C'est avec un petit
regret que j'ai dit au revoir à Playa Prieta en la regardant une
dernière fois dans le rétroviseur tandis que je partais sur la
piste qui rejoint la route de Potrero. Il était 8h30. J'ai prévu en
route de m'arrêter à l'agence Europcar de l'aéroport de Liberia
pour voir s'ils ne peuvent pas me donner une nouvelle roue. En effet,
non seulement je prévois de visiter les volcans Tenorio et Arenal
mais aussi la réserve de Monteverde renommée pour sa rainforest
extraordinaire et dont les habitants se sont opposés à la
construction de route afin d'éviter d'être envahis par les
touristes. Le procédé a bien marché mais du coup le lieu est si
inaccessible qu'il faut rouler des heures sur des pistes défoncées
et boueuses. Aussi un pneu tout neuf serait le bienvenu !
En quittant la péninsule
de Nicoya je dis aussi au revoir au beau temps. Sur la route de
Liberia on voit en effet ce qui ressemble à des montagnes, le sommet
caché dans les nuages qui retombent en nappe en voulant envahir le
reste du pays sans y parvenir. Ce ne sont pas des montagnes mais des
volcans mais dont on ne voit du coup que la base. Si même par jour
de beau temps les volcans sont dans les nuages, ce doit être bien
pire les jours de pluie. J'ai donc oublié la route qui partait sur
la gauche vers les plages Ocotal et Coco. Après tout, j'en ai déjà
vues pas mal. Ça change un peu de voir autre chose que des plages.
Il n'y avait personne à l'agence Europcar. Sur le papier elle devait
bien être ouverte dès 8 heures du matin mais à 9h30 les portes
étaient toujours fermées. J'ai un peu attendu puis suis reparti.
C'est ma faute, ils ne doivent pas avoir beaucoup de demandes dans le
secteur et être présents seulement aux horaires des avions ou pour
les locations déjà réservées. J'aurais dû prévenir. Tant pis
pour moi. Libéria a étonnamment un aéroport. International de
surcroît. Il est tout petit et désert. Par contre atterrir là
permet d’éviter de se farcir toute la route depuis San José,
distante de 215 kilomètres plus au sud. Certes il y a
l'interamericana pour rejoindre la capitale mais cette route, qui est
la principale du pays et qui le traverse du nord au sud en longeant
le Pacifique n'est ni plus ni moins qu'une simple nationale au nom
pompeux. Elle est limitée à 80 km/h mais en fait on ne les atteint
jamais avec tout le trafic des camions et des locaux qui roulent
lentement. En plus elle est en travaux.
Il sont en train de la faire
passer à 4 voies aussi c’est plein de plots et on passe tantôt du
côté droit, tantôt du côté gauche avec des portions en terre
battue pleines de nids de poule. Pour ces raisons la portion au sud
de Liberia est exceptionnellement limitée à 30. Ce qui est
insoutenable. Personne ne roule à cette vitesse, et pour cause :
les travaux courent sur 50 kilomètres jusqu'à Cañas !
J'ai laissé tomber la
visite du volcan Tenorio qui est situé dans le parc national du même
nom. Je pensais en effet qu'il y avait un accès depuis la Laguna de
Arenal, un lac immense et artificiel long de 50 kilomètres qui se
trouve au pied du volcan Arenal et donc sur le chemin de celui-ci.
Mais il faut en fait prendre une route plus au nord qui conduit vers
Upala. Le parc ferme à 16h30 et la dernière entrée possible est à
14h30. Et l'entrée n'est pas facile, il faut prendre des pistes.
![]() |
| Laguna de Arenal |
Il
y a donc peu de chances que j'y arrive avant l'heure fatidique et
davantage que je reste planter là devant comme un andouille. En plus
tout le secteur est dans la purée de pois. J'ai donc poursuivi, en
bifurquant à Cañas, bien content de quitter l'interamericana. La
route prend alors de la hauteur, au milieu de verts bocages qui
pourraient faire penser qu'on est en Normandie, avec les mêmes
vaches tachées de noir et blanc dedans. Les terres sont battues par
les vents et un complexe d'éoliennes se situe en haut d'une colline
sur les hauteurs du lac. Ce n'est pas pour rien.
Une fois arrivé au lac
le paysage change soudain et devient très luxuriant. Il faut dire
qu'il y pleut désormais et le lac entier est couvert de brume. Il
n'y a aucun panorama, tout est bouché. J'imagine que par temps clair
on doit voir le volcan Arenal derrière. Ce qui ne doit pas être
souvent.
On est en plein dans la cordillère centrale, une chaîne de
montagnes et volcans qui passe au centre du Costa Rica. Elle s'étend
tout le long du pays par des sommets de plus de 2000 mètres au nord
de San José avec un point culminant au sud, le Cerro Chirripo avec
ses 3820 mètres que l'on peut escalader afin de jouir d'une vue
époustouflante sur les deux côtes du pays. J'avais prévu d'y faire
un saut plus tard mais j'ai oublié que sous les tropiques les
montagnes sont rarement dégagées, préférant concentrer toute
l'humidité qui reste à tournicoter, s'auto-alimentant par les
courants et nuages venants des côtes. Ce phénomène n'échappe pas
au volcan Arenal. Je n'en ai donc hélas rien vu. Plus je m'en
rapprochais et plus il flottait. Cela n'empêchait pas une tribu des
bestioles aperçues sur la plage de Conchal d'être de sortie.
Avec
la pluie ils sont tout maigrelets et n'arrêtent pas de se gratter.
Moi j'ai de la chance je suis bien à l'abri dans la voiture. Ce qui
n'est pas le cas de tout le monde. Les abords du volcan sont pleins
de touristes dégoulinants d'eau, en sacs à dos à la recherche d'un
gîte avant d'attaquer l'ascension du volcan. Je suis déçu, je ne
verrai pas ce volcan au cône parfait et allongé qui se dresse
fièrement au dessus de la jungle, couvert de cendres. J'aurais pu
rester dans le secteur mais cela peut durer des jours comme ça. Je
connais ce genre d'endroit, le soleil ne doit sortir qu'une heure ou
deux, une ou deux fois dans le mois ! Et puis j'en ai plein le
dos de ces routes de montagne qui me donnent mal au crane. Il n'y a
jamais une seule ligne droite et la conduite sur la pluie est
épuisante.
Sans compter que j'ai frôlé l’accident à plusieurs
reprises, manquant quitter la chaussée dans des virages trop serrés
et pas signalés. Que faire ? Deux options : retourner sur
mes pas ou continuer et traverser complètement la cordillère pour
rejoindre la côte Caraïbe. Comme je suis à mi distance, c’est le
moment de choisir. J'ai préféré continuer. Il était déjà 13
heures, c'était donc encore jouable d'arriver à Limon à la tombée
de la nuit. Mais il ne fallait pas traîner.
Depuis la Fortuna, la
ville au pied d'Arenal, il y a tout un tas de routes et de villages
qui courent autour de monts et de vallées sur des dizaines de
kilomètres jusqu'à San José. C'est un cauchemar à conduire. Ce
sont des bouchons dans les villages et le reste du temps des convois
qui roulent à 20 ou 30 à l'heure, formés par un camion en tête
qui ne parvient pas à grimper les côtes et que personne ne peut ou
veut doubler.
Ajoutez à cela une pluie battante qui donne
l'impression de rouler en permanence sous une cascade, du brouillard
à couper au couteau, des vitres embuées d'humidité que l'on doit
essuyer tout le temps et des gens en face qui roulent tous feux
dehors. Je me suis entêté comme ça jusqu'à Quesada, 50 kilomètres
plus loin que j'ai rejoint en 2 heures ! Il était à présent
15 heures et dans deux heures il allait faire nuit. N'étant toujours
qu'à mi parcours, impossible de rejoindre les Caraïbes avant la
soirée. Trouver un coin où se garer pour la nuit est aussi mission
impossible. Sorti des villages, les routes sont sinueuses et bordées
de clôtures de champs, rendant tout arrêt impossible. Il ne restait
plus qu'une option : retourner à Potrero. J'étais si bien là
bas, pourquoi me pourrir la vie à ce point dans un temps
épouvantable et de pire en pire à mesure qu'on se rapproche de la
côte Caraïbe ? Ce n'est pas pour rien que mon guide dit qu'il
y pleut toute l'année !
A côté la Péninsule de Nicoya est un
petit paradis, « the sunny side of Costa Rica » comme le
vantent les brochures. Qu'importe la découverte et l'exploration si
c'est aux prix de telles souffrances ! Tant pis pour les volcans
et tant pis pour les Caraïbes, je m'en retourne. Qu'on me sorte de
cet enfer !
Dès lors les tensions se
sont un peu dénouées et j'ai pu retrouver un peu de sérénité.
Mais je n'en avais pas terminé pour autant. 6 heures déjà que je
roule dans un sens. Revenir sur mes pas devrait me prendre moins de
temps en passant complètement sur l'interamericana mais il est clair
que je devrai rouler de nuit. L’avantage est que je connais la
route et sais déjà où dormir donc je n'ai pas le couperet du
soleil qui se couche. Je n'ai quasiment pas bu de la journée pour
éviter de devoir m’arrêter pour pisser un coup et ainsi me faire
doubler pendant ce temps là par des camions que j'avais péniblement
réussi à doubler à mes risques et périls sur des routes de
montagnes en franchissant des lignes continues (il n'y a que ça, pas
le choix, je ne vais pas rester bloquer ad vitam aeternam
derrière un camion qui roule à 20!).
![]() |
| Dire qu'il faisait beau ce matin! |
Pour rejoindre
l'interamericana j'ai choisi l'itinéraire le pire qui soit : la
route ne cesse de grimper alors qu'elle devrait descendre. Compter
encore deux heures de plus pour rejoindre San Ramon 50 kilomètres
plus loin ! Le Costa Rica est un enfer à conduire. Ce qui me
tient c'est la joie de retrouver ma panoplie de plages et de rester
tranquille là bas loin de tous ces bouchons et villages de merde.
J'étais à San Ramon à la tombée du jour, à 17 heures. Liberia
est indiquée à 160 kilomètres de là. Heureusement c'en est fini
des montagnes. Ce qui n'est pas le cas des bus et camions, plus les
travaux... Bref, je suis arrivé à Liberia à 19h30, épuisé, pour
finir dans un Burger King après 11 heures de route ! Quelle
angoisse !











Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire