Mon objectif ce matin
était de partir du parc le plus tôt possible pour pouvoir être à
Sodwana Bay à mi-journée et ainsi profiter d'un après midi entier
à la plage. D'autant plus que depuis hier soir le temps est au beau
fixe. Il n'y a plus un seul nuage et le lever de soleil était
absolument magnifique. Je m'étais couché hier soir à nouveau les
rideaux ouverts, pouvant contempler pour la première fois les
étoiles depuis le lit. C'est ainsi que ce matin j'ai été réveillé
par une belle lumière orange à travers la chambre qui m'a fait me
lever d'un bond pour sortir immortaliser cet instant. Il y avait
quelques nappes de brume encore au fond de la vallée. L'ambiance
était unique et tout le monde dormait encore. Ils ne sauront jamais
ce qu'ils ont raté.
C'est une belle journée
qui s'annonce, comme celle de dimanche dernier curieusement.
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| Lever de soleil sur le bush |
Cela me
presse encore plus à arriver tôt à Sodwana Bay. C'est peut être
la seule journée où je pourrais prendre de belles photos. Car le
coin s'annonce comme magnifique, mais comme toute plage, il vaut
mieux la voir sous le plus beau temps qui soit. Malgré tout, pris à
nouveau par l'écriture, le rangement et le petit déjeuner, il était
déjà plus de 8 heures quand je me suis rendu à la réception. Pour
rendre quoi, on se le demande bien vu que le chalet était fourni
sans clef ! Il y avait là un vieux tout émoustillé qui
monopolisait les 3 rangers de la réception, fier de leur montrer sur
son appareil photo les vidéos et photos d'un éléphant qu'il venait
d'apercevoir en train de boire dans une flaque d'eau. Tant mieux pour
lui mais ce n'est pas une raison pour faire le blocus.
Un type m'a demandé si
j'avais le macaron. C'est une vignette sur laquelle ils écrivent le
nom du camp, le numéro de la plaque d'immatriculation et la date à
laquelle on part.
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| Depuis ma terrasse... Elle est pas belle la vie? |
Apparemment ils m'avaient remis ça à mon arrivée.
Je suis donc retourné à la voiture, fouillant partout dans la boîte
à gant, en vain. J'avais bien besoin de ça pour me retarder. Même
si je n'ai pas beaucoup de route aujourd'hui - Sodwana Bay devant se
trouver à 150 kilomètres environ - j'envisage de passer un peu plus
d'une heure en chemin pour m'occuper de réserver les prochains
hébergements et poster des messages sur le blog. Si je trouve un
point wifi... Pour le macaron, rien à faire, introuvable. Pourtant
j’avais bien fait attention à garder le permis en lieu sûr. Je
l'ai bien, mais pas la vignette. Ça a dû s’envoler lors d'un
safari, j'ai toujours des papiers qui volent, que je pense à chaque
fois être des facturettes sans importance. De perdre ce truc n’est
pas trop grave, ce n'est pas comme le permis, s'ils me l'ont
prétendument donné à l'entrée, ils peuvent me le refaire
maintenant, ils ne vont quand même pas me faire un fromage avec ça.
Mais pour ce faire, encore fallait il que l'autre en ait fini à
montrer ses photos !

Avant de partir, j'ai
fait le plein à la station service, celle qui est dans une case !
Comme par hasard le demi-plein dans le parc coûte moins cher qu'en
station et au moins j'ai personne pour me faire les vitres ou
regarder sous le capot. En fait c'est comme tout, plus c'est simple,
moins il y a de monde et plus tout est facile, sans perte de temps et
sans emmerde ! En plus ça a plus de charme ! En chemin,
j'ai retrouvé un tracteur abandonné sur la bas côté, peu après
l'endroit où j'avais vu les lions. C'est d'ailleurs depuis ce jour
là qu'il gît à cet endroit. Coïncidence ou bien son conducteur
aurait-il servi de repas ? Pour rejoindre Sodwana, le plus court
sur la carte est de traverser le parc de part en part et de sortir du
côté de Hluhluwe d'où se prend la route pour Sodwana. Mais la
traversée du parc est bien plus longue que ce que je pensais.

Déjà,
normalement, on ne doit pas rouler à plus de 40 mais j'essaye
d'aller plu vite. De toute façon il n'y a pas d'animaux à cette
heure là et aujourd'hui il fait plus chaud que d'habitude. Je trace
donc. Mais la section Hluhluwe du parc que je ne connais pas se
révèle très intéressante, différente de celle d'iMfolozi. Elle
est beaucoup plus vallonnée, à tel point que mes oreilles se
bouchent régulièrement. Question panoramas elle est aussi peut être
plus riche, à moins que ce ne soit le temps qui joue en sa faveur.
Par contre, de ce que j'ai lu, on y rencontre moins d'animaux car la
route est toujours au niveau des sommets et la rivière loin en
contrebas. C'est ainsi, qu'en m'arrêtant pour prendre le paysage,
j'ai remarqué tout en bas un troupeau de buffles qui se baignait
dans la rivière. C'était très joli.

Mais il n'y avait pas qu'eux.
Plus loin, après le Hilltop lodge (l'autre hébergement du parc),
trois zèbres pas farouches m'ont valu un arrêt. Ils étaient trop
mignons. Une famille avec un petit qui faisait des câlins à sa
maman, en enroulant son cou autour du sien et en se frottant le front
comme un chat. Quel plaisir de voir des animaux heureux ! On
avait envie d'aller leurs grattouiller le museau. Plus loin, peu
avant l'accès au parc côté Hluhluwe, deux voitures étaient
arrêtées, leurs occupants admirant quelques zèbres qui faisaient
barrage. Je ne sais pas s'ils ont bien vu, mais juste sur la gauche,
un peu plus bas, il y avait un marécage avec un troupeau de buffles
tout en croûte de boue occupés à prendre leur bain au milieu
d'oiseaux blancs à hautes pattes.

Je suis monté à la portière de
la voiture pour prendre de la hauteur et comme devant ça n'avançait
pas je suis sorti pisser un coup et plier la tente qui trône sur le
siège arrière de la voiture depuis que j'ai quitté Saint Lucia
après la pluie. Cela pour m'avancer ; inutile à Sodwana Bay
d'attirer l’œil avec un truc qui pourrait faire penser que j'ai
peut être d'autres choses plus intéressantes dans le coffre.
En attendant, il fallait
devant que ça dégage. C'est bon, les zèbres ont eu leur quart
d'heure de gloire, maintenant faut passer à autre chose les cocos.
Mais comment faire ? Pas question de klaxonner. J'ai donc collé
au cul la voiture de devant qui a fini par se frayer un passage en
les contournant bien sur la gauche sans les faire fuir pour autant.
Quand je suis arrivé à hauteur de la voiture qui était arrêtée
dans l'autre sens, sa conductrice m'a lâché sur un ton sec pas
aimable : « You spot anything how ».

Je ne suis pas
sûr de bien comprendre mais d'après le ton ça doit vouloir dire
que je prends des photos n'importe comment. De quoi je me mêle ?
C'est parce qu'elle m'a vu descendre de voiture ? Elle ne va pas
s'y mettre non plus, y a assez des gardes ! Ce sont mes
vacances, je fais ce que je veux. Connasse ! Par contre, en
sortant du parc, dans le sens de ceux qui arrivent, tout un tas de
pictogrammes annoncent les règles à suivre dans le parc. Peut être
que ces panneaux n'étaient pas au niveau de la porte où je suis
arrivé il y a 3 jours mais l'un d'eux dit : « No sitting
or standing in open sunroofs or windows ». Oups...
Après trois jours passés
au contact de la nature, ne croisant et ne parlant à personne, ça
fait un choc de sortir du parc.
L'ambiance change dès les barrières
passées. Les cases sont de retour, les vaches sur la route aussi, et
toujours tout un tas de personnes qui marchent sur le bas côté pour
aller nul part, avec des gamins à poil qui sautillent en proie à
des crises de nerfs. Il y en a certains pour qui voyage réussi doit
rimer avec contact avec la population. Même si je lui trouve du
charme, ça ne m'intéresse pas. En fait l'humain ne m'intéresse pas
beaucoup. Les villes, les musées, les monuments, les gens... Je
préfère quand la nature est intact, comme si personne n'était
jamais venu la déranger et que j'étais le premier à la découvrir.
Voilà pourquoi les parcs nationaux m'attirent.
De Hluhluwe
(imprononçable, que j’appelle donc ukulélé), il reste près de
100 kilomètres vers Sodwana Bay. Même si l'on est autorisé à
rouler à 100 sur la route, comme ce qui est le cas sur toutes les
routes d'Afrique du Sud, dans la pratique on est obligé de rouler
moins vite.

Très fréquemment ces maudits ralentisseurs apparaissent
au milieu de nul part, obligeant à ne pas dépasser 30 à l'heure.
Et quand ils font leur apparition c'est par série de 4. Tout ça
pour un prétendu village que l'on ne distingue pas. C'est juste un
endroit dans la brousse où des personnes sont agglutinées sur le
bas côté, protégés du soleil par des parapluies aux couleurs
vives, attendant un bus qui ne viendra jamais car ayant dû tomber en
panne quelque part sans que personne ne le sache. Car on ne cesse de
croiser des voitures arrêtées sur le bas côté avec quelqu'un
affairé à changer un pneu ou avec une tête plongée dans le capot.
Espérons que ça ne m'arrive pas, je suis bien content d'avoir une
voiture de location qui a moins de 10000 kilomètres et qui sent
encore le neuf.

Au fur et à mesure que
j'avance j'ai l'impression que ça devient encore plus « rustique ».
Les buissons se parent de myriades de couleurs. Pas de fleurs mais
plutôt de linge laissé à sécher ! Les gens marchent pieds
nus sur un asphalte qui fait des reflets de chaleur par 40 dehors. Je
ne sais pas comment ils font. Des mamas déambulent avec des
glaciaires en équilibre sur leur tête, quand ce n'est pas des
troncs ou tout autre objet hétéroclite et le plus souvent incongru.
Les gens sortent de derrière les buissons, de n'importe où. Chaque
fourré doit cacher une case qu'on ne voit pas. Voilà pourquoi je
n'irais pas m'amuser à faire du camping sauvage ! Là où l'on
croit qu'il n'y a personne, il y a toujours quelqu'un pour traficoter
quelque chose. Aujourd'hui c'est dimanche, c'est donc la sortie pour
la messe. Les jeunes filles sont habillées dans un style filles de
joie qui détonne au regard du sujet, boitillant sur des talons hauts
qui leur donne mauvais genre, plus habituées à ne rien avoir aux
pieds.

C'est ainsi que je
traverse Mbazwana, dernier gros point sur la carte, à une dizaine de
kilomètres de Sodwana Bay. 100 kilomètres seulement plus loin et
c'est le Mozambique. Le bourg se résume à un super-Spar, à un
marché alternatif tout autour formé par des draps par terre qui
mettent en valeur des bananes trop mures et des ananas rachitiques et
desséchés, et à beaucoup d'immondices et de plastiques de toute
nature qui s'accumulent sur les trottoirs tandis que les chèvres
cherchent un brin d'herbe à grignoter. Dans ces conditions je ne
cherche même pas à allumer l'ordinateur pour voir si j'ai du wifi !
A Sodwana Bay, ce n'est pas mieux. C'est 3 gargotes sur le bas côté
et basta. Les « guesthouse » sont en fait des chambres
chez l'habitant, dans une case commune où doivent sûrement
cohabiter trois générations.

Je suis sûr que le guide du routard
doit a-do-rer ! J'écrivais il y a quelques jours que Sodwana
Bay était une station balnéaire prisée. En d'autres temps peut
être. Aujourd'hui et comme c'est dimanche, elle n’est prisée que
par les locaux et encore il n'y a pas foule. S'il y a une petite
cinquantaine c’est déjà bien. Il faut dire que la plage est dans
le parc national, le même qu'à Saint Lucia, le iSimangaliso, et
donc que son accès est restreint et payant.
A l'entrée j'explique au
garde que je viens là deux jours pour faire du camping. Il me
demande où. Je n'en ai aucune idée, j'ai lu sur le Lonely Planet
q'il y en avait deux. En fait il y en a quatre. Je lui demande alors
lequel d'après lui sera le plus tranquille et le moins rempli. Il me
conseille le Mseni Lodge qui offre en plus un restaurant et un bar et
a des emplacements en haut de dune avec vue sur la mer. Adjugé.

Mais
avant le Mseni Lodge, il faut encore passer une barrière avec une
réception située devant. Je rentre dans un bâtiment sans âme et
sombre où quelqu'un sort d'une pièce pour me recevoir. Mais il ne
peut rien pour moi car je suis à la réception du parc national. Je
vais donc voir le garde à la barrière qui me fait un foin disant
que normalement il faut téléphoner, mais qu'il me laisse aller voir
là où je veux me mettre. Il me parle de toutes les options et me
conseille lui le CoralDivers, avant de lever la barrière. A une
condition : que je revienne le voir pour lui dire ce que j'ai
choisi.
C'est un vrai labyrinthe
ce truc, constitué de plein de pistes de sable qui s'enfoncent dans
la jungle. Ici la section A, ici la B, la F... Ça n'en finit plus.
Et tout est vide. Je continue un peu. A droite il faut prendre une
piste pour parvenir au Mseni Lodge, au risque de s'enliser.

La route
continue en revanche vers un camp indiqué « Gwalagwala »,
derrière la dune, où l'on entend les vagues. Cette section comprend
33 emplacements éloignés les uns des autres, sous les arbres et je
tombe instantanément sous le charme. C'est là que je veux être. En
plus en faisant le tour, il n'y a qu'une seule tente installée et
encore elle est à l'opposé de l'emplacement qui me semble le mieux,
le numéro 6, car spacieux et pénétrant profondément sous les
arbres en s'éloignant au maximum du chemin. Certes ce n'est pas avec
un occupant qu'on risque de se taper dessus, mais peut être que
d'autres personnes vont arriver plus tard. Car il n'est que 13
heures. Au final j'aurai quand même mis 4 heures pour venir, dont
plus de deux passées à traverser le parc. Il ne me reste plus qu'à
trouver la réception du Gwalagwala, que je finis pas trouver au
niveau de la section des chalets. Mais c'est fermé.

La vitre est si
sale qu'on ne voit pas si quelqu'un est endormi derrière, aussi je
frappe fort au carreau. Comme ça ne change rien, je retourne à la
barrière, signalant que j'ai fait mon choix mais que personne n'est
là. Le garde me demande alors d'aller voir à la réception du parc
qui saura me répondre ou trouver la bonne personne. Retour à la
case départ...
Effectivement la
réception du parc me déroule un registre à large feuilles pour
noter mon nom, adresse et numéro de téléphone. En fait j'ai fait
le bon choix, le Gwalagwala est le camping géré par le parc
national. Ils auraient pu me le dire la première fois mais c'est
vrai que j'avais demandé le Mseni... Les tarifs sont hallucinants.
85 rands car je suis en basse saison (c'était 220 à Cape Vidal).
OK, il y a moins de bêtes à voir que dans l'autre partie du parc
(encore que j'ai déjà vu des biches et des singes) mais la plage y
est censée être bien plus belle et avec un eau pure.

C'est en plein
cagnard que je plante la tente. Une bonne chose de faite, je peux
désormais aller découvrir la plage. Il faut juste chercher le
chemin d'accès. En fait depuis les sites de campings, c'est
impossible, il faut repasser la barrière. En parlant du camping,
avec les différentes zones, c'est pas moins des centaines de places
qui sont offertes. J'ai aussi fait un tour au niveau du Coral Divers,
où les gens sont agglutinés dans des cabanons qui ne peuvent loger
qu'un lit et collés les uns aux autres, dans un sous-bois bas de
plafond gorgé de moustiques. Je préfère le camping. Et vive la
basse saison ! C'est bizarre car quand même ici c'est
l'équivalent d'un 3 août. Je me demande bien quand c'est la haute
saison ! Mais c'est tant mieux, je fuis les périodes de
vacances scolaires. S'il y a tant d'emplacements, c’est qu'ils
répondent à un besoin, aussi j'imagine l'horreur que ça doit être
en haute saison.

Avant d'aller à la plage
je passe devant la seule supérette du coin mais elle est fermée,
dimanche après-midi oblige. Elle était ouverte quand je suis passé
en arrivant. Je n'ai plus que moins d'un litre d'eau et j'ai déjà
très soif. Il fait vraiment très chaud et ce n’est pas à la
plage, sans ombre, que ça va s'arranger. La plage est absolument
magnifique, conforme aux photos que j'avais vues sur le net avant mon
départ, mais le mieux est de s'éloigner sur la droite, après avoir
traversé un cours d'eau de couleur ferrugineuse. Même si l'on
dépasse la zone de baignade surveillée désignée entre deux
fanions. Ils ont mis le drapeau rouge aussi les gens se baignent de
l'eau aux cuisses. Il est dit de faire attention aux courants,
violents, et aux requins. Mais c'est surtout le requin qui
m'inquiète. Car ici ce n'est pas le petit requin brun comme en
Polyénésie, mais ce sont les gros requins blancs, les plus
redoutables, ceux de « Les dents de la mer » !

Sur
la plage je ne vois que des locaux, hormis un ou deux blancs. Les
gens se baignent en short de tous les jours quand ce n'est pas tout
habillé. Quelques pécheurs ont aussi jeté leur ligne. En
continuant plus loin, après le phare, on dépasse un cap et c'est
alors que je me retrouve face à une plage vide. Des dunes à perte
de vue couvertes de plantes grasses ou rampantes qui arrivent
jusqu'au bord de la plage, des rouleaux, tout est là pour en faire
une plage de rêve. J'ai passé la majeure partie de l'après midi le
dos collé à la dune, bénéficiant de son ombre car le soleil était
déjà passé de l'autre côté. La plage est orientée quasiment
côté est. Je ne suis pas arrivé à me baigner. Entres les gros
rouleaux et la peur des requins, j'ai pataugé dans de l'eau au
genou. Dès lors que ne je voyais plus ce qu'il y avait sous l'eau,
j'évitais d'aller plus loin. Dans ces conditions, c'est dur de se
baigner.

En fin d'après midi, je
suis retourné vers Sodwana Bay (le « village ») puis à
Mbazwana, à la recherche d'internet. Pour rien, comme il fallait s'y
attendre. En chemin j'ai pris quelqu'un en stop que le garde m'avait
demandé de prendre avec lui. Comme c'est quelqu'un qui était connu
du parc, je ne risquais donc pas grand chose. Je l'ai laissé sur le
bas côté quelques kilomètres plus loin, au milieu de nul part, là
où il habite. Pas de maison en vue, peut être vit-il dans un
terrier ! Plus tard, je suis allé dîner mais surtout prendre
un verre au Mseni Lodge. L'endroit est tenu par un jeune blanc
chevelu qui m'a reçu pieds nus, en short de surf et une casquette
vissée sur la tête. Il a l'air sympa, il me fait toujours des
signes les deux pouces an l'air assortis de « OK ? »,
« Good ? » ou « My friend ». J'imagine
qu'il a réalisé son rêve : une vie tranquille au grand air,
passée à faire du surf entre deux services.

J'ai commandé deux
bouteilles d'un demi litre chacune de « Windhoek Premium
Draught », la bière locale made in Capetown. Bien fraîche,
bien bonne, c’est ce qu'il fallait pour apaiser ma soif. Le
restaurant, bâtiment tout en bois, est sur deux niveaux. Il faut
aller en haut où à l'étage on voit la mer. On a l'impression
d’être dans une cabane perchée au sommet d'un arbre. C'est ainsi
que j'ai passé le dîner, à regarder l'Océan Indien, puis les
étoiles, à humer l'air et à sentir le vent, m'amusant à capturer
en photo les faisceaux du phare. J'ai dû passer pour un autiste. En
bas du restaurant j'ai vu qu'il y avait un escalier qui permettait
sans doute de rejoindre la plage. Vu l'endroit où se trouve le
Mseni, la plage à ce niveau là doit être plus belle et
complètement déserte. Je sais où j'irai demain !
Quand j'ai réglé ma
note, la serveuse m'a demandé « Where are your friends
today ? ». Dans un pays où tout marche par tribu je dois
passer plus qu'ailleurs pour un extraterrestre en étant attablé
tout seul à un restaurant. Je suis juste dans mon monde, celui des
choses simples où je me suffis à moi même. C'est là que je me
sens bien, vivant et vraiment moi...