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mardi 9 mars 2021

Un petit tour

9 degrés au petit jour, pas d'amélioration en vue, il pleut toujours et le vent a même forci. Alors ce matin pas envie de me lever. J'écris 3 épisodes du blog d'un coup, ça m'occupe. À 9h je tente une sortie pour préparer le petit-déjeuner. Pas moyen de faire chauffer un thé tellement les averses se succèdent.
Pourtant j'en aurais bien besoin; dans la voiture tout est humide, les vitres dégoulinent et imprègnent la housse de couette. Le petit-déjeuner est réduit à tremper un croissant dans un verre de jus d'orange, en fermant la portière bien vite avant qu'elle ne s'envole. On dirait que le solei veut percer, il y a des flashs de lumière puis tout d'un coup tout devient obscur. Quand ça ne veut pas ça ne veut pas ! 
Pensant pouvoir passer au-dessus des nuages, je reprends la route vers Laguna Grande, une aire récréative en plein cœur du parc natiinal avec une jolie balade dans les bois mysterieux. Toute cette humidité et cette brume ça a un charme, on ne peut pas dire le contraire. Je monte le chauffage dans la voiture, j'ai les mains gelées alors que ça descend à 7 degrés dehors. 
Pourtant je m'accroche, je brave les éléments pour prendre de jolies photos en essuyant tout le temps l'objectif pendant que de grosses gouttes tombent des arbres moussus gorgés comme une éponge sur l'écran en me détraquant tous les réglages. Le vent me fait vaciller et je maintiens fermement l'appareil pour ne pas qu'il s'envole. 
C'est sur un siège gelé des WC de l'aire récréative que je m'assois. Et je cogite. Que vais-je bien pouvoir faire aujourd'hui avec ce temps? La forêt est pourtant si belle, mais évidemment tout ce vert c'est trop louche pour être honnête. 
La route est transformée en ruisseau, le sol n'arrive plus à absorber l'eau et par endroit c'est une petite Amazonie avec des arbres les pieds dans l'eau. Pour la troisième fois que je passe à Laguna Grande, c'est l'endroit de l'île où il fait toujours le plus moche. Sans doute parce que c'est le point central qui concentre tous les phénomènes météorologiques. 
Vêtu de mon coupe-vent je pars dans l'un des nombreux petits sentiers. Il y a un restaurant qui invite à venir s'y réfugier. Ça sent bon et ça fait cabane de boucle d'or. J'irais bien manger la soupe chaude d'un ours ! Pris dans une énième averse je retourne à la voiture. 
Certains arrivent sur le parking, s'arrêtent 30 secondes et repartent. La météo dit qu'il doit faire beau. Elle le disait aussi hier ! Je suis arrivé au bout de ma patience aussi je prends un billet pour retourner sur Tenerife. Prochain bateau 16h. Ça ne servait à rien que je vienne à La Gomera, il n'y a pas de plaisir, que de la survie. 
Les vents qui passent par-dessus la crête sont hyper violents et font tanguer la voiture. Comme c'est tout en virage et plein de précipices je conduis lentement. De toute façon on n'y voit rien, tout est noyé dans les nuages. Je passe les miradors les uns après les autres. Je trouve tout cela du gâchis. Il y avait tellement à voir...
Grosse surprise, après être passé sous les nuages en descendant vers San Sebastian de la Gomera, le soleil fait son apparition et il fait grand beau sur le littoral ! Le ciel est dégagé tout autour de la Gomera. En gros c'est les alizés qui ont concentré tous les nuages vers l'intérieur de l'île. On passe soudainement de 7 degrés à 19. On a de la peine à imaginer les conditions là-haut. 
Il y a un barranco très joli. Avec le temps qu'il me reste je me gare au hameau de Ayamosna pour prendre un sentier qui descend au fond du ravin au milieu des palmiers des cactus des chardons et des euphorbes. Au fond il y a un rocher à la forme très photogénique qui me fait penser à un chapeau, le Roque del Sombrero à 683m. Je ne suis à visiblement pas le seul à y avoir pensé...
C'est un sentier qui mène à des cultures au bord de la rivière. Il y a aussi des troupeaux de brebis qui dégringolent les pentes affolées en me voyant. L'endroit est vraiment superbe.
En attendant le bateau je flâne dans San Sebastian de la Gomera. Pas longtemps car les villes des Canaries sont toujours en effervescence. Des livraisons, des gens qui font leurs courses, des gens mal garés, des voitures qui déboulent de partout, pressées, des piétons qui traversent sans prévenir... Le stress gagne! 
Alors je me rabats sur un parking derrière la plage, à côté d'un gros camping-car, sous un palmier. C'est plein de dattes par terre, si j'aimais ça je pourrais m'en faire éclater la panse. La plage de sable gris donne dans le port. Impossible de s'y asseoir car juste derrière se trouve une grosse centrale électrique qui fonctionne au mazout. 
Elle a beau avoir de hautes cheminées, le vent ramène tout sur la plage. Ça me donne mal à la tête et envie de vomir alors je retourne sur le parking. J'ai l'impression de ne faire que de me plaindre mais je décris la réalité vécue. C'est un rendez-vous raté avec la Gomera. Un petit tour et puis s'en va. Pas sûr que j'y revienne un jour...

lundi 8 mars 2021

Un temps épouvantable

Pas de bol pour la Gomera, la météo est catastrophique ces derniers jours. Je m'étais habitué depuis trop longtemps à ce qu'il fasse beau tous les jours. Il y a une vague de froid sur les Canaries qui est arrivée vendredi avec beaucoup de vent et d'importantes précipitations. Sur Tenerife je ne m'étais rendu compte de rien ce weekend, certes le ciel était chargé sur le relief
mais le littoral était épargné. Ici c'est une toute autre histoire. Il y a un vent pas possible et il pleut non stop. Aucune visibilité, tout est noyé dans les nuages. La température ne dépasse pas 11 la journée. Impossible de mettre un pied dehors, on essuie averse sur averse. J'ai bien essayé de faire un pas dans le parc national de Garajonay mais j'ai dû abréger la balade au bout de 15 minutes. 
Malgré tout la forêt du parc de Garajonay est toujours aussi belle, quel que soit le temps. C'est la laurisilva qui couvre tout le cœur de l'île sur 3984 hectares. C'est la dernière forêt vierge d'Europe, une forêt humide de lauriers et de bruyères hautes comme des arbres qui couvrait l'Europe entière il y a 65 millions d'années. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les arbres sont très serrés, les troncs biscornus couverts de mousse et de lichen. C'est une ambiance de contes très particulière. 
Le parc regorge de sentiers de randonnée dans un relief escarpé sillonné de ravins. On trouve de nombreux miradors qui offrent des points de vue à couper le souffle. Sauf qu'entre les nuages et la pluie on ne sait même plus où on est. 
Heureusement l'île n'est pas bien grande, 369 km carrés. De forme ronde elle fait grosso modo 50 km de diamètre. Elle culmine quand même à 1487 m au mont Garajonay. Le nom vient d'une légende, celle de Gara et Jonay, deux jeunes amants guanches à qui il était interdit de s'aimer et qui ont décidé de s'y suicider plutôt que de vivre séparés.
A la recherche d'un temps plus clément je descends à Valle Gran Rey, village touristique principal de la Gomera, niché au fond d'un barranco très pittoresque avec ses cultures en terrasses et ses palmiers. On y trouve la meilleure plage de l'île, Playa del Ingles, au pied de falaises, entre rochers et sable noir. Il y a plein de recoins pour s'abriter du vent derrière des murets de galets ou les tamaris. Certains SDF vivent même ici, cachés sous des tamaris très serrés et inextricables.
Même s'il y a progrès sur la côte, le vent est encore trop fort pour envisager quoi que ce soit comme activité. La pluie s'est arrêtée et les nuages semblent être repoussés vers le centre. Je décide donc de remonter faire de jolies photos dans la brume. Seulement à peine là-haut qu'il pleut des cordes. Je passe donc de l'autre côté de l'île, direction Vallehermoso, à la recherche d'une pinède où patienter le temps que ça s'améliore.Seulement voilà mes souvenirs me jouent des tours. Impossible de trouver une forêt de pins sur la Gomera. Pourtant il me semblait en avoir vu. C'est un peu comme l'histoire des lacs de Gran Canaria. C'est ainsi que je me retrouve sur la côte nord à errer. Déjà ce n'est pas très drôle de conduire pour visiter, alors quand il n'y a pas de but c'est encore pire. En plus le temps est encore plus mauvais sur cette côte exposée aux alizés. Je décide donc de remonter dans le parc et de prendre mon mal en patience en restant coincé dans la voiture le temps nécessaire.
En chemin je tombe sur le centre des visiteurs qui a un très joli parc floral tout autour dans lequel je m'attarde. Il y a des fleurs étonnantes, des fougères arborescentes, ça a un côté Nouvelle-Zélande. 
En reprenant la route vers le parc j'ai trouvé un coin idéal pour le bivouac derrière une réserve d'eau douce. J'ai passé l'après-midi là, toute façon il y a rien d'autre à faire. J'avais prévu de rester plus d'une semaine à La Gomera mais le temps vient bousculer mes plans. Une fois installés les nuages vont tournicoter autour des reliefs pendant des jours. J'aimerais quand même avoir un jour où le soleil perce pour aller me balader dans le parc national. Après je pourrai rentrer sur Ténérife. 
Alors que le printemps pointe sont nez en France et que les températures redeviennent clémentes, les Canaries offrent moind d'attrait. Et après plus de 2 mois ici je finis par éprouver une certaine lassitude. J'ai envie de me poser tranquille chez moi, d'avoir une douche chaude et tout ce qu'il faut. Bref j'ai avancé la date de mon retour sur la péninsule d'une semaine. C'est ce qu'il y a de bien avec le bateau. Un petit message sur WhatsApp et hop c'est fait. Après la Gomera il me restera une semaine sur Ténérife que je compte passer sur les pinèdes autour du Teide, mon coin préféré avec El Hierro...

dimanche 29 mai 2011

La Gomera


La Gomera est une île espagnole comprise dans l’archipel des Canaries, située au sud ouest de Ténérife. C’est une île toute ronde de 372 km2, peu connue car un peu à l’écart et pas très développée (juste un peu plus de 20 000 habitants). C’est une île volcanique et montagneuse, même si le plus haut sommet n’atteint que 1487 mètres, avec de grands barrancos (canyons) qui découpent ses flancs.
Je me suis rendu à La Gomera au cours de l’été 2011 pour continuer mon exploration des Canaries. Je voulais au sein d’un même voyage visiter les 4 dernières îles qu’il me restait à découvrir mais je n’ai pu voir que La Gomera, La Palma et Grande Canarie, El Hierro étant trop éloignée des autres, mal desservie et très chère par le bateau. Pour ce voyage, l’avion m’a laissé à Ténérife d’où j’ai loué directement une voiture en l’embarquant sur les ferrys. Je trouvais cette formule plus souple que de devoir louer sur chaque île.
La Gomera est absolument étonnante. Elle comporte en son centre un parc magnifique, le Parc national de Garajonay. C’est un royaume de brumes, de mousses, de bruyères hautes comme des arbres. Les paysages sont féériques et ont l’air tout droit sortis de l’imaginaire de Tolkien. Les nuages restent accrochés en permanence aux sommets, donnant un microclimat exceptionnel qui fait le bonheur d’une végétation exubérante, laissant les bords du rivage au soleil. Ici point de plages de sable blond. Il y a d’ailleurs peu de plages. La plus belle reste cependant celle de El Ingles, toute de sable noir avec des montagnes ocres et grenats qui la surplombent. C’est là que je dormais le plus souvent, abrité du vent par des arbustes derrière la plage. Si vous vous y aventurez vous constaterez aussi que d’autres personnes campent par là. Il y a même des tentes à l’année !
L’attrait majeur de la Gomera reste cependant son parc national dont le plus bel endroit à visiter se trouve à Laguna Grande. Ce parc est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco, c’est pour dire. Vous y trouverez les restes d’une forêt primaire qui couvrait jadis toute l’Europe au Tertiaire et qui ne subsiste désormais qu’ici. J’y passais mes journées, hypnotisé par l’ambiance, occupé à prendre des photos au cours de balades où chaque pas dessinait un nouveau tableau. Il faut ouvrir l’œil, un rayon de soleil à travers la brume et c’est une nouvelle scène enchanteresse qui apparait, tout de suite balayée par un brouillard épais pénétrant où les gouttelettes d’eau perlent comme autant de diamants des mousses et feuilles.
J’ai l’immense privilège d’avoir pu visiter cette merveille avant des incendies qui ont ravagé l’île en 2012, détruisant 10% du parc. Gageons que la nature réussira à reprendre ses droits.


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