cerfs qui vont et viennent comme chez eux. Il y a
aussi des espèces de dindons sauvages, noirs avec un cou rouge de
vieille qui pendouille et des groupes de volaille qui caquettent, mi
canard mi poule. Dans les branches on entend un oiseau qui chante et
que j'ai pris au début pour des doudous antillaises qui jacassent
sur une place de marché. Pour aller aux sanitaires j'ai failli
marcher sur une vipère rayée toute fine qui a eu plus peur que moi
et s’est faufilée bien vite dans les herbes. Dans ce parc, on
n'arrête pas de sursauter avec une bestiole qui nous passe toute le
temps sous le nez. Et la nuit ça continue. Il y a un truc volant au
ras du sol qui patrouille autour du camp en éclairant son chemin.
J'ai même cru que c'était un ranger qui passait avec sa torche !
















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