Pages

Translate

Affichage des articles dont le libellé est Espagne : Canaries : Tenerife. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Espagne : Canaries : Tenerife. Afficher tous les articles

mercredi 17 mars 2021

La boucle est bouclée

Dans un périple j'aime bien le terminer comme je l'ai commencé. En revenant sur mes pas, c'est un peu comme effacer mes traces. Mais aussi retrouver l'état d'esprit dans lequel j'étais en arrivant et une manière de finir en beauté. Aussi mon dernier jour je le réserve à la Corona Forestal où je m'étais réfugié sitôt arrivé de Lanzarote. 
En plus c'est là que m'attend mon petit pin d'El Hierro, lâchement abandonné. Cette journée-là j'avais fait du n'importe quoi, sans prendre le soin de laisser un indice où j'avais laissé le pot. J'avais vaguement mémorisé l'endroit, derrière un pin. Mais des pins, ce n'est pas ce qui manque! 
Sûr d'être au bon endroit je ratisse le secteur plusieurs fois. En vain. Le groupe de quads qui déjeunait serait-il venu voir ce que je traficotais, une fois parti? Voler un plant de pin, il y a mieux à faire. Je m'enfonce dans les fourrés, je passe et repasse au même endroit, j'ai l'impression d'être à Koh-Lanta dans la course d'orientation.J'ai toujours trouvé dingue que les candidats mettent autant de temps à trouver un coin situé sur un plan. Mais là je comprends mieux. En plus je n'ai pas d'excuses je sais où c'est! Il ne faut pas que je m'énerve, j'ai tout mon temps. Soit il a été pris, soit il est encore là, dans ce dernier cas je ne peux pas le laisser là à moisir dans un pot au milieu d'une forêt. Ce serait une fin tragique pour ce petit pin, j'ai un meilleur avenir pour lui. Alors je persévère. 
Et je finis par tomber le nez dessus, étonné de le trouver là, comme s'il s'était déplacé tout seul. Il n'est pas au pied d'un pin, je ne sais pas pourquoi j'avais cette idée là. En tout cas il se porte très bien. Il est bien vert et la terre est encore humide. J'espère qu'il a réussi à se fabriquer de nouvelles petites racines que j'avais endommagées lorsque je l'avais arraché. Je vais désormais bien en prendre soin.
Pour mon dernier jour les gardes ne vont pas m'emmerder pour ce coin que j'aime tant derrière la tour d'observation sans nom. C'est la semaine, j'estime le risque faible. Quelle joie d'être là, revenu après avoir été chassé comme un malpropre! J'ai l'impression que c'était hier, tout m'est familier. 
Pour ne pas risquer de me faire pincer j'ai établi mon camp de jour au niveau de la cabane en haut du nid d'aigle. C'est parfait, j'ai un mélange de soleil et d'ombre, c'est hyper calme, j'aperçois l'océan tout en bas et le Teide à travers un rideau d'arbres. 
Il y a une bonne odeur de pins et c'est rempli d'oiseaux, ces pinsons bleus des Canaries. Ils s'amusent à se poursuivre dans des acrobaties qu'un pilote d'avion ne saurait refaire un jour de démonstration du 14 juillet. Ça doit être la saison des amours ou leur façon de célébrer le retour du printemps. 
Ils chantent tellement que je me retrouve sur le blog avec des mots que je n'ai pas prononcés. Pour écrire j'utilise la dictée vocale et en me relisant je me retrouve avec des "you you", traduction par Google de ce que les oiseaux veulent dire! Le coin est aussi rempli de piverts qui picorent sans relâche. Ils ne sont pas en rythme, ce qui donne un concert en stéréo. Le syndrome du pivert secoué, apparemment ils ne connaissent pas !
Il n'y a pas de visite à Ténérife sans pique-nique dinatoire en haut d'un piton rocheux vers le belvédère Ayosa. C'est un endroit merveilleux pour assister au coucher du soleil. J'en avais été privé à mon arrivée pour cause de route barrée, je tiens ma revanche. 
J'ai tout prévu : la GoPro pour filmer tout le coucher de soleil en accéléré, un livre, un pique-nique, une bière, un polaire, de grosses chaussettes et bien sûr mon petit fauteuil de réalisateur que j'ai placé au ras du vide. Je suis paré pour le spectacle, 2h en avance sur l'horaire. Comme au concert pour avoir la meilleure place!En attendant je me fais bronzer. Il fait encore très chaud, je pourrais même être torse nu. Je note une différence en 2 mois : les journées ne sont pas forcément plus chaudes mais la température met plus de temps à refroidir et descend moins bas la nuit. Avec mon livre entre les mains c'est parfait, je reste là jusqu'à ce qu'ils éteignent la lumière. 
La neige au sommet du Teide brille tel un phare s'élevant au dessus des nuages. La mer de nuages n'est pas une mer inerte. Il suffit de l'observer un peu pour la voir danser. Les nuages se meuvent en volutes, dessinent des cercles ou contournent les reliefs. Au fur et à mesure que le soleil se couche la mer prend de la consistance et s'épaissit comme des blancs d'oeufs montés en neige jusqu'à donner l'impression qu'on peut nager dedans. 
Nous sommes cinq à partager ce moment fantastique. Deux couples d'amoureux et moi. Ils chuchotent pour ne pas briser l'harmonie et s'emermerveillent devant ce panorama fabuleux. On est comme un oiseau planant au-dessus de la mer de nuages. C'est d'ailleurs peut-être elle la plus belle. 
En tout cas elle veut voler la vedette au Teide que tout le monde regarde. Mais moi je l'ai bien vue! Question photos ça se passe aussi derrière. C'est drôle parce que ça n'est pas la première fois que je photographie l'endroit, pourtant à chaque fois j'ai l'impression de détenir des clichés uniques. 
Quand le soleil disparaît sous la mer de nuages on a envie d'applaudir pour féliciter les protagonistes. Et on reste encore scotché, comme hypnotisé de ce qu'on vient de vivre. Voilà c'est fini, le ciel ne veut pas rougir davantage, il est temps de regagner mon bivouac pour ma dernière nuit sur Ténérife. Snif...



mardi 16 mars 2021

Toujours autour du Teide

Je ne redescends plus des montagnes, je suis toujours fourré à plus de 1500 m d'altitude. En dessous il n'y a plus de forêt ça ne m'intéresse plus. Au-dessus il n'y a plus âme qui vive et ça me va très bien. C'est bien là que je sens la vraie âme de Tenerife, celle où la nature est reine et qui atteste de sa force. Ce sont des paysages quasiment vierges. Je les connais bien mais je ne m'en lasse jamais. On trouve toujours un coin insoupçonné ou une ambiance complètement différente selon le moment de la journée.
Après le Paisaje Lunar, je regagne la route de Vilaflor direction le Teide. En chemin je m'arrête à l'aire récréative de Las Lajas pour le déjeuner, à la limite du parc national. On a aussi le droit d'y camper. J'y avais passé une nuit l'an dernier mais j'y avais eu très froid. C'est encaissé entre des montagnes. Quelques personnes ont élu domicile et ne bougent plus. Certains lisent dans des fauteuils de camping devant leur van, d'autres restent enfermés dans leur camping-car comme des rats pendant que des jeunes ont poussé la sono dans la voiture. Ce n'est pas le coin rêvé pour moi, je préfère être seul en pleine nature qu'avoir des voisins. Mais il y en a que le bruit rassure. 
Sitôt après le repas je reprend la route. La forêt devient moins dense et dévoile les bords de la caldera de Ucanca. Juste à l'entrée du parc, dans un petit virage, il y a un chemin fermé d'une barrière qui mène à un promontoire rocheux. De là on a une vue extraordinaire plongeant dans la mer de nuage avec le Teide de l'autre côté et un champ de lave noir qui descend vers Boca Tauce. 
C'est l'heure du repas, il n'y a pas beaucoup de monde sur la route alors j'en profite; je roule comme un escargot en m'arrêtant parfois au beau milieu de la route. Les points d'arrêts ne sont pas très nombreux et c'est toujours frustrant de traverser un paysage exceptionnel sans pouvoir s'arrêter. Le Teide grossit à vue d'œil et son sommet disparaît à mesure qu'on se rapproche. 
La route évolue à présent à 2200 mètres d'altitude. C'est le cœur du parc national, là où tout le monde vient admirer les éboulis, les coulées de lave, les champs de sable ocre ou les volcans couleur moutarde. C'est très impressionnant mais ce n'est pas ce que je trouve le plus beau, hormis au lever et au coucher du soleil. Je préfère être dans la pinède. C'est d'ailleurs là que je compte passer l'après-midi, face nord du Teide, dans la vallée de La Orotava, dans le coin que je connais sur la piste fléchée Emilio Muñoz, à 1800 mètres d'altitude. 
C'est une piste avec les fameuses balises bleues qui indiquent qu'on a le droit de rouler seulement ils ont tiré la barrière. Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude. J'ai remarqué que de plus en plus de pistes forestières disposent d'une barrière, la plupart du temps ouverte mais qu'ils peuvent fermer quand ça leur chante. De quoi rester prisonnier à l'intérieur mais surtout empêcher d'y accéder. Je serais vraiment déçu si ça se généralisait, ce serait la fin du bivouac en forêt et donc pour moi du plaisir de venir à Ténérife. Vu comme va le monde je ne suis pas très optimiste, il est beaucoup plus facile d'installer une barrière que d'envoyer des rondes de gardes forestiers. Alors j'en profite tant que je peux. 
J'essaye la piste suivante mais elle est en très mauvais état, pleine de cailloux pointus et la pente ne me dit rien qui vaille, me rappelant la frayeur qui m'avait servi de leçon à El Hierro. Je fais demi-tour pour essayer la piste d'après de Montaña Bermeja au niveau d'un abri à pique nique à 1600 m d'altitude. Je gagne 200 m de dénivelé par rapport à la piste fermée, ce qui me fera gagner 1 à 2 degrés dans la nuit, c'est toujours bon à prendre. La piste est quasiment plate, en bon état et j'ai bon espoir de trouver un recoin. Bien qu'on n'ait pas le droit d'y rouler je croise un camion arrêté avec deux personnes en train de constituer de grosses botes d'aiguilles de pin qui débordent du camion. Je sais enfin ce qu'ils traficotent avec ça. C'est pour les poules! Ça leur sert de litière. Ainsi que de paillis pour les cultures.
J'ai trouvé un coin fabuleux au bout de 2 km. Il y a un petit balcon en dessous de la piste, de quoi garer deux voitures. Ça, c'est le genre d'endroit fait pour moi, dans la forêt, isolé, plat. Je suis juste au-dessus de la mer de nuages qui essaie de prendre de la hauteur en noyant soudainement le paysage dans une fine brume que le soleil traverse en mille rayons comme une apparition divine. 
Mais ça ne dure jamais plus d'une minute ou deux, les nuages n'ont plus leur place à cette altitude. C'est d'autant plus jouissif que j'imagine toutes les villes côtières dans la grisaille. La fin de la journée signe le moment d'une petite bière.
J'aime cet instant, quand le soleil descend et filtre à travers les pins donnant l'impression de traverser les aiguilles comme un vitrail. C'est magique!

lundi 15 mars 2021

Paisaje Lunar

Il y a un coin que je n'ai jamais réussi à trouver depuis que je viens à Ténérife, c'est le Paisaje Lunar, un paysage lunaire au sud du Teide, sur les hauteurs de Vilaflor. Chaque fois que j'ai tenté une randonnée dans le secteur je me suis cassé les dents. Et pour cause : l'endroit est très éloigné de la route. Maintenant que j'ai un smartphone avec un GPS, je peux facilement localiser l'emplacement précis. Avec le temps dont je dispose à Ténérife ce serait idiot de ne pas aller y faire un tour.
Il y a une piste qui semble s'y rapprocher, dans un virage sur la droite après le mirador de Pino Gordo quand on monte de Vilaflor. Il n'y a rien d'indiqué à part Madre del Agua. C'est une piste forestière ouverte à la circulation de plusieurs dizaines de kilomètres qui s'enfonce dans la Corona Forestal. Je l'emprunte sans certitude donc d'arriver à bon port mais ça me fera une balade et peut-être l'occasion de trouver un nouveau coin de bivouac. 
On voit qu'on est sur le versant sud du Teide, les pins sont moins hauts, plus diffus, c'est beaucoup plus sec et c'est plein de barrancos surmontés de dômes rocheux colorés qui sembleraient tout droit sortis du grand ouest américain.
La piste n'est pas en reste, de couleur crème la plupart du temps, elle traverse des filons de couleur rose ou brique. C'est le paradis du randonneur, c'est plein de sentiers qui partent dans toutes les directions. Certains flèchent le Paisaje Lunar, signe que j'ai fait le bon choix. Mais il y a encore moyen de raccourcir la randonnée en continuant sur la piste. Des campeurs ont trouvé un repli idéal pour le séjour. Tantôt un van avec une tente déployée sur le toit en haut d'un rocher, tantôt quelques voitures regroupées autour d'une tente. Il n'y a pas beaucoup de recoins à l'écart de la piste. Et quand il y en a ils sont occupés par un campeur. C'est bizarre que dans ce coin là les gardes ne passent pas alors que de l'autre côté du Teide le type faisait une fixette à toujours faire sa ronde. Chassé du nord je reviens par le sud, je n'ai pas dit mon dernier mot !
Au bout de 9 km de piste plus ou moins chaotique, ma voiture semble avoir fait le Paris-Dakar, toute couverte de poussière. J'arrive à Madre del Agua. Surprise, c'est un campement. Sauf qu'il est fermé. Il se trouve en cul de sac au pied d'un barranco qui monte tout droit vers le Paisaje Lunar. Je suis tout seul, je me gare là pour passer la nuit. Plus au milieu de nulle part ça n'existe pas. Je suis coupé du monde, le téléphone aussi. 
Au petit jour je pars explorer le campement à la recherche d'un sentier qui permettrait d'atteindre l'endroit que je veux voir. S'ils ont établi un campement ici c'est qu'il doit y avoir un moyen, j'imagine mal les campeurs privés de randonnée. 
Le campement se trouve dans un coin exceptionnel en plein milieu des pins. Il est destiné uniquement aux groupes et il faut réserver avant. 
Plus qu'un campement, on trouve une dizaine de chalets éparpillés dans la pinède, à différents niveaux. Un chemin délimité de pierres permet de passer de l'un à l'autre. Ce sont des chalets prévus pour deux personnes vus leur taille. Il y en a aussi deux très grands qui doivent offrir un dortoir. Il y a des toilettes, des fontaines, des coins pour faire des feux de camp cernés de bancs, des endroits où se relaxer à l'ombre de gros pins, tout ce qu'il faut pour passer un bon séjour. Ça doit être un camp de colonie de vacances. 
Moi je me verrais bien rester là dans un de ces petits chalets individuels qui ont l'air très charmants. À tout hasard je regarde si une porte ne serait pas restée ouverte. Hélas toutes mes tentatives restent vaines. Les volets sont également bien fermés, pas moyen d'en tirer un vers soi. Tant pis je ne verrai pas l'intérieur mais je l'imagine très bien. Un petit chalet tout en rondins de pin blond, qui sent bon la résine, un lit, un chevet, peut-être une armoire... A-t-on besoin de plus dans un cadre pareil ? Les piverts adorent l'endroit, s'acharnant sans relâche toujours sur le même pin. Ils me font rire. Je me demande quel est leur taux de succès pour picorer de la sorte. Est-ce qu'ils procèdent au hasard ou ont-ils un détecteur de larves incorporé ?
Il y a bien un chemin qui part au fond du campement mais rien n'indique où il va. Il y a juste des plaques de métal vissées sur les rochers avec le sigle d'un feu de camp orange. À d'autres endroits ce sont des tâches de peinture verte. Ça doit forcément y mener. Le chemin n'est pas très emprunté, mal balisé, très abrupt et je perd sa trace à de très nombreuses reprises. Ça fait plus trace de bestiole que sentier. En l'absence de balise, je cherche des traces de semelles qui m'amènent à escalader des rochers. Pas facile, l'accès ! J'aurais peut-être mieux fait d'emprunter le vrai sentier, quelques centaines de mètres avant le campement, orné de pierres et indiquant le Paisaje Lunar à 2.2km. 
Le coin embaume une odeur qui m'est très familière et caractéristique de mes randonnée en Crète. Ça vient d'un petit arbuste aux fleurs roses chiffonées comme du papier crépon et aux feuilles duveteuses qui laissent une odeur d'huile essentielle sur les doigts quand on les touche. C'est le ciste de Crete (Cistus creticus). Je suis bien surpris de le retrouver aux Canaries. 
Le ciste de Crète se plait en fait dans le maquis et sur les coteaux secs, dans la région méditerranéenne de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. En France, on le rencontre surtout en Corse où il est très commun dans les cistaies, maquis ouverts, lisières et forêts claires. On le rencontre aussi, dans la garrigue en Provence et sur l’ensemble du bassin méditerranéen.
Cela fait un certain temps que je ne vois plus d'indications, que les pas se perdent comme si chacun avait tracé sa propre voix. Je me fie à mon GPS et continue à prendre de la hauteur en longeant un barranco, sur un côteau de plus en plus pentu colonisé par le lotier des Canaries (Lotus sessilifolius). C'est une plante endémique qui aime les pinèdes en poussant à la base des troncs pour former de magnifiques coussins dorés. On les rencontre dès qu'il y a une pente qui leur offre un terrain plus sec et plus exposé au soleil. 
À force de grimper sans lacet ni détour, j'arrive à un col avec une ancienne bergerie en ruine. Le Paisaje Lunar est de l'autre côté, au fond d'un précipice, le Barranco de las Arenas. Le site, perché à 1862 m d'altitude est une sorte de paysage lunaire dénudé,  formé par l’érosion où d’étranges colonnes en ponce, d'un blanc crème avec des strates plus grises, forment un contraste saisissant avec les pins d’un vert éclatant. Il y a 500.000 ans, une puissante éruption volcanique engendra un nuage de cendres et autres matériaux volcaniques. Porté par le vent jusqu’à ce site, il y tomba comme une pluie fine et ses particules s’assemblèrent au contact de la chaleur. Une autre éruption, plus tard, recouvra le dépôt d’une couche plus résistante. Depuis lors, les forces de l’érosion ont sculpté cet amas de cendres et de pierres en une magnifique sculpture naturelle aussi appelée Los Escurriales. 
De là où je suis, impossible de descendre plus près, c'est un précipice. Le vrai sentier est de l'autre côté du ravin mais il n'a pas l'air de s'approcher davantage. Je suppose que les photos que j'avais vues ont été prises au téléobjectif. C'est un peu frustrant de voir ça de loin, mais bon la balade vallait le coup. Au retour j'ai fini par trouver les plaques de métal dans les rochers qui m'ont mené jusqu'au campement de manière plus facile.




dimanche 14 mars 2021

Vallée d'Arriba

Alors que j'étais assis dans le fauteuil pour lire, un peu à découvert car adossé à un rocher pour être à l'abri du vent, une voiture est arrivée lentement sur la piste. Je ne l'ai vue qu'au dernier mais je l'ai bien reconnue : c'est le maudit 4x4 blanc des gardes! Le même que la dernière fois. J'ai fait un bond pour me planquer derrière le rocher sans avoir le temps de prendre le fauteul avec moi. Et j'ai attendu. La voiture a continué son chemin sans s'arrêter. Concentré sur la piste il n'a pas dû me voir lorsque j'ai jailli pour me cacher. Il n'empêche qu'il a bien dû repérer la voiture et qu'il est susceptible de repasser. Maintenant que je suis encore repéré je ne peux pas rester là. 
Solution de repli : mon autre bivouac en bas, à Santiago del Teide, dans la vallée d'Arriba. Il est déjà 15h, j'ai quand même bien profité du coin et ça ne me gêne pas de passer la nuit ailleurs. Les fois où j'ai dormi là-bas j'ai noté un grand nombre de randonneurs et de voitures qui montaient et descendaient. Alors cette fois je continue la route pour voir ce qu'il y a bien à voir là-haut. Des gens continuent à se garer tout en bas, devant un panneau sens interdit. C'est la seule route que je connaisse qui soit sens interdit mais qui n'ait pas d'autre accès. A-t-on déjà vu une route qui ne sert à rien ? Les habitués le savent bien et l'ignorent joyeusement. Surtout qu'à peine le panneau dépassé, un autre suit pour souhaiter la bienvenue dans le parc naturel de Chinyero !
C'est le printemps, la végétation a bien changé depuis que je suis arrivé à Ténérife. Les figuiers ont retrouvé leurs feuilles, d'un vert tout tendre. Ces genets arbustifs aux fleurs blanches sont fleuris à perte de vue. La fleur ressemble au genet mais ça n'en est pas un. 
C'est le tagasaste (Cytisus proliferus), une espèce de plantes de la famille des Fabaceae (Légumineuses) et du genre Cytisus. Ce sont des arbustes à feuilles persistantes, à port étalé, d'une hauteur de 3 à 4 m. C'est un arbre endémique des pentes volcaniques sèches des îles Canaries mais est aujourd'hui cultivé en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans de nombreuses autres régions du monde comme plante fourragère. 
Le tagasaste est un arbuste à feuilles persistantes à l'écorce rugueuse et aux jeunes pousses veloutées et velues. Ses feuilles sont composées de trois folioles de taille égale, vert-grisâtre, légèrement plus pâles sur la face inférieure. Ses fleurs parfumées sont d'un blanc crème et les abeilles en raffolent, tout comme les papillons.
La route arrive au niveau d'un plateau, juste de l'autre côté du volcan Chinyero. On a une très belle vue sur le Teide qui offre par ici son meilleur profil. En chemin je me suis arrêté saluer une petite statue du Christ pour le remercier de m'avoir guidé jusque-là, chassé par ces méchants gardes forestiers. 
La route s'arrête à un sanctuaire de la Vierge pour laisser passer la place à une piste et des chemins de randonnée. Ce plateau est un coin idéal pour camper. Il y a plein de chemins de terre et de recoins à l'écart de la route où se cacher derrière les tagasastes.
Outre une vue imprenable sur le Teide, il offre un aperçu du massif du Teno dans la direction opposée qui commence juste de l'autre côté de la vallée. Ainsi au moment du coucher du soleil on a le choix entre deux vues tout aussi magnifiques : le soleil qui s'engouffre dans les ravins du Teno ou la réflexion de sa couleur flamboyante sur la cime du Teide!

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...