Pensant pouvoir passer au-dessus des nuages, je reprends la route vers Laguna Grande, une aire récréative en plein cœur du parc natiinal avec une jolie balade dans les bois mysterieux. Toute cette humidité et cette brume ça a un charme, on ne peut pas dire le contraire. Je monte le chauffage dans la voiture, j'ai les mains gelées alors que ça descend à 7 degrés dehors.
Pourtant je m'accroche, je brave les éléments pour prendre de jolies photos en essuyant tout le temps l'objectif pendant que de grosses gouttes tombent des arbres moussus gorgés comme une éponge sur l'écran en me détraquant tous les réglages. Le vent me fait vaciller et je maintiens fermement l'appareil pour ne pas qu'il s'envole.
C'est sur un siège gelé des WC de l'aire récréative que je m'assois. Et je cogite. Que vais-je bien pouvoir faire aujourd'hui avec ce temps? La forêt est pourtant si belle, mais évidemment tout ce vert c'est trop louche pour être honnête.
La route est transformée en ruisseau, le sol n'arrive plus à absorber l'eau et par endroit c'est une petite Amazonie avec des arbres les pieds dans l'eau. Pour la troisième fois que je passe à Laguna Grande, c'est l'endroit de l'île où il fait toujours le plus moche. Sans doute parce que c'est le point central qui concentre tous les phénomènes météorologiques.
Vêtu de mon coupe-vent je pars dans l'un des nombreux petits sentiers. Il y a un restaurant qui invite à venir s'y réfugier. Ça sent bon et ça fait cabane de boucle d'or. J'irais bien manger la soupe chaude d'un ours ! Pris dans une énième averse je retourne à la voiture.
Certains arrivent sur le parking, s'arrêtent 30 secondes et repartent. La météo dit qu'il doit faire beau. Elle le disait aussi hier ! Je suis arrivé au bout de ma patience aussi je prends un billet pour retourner sur Tenerife. Prochain bateau 16h. Ça ne servait à rien que je vienne à La Gomera, il n'y a pas de plaisir, que de la survie.
Les vents qui passent par-dessus la crête sont hyper violents et font tanguer la voiture. Comme c'est tout en virage et plein de précipices je conduis lentement. De toute façon on n'y voit rien, tout est noyé dans les nuages. Je passe les miradors les uns après les autres. Je trouve tout cela du gâchis. Il y avait tellement à voir...
Grosse surprise, après être passé sous les nuages en descendant vers San Sebastian de la Gomera, le soleil fait son apparition et il fait grand beau sur le littoral ! Le ciel est dégagé tout autour de la Gomera. En gros c'est les alizés qui ont concentré tous les nuages vers l'intérieur de l'île. On passe soudainement de 7 degrés à 19. On a de la peine à imaginer les conditions là-haut.
Il y a un barranco très joli. Avec le temps qu'il me reste je me gare au hameau de Ayamosna pour prendre un sentier qui descend au fond du ravin au milieu des palmiers des cactus des chardons et des euphorbes. Au fond il y a un rocher à la forme très photogénique qui me fait penser à un chapeau, le Roque del Sombrero à 683m. Je ne suis à visiblement pas le seul à y avoir pensé...
C'est un sentier qui mène à des cultures au bord de la rivière. Il y a aussi des troupeaux de brebis qui dégringolent les pentes affolées en me voyant. L'endroit est vraiment superbe.
En attendant le bateau je flâne dans San Sebastian de la Gomera. Pas longtemps car les villes des Canaries sont toujours en effervescence. Des livraisons, des gens qui font leurs courses, des gens mal garés, des voitures qui déboulent de partout, pressées, des piétons qui traversent sans prévenir... Le stress gagne!
Alors je me rabats sur un parking derrière la plage, à côté d'un gros camping-car, sous un palmier. C'est plein de dattes par terre, si j'aimais ça je pourrais m'en faire éclater la panse. La plage de sable gris donne dans le port. Impossible de s'y asseoir car juste derrière se trouve une grosse centrale électrique qui fonctionne au mazout.
Elle a beau avoir de hautes cheminées, le vent ramène tout sur la plage. Ça me donne mal à la tête et envie de vomir alors je retourne sur le parking. J'ai l'impression de ne faire que de me plaindre mais je décris la réalité vécue. C'est un rendez-vous raté avec la Gomera. Un petit tour et puis s'en va. Pas sûr que j'y revienne un jour...









