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mercredi 17 décembre 2014

Parque Nacional Rincon de la Vieja

Laguna Fumarolica
Le parc national Rincon de la Vieja, d'une superficie de 141 km2, se situe à quelques kilomètres seulement au nord-est de Libéria. Il comprend un volcan qui porte le nom au parc et qui culmine à 1895 mètres mais aussi un autre, plus élevé, Santa Maria, avec ses 1916 mètres. Le parc est connu pour son activité volcanique qui se manifeste sous forme de fumerolles, de bains bouillonnants, de sources d'eau chaude et de bassins de boue qui mijotent à trop gros feu en éclaboussant partout. Le parc fut créé en 1973 dans le but de protéger une zone cruciale qui alimente en eau 32 rivières et ruisseaux. Le volcan n'est pas inactif et de nombreuses éruptions ont été enregistrées depuis les années 60. 
La dernière remonte à 1997 et s’est manifestée sous forme de cendres et de vapeur d'eau. Le parc couvre des habitats allant d'une altitude de 600 à 1916 mètres et présente donc différents écosystèmes. La majorité du parc reste cependant le domaine de la forêt sèche typique du Guanacaste que l'on retrouve sur les côtes. Une fleur particulièrement rare s’épanouit dans le parc. C'est l'orchidée pourpre, la fleur nationale du Costa Rica que les ticos appellent guaria morada.
Le parc comporte deux portes d'accès. Une à l'est de la cordillère nommée Santa Maria qui se prend directement depuis Libéria par une piste en mauvais état. 
La principale, Las Pailas, se situe sur le flanc ouest du volcan, à 20 kilomètres à l'est de l'interamericana dont l'embranchement se prend à seulement 5 kilomètres de Libéria. C'est cet accès là que j'ai choisi, comme la grande majorité des visiteurs, en raison d'une route en bon état, goudronnée sur les 15 premiers kilomètres. En plus c'est dans ce secteur du parc que l'on trouve les curiosités volcaniques les plus étendues, les plus remarquables, et ce, dans un mouchoir de poche. Les derniers kilomètres se font sur une piste caillouteuse privée, fermée par une barrière qui ne s'ouvre que si l'on verse 700 colons. 
Étrange qu'une route de parc national passe par un domaine privé qui a bien compris l'argent qu'il pouvait se faire en taxant les visiteurs. Avant d'arriver au parc on trouve un station géothermique sur la droite, un truc futuriste dans la jungle, plein de tuyaux chromés. Pourtant rien dans le paysage ne vient indiquer la proximité de phénomènes volcaniques. La végétation est toujours la même, il n'y a pas de micro climat qui ferait que soudainement tout change. Le haut des volcans est comme toujours dans les nuages et arrosé de pluie qui déborde en finissant en bruine sur les abords.
Au centre des visiteurs le garde m'a demandé quelle randonnée je souhaitais effectuer. 
Catarata Estacional Pailas
Il existe en effet un vaste réseau de sentiers qui permettent d'arpenter le parc. Le sentier le plus long et le plus difficile qui mène tout au sommet du volcan est fermé. Non pas en raison des pluies qui auraient pu rendre le chemin boueux et impraticable mais à cause d'une activé volcanique en pleine expansion. De toute façon ce n'était pas dans mes plans d'aller braver la tempête même si j'ai bien pris soin d'emmener un poncho au cas où les nuages descendraient plus bas. J'avais lu sur le Lonely Planet un circuit intéressant, facile et court qui permet de voir plein de trucs mais je ne me souvenais plus du nom, aussi j'ai indiqué sur la carte un sentier au hasard qui menait à une cascade. Mais ce n'est pas le bon. 
Il faut compter 4 heures aller/retour me dit le garde. En regardant le plan à l’extérieur du poste de garde, j'ai trouvé tout de suite le sentier à prendre, celui de Las Pailas, qui fait une boucle de 3 kilomètres. De toute façon il est facile à trouver, il suffit de suivre le mouvement des visiteurs, venus par leurs propres moyens ou en groupe par des excursions.
On trouve une ribambelle d'éco-lodges tout autour du parc, dans des secteurs parfois assez éloignés du parc. Il faut donc bien faire attention là où l'on réserve. J’avais été alléché dans une brochure par un d'entre eux qui proposait des sources d'eau chaudes, des piscines de boue où se vautrer dans lesquelles je me voyais déjà, ainsi que tout un tas d'activités allant du pont suspendu au dessus de rivières, de via-ferrata au niveau de la canopée, de tours à dos de cheval ou encore de rafting. 
Mais parfois ces établissements profitent de la renommée du parc national pour finir par n'être qu'un simple attrape touristes où tout est artificiel, avec des piscines où des gens sont ressortis avec des maladies de peau en raison d'hygiène douteuse. Je suis passé devant un de ces « éco-lodge » qui longe la route du parc. C'était plein à craquer d'américains excités pour qui se mettre en short est déjà une aventure en soi. Ils étaient tous rassemblés attendant le début d'un tour de je ne sais quoi. Le tourisme de masse ce n'est pas pour moi, même green-washé sous dénomination d'éco-lodge.

Pailas de Agua
Le circuit de Las Pailas est entre un mini parcours du combattant et un parcours de santé. Il est plein de racines et d'escarpements qui nécessitent de bien regarder où l'on pose ses pieds pour ne pas se tordre la cheville. Le sentier s'ouvre sur la traversée d'une rivière, le Rio Colorado, par dessus un petit pont suspendu au bois décrépi constitué de planches fines dont certaines sont cassées et qui attend de ne plus être suspendu du tout pour être rénové. Le bois est très joli. Il est surtout formé de figuiers étrangleurs avec à ses pieds une espèce de mini bambou aux feuilles dentelées regroupées en couronne autour de la tige sur plusieurs étages. 
Dans les airs se balancent de nombreuses plantes grimpantes qui essaient de trouver de la lumière en se jetant en ponts de branche en branche. Ça offre des arches de verdure sous lesquelles on passe agréablement. Le figuier étrangleur est très photogénique mais c’est une saloperie. C'est un arbre parasite qui couvre son hôte progressivement avec son propre tronc sous forme de lianes qui partent à l'assaut comme des tentacules qui finissent par étrangler l'arbre peu à peu. Le pauvre arbre en dessous met des années à mourir, privé de ses nutriments, d'eau et de lumière que lui vole le figuier.
A un endroit on arrive à une cascade, la Catarata Estacional Pailas. Le débit en cette saison est très réduit mais offre un cadre merveilleux avec une paroi moussue et pleine de végétation le long de laquelle dégringole la cascade en de multiples endroits pour finir dans un petit bassin ou en arrosant un tronc mort couvert de champignons. Il y a un arbre qui fait des fruits tout ronds de la grosseur d'une bogue de châtaigne, les épines en moins. La bogue a un merveilleux intérieur rose nacré où reposent deux noix énormes dont aucun animal ne semble se préoccuper. Où sont passés les écureuils ? Avec de tels mastodontes, ils auraient de quoi s’en mettre plein la panse ! 
A moins que l'arbre ne soit toxique. J'ai croisé un agouti. Un animal étrange qui a une tête de lapin ou d'écureuil, sur un corps haut sur pattes, sans queue, qui lui donne un air de chevreuil nain. Avec un sous bois dense, je n'ai pu obtenir qu'un cliché un peu flou pas très intéressant.
En continuant sur le chemin on parvient à la première curiosité volcanique : les fumerolles. On sait quelques dizaines de mètres avant là où l'on va mettre le pied, le nez titillé par une odeur de soufre de plus en plus forte. Les fumerolles se dégagent de différents endroits dans le sous bois, autour de pierres fumantes. Ce sont de vraies colonnes de fumée qui s'élèvent à travers la jungle au gré du vent. 
Parfois le vent tourne et on se retrouve alors en plein dedans. C'est une fumée formée de vapeur d'eau et de soufre. Elle est très chaude et produit instantanément de la condensation sur la lentille de l'appareil photo. Du coup l'endroit est très délicat à prendre en photo. Quand enfin la fumée part dans l'autre sens en offrant une vue dégagée idéale pour le cliché, il faut attendre que l'objectif sèche jusqu'à ce que la colonne revienne en mettre un coup. C’est le jeu du chat et de la souris.
L'attraction qui suit c'est Volcancito, un vrai petit volcan en modèle réduit qui offre un cratère aux bords en terre orange et au fond garni d'une boue sèche grise craquelée d'où s'échappent vapeur et soufre qui laisse des dépôts jaunes cristallisés caractéristiques. 
Volcancito
Ça gronde de bruits sourds sous les pieds un peu comme le ressac des vagues en bas d'une haute falaise. A la longue, toutes ces vapeurs pas vraiment bonnes pour la santé donnent mal à la tête mais ça ne dure pas. Dès qu'on se retrouve à distance ça passe. En continuant la balade on passe à un endroit où l'on doit enjamber un ruisseau en passant sur un tronc d'où l'on sent de la chaleur à ses pieds. J'ai plongé un orteil pour voir, l'eau est bien chaude. Elle n'a pas l'air pour autant de déranger les plantes qui se plaisent à pousser sur ses rives. Sûrement qu'elles doivent y trouver leur compte avec la vapeur dégagée qui leur offre une humidité constante tout au long de l'année. Le sentier passe ensuite sur des rochers aux couleurs bleutées et mauves. 
Le sol y est brûlant et peut atteindre 75 degrés si on s'aventure hors du sentier. Mieux vaut ne pas rester trop longtemps dans le secteur si on ne veut pas avoir la tong qui fond et surveiller si on n'a pas un orteil qui dépasse.
Juste après on tombe sur Pailas de Agua, un petit bassin dégagé au milieu de la jungle, plein de rochers aux merveilleuse couleurs et de boue bouillonnante, le tout sur les pentes du volcan. C'est ici qu'on trouve la plus belle palette de couleurs, avec des roses, des jaunes, du violet et de l'ocre. On trouve un peu le même style de paysage à la curiosité d'après, Laguna Fumarolica, à part que celle ci possède un petit lac à l'eau d'une couleur jaune indescriptible. Avec de tels phénomènes qui se succèdent sur à peine trois kilomètres, pas étonnant que ce circuit soit le favori du parc. Le seul regret c'est qu'on ne puisse pas se baigner dans un des ruisseaux d'eau chaude.

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