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mardi 5 février 2013

En route pour Durban

L'hôtel où je dois me passer cette nuit se trouve à Warner Beach, en dessous d'Amanzimtoti. C'est à plus de 400 km de Sodwana Bay, aussi je suis parti ce matin peu avant 7 heures pour en finir avec les journées perdues en transport. Je pourrais ainsi profiter de la plage l'après midi. Seulement, à partir trop trop, je me suis retrouvé avec les écoliers qui arpentaient les routes, parfois jusqu'à des kilomètres autour de leur école. École qui n'était en fait qu'un bâtiment quelconque au milieu de la brousse. Par contre j'ai été étonné par le nombre de jeunes qui sillonnaient les routes, on se serait crû à la faculté. Pour un endroit qui a l'air désert, on a l'impression qu'il n'y a que des jeunes. Autre fait marquant, c'est que tous les âges vont au même endroit, à moins que certains aient redoublé une classe de l'école primaire une demie-douzaine de fois ! A mon avis ils ne peuvent pas se payer le luxe d'avoir des établissements distincts comme chez nous et je ne serais même pas étonné qu'au sein d'une classe le professeur enseigne différents niveaux. Les écoliers portent tous l'uniforme, chemise blanche et cravate pour les garçons plus débardeur noir en tricot par dessus, jupes plissées pour les filles avec chaussettes montantes, façon majorettes. Déjà, en temps normal, il faut composer avec des vaches sans gêne et suicidaires qui déboulent sans crier gare en se disant que quoiqu'il se passe on les évitera forcément. Alors si en plus il faut à cela rajouter les écoliers qui marchent eux aussi sur la route en se chamaillant, plus les dos d'âne infranchissables où l'on laisse l'essieu au delà de 40 à l'heure, ça donne une moyenne pas très brillante.
Malgré tout, je suis arrivé à l'hôtel 4 heures et demie plus tard. Et pour la fin de mon périple dans le Kwazulu Natal, j'aurais fait 2000 kilomètres. Avec le vol demain, c'est une page qui se tourne. Ce sera la fin des noms de ville tarabiscotés, il va falloir à présent s'habituer aux noms hollandais, pas forcément plus gratinés. Ce serait à refaire, je n'aurais pas pris d'avion pour aller à Port Elizabeth, distant de 500 kilomètres environ de Durban. J'avais choisi cette option pour gagner du temps et m'épargner de la fatigue en conduite inutile. Mais au final je perds la journée d'aujourd'hui, qui est une non-journée car il n'y a rien d'exceptionnel à voir dans le secteur et que j'aurais pu mettre à profit pour descendre vers Port Elizabeth. Et puis demain le vol est vers midi. Le temps de récupérer les bagages à destination et de relouer une voiture et ce sera aussi une journée perdue. Sans compter que je perds le rythme qui me convenait à présent. Je me demande ce que je fais là, la pseudo vie moderne m'ennuie. Je n'ai qu'une hâte c'est de retourner au plus tôt dans mes parcs nationaux. Le gîte est très confortable, on est très bien accueilli par les propriétaires, j'avais même un mot à mon nom sur le lit et tout est décoré avec soin mais le quartier est un quartier résidentiel où chacun se protège des intrus à l'aide de chiens. C'est un festival, à celui qui aboiera le plus et qui fera en sorte d'exciter le chien du voisin de sorte que ça fait des rondes qui n'en finissent plus. Je ne sais pas ce que ça va donner cette nuit mais j'ai peu d'espoir. C'est la civilisation. Là où est l'homme le chien suit car l'homme ne supporte pas le silence.
Je parlais de journée perdue car il ne fait pas beau. J'ai bien fait un tour à Warner Beach mais la plage était si ventée et le ciel si bas qu'on se serait crû en Normandie et je n'ai eu qu'une hâte, celle de m'enfourner dans la voiture. Et puis la côte est en fait bétonnée comme les Espagnols en ont le secret, avec des condominiums de plus de 20 étages, des blocs tout rectangulaires et gris, coincés entre une autoroute et une ligne de chemin de fer. Après avoir pique niqué dans la voiture, je suis retourné au gîte et j'ai un peu changé mes plans de visite. J’avais prévu de me rendre dans deux réserves naturelles. Exit ; pas assez sauvage, on a le droit de s'y promener avec des chiens. Du coup j'ai tout réservé dans des parcs nationaux où les gens qui y vont sont plus des gens comme moi. Ce soir, par exemple, à l'heure où j'écris (il est 21 heures), j'ai les voisins de chambre qui sont allés prendre un verre chez le proprio en apportant des caisses de bière. Ils y sont depuis qu'il est 16 heures et à mon avis ce n'est pas fini. En attendant j'ai droit aux rires gras et aux clameurs qui fusent comme aux matchs de foot.
Sinon cet après midi, hormis l'excursion ratée à la plage et des heures passées devant internet, j''en ai profité pour aller nettoyer la voiture qui est dans un état de crasse intérieure qui fait honte à montrer au loueur. Sans compter qu'il me facturerait sans doute un supplément pour voiture crade. La faute à la boue et au sable. Le car-wash est quasiment donné. Pour 15 rands vous avez 3 personnes pour passer l'aspirateur à votre place et vous nettoyer en bonus les plastiques intérieurs en finissant par une touche de parfum qui sent bon. De manière générale la vie en Afrique du Sud est moins chère qu'en Europe. Le litre d'essence revient au prix imbattable d'un euro, les péages se font à coup de 3 euros par ci par là, on s'en sort convenablement aux restaurant pour 15 euros bière comprise et les hébergements du parc ne sont pas excessifs vu le cadre exceptionnel et les équipements inclus dans le logement (comme chez soi).
Ce soir je me suis mis en quête d'un restaurant aux alentours. Je me suis dirigé vers les tours que je prenais pour des résidences-clubs. En fait, pas du tout, ce sont des résidences secondaires ou même principales qu'on a réussi à vendre à des gens en les faisant passer pour du rêve. Chacun ses rêves, pour moi ça tient plus du cauchemar. Qui dit résidence d'habitation dit pas de restaurant. Tout était vide, personne dans les rues, une ambiance de station balnéaire en plein janvier, une fois le réveillon passé ! J'ai crû que j'allais finir dans un KFC ou un autre truc qui ne me disait absolument rien du tout et qui achèverait de me déprimer quand j'ai vu un restaurant qui donnait sur la mer... si l'on oublie la voie ferrée plus bas...et la route devant ! De toute manière pas le choix, c'était ça ou le fast-food, ça faisait déjà 15 minutes que je n'arrêtais pas de me retrouver dans des impasses. Tout s'est bien passé jusqu'à ce que la patronne me propose de passer à l'étage. Ça tombe bien, j'aurais une meilleure vie sur la mer. La ligne d'horizon, y a rien de tel pour se ressourcer...
La serveuse d'en haut avait l'air d'en être à son premier jour et pas d'humeur à servir, à moins qu'elle ne l'ait jamais fait vu que j’étais tout seul là dedans. Elle était occupée à manger un plat de nouilles ragoutant à même une barquette en polystyrène à moitié fondue qui avait dû être réchauffée au micro-onde. Elle m'a servi une bière au comptoir. Sauf que je me suis retrouvé nez à nez avec elle qui bouffait dans son auge en levant un œil torve de temps en temps vers moi pendant que des clips musicaux « urban » défilaient à la télévision. Pas douée pour le contact, je la sentis gênée, le regard fuyant, limite comme à penser que j'allais la violer. Elle épiait mes réactions devant un clip sexy de Rihanna sans doute pour savoir si j'étais un pervers prêt à lui sauter dessus. Par la même occasion elle m'a aussi mis mal à l'aise. Pour briser la glace, elle me demanda en s'étranglant si j'étais en vacances et d'où je venais, et ça en resta là. La mayonnaise ne prit pas et l'ambiance devint plus glaciale qu'avant. J'ai cru qu'elle allait vomir de stress sur le comptoir. D'ailleurs, au bout d'un moment, elle a foutu le camp en bas.
Quand elles et revenue elle m'a demandé si je ne voulais pas changer de place pour manger. Excellente initiative, je n'osais pas le faire. Je lui ai répondu que je serais plus confortablement installé pour manger. C'était surtout pour ne plus avoir sa tronche en face de moi. Quand elle a apporté les plats, c'était tout en douceur. Sans doute une entraîneuse de rugby reconvertie. Les chiens ne font pas les chats : le patron est monté, un obèse comme elle qui pour marcher se déplaçait de droite à gauche comme une machine à laver qu'on voudrait déplacer. Sans doute aussi le père. Je me serais crû dans un des pires épisodes de « Panique en cuisine », version britannique, plus trash que la française. Pour ceux qui ne connaissent pas ça montre le quotidien de restaurants au bord de la faillite qui font appel à un expert pour redresser l'établissement. Il faudrait que je l'appelle un des ces quatres, Gordon machin ; il aurait à faire ! Pour couronner le tout, comme le fish and chips que j'avais commandé était trop copieux, la serveuse m'a demandé si je voulais ramener les restes... Non merci, ça va aller. Malgré tout je lui ai souhaité une bonne soirée et elle a été tellement surprise de m'entendre parler qu'elle m'a fait répéter. J'ai hésité à révélé le nom, mais après tout, pourquoi pas, je risque juste une plainte pour diffamation. Et avant quelle arrive en France... C'était le Zanzibar, à Warner Beach !

lundi 4 février 2013

Sodwana Bay

Pourquoi pleut-il toujours la nuit quand je fais du camping ? Ça n'a pas arrêté, ce qui me fait dire qu'il fait très beau, mais que le dimanche ! Ce matin, je retrouve le temps habituel : tout couvert le matin puis s'améliorant vers midi pour se dégrader nettement ensuite. L'avantage est que ce n'est pas comme en Nouvelle-Calédonie, où le mauvais temps s'était installé toute la journée sans discontinuer. Ici, ça alterne ce qui laisse tout de même de belles journées. Je ne m'en plains pas.
Comme je n'ai pas forcément grand chose à faire aujourd'hui, autre que la plage, je prends mon temps, fais une lessive, prends un petit déjeuner avec les singes en leur donnant des pelures de bananes. Oui, je sais ce n'est pas bien, il ne faut jamais nourrir un singe. Mais il y a demi-mal, il ne s'agit que de pelures et non de la banane que je me suis gardée. 
Le bébé on dirait un Gremlins!
C'est moins nutritif pour eux. Il n'empêche qu'ils ont beaucoup aimé. Tout le monde a rappliqué et j'avais mon petit auditoire, jusqu'à ce qu'une mère avec son petit entre les pattes s'avance debout sur ses pattes arrières, bousculant les autres en jouant des coudes pour finir aux premières loges et susciter ma compassion avec son bébé qui me regardait d'un air innocent mais surtout très malheureux. Comme une roumaine, aucune dignité ! En plus, c'est elle qui ramassait les miettes, balayant délicatement son rejeton d'un revers de main pour faire place nette. Quand je dis que les singes ont des mimiques humaines ce n'est pas pour rien. J'ai remarqué quelque chose par contre, c'est qu'ils n'aiment pas mon reflex. Tout va bien tant que je ne pointe pas vers eux l'objectif. Sinon ils déguerpissent illico. Avec ce gros machin proéminent ça doit leur évoquer dans leur inconscient collectif un danger, comme un fusil. Avec le compact je n'ai en revanche pas ce souci, il passe partout et ils ne ne s'en méfient pas.
Le problème avec les singes c'est qu'il faut toujours veiller à tout. Par exemple, alors que j'écrivais sur l'ordinateur assis à la voiture côté passager, toutes vitres ouvertes, l'un d'eux qui n'avait pas vu que j'étais dedans a essayé de rentrer. Dès que j'ai vu sa tête passer par la lucarne, tel un flic qui vous demande vos papiers, il est retourné d'où il venait dans un grand cri de frayeur. Si je n'avais pas été là il m'aurait tout piqué : portefeuille, clefs... D'ailleurs depuis mon épisode des barres aux céréales volées au chalet, je ferme ma tente avec un cadenas à combinaison. Je crois bien que c'est la seule chose qu'ils n'arriveront pas à trouver. Ça va à un tel point que je n'ai pas voulu étendre le linge sous l'arbre qui abrite ma tente, de peur de rentrer ce soir et de ne plus avoir de pyjama, ou alors un reste grignoté et en lambeaux. Du coup il a fallu que je trouve un truc alternatif. J'ai suspendu un fil à l'arrière de la voiture, entre les deux poignées du toit pour se tenir dans les virages. Je ne vois du coup plus rien dans le rétroviseur. Voilà à quoi j'en suis réduit. Je me méfie d'eux comme de la peste. Mais au final je les aime bien quand même.
J'ai fait un tour à l’épicerie au niveau de la réception du parc national pour acheter de l'eau et de quoi me faire un pique nique. J'ai trouvé des pousses d'alfalfa en guise de salade pour midi. En ajoutant un reste d’olives vertes que j'ai, du sel et un filet d'huile d'olive, ça peut faire illusion. Et en plus ça m'apportera des protéines. J'ai été surpris de trouvé pour la première fois une bonbonne de gaz pour mon réchaud. Un comble alors que je pars demain et dois prendre un avion ensuite où je n'ai pas le droit d'enregistrer un truc de la sorte. C'était fait juste pour me narguer.
En sortant de l'épicerie j'ai reçu un texto de mon père. Comme je n'arrive pas à avoir d'internet et que j'ai un avion à prendre de Durban dans deux jours au matin, je lui ai demandé de réserver un truc pour moi qui était recommandé sur le Petit Futé, le tout depuis la France. Ça m'a été d'une aide précieuse. En effet, au début je comptais simplement me rapprocher de Durban et dormir dans la voiture je ne sais où. 
Mais en lisant la confirmation de vol hier précisant qu'il fallait être une heure et demie avant à l'aéroport, j'ai pris conscience que je devrais être dans Durban si je ne voulais pas rater l'avion. Et justement il y a un encadré dans le Lonely Planet qui dit que Durban est une ville très pauvre et très dangereuse, dans laquelle il ne faut pas s'aventurer la nuit venue. Dans ces conditions, il valait mieux que je ne dorme pas dans la voiture. Mais sans Internet, comment faire ? Errer la veille dans une ville que je ne connais pas à la recherche d'un hôtel pour sans doute finir dans un truc glauque et hors de prix ? Ce n'est pas trop ce que j'aime en voyages. J'ai échappé à ça, mon père vient de réserver à l'Akidogo, situé à 15 kilomètres de l'aéroport et sur la côte Sud de Durban qui est une suite ininterrompue d’hôtels en bordure d'une plage qui s'étend sur des dizaines de kilomètres. Il paraît que c'est le Miami Beach local. Ce n’est pas trop mon truc la foule, les plages aménagées, les vendeurs de chichis et de glaces, mais pour un jour ça fera l'affaire et je serai sûrement mieux qu'à Durban.
Je suis retourné au Mseni Lodge, dans le but d'aller à la plage par le chemin que j'avais vu hier soir. En chemin, j'ai fait attention aux différents sites de camping, il y a des numéros qui vont jusqu'à 434, ce qui indique la taille du camp. Et il est désert. Il ressemble plus à un grand terrain de golf avec des bosquets au milieu. Au Mseni, je me suis cassé le nez. Il y avait du monde à l'étage au restaurant et je l'ai joué pas de velours, me doutant que l'accès était réservé aux pensionnaires du lodge. Et j'ai bien fait car il y avait un cadenas à la porte. J'ai regardé s'il était réellement fermé ou si c'était un leurre dissuasif mais il était bel et bien fermé. Ils doivent du coup donner la clef aux pensionnaires. Je trouve ça mesquin. Je m'en suis retourné comme j'étais venu, tel un chat qui ne veut pas se faire repérer. Ça aurait été la honte.
Je n'avais donc pour toute autre option que de retourner là où je m'étais garé hier. Dilemme : devais-je laisser l’ordinateur dans la voiture au risque de me le faire dérober, le fait d'avoir du linge pendu à l'intérieur pouvant faire penser que j'y vis et que donc des choses intéressantes s'y trouvent ; ou alors me le coltiner à la plage, au risque qu'il fonde. Je n'ai pas hésité longtemps quand deux jeunes m'ont hélé et m'ont dit qu'ils allaient surveiller ma voiture, en regardant au passage ce que j'avais à l'intérieur. Du coup j'ai même pris les chargeurs, car sans eux je suis fichu pour l'ordinateur ou l'appareil photo. En attendant, au retour, s'ils sont encore là, ça veut dire qu'il faudra que je leur laisse la pièce alors qu'ils n'auront probablement rien surveillé du tout.
J'aime bien mon petit coin...
Au lieu de passer le cap de l'autre côté de la rivière comme hier, je suis allé sur la gauche, question de changer. Car je ne me voyais pas marcher jusqu'au niveau du Mseni. Je leur laisse LEUR plage. Aujourd'hui il y a un vent à décorner les bœufs et la charrue avec ! Le sable cingle les jambes. Dans ces conditions, impossible de rester sur la plage. Grimper en haut de la dune, on ne peut pas, elle est trop raide, couverte de végétation et de toute façon il y a des panneaux d'interdiction. Mais j'ai fini par trouver un petit replat sous des arbres, à flanc de dune. Et puis des gens s'étaient déjà visiblement mis là avant. Il y avait des traces de plastique et une corde qui pendait. On n'allait quand même pas me dire quelque chose. De toute façon j'étais suffisamment loin de l'endroit où tout le monde se met pour qu'on ne remarque pas ma présence. Enfin, en guise de monde, on doit être une demie-douzaine ! Et ils sont tous restés devant, pour pouvoir se baigner entre les fanions et avoir un peu d'ombre apportée par de grands chapiteaux qui restent à demeure et que tout le monde peut utiliser. Je m'en fiche, j'ai trouvé mieux.
En revanche la mer ne m'attire pas plus qu'hier. Pourtant l'eau est bonne. Je ne me comprends pas moi même. En fait la mer est très déchaînée et on ne voit rien dans l'eau. Les niveaux varient beaucoup selon qu'une vague est passée ou va passer. C'est donc un truc à rester au bord et à se faire ballotter au gré des vagues comme une méduse échouée. Ça ne me dit trop rien. Et m'avancer plus loin non plus. En zone non surveillée, ça craint. Toujours à cause des requins. Un moment je me suis dit qu'il suffisait d'ouvrir l’œil, que si je voyais un aileron au loin, il suffirait que je sorte. Sauf que c'est comme ça dans les films. Mais dans la vraie vie, le requin montre t-il sa présence par son aileron ou préfère-t il passer inaperçu en nageant sous l'eau ? Moi si j’étais un requin qui a faim, j'opterais pour la deuxième option !
De toute façon, sur les coups de 15 heures le temps est devenu tout gris. Se baigner ne disait plus rien et à vrai dire cela m'arrangeait bien. 
J'en avais aussi un peu marre de pioncer sur mon recoin, en subissant de plus en plus souvent l'assaut de bourrasques de vent qui charriaient du sable que je finissais par bouffer. En parlant de ça je n'ai pas mangé grand chose à midi, l'alfalfa crissait sous la dent sans que je sache si c'était le sable qui s'était immiscé à l'intérieur ou si c'était naturellement sale, après avoir lu la mention « wash before use ». Comme je ne voulais pas être malade j'ai tout jeté. J'ai donc décampé rapidement, pour marcher le long de la plage. Sodwana Bay me fait penser à Fraser Island en Australie, les dingos en moins. Sinon c'est la même végétation, les mêmes dunes, la même plage interminable et les mêmes rouleaux. C'est drôle car je devais justement y être l'an dernier à la même époque jour pour jour je pense.
Au niveau du cap, il y a un bosquet de pins bizarres et il semblerait qu'il y ait un accès car les tracteurs tirant des bateaux de plongeurs arrivent tous par là. Je suis allé voir et en effet, il y a des baraques à frites, un bar et même un centre de plongée. Quelques singes aussi qui piquent les affaires des touristes partis se baigner. Un classique... Les mangoustes passent ensuite finir ce que les singes n'ont pas vu ou pas voulu. Ce que je prenais pour des cousins de suricates sont en fait des mangoustes d'après mon guide d'identification. Ça n'empêche, je suis sûr que c'est la même famille. Il paraît qu'on peut voir des suricates ailleurs qu'au Kalahari, cette région désertique du nord-ouest de l’Afrique du Sud. J’aimerais bien en croiser. J'ai regardé un peu les planches du centre de plongée qui détaillaient les différentes spots de la côte. Il y en a un justement pile en face, qui se pratique à marée basse, dédié au snorkeling où l'on peut admirer les bébés de tous les poissons : poisson lion, raies, requins... Plus loin le long de la côte, les fonds sont à 30 mètres et il semblerait que ce soit très riche si j'en juge les superlatifs employés. Apparemment la région est célèbre pour la plongée. D'ailleurs quand je suis arrivé le premier jour au parc, on m'a demandé si je venais plonger. Ce qui explique pourquoi le Coral Divers est plein et que je ne vois jamais personne sur la plage. Ils sont au large. Et les requins alors, je croyais qu'il y en avait ; m''aurait-on fait peur pour rien ?
J'aime bien le camping la nuit, c'est mystérieux...
Quand je suis retourné à la voiture les lascars n'étaient plus là. Tant mieux. J'ai retrouvé le linge à peu près dans le même état que ce matin. Il faut dire que faire sécher du linge dans une voiture à l'ombre toutes fenêtres fermées, ce n'est pas l'idée la plus brillante que l'on puisse avoir. De retour au camp j'ai dû tirer un fil entre la voiture et un arbre en espérant que le vent parvienne à sécher mon pyjama en une heure, le temps de me faire couler un bain. Car hier, j'ai vu qu'il y avait un box avec une baignoire. Une baignoire dans un camping, c'est bien la première fois que je vois ça. A l'usage, il s'est révélé qu'elle était pleine d'insectes et de feuilles et j'ai finalement opté pour la douche, ne tenant pas à avoir une visite d'un hippopotame vexé que je lui ais piqué son joujou. En attendant, le linge n'avait pas vraiment séché et en plus une averse était passé par là. J'ai tout mis dans la voiture, accroché au rétroviseur en poussant le chauffage à fond le temps de me rendre au Mseni Lodge pour dîner. Laissez passer le manouche !

dimanche 3 février 2013

De Imfolizi à Sodwana Bay

Mon objectif ce matin était de partir du parc le plus tôt possible pour pouvoir être à Sodwana Bay à mi-journée et ainsi profiter d'un après midi entier à la plage. D'autant plus que depuis hier soir le temps est au beau fixe. Il n'y a plus un seul nuage et le lever de soleil était absolument magnifique. Je m'étais couché hier soir à nouveau les rideaux ouverts, pouvant contempler pour la première fois les étoiles depuis le lit. C'est ainsi que ce matin j'ai été réveillé par une belle lumière orange à travers la chambre qui m'a fait me lever d'un bond pour sortir immortaliser cet instant. Il y avait quelques nappes de brume encore au fond de la vallée. L'ambiance était unique et tout le monde dormait encore. Ils ne sauront jamais ce qu'ils ont raté.
C'est une belle journée qui s'annonce, comme celle de dimanche dernier curieusement. 
Lever de soleil sur le bush
Cela me presse encore plus à arriver tôt à Sodwana Bay. C'est peut être la seule journée où je pourrais prendre de belles photos. Car le coin s'annonce comme magnifique, mais comme toute plage, il vaut mieux la voir sous le plus beau temps qui soit. Malgré tout, pris à nouveau par l'écriture, le rangement et le petit déjeuner, il était déjà plus de 8 heures quand je me suis rendu à la réception. Pour rendre quoi, on se le demande bien vu que le chalet était fourni sans clef ! Il y avait là un vieux tout émoustillé qui monopolisait les 3 rangers de la réception, fier de leur montrer sur son appareil photo les vidéos et photos d'un éléphant qu'il venait d'apercevoir en train de boire dans une flaque d'eau. Tant mieux pour lui mais ce n'est pas une raison pour faire le blocus.
Un type m'a demandé si j'avais le macaron. C'est une vignette sur laquelle ils écrivent le nom du camp, le numéro de la plaque d'immatriculation et la date à laquelle on part. 
Depuis ma terrasse... Elle est pas belle la vie?
Apparemment ils m'avaient remis ça à mon arrivée. Je suis donc retourné à la voiture, fouillant partout dans la boîte à gant, en vain. J'avais bien besoin de ça pour me retarder. Même si je n'ai pas beaucoup de route aujourd'hui - Sodwana Bay devant se trouver à 150 kilomètres environ - j'envisage de passer un peu plus d'une heure en chemin pour m'occuper de réserver les prochains hébergements et poster des messages sur le blog. Si je trouve un point wifi... Pour le macaron, rien à faire, introuvable. Pourtant j’avais bien fait attention à garder le permis en lieu sûr. Je l'ai bien, mais pas la vignette. Ça a dû s’envoler lors d'un safari, j'ai toujours des papiers qui volent, que je pense à chaque fois être des facturettes sans importance. De perdre ce truc n’est pas trop grave, ce n'est pas comme le permis, s'ils me l'ont prétendument donné à l'entrée, ils peuvent me le refaire maintenant, ils ne vont quand même pas me faire un fromage avec ça. Mais pour ce faire, encore fallait il que l'autre en ait fini à montrer ses photos !
Avant de partir, j'ai fait le plein à la station service, celle qui est dans une case ! Comme par hasard le demi-plein dans le parc coûte moins cher qu'en station et au moins j'ai personne pour me faire les vitres ou regarder sous le capot. En fait c'est comme tout, plus c'est simple, moins il y a de monde et plus tout est facile, sans perte de temps et sans emmerde ! En plus ça a plus de charme ! En chemin, j'ai retrouvé un tracteur abandonné sur la bas côté, peu après l'endroit où j'avais vu les lions. C'est d'ailleurs depuis ce jour là qu'il gît à cet endroit. Coïncidence ou bien son conducteur aurait-il servi de repas ? Pour rejoindre Sodwana, le plus court sur la carte est de traverser le parc de part en part et de sortir du côté de Hluhluwe d'où se prend la route pour Sodwana. Mais la traversée du parc est bien plus longue que ce que je pensais. 
Déjà, normalement, on ne doit pas rouler à plus de 40 mais j'essaye d'aller plu vite. De toute façon il n'y a pas d'animaux à cette heure là et aujourd'hui il fait plus chaud que d'habitude. Je trace donc. Mais la section Hluhluwe du parc que je ne connais pas se révèle très intéressante, différente de celle d'iMfolozi. Elle est beaucoup plus vallonnée, à tel point que mes oreilles se bouchent régulièrement. Question panoramas elle est aussi peut être plus riche, à moins que ce ne soit le temps qui joue en sa faveur. Par contre, de ce que j'ai lu, on y rencontre moins d'animaux car la route est toujours au niveau des sommets et la rivière loin en contrebas. C'est ainsi, qu'en m'arrêtant pour prendre le paysage, j'ai remarqué tout en bas un troupeau de buffles qui se baignait dans la rivière. C'était très joli. 
Mais il n'y avait pas qu'eux. Plus loin, après le Hilltop lodge (l'autre hébergement du parc), trois zèbres pas farouches m'ont valu un arrêt. Ils étaient trop mignons. Une famille avec un petit qui faisait des câlins à sa maman, en enroulant son cou autour du sien et en se frottant le front comme un chat. Quel plaisir de voir des animaux heureux ! On avait envie d'aller leurs grattouiller le museau. Plus loin, peu avant l'accès au parc côté Hluhluwe, deux voitures étaient arrêtées, leurs occupants admirant quelques zèbres qui faisaient barrage. Je ne sais pas s'ils ont bien vu, mais juste sur la gauche, un peu plus bas, il y avait un marécage avec un troupeau de buffles tout en croûte de boue occupés à prendre leur bain au milieu d'oiseaux blancs à hautes pattes. 
Je suis monté à la portière de la voiture pour prendre de la hauteur et comme devant ça n'avançait pas je suis sorti pisser un coup et plier la tente qui trône sur le siège arrière de la voiture depuis que j'ai quitté Saint Lucia après la pluie. Cela pour m'avancer ; inutile à Sodwana Bay d'attirer l’œil avec un truc qui pourrait faire penser que j'ai peut être d'autres choses plus intéressantes dans le coffre.
En attendant, il fallait devant que ça dégage. C'est bon, les zèbres ont eu leur quart d'heure de gloire, maintenant faut passer à autre chose les cocos. Mais comment faire ? Pas question de klaxonner. J'ai donc collé au cul la voiture de devant qui a fini par se frayer un passage en les contournant bien sur la gauche sans les faire fuir pour autant. Quand je suis arrivé à hauteur de la voiture qui était arrêtée dans l'autre sens, sa conductrice m'a lâché sur un ton sec pas aimable : « You spot anything how ». 
Je ne suis pas sûr de bien comprendre mais d'après le ton ça doit vouloir dire que je prends des photos n'importe comment. De quoi je me mêle ? C'est parce qu'elle m'a vu descendre de voiture ? Elle ne va pas s'y mettre non plus, y a assez des gardes ! Ce sont mes vacances, je fais ce que je veux. Connasse ! Par contre, en sortant du parc, dans le sens de ceux qui arrivent, tout un tas de pictogrammes annoncent les règles à suivre dans le parc. Peut être que ces panneaux n'étaient pas au niveau de la porte où je suis arrivé il y a 3 jours mais l'un d'eux dit : « No sitting or standing in open sunroofs or windows ». Oups...
Après trois jours passés au contact de la nature, ne croisant et ne parlant à personne, ça fait un choc de sortir du parc. 
L'ambiance change dès les barrières passées. Les cases sont de retour, les vaches sur la route aussi, et toujours tout un tas de personnes qui marchent sur le bas côté pour aller nul part, avec des gamins à poil qui sautillent en proie à des crises de nerfs. Il y en a certains pour qui voyage réussi doit rimer avec contact avec la population. Même si je lui trouve du charme, ça ne m'intéresse pas. En fait l'humain ne m'intéresse pas beaucoup. Les villes, les musées, les monuments, les gens... Je préfère quand la nature est intact, comme si personne n'était jamais venu la déranger et que j'étais le premier à la découvrir. Voilà pourquoi les parcs nationaux m'attirent.
De Hluhluwe (imprononçable, que j’appelle donc ukulélé), il reste près de 100 kilomètres vers Sodwana Bay. Même si l'on est autorisé à rouler à 100 sur la route, comme ce qui est le cas sur toutes les routes d'Afrique du Sud, dans la pratique on est obligé de rouler moins vite. 
Très fréquemment ces maudits ralentisseurs apparaissent au milieu de nul part, obligeant à ne pas dépasser 30 à l'heure. Et quand ils font leur apparition c'est par série de 4. Tout ça pour un prétendu village que l'on ne distingue pas. C'est juste un endroit dans la brousse où des personnes sont agglutinées sur le bas côté, protégés du soleil par des parapluies aux couleurs vives, attendant un bus qui ne viendra jamais car ayant dû tomber en panne quelque part sans que personne ne le sache. Car on ne cesse de croiser des voitures arrêtées sur le bas côté avec quelqu'un affairé à changer un pneu ou avec une tête plongée dans le capot. Espérons que ça ne m'arrive pas, je suis bien content d'avoir une voiture de location qui a moins de 10000 kilomètres et qui sent encore le neuf.
Au fur et à mesure que j'avance j'ai l'impression que ça devient encore plus « rustique ». Les buissons se parent de myriades de couleurs. Pas de fleurs mais plutôt de linge laissé à sécher ! Les gens marchent pieds nus sur un asphalte qui fait des reflets de chaleur par 40 dehors. Je ne sais pas comment ils font. Des mamas déambulent avec des glaciaires en équilibre sur leur tête, quand ce n'est pas des troncs ou tout autre objet hétéroclite et le plus souvent incongru. Les gens sortent de derrière les buissons, de n'importe où. Chaque fourré doit cacher une case qu'on ne voit pas. Voilà pourquoi je n'irais pas m'amuser à faire du camping sauvage ! Là où l'on croit qu'il n'y a personne, il y a toujours quelqu'un pour traficoter quelque chose. Aujourd'hui c'est dimanche, c'est donc la sortie pour la messe. Les jeunes filles sont habillées dans un style filles de joie qui détonne au regard du sujet, boitillant sur des talons hauts qui leur donne mauvais genre, plus habituées à ne rien avoir aux pieds.
C'est ainsi que je traverse Mbazwana, dernier gros point sur la carte, à une dizaine de kilomètres de Sodwana Bay. 100 kilomètres seulement plus loin et c'est le Mozambique. Le bourg se résume à un super-Spar, à un marché alternatif tout autour formé par des draps par terre qui mettent en valeur des bananes trop mures et des ananas rachitiques et desséchés, et à beaucoup d'immondices et de plastiques de toute nature qui s'accumulent sur les trottoirs tandis que les chèvres cherchent un brin d'herbe à grignoter. Dans ces conditions je ne cherche même pas à allumer l'ordinateur pour voir si j'ai du wifi ! A Sodwana Bay, ce n'est pas mieux. C'est 3 gargotes sur le bas côté et basta. Les « guesthouse » sont en fait des chambres chez l'habitant, dans une case commune où doivent sûrement cohabiter trois générations. 
Je suis sûr que le guide du routard doit a-do-rer ! J'écrivais il y a quelques jours que Sodwana Bay était une station balnéaire prisée. En d'autres temps peut être. Aujourd'hui et comme c'est dimanche, elle n’est prisée que par les locaux et encore il n'y a pas foule. S'il y a une petite cinquantaine c’est déjà bien. Il faut dire que la plage est dans le parc national, le même qu'à Saint Lucia, le iSimangaliso, et donc que son accès est restreint et payant.
A l'entrée j'explique au garde que je viens là deux jours pour faire du camping. Il me demande où. Je n'en ai aucune idée, j'ai lu sur le Lonely Planet q'il y en avait deux. En fait il y en a quatre. Je lui demande alors lequel d'après lui sera le plus tranquille et le moins rempli. Il me conseille le Mseni Lodge qui offre en plus un restaurant et un bar et a des emplacements en haut de dune avec vue sur la mer. Adjugé. 
Mais avant le Mseni Lodge, il faut encore passer une barrière avec une réception située devant. Je rentre dans un bâtiment sans âme et sombre où quelqu'un sort d'une pièce pour me recevoir. Mais il ne peut rien pour moi car je suis à la réception du parc national. Je vais donc voir le garde à la barrière qui me fait un foin disant que normalement il faut téléphoner, mais qu'il me laisse aller voir là où je veux me mettre. Il me parle de toutes les options et me conseille lui le CoralDivers, avant de lever la barrière. A une condition : que je revienne le voir pour lui dire ce que j'ai choisi.
C'est un vrai labyrinthe ce truc, constitué de plein de pistes de sable qui s'enfoncent dans la jungle. Ici la section A, ici la B, la F... Ça n'en finit plus. Et tout est vide. Je continue un peu. A droite il faut prendre une piste pour parvenir au Mseni Lodge, au risque de s'enliser. 
La route continue en revanche vers un camp indiqué « Gwalagwala », derrière la dune, où l'on entend les vagues. Cette section comprend 33 emplacements éloignés les uns des autres, sous les arbres et je tombe instantanément sous le charme. C'est là que je veux être. En plus en faisant le tour, il n'y a qu'une seule tente installée et encore elle est à l'opposé de l'emplacement qui me semble le mieux, le numéro 6, car spacieux et pénétrant profondément sous les arbres en s'éloignant au maximum du chemin. Certes ce n'est pas avec un occupant qu'on risque de se taper dessus, mais peut être que d'autres personnes vont arriver plus tard. Car il n'est que 13 heures. Au final j'aurai quand même mis 4 heures pour venir, dont plus de deux passées à traverser le parc. Il ne me reste plus qu'à trouver la réception du Gwalagwala, que je finis pas trouver au niveau de la section des chalets. Mais c'est fermé. 
La vitre est si sale qu'on ne voit pas si quelqu'un est endormi derrière, aussi je frappe fort au carreau. Comme ça ne change rien, je retourne à la barrière, signalant que j'ai fait mon choix mais que personne n'est là. Le garde me demande alors d'aller voir à la réception du parc qui saura me répondre ou trouver la bonne personne. Retour à la case départ...
Effectivement la réception du parc me déroule un registre à large feuilles pour noter mon nom, adresse et numéro de téléphone. En fait j'ai fait le bon choix, le Gwalagwala est le camping géré par le parc national. Ils auraient pu me le dire la première fois mais c'est vrai que j'avais demandé le Mseni... Les tarifs sont hallucinants. 85 rands car je suis en basse saison (c'était 220 à Cape Vidal). OK, il y a moins de bêtes à voir que dans l'autre partie du parc (encore que j'ai déjà vu des biches et des singes) mais la plage y est censée être bien plus belle et avec un eau pure. 
C'est en plein cagnard que je plante la tente. Une bonne chose de faite, je peux désormais aller découvrir la plage. Il faut juste chercher le chemin d'accès. En fait depuis les sites de campings, c'est impossible, il faut repasser la barrière. En parlant du camping, avec les différentes zones, c'est pas moins des centaines de places qui sont offertes. J'ai aussi fait un tour au niveau du Coral Divers, où les gens sont agglutinés dans des cabanons qui ne peuvent loger qu'un lit et collés les uns aux autres, dans un sous-bois bas de plafond gorgé de moustiques. Je préfère le camping. Et vive la basse saison ! C'est bizarre car quand même ici c'est l'équivalent d'un 3 août. Je me demande bien quand c'est la haute saison ! Mais c'est tant mieux, je fuis les périodes de vacances scolaires. S'il y a tant d'emplacements, c’est qu'ils répondent à un besoin, aussi j'imagine l'horreur que ça doit être en haute saison.
Avant d'aller à la plage je passe devant la seule supérette du coin mais elle est fermée, dimanche après-midi oblige. Elle était ouverte quand je suis passé en arrivant. Je n'ai plus que moins d'un litre d'eau et j'ai déjà très soif. Il fait vraiment très chaud et ce n’est pas à la plage, sans ombre, que ça va s'arranger. La plage est absolument magnifique, conforme aux photos que j'avais vues sur le net avant mon départ, mais le mieux est de s'éloigner sur la droite, après avoir traversé un cours d'eau de couleur ferrugineuse. Même si l'on dépasse la zone de baignade surveillée désignée entre deux fanions. Ils ont mis le drapeau rouge aussi les gens se baignent de l'eau aux cuisses. Il est dit de faire attention aux courants, violents, et aux requins. Mais c'est surtout le requin qui m'inquiète. Car ici ce n'est pas le petit requin brun comme en Polyénésie, mais ce sont les gros requins blancs, les plus redoutables, ceux de « Les dents de la mer » ! 
Sur la plage je ne vois que des locaux, hormis un ou deux blancs. Les gens se baignent en short de tous les jours quand ce n'est pas tout habillé. Quelques pécheurs ont aussi jeté leur ligne. En continuant plus loin, après le phare, on dépasse un cap et c'est alors que je me retrouve face à une plage vide. Des dunes à perte de vue couvertes de plantes grasses ou rampantes qui arrivent jusqu'au bord de la plage, des rouleaux, tout est là pour en faire une plage de rêve. J'ai passé la majeure partie de l'après midi le dos collé à la dune, bénéficiant de son ombre car le soleil était déjà passé de l'autre côté. La plage est orientée quasiment côté est. Je ne suis pas arrivé à me baigner. Entres les gros rouleaux et la peur des requins, j'ai pataugé dans de l'eau au genou. Dès lors que ne je voyais plus ce qu'il y avait sous l'eau, j'évitais d'aller plus loin. Dans ces conditions, c'est dur de se baigner.
En fin d'après midi, je suis retourné vers Sodwana Bay (le « village ») puis à Mbazwana, à la recherche d'internet. Pour rien, comme il fallait s'y attendre. En chemin j'ai pris quelqu'un en stop que le garde m'avait demandé de prendre avec lui. Comme c'est quelqu'un qui était connu du parc, je ne risquais donc pas grand chose. Je l'ai laissé sur le bas côté quelques kilomètres plus loin, au milieu de nul part, là où il habite. Pas de maison en vue, peut être vit-il dans un terrier ! Plus tard, je suis allé dîner mais surtout prendre un verre au Mseni Lodge. L'endroit est tenu par un jeune blanc chevelu qui m'a reçu pieds nus, en short de surf et une casquette vissée sur la tête. Il a l'air sympa, il me fait toujours des signes les deux pouces an l'air assortis de « OK ? », « Good ? » ou « My friend ». J'imagine qu'il a réalisé son rêve : une vie tranquille au grand air, passée à faire du surf entre deux services. 
J'ai commandé deux bouteilles d'un demi litre chacune de « Windhoek Premium Draught », la bière locale made in Capetown. Bien fraîche, bien bonne, c’est ce qu'il fallait pour apaiser ma soif. Le restaurant, bâtiment tout en bois, est sur deux niveaux. Il faut aller en haut où à l'étage on voit la mer. On a l'impression d’être dans une cabane perchée au sommet d'un arbre. C'est ainsi que j'ai passé le dîner, à regarder l'Océan Indien, puis les étoiles, à humer l'air et à sentir le vent, m'amusant à capturer en photo les faisceaux du phare. J'ai dû passer pour un autiste. En bas du restaurant j'ai vu qu'il y avait un escalier qui permettait sans doute de rejoindre la plage. Vu l'endroit où se trouve le Mseni, la plage à ce niveau là doit être plus belle et complètement déserte. Je sais où j'irai demain !
Quand j'ai réglé ma note, la serveuse m'a demandé « Where are your friends today ? ». Dans un pays où tout marche par tribu je dois passer plus qu'ailleurs pour un extraterrestre en étant attablé tout seul à un restaurant. Je suis juste dans mon monde, celui des choses simples où je me suffis à moi même. C'est là que je me sens bien, vivant et vraiment moi...

samedi 2 février 2013

In the bush again

Après la journée exceptionnellement riche d'hier, je me suis demandé si aujourd'hui ne serait pas un peu une journée superflue dans le parc d'iMfolozi. Avec un rhinocéros et des lions, difficile de faire mieux. A part peut être le léopard, le jaguar et la girafe que j'attends de pied ferme. Je suis donc parti plutôt ce matin dans l'optique d'une journée repos, profitant des paysages et de l'ambiance du parc plus que dans l'idée d'un safari à tout prix. J'ai commencé par la grève de la sortie aux aurores qui n'avait rien donné hier. J'ai préféré rester au gîte à écrire, mais surtout à peaufiner mon parcours Port Elizabeth/Cape Town. Ça y est, il est prêt ! Je tenais à ce que ce soit absolument le cas avant demain car je déménage vers un autre endroit et j'espère y trouver un point wifi. Je vais retourner au niveau de la mer dans une station balnéaire sauvage et réputée, plus au nord de Saint Lucia, Sodwana Bay. 


Ça déborde!
Il faut absolument que je réserve les hébergements sur cette deuxième partie de séjour. J'ai les dates et les lieux, j'aurais préféré partir au petit bonheur la chance et m’arrêter quand bon et où me semble mais en procédant ainsi ce sera moins de stress de devoir arriver tôt et de perdre du temps à chercher. Par contre la petite affaire m'a occupé jusqu'à 14 heures.
Oh certes, j'ai été dérangé plus d'une fois. En fait, il n'y a pas à aller très loin pour voir des animaux. Dans le camp, devant mon bungalow, chacun passe et repasse et a son créneau horaire. Un coup ce sont les phacochères, bien moins sauvages qu'à Saint Lucia et qui broutent comme une vache, un coup ce sont les springboks ou encore les singes, les vervet monkeys. Tout cela me divertit beaucoup et j'ai bien du mal à me concentrer à ma tâche. Les phacochères surtout m'ont beaucoup amusés. Il y avait une truie avec ses petits qui passaient leur temps du pis à l'herbe, selon leur humeur. 
Les petits se léchaient entre eux pour se nettoyer, ce qui avait pour effet de rendre fou d'extase le sujet ainsi traité, qui se laissait faire en s'allongeant sur l'herbe, sur le dos, levant une patte, les yeux fermés de bonheur. Ils s'amusaient aussi à se tenir tête, front contre front et à lutter jusqu'à ce qu'il y en ait un qui recule. Je m'étais mis ventre à terre, pour ne pas les effrayer et surtout pour être à leur niveau, cela permettait de donner de meilleurs clichés.
Pendant ce temps là, les autres bestioles, jalouses, se remuaient comme pour me dire « et moi ? ». Du coup je passais de l'un à l'autre. Je n'avais encore aperçu de singes que subrepticement sur le camp mais aujourd'hui un petit groupe avait pris possession d'un arbre et il y avait là toute une famille dont la mère tenait son petit blotti contre elle pendant que deux autres rejetons plus âgés s’amusaient à se courir après et à sauter de branches en branches. 
Certains singes avaient déserté leur arbres pour sauter dans un autre plus près de mon chalet en me voyant arriver. Tout à coup, au bout d'un moment, j'en vis un passer au loin furtivement comme s'il avait fait une connerie, avec un truc entre les pattes qui ressemblait fort à une barre céréalière que j'avais achetée avant de venir dans le parc. Je me suis alors retourné vers le bungalow, inquiet d'avoir été dévalisé mais j'ai vu que la porte était bien fermée. Ce devait donc être les voisins qui étaient là, porte ouverte, et qui avaient dû acheter la même chose que moi. Ils me regardaient faire, me déplaçant à quatre pattes et se foutant de moi un peu à distance : « Are you making a documentary ? ». Je leur répondis : « No, but I could ! ». Eux n'avaient que des téléphones portables pour prendre des photos et faisaient fuir tous les animaux chaque fois qu'ils essayaient de s'approcher pour en avoir un suffisamment visible sur leur écran. 
Tu aurais pu te coiffer pour la photo, quand même!
Les nouveaux voisins sont trois dans un chalet de deux lits. Des péquenots qui passent leur temps à parler fort et à rire grassement. Ils me tapent un peu sur le système.
J'étais prêt à prendre mon déjeuner dans le chalet mais je me suis ravisé. J'avais envie de plus de sauvagerie, de calme et de sentir les vibrations du bush me gagner sans être perturbé par des voisins dissonants. Je me suis donc mis à préparer un pique nique. Dans le bungalow, dès que j'ouvris la porte ce fut un spectacle de désolation. Les sachets de barre de céréales étaient ouverts, il ne restait pas une miette et une seule barre avait été miraculeusement épargnée. J'en avais 5 ou 6 de la sorte. J'avais peur qu'ils m'aient piqué autre chose car j'avais tout laissé sur la table : téléphone, clefs, ordinateur... Heureusement seule la bouffe les intéressaient. Ils n'ont pas touché au salé. Ils préfèrent les trucs plus nutritifs. 
On dit malin comme un singe mais maintenant vous savez pourquoi. En fait la porte d'entrée est une double porte. J'ai une porte battante en bois grillagée, qui s'ouvre péniblement car le bois est gondolé, derrière laquelle se trouve la vraie porte. Les deux sont indépendantes de sorte qu'on peut choisir de ne laisser fermée que la porte grillagée si l'on veut plus de lumière ou d'air. Cette porte empêche les bestioles et les insectes de rentrer. En théorie ! Quand j'ai été distrait par les animaux et que je suis sorti comme ça, je n'ai fermé que la porte battante qui n'a pas de serrure. C’est cette porte que les singes ont trouvé le moyen d'ouvrir. Comment savaient ils que derrière un emballage en plastique épais sulfurisé se trouvait quelque chose d'énergétique, je ne le saurai jamais. A moins qu'il aient été alerté par la photo dessus. Mmm, y a bon! 
Ça m'apprendra à avoir le dos tourné. Si ça se trouve c'était une ruse. Le mâle avait demandé au reste de la tribu de poser dans les arbres pour me distraire pendant qu'il en profiterait pour me subtiliser des trucs. Les singes, c'est une vrai mafia ! Ils ont bien le même caractère quel que soit le pays dans lequel on se trouve ! Ça me rappelle les macaques de Thaïlande...
Pour le pique nique je suis retourné à une aire qui surplombe la rivière, près de là où j'avais vu le rhinocéros d'hier. J'étais tombé sous le charme du cadre. Je me suis installé à une table, la plus près de la rivière pour profiter au mieux du paysage quand j'entendis un truc renâcler, un peu comme un cheval qui souffle, en plus fort. Pensant qu'un rhinocéros ou un truc de la même taille était assoupi par là et risquait de se réveiller en sursaut d'un moment à l'autre, dérangé par ma présence, je me suis rapproché de la voiture, me rappelant le sermon des gardes hier. D'un autre côté, pourquoi font ils des aires de pique nique s'il ne vaut mieux pas descendre de sa voiture ?
Mon petit coin pour le pique nique
Aujourd'hui je vis au rythme du bush comme les lions. Le temps n'a plus d'importance, je profite de l’instant présent et me laisse prendre par les odeurs et les bruits environnants, entrant en communion avec la nature. Une douce torpeur me prend alors. C'est ainsi qu'après le déjeuner je me suis octroyé une sieste, allongé à même la table de pique nique ! J'étais divinement bien, à l'ombre, contemplant les nuages blancs passer, hypnotisé par les chants d'oiseaux et les crissements des criquets. J'observais les oiseaux passer et comme je ne bougeais pas, je faisais partie du décor. Un coupe de greater blue-eared starling est ainsi venu se poser sur une branche d'un arbre adjacent. C'est un très bel oiseau au plumage d'un bleu métallisé indescriptible qui brille comme l'or sous le soleil et qui tranche avec ses yeux oranges. On dirait un paquet cadeau. Au moindre bruit inhabituel, du style froissement d'herbe, je me retournais sur le côté pour vérifier qu'il n'y avait pas de plus grosse bestiole. 
Car avec moi allongé sur la table, j'aurais pu donner des idées de 4 heures à quelques lions de passage qui n'avaient plus qu'à se mettre à table. J'ai attendu 16 heures ainsi, l'heure où les choses intéressantes commencent à se passer.
En reprenant la voiture j'ai exploré toutes les pistes secondaires, roulant au pas, scrutant le moindre recoin, cherchant à apercevoir le moindre gros bidon. Sans succès pour l'instant. Je me suis aventuré sur une piste complètement défoncée, pleine d'ornières qui menait en haut d'une crête traversant une brousse qui n'en finissait plus. Ça sentait le rhinocéros. Ou plutôt la bouse ! Il y en a plein, et ne me demandez pas quel animal les a faites. Tout ce que je peux dire c'est que chaque bouse a la taille d'un tas de fumier et qu'il y a plein de trucs dedans pas digérés, comme des espèces de pommes dures et vertes qui ressortent comme cueillies fraîchement de l'arbre ! 
A défaut de rhinocéros, j'ai eu droit à un panorama à 360 degrés sur tout le parc, apercevant même la rivière très loin en contrebas, comme si j'étais au sommet du point le plus haut du parc. Comme quoi dans un safari, il n'y a pas que les animaux qui comptent.
Je sais pourquoi j'aime la lumière de 17 heures. En fait, la végétation s'en trouve magnifiée. La lumière passe à travers les feuilles et le moindre brin d'herbe, leur conférant une couleur intense limite fluorescente. Les graminées se mettent aussi à briller comme des diamants. Tandis que j'étais occupé à observer le bush ainsi, je vis sur ma gauche deux rhinocéros qui se baladaient, une mère et son petit. Cette fois je crois que j'en tiens de l'autre espèce. Ils sont moins gris et plus marrons, comme ce qui est sur ma grille d'identification. Je peux presque dire que c'est un hook-lipped rhinocéros. 
A cet instant une jeep de ranger s'est approché de moi, me demandant ce que je prenais en photo. Le garde m'a dit de bien les contempler, qu'il était heureux chaque fois qu'on lui disait qu'on en voyait. Car il m'a raconté la triste réalité du parc. On a beau être dans un parc national où toute vie est protégée, les animaux ne le savent pas. Ce sont de grands voyageurs toujours en quête de nouveaux espaces. Le parc n'est pas un zoo avec des grilles, aussi il arrive que des animaux s'échappent et finissent dans des villages avoisinants, faisant peur aux habitants. C'est ainsi que j'ai appris que la semaine dernière deux rhinocéros s'étaient échappés et avaient été tués. Il m'a dit qu'on n'y pouvait rien, que ça arrivait tout le temps et que chaque fois ça le rendait triste. Je le comprends. S'il fait ce métier c'est qu'il aime ses pensionnaires. 


Une fois qu'il a redémarré, faisant déguerpir les deux rhinocéros alertés par le bruit du moteur, j'ai regardé de l'autre côté de la route, au cas où. Et là il y en avait deux autres, plus près même. La même espèce qu'hier, les gris. C'est incroyable ! Au même endroit, deux espèces de rhinocéros, 4 en tout ! Si ça ne n'est pas de la chance ! En tout cas ça confirme ce que j'avais observé jusqu'à présent : c'est à 18 heures que le bush bat son plein.
Au camp il y a un registre dans lequel on est invité à décliner l'identité, le lieu et l'heure à laquelle on a vu un individu. Ça sert ainsi aux gardes à savoir si les bestioles sont toujours là mais aussi à narguer les nouveaux arrivants. Quand j'ai franchi la rivière, il y avait justement une jeep de safari arrêtée au niveau du coin où les lions se reposaient hier à la même heure. 
J'ai failli leur dire, comme ils scrutaient le moindre roseau avec leurs jumelles prêt à débusquer le moindre animal qui viendrait s'abreuver. Mes lions ne sont pas venus. Pourtant j'aurais bien aimé leur faire un coucou du soir... Je crois savoir pourquoi il y a autant de springboks au camp. Comme la route est électrifiée, ça leur laisse l'occasion d'être tranquille sans qu'un lion vienne semer la zizanie. Par contre ne me demandez pas comment elles sont arrivées là. A l'heure où je suis rentré, vers 19 heures, alors que le soleil se couchait derrière les collines, il y avait embouteillage sur la route, comme ces troupeaux de brebis qu'on croise au détour d'un virage en Crète. C'était l'heure des jeux pour les springboks. Il y avait un bosquet au milieu de la pelouse derrière lequel elles jouaient à se cacher. 
Dès que l'une d'entre elles en faisait le tour, l'autre déguerpissait de l'autre côté pour se cacher. Et ainsi de suite. Ça faisait une ronde infernale, prétexte à des voltes faces et des embardées toute cuisse dehors, faisant des bonds de plusieurs mètres. L'occasion aussi de voir leur pompon blanc sautiller dans les airs. Elles m'ont beaucoup fait rire. Je dois passer pour un original, tous les autres du camp n'en avaient rien à faire, tout occupés qu'ils étaient à préparer leur sacro-saint barbecue avant que le jour ne tombe complètement.


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