J'ai
concocté un petit circuit pour mon retour en Thaïlande. Ce sera 4
jours sur Koh Rawi, avec snorkeling à la clef, balades dans la
jungle et exploration des plages sauvages environnantes aux eaux
cristallines par un kayak qu'ils louent à la station des rangers.
L'île possède des plages d'une incroyable blancheur qui leur
confèrent un aspect lagon. D'après les guides ce sont les plus
belles de toutes celles autour de Koh Lipe. Ce ne sont souvent qu'une
mince bande de sable en bord de jungle mais c'est suffisant pour y
suspendre un hamac, les pieds débordant au dessus de l'eau. Je m'y
vois déjà ! Après, le temps que la princesse foute le camp de
Koh Adang, je vais retourner une semaine me ressourcer à Koh Tarutao
avant de finir les quatre derniers jours sur Adang. Un bon petit
programme !
Le vent
souffle chaque jour de plus en plus fort depuis une dizaine de jours.
A tel point que Stéphane et Séverine sont coincés sur Koh Bulon,
une île voisine de Tarutao, au nord, à cause des vagues. A Langkawi
ce n’est pas mieux. Sitôt passées les montagnes qui abritaient du
vent, le navire s'agitait comme dans une machine à laver au milieu
de grands cracs. Déjà que le bateau est en piteux état, peinture
écaillée, rouille et tout et tout, l'idée qu'il se brise en deux
comme une coque de noix sous un coup bien asséné m'a traversé
l'esprit. On fendait les vagues dans de grandes gerbes avant de
redescendre dans des creux où la crête moutonnait. Le ferry est un
truc complètement fermé, un genre de capsule close. C'est une
chance ! Par contre on a mis deux heures pour arriver, le double
de ce qui est prévu.
Le moment
fatidique est arrivé : la remise des passeports sur Koh Lipe.
Cette fois, le transfert sur l'île depuis la barge est gratuit. Va
comprendre ! Les passeports sont rassemblés par nationalité et
un agent appelle chacun par leur nom. Ça me permet de connaître la
nationalité des touristes. On trouve de tout : République
tchèque, Portugal, Autriche, Hollande, Suède, Espagne, Allemagne,
Italie, Tunisie, Royaume Uni, Russie, Norvège et pour finir la
France. En dernier. Pendant ce temps un jeune nous demande où nous
allons, faisant jouer son téléphone pour ceux qui veulent
poursuivre leur voyage. Les tchèques devant moi, un groupe de 5,
veulent aller sur Tarutao. Normalement c’est la fin des bateaux
officiels, le dernier étant à 9h30 mais le gars leur trouve un truc
pour 13h.
Je lève alors la main en disant « Moi aussi ».
Autant en profiter ! Je pourrai toujours aller sur Rawi à la
fin. Il nous demande 500 bahts. C'est à présent mon tour au
contrôle des passeports. Ça commence bien, l’agent tique dès la
première page, allant et venant de la photo de mon passeport à ma
tête d'un air dubitatif. Forcément le passeport a 10 ans. J'avais
les cheveux plus longs et pas de barbe. Ça vous change un homme. Je
lui avait ouvert la page sur une nouvelle feuille où il n'y a que le
tampon de la Malaisie. Mais il a trouvé les autres, celles avec les
tampons thaï dans tous les sens et qui se superposent. J'attends le
verdict comme le prisonnier sa sentence. Il fait : « Hmmm ».
Il tourne le passeport dans tous les sens pour bien lire tous les
coups de tampon.
![]() |
| Koh Adang en face |
Il me dit : « Are you speaking Thaï ? ».
Je réponds que non et il me redonne le passeport après l'avoir
tamponné. J'ai droit à un mois à nouveau. Au final, c’est un
site thaï qui se dit à jour au 1/1/2015 qui avait raison. Les pays
membres du G7 bénéficient désormais de la suppression de la
distinction d'entrée du territoire par avion ou autre. C'est 30
jours, même pour la reconduction par sortie du territoire.
Apparemment on pourrait obtenir aussi un troisième mois en payant
1900 bahts. Pour mon retour en décembre, vu que c'est dans la même
année, il va falloir que je me renseigne si les deux mois que j'ai
déjà obtenus seront pris en compte ou si le compteur est remis à
zéro tous les 6 mois comme ce que j'ai lu par ci par là.
Une fois le
passeport en poche, je demande à nouveau au type à qui j'ai payé
pour le bateau l'heure et le point de rendez-vous. Et là il
m'annonce qu'il n'y a plus de bateau, qu'aucun n’est venu
aujourd'hui à cause de la mer démontée. Il me tend le billet que
je lui avais donné. Retour à la case départ. Il me reste à
trouver un long tail boat pour Rawi. Mais avec l'état de la mer, je
sens que ça va être difficile de trouver un pécheur qui veuille
bien m'emmener dans sa coque de noix. Il me faut traverser l'île par
la rue centrale avec tout mon barda. J'ai lu que c'était moins cher
depuis Sunrise Beach, juste en face des autres îles. Toute la rue
est bordée d’agences de voyages.
Pour information, je m'arrête à
l'une d'elles. Peut être qu'ils peuvent faire jouer leur téléphone
pour me trouver quelqu'un. Au début l'agent qui n'a pas très bien
compris me propose un de ces tours d'excursion où l'on s'arrête une
heure sur la plage pour y pique-niquer. Je demande juste un transfert
pour camper là bas. Mais il me répond que cela va me coûter très
cher, 1500 bahts, qu'il n'y a pas d'hébergement là bas et que les
rangers n'autorisent plus les campeurs à y planter la tente. C’est
devenu juste une île pour le snorkeling à la journée. Le plan Rawi
tombe donc à l'eau. Avec la princesse qui se pavane sur Adang, il ne
me reste donc plus que Tarutao. J'ai fait toutes les agences de la
rue, une bonne dizaine.
Ils prenaient tous leur téléphone pour me
dire la même chose ensuite : le bateau de 13h ou 13h30 n'existe
plus, il n'y a plus que celui du matin, 9h30. Il est 11h30, je suis
donc coincé sur Koh Lipe. Après réflexion, je décide d'acheter le
billet pour Tarutao pour le lendemain matin.
Il y a un
camping sur Koh Lipe, à ce qu'on m'a dit. Mais avec le monde, les
motos qui pétaradent et la musique qui sort des bars des deux côtés
de l'île, sans compter les chiens errants, ça ne me dit pas grand
chose qui vaille. J'envisage plutôt de faire du camping sauvage en
allant au nord de 'île, vallonné et encore vierge, où je m'étais
réfugié avec la tente une nuit de full moon party à côté du Bila
Beach où j'avais loué un bungalow. En attendant je dois me farcir
tous les sacs et marcher avec, malgré mon dos qui commence juste à
s'arranger un peu.
![]() |
| Sunset Beach d'un côté du hamac... |
Direction la meilleure plage de l'île, face à
Koh Adang, au pied du Mountain Resort. Je l'avais laissée il y a
trois ans avec des bungalows sous un semblant de jungle. Ils ont tout
rasé, coupé les arbres qu'ils ont remplacés par des cocotiers qui
sont déjà crevés. Ils sont en train de construire un nouveau
resort. C'est donc marteaux piqueurs et bétonneuses. En plus la
plage est face au vent. Je me suis réfugié au Moutain Resort pour
le déjeuner, tout en haut d'un escalier aux marches raides. Ils ont
là aussi fait sauter le bâtiment. Le restaurant qui était en
terrasse de bois surplombant la mer est désormais une grande salle
dans un bâtiment en béton avec baie vitrée, sans charme, style
salle de réfectoire de cantine scolaire. Tout fout le camp !
Les prix aussi, bien supérieurs à ceux de Tarutao. Ah, que
j'aimerais y être en cet instant précis !
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| ... Sunset Beach de l'autre côté du hamac! |
Pour
continuer vers là où je souhaite camper il faut passer par dessus
un petit mont, redescendre pour mieux remonter. En plein cagnard. Je
suis tombé sur le camping de l'île. Un truc minus de la taille d'un
jardin japonais, avec une seule tente dessus, sans ombre, coincé
entre deux routes et le reste en chiens. J'ai tracé, avant de
redescendre sur Sunset Beach, question de me reposer un peu et de
piquer une tête. La plage est noire de monde. C'est une mince bande
de sable derrière laquelle un resort a été déboulonné. Il ne
reste plus que les fondations des bungalows dont il ne reste plus que
le trône qui mérite bien son nom. Les gens se battent pour avoir un
peu d'ombre derrière les arbres. Heureusement j'ai le hamac, je l'ai
suspendu au dessus des sacs de ciment et des tuiles concassées.
![]() |
| Ça fera l'affaire pour la nuit... |
Le coin où
je comptais me mettre n'existe plus. Il y a désormais des bungalows
dans la jungle et un chien noir qui veille d'un œil mauvais et
l'oreille tendue. J'ai fini par trouver un coin, tout au sommet de la
montagne, là où la route en béton s'arrête, assez plat et bien
caché du chemin par de la végétation. Alors que j'avais fait place
nette et commencé à déplié la tente, le coin a été envahi par
des flonflons et quelqu'un qui parlait au micro dont l'intensité
variait au gré du vent. Ça venait d'un resort de Pattaya. J'ai donc
dégringolé le mont en me frayant un chemin hors sentier, pour finir
sur la côte face à Koh Adang. Il y avait une tente dans une grotte.
Un peu plus loin, en contournant des rochers j'ai trouvé une petite
crique avec un genre de plateau de sable sec en bordure de rivage,
juste de la largeur d'un corps.
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| ... en plus l'endroit est gardé par un chien très méchant! |
C’est là que j'ai mis la tente,
bancale car trop large, la moitié dans le vide et l'autre de
traviole sur des rochers. Pour une nuit ça fera l'affaire. C'est
déjà inespéré d'avoir trouvé un tel coin. En plus en continuant
dans les rochers on parvient à une autre crique avec le dernier
resort de l'île, le Pitiusas, où j'ai pu dîner et souffler un peu
devant un délicieux shake mangue fait maison. De retour à la tente
j'avais un chien couleur sable en rond qui m'a veillé toute la nuit.
Un gentil toutou qui a pioncé sans jamais aboyer et qui regardait le
lever de soleil plongé en pleine contemplation. Un solitaire comme
moi.


















