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samedi 13 décembre 2014

Sur les pentes du volcan Arenal

C'est avec un petit regret que j'ai dit au revoir à Playa Prieta en la regardant une dernière fois dans le rétroviseur tandis que je partais sur la piste qui rejoint la route de Potrero. Il était 8h30. J'ai prévu en route de m'arrêter à l'agence Europcar de l'aéroport de Liberia pour voir s'ils ne peuvent pas me donner une nouvelle roue. En effet, non seulement je prévois de visiter les volcans Tenorio et Arenal mais aussi la réserve de Monteverde renommée pour sa rainforest extraordinaire et dont les habitants se sont opposés à la construction de route afin d'éviter d'être envahis par les touristes. Le procédé a bien marché mais du coup le lieu est si inaccessible qu'il faut rouler des heures sur des pistes défoncées et boueuses. Aussi un pneu tout neuf serait le bienvenu !
En quittant la péninsule de Nicoya je dis aussi au revoir au beau temps. Sur la route de Liberia on voit en effet ce qui ressemble à des montagnes, le sommet caché dans les nuages qui retombent en nappe en voulant envahir le reste du pays sans y parvenir. Ce ne sont pas des montagnes mais des volcans mais dont on ne voit du coup que la base. Si même par jour de beau temps les volcans sont dans les nuages, ce doit être bien pire les jours de pluie. J'ai donc oublié la route qui partait sur la gauche vers les plages Ocotal et Coco. Après tout, j'en ai déjà vues pas mal. Ça change un peu de voir autre chose que des plages. Il n'y avait personne à l'agence Europcar. Sur le papier elle devait bien être ouverte dès 8 heures du matin mais à 9h30 les portes étaient toujours fermées. J'ai un peu attendu puis suis reparti. 
C'est ma faute, ils ne doivent pas avoir beaucoup de demandes dans le secteur et être présents seulement aux horaires des avions ou pour les locations déjà réservées. J'aurais dû prévenir. Tant pis pour moi. Libéria a étonnamment un aéroport. International de surcroît. Il est tout petit et désert. Par contre atterrir là permet d’éviter de se farcir toute la route depuis San José, distante de 215 kilomètres plus au sud. Certes il y a l'interamericana pour rejoindre la capitale mais cette route, qui est la principale du pays et qui le traverse du nord au sud en longeant le Pacifique n'est ni plus ni moins qu'une simple nationale au nom pompeux. Elle est limitée à 80 km/h mais en fait on ne les atteint jamais avec tout le trafic des camions et des locaux qui roulent lentement. En plus elle est en travaux. 
Il sont en train de la faire passer à 4 voies aussi c’est plein de plots et on passe tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche avec des portions en terre battue pleines de nids de poule. Pour ces raisons la portion au sud de Liberia est exceptionnellement limitée à 30. Ce qui est insoutenable. Personne ne roule à cette vitesse, et pour cause : les travaux courent sur 50 kilomètres jusqu'à Cañas !
J'ai laissé tomber la visite du volcan Tenorio qui est situé dans le parc national du même nom. Je pensais en effet qu'il y avait un accès depuis la Laguna de Arenal, un lac immense et artificiel long de 50 kilomètres qui se trouve au pied du volcan Arenal et donc sur le chemin de celui-ci. Mais il faut en fait prendre une route plus au nord qui conduit vers Upala. Le parc ferme à 16h30 et la dernière entrée possible est à 14h30. Et l'entrée n'est pas facile, il faut prendre des pistes.
Laguna de Arenal
Il y a donc peu de chances que j'y arrive avant l'heure fatidique et davantage que je reste planter là devant comme un andouille. En plus tout le secteur est dans la purée de pois. J'ai donc poursuivi, en bifurquant à Cañas, bien content de quitter l'interamericana. La route prend alors de la hauteur, au milieu de verts bocages qui pourraient faire penser qu'on est en Normandie, avec les mêmes vaches tachées de noir et blanc dedans. Les terres sont battues par les vents et un complexe d'éoliennes se situe en haut d'une colline sur les hauteurs du lac. Ce n'est pas pour rien.
Une fois arrivé au lac le paysage change soudain et devient très luxuriant. Il faut dire qu'il y pleut désormais et le lac entier est couvert de brume. Il n'y a aucun panorama, tout est bouché. J'imagine que par temps clair on doit voir le volcan Arenal derrière. Ce qui ne doit pas être souvent. 
On est en plein dans la cordillère centrale, une chaîne de montagnes et volcans qui passe au centre du Costa Rica. Elle s'étend tout le long du pays par des sommets de plus de 2000 mètres au nord de San José avec un point culminant au sud, le Cerro Chirripo avec ses 3820 mètres que l'on peut escalader afin de jouir d'une vue époustouflante sur les deux côtes du pays. J'avais prévu d'y faire un saut plus tard mais j'ai oublié que sous les tropiques les montagnes sont rarement dégagées, préférant concentrer toute l'humidité qui reste à tournicoter, s'auto-alimentant par les courants et nuages venants des côtes. Ce phénomène n'échappe pas au volcan Arenal. Je n'en ai donc hélas rien vu. Plus je m'en rapprochais et plus il flottait. Cela n'empêchait pas une tribu des bestioles aperçues sur la plage de Conchal d'être de sortie. 
Avec la pluie ils sont tout maigrelets et n'arrêtent pas de se gratter. Moi j'ai de la chance je suis bien à l'abri dans la voiture. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Les abords du volcan sont pleins de touristes dégoulinants d'eau, en sacs à dos à la recherche d'un gîte avant d'attaquer l'ascension du volcan. Je suis déçu, je ne verrai pas ce volcan au cône parfait et allongé qui se dresse fièrement au dessus de la jungle, couvert de cendres. J'aurais pu rester dans le secteur mais cela peut durer des jours comme ça. Je connais ce genre d'endroit, le soleil ne doit sortir qu'une heure ou deux, une ou deux fois dans le mois ! Et puis j'en ai plein le dos de ces routes de montagne qui me donnent mal au crane. Il n'y a jamais une seule ligne droite et la conduite sur la pluie est épuisante. 
Sans compter que j'ai frôlé l’accident à plusieurs reprises, manquant quitter la chaussée dans des virages trop serrés et pas signalés. Que faire ? Deux options : retourner sur mes pas ou continuer et traverser complètement la cordillère pour rejoindre la côte Caraïbe. Comme je suis à mi distance, c’est le moment de choisir. J'ai préféré continuer. Il était déjà 13 heures, c'était donc encore jouable d'arriver à Limon à la tombée de la nuit. Mais il ne fallait pas traîner.
Depuis la Fortuna, la ville au pied d'Arenal, il y a tout un tas de routes et de villages qui courent autour de monts et de vallées sur des dizaines de kilomètres jusqu'à San José. C'est un cauchemar à conduire. Ce sont des bouchons dans les villages et le reste du temps des convois qui roulent à 20 ou 30 à l'heure, formés par un camion en tête qui ne parvient pas à grimper les côtes et que personne ne peut ou veut doubler. 
Ajoutez à cela une pluie battante qui donne l'impression de rouler en permanence sous une cascade, du brouillard à couper au couteau, des vitres embuées d'humidité que l'on doit essuyer tout le temps et des gens en face qui roulent tous feux dehors. Je me suis entêté comme ça jusqu'à Quesada, 50 kilomètres plus loin que j'ai rejoint en 2 heures ! Il était à présent 15 heures et dans deux heures il allait faire nuit. N'étant toujours qu'à mi parcours, impossible de rejoindre les Caraïbes avant la soirée. Trouver un coin où se garer pour la nuit est aussi mission impossible. Sorti des villages, les routes sont sinueuses et bordées de clôtures de champs, rendant tout arrêt impossible. Il ne restait plus qu'une option : retourner à Potrero. J'étais si bien là bas, pourquoi me pourrir la vie à ce point dans un temps épouvantable et de pire en pire à mesure qu'on se rapproche de la côte Caraïbe ? Ce n'est pas pour rien que mon guide dit qu'il y pleut toute l'année ! 
A côté la Péninsule de Nicoya est un petit paradis, « the sunny side of Costa Rica » comme le vantent les brochures. Qu'importe la découverte et l'exploration si c'est aux prix de telles souffrances ! Tant pis pour les volcans et tant pis pour les Caraïbes, je m'en retourne. Qu'on me sorte de cet enfer !
Dès lors les tensions se sont un peu dénouées et j'ai pu retrouver un peu de sérénité. Mais je n'en avais pas terminé pour autant. 6 heures déjà que je roule dans un sens. Revenir sur mes pas devrait me prendre moins de temps en passant complètement sur l'interamericana mais il est clair que je devrai rouler de nuit. L’avantage est que je connais la route et sais déjà où dormir donc je n'ai pas le couperet du soleil qui se couche. Je n'ai quasiment pas bu de la journée pour éviter de devoir m’arrêter pour pisser un coup et ainsi me faire doubler pendant ce temps là par des camions que j'avais péniblement réussi à doubler à mes risques et périls sur des routes de montagnes en franchissant des lignes continues (il n'y a que ça, pas le choix, je ne vais pas rester bloquer ad vitam aeternam derrière un camion qui roule à 20!).
Dire qu'il faisait beau ce matin!
Pour rejoindre l'interamericana j'ai choisi l'itinéraire le pire qui soit : la route ne cesse de grimper alors qu'elle devrait descendre. Compter encore deux heures de plus pour rejoindre San Ramon 50 kilomètres plus loin ! Le Costa Rica est un enfer à conduire. Ce qui me tient c'est la joie de retrouver ma panoplie de plages et de rester tranquille là bas loin de tous ces bouchons et villages de merde. J'étais à San Ramon à la tombée du jour, à 17 heures. Liberia est indiquée à 160 kilomètres de là. Heureusement c'en est fini des montagnes. Ce qui n'est pas le cas des bus et camions, plus les travaux... Bref, je suis arrivé à Liberia à 19h30, épuisé, pour finir dans un Burger King après 11 heures de route ! Quelle angoisse !

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