La crique est encaissée au pied de falaise et l'océan engloutit tout à marée haute. Ce qui fait que quand je suis arrivé le matin le sable était complètement lisse et vierge. C'est trop beau quand c'est comme ça. En plus c'est plein de recoins, d'étages et de petites terrasses où on peut passer de l'une à l'autre au gré de ses envies pour méditer, se reposer un coup à l'ombre, un coup au soleil, un coup assis, un coup à moitié allongé. Il y a même un coin enfoncé dans la falaise qui fait comme une alcôve. C'est un endroit parfait. C'est impossible de s'y ennuyer.
Et comme les rochers sont découverts à certains endroits ça forme de petits bassins où l'eau est plus chaude. Idéal pour se rafraîchir ou simplement barboter comme un gamin de l'eau au mollet. Cerise sur le gâteau il y a des rochers tout plat qui forment comme un siège. Bref gros coup de cœur pour cette crique. En plus les rares personnes qui viennent jusque-là ne s'arrêtent pas et ne font que transiter pour aller d'une plage à l'autre. J'ai été tout seul toute la journée ! Sauf à la fin où un petit bateau est arrivé et qui a dû trouver l'endroit charmant depuis la mer en décidant de jeter l'ancre. Pour une dernière journée à Lanzarote je ne pouvais rêver mieux!
J'étais un peu stressé du fait de prendre le bateau à savoir si mon stratagème allait fonctionner ou pas pour rejoindre Ténérife. Je suis arrivé au port d'un récif 2h avant l'embarquement tous les guichets étaient fermés et il y avait une dizaine de jeunes à sac à dos qui attendait. Puis petit à petit quelques vans déglingués de types moitié clodo moitié alcoolo se sont garés à côté de moi. Il y a même un cyclotouriste qui est la casque sur la tête et sacoches sur le porte-bagage. J'aimerais bien savoir ces gens-là quels sont leurs motifs imperieux de voyage !
1h avant le départ une fille perchée sur de hauts talons pailletés, maquillée comme si elle allait en boîte de nuit, ouvre le guichet. J'étais le deuxième dans la file, la première ça n'a pas traîné elle avait pas le papelard : refoulée. À mon tour. Elle regarde vaguement mon papier, le tamponne et me donne la carte d'embarquement sans me redonner le formulaire, ce qui veut dire qu'il ne me sera pas réclamé à l'arrivée donc pas de contrôle à destination. C'est passé comme une lettre à la poste, elle ne m'a même pas demandé mon billet Tenerife Huelva. En même temps je ne suis même pas sûr qu'elle ait lu le papier. Comme quoi ces histoires sont un peu une comédie et dans les faits chacun fait comme il veut. Car quand le bateau est arrivé (il vient tout droit de Cadix, c'est son premier arrêt), c'est un flot de camping-car et de van qui est sorti de là-dedans. Surtout des Français je voyais sur les plaques. Pour une île censée être fermée... Du coup je me suis bien inquiété pour pas grand-chose. J'aurais sans doute dû essayer de garder le circuit que je voulais faire. D'un autre côté une fois arrivé à Ténérife je serai plus tranquille d'esprit.
J'ai discuté avec une belge qui a embarqué en même temps que moi. Elle va à Gran Canaria, île pourtant bloquée elle aussi. Je lui ai demandée ce qu'elle avait mis sur son papier pour pouvoir passer. Elle a coché la case "force majeure et situation de nécessité". Un espèce de fourre-tout dont on ne sait pas trop ce que ça veut dire. Apparemment c'est ce que tout le monde met et ça ne pose pas de souci. Toute façon vu que c'est la compagnie qui délivre le billet et qui contrôle c'est pas dans son intérêt de refuser l'embarquement.
Le ferry c'est celui de Trasmediterranea que je voulais prendre au départ mais qui avait publié son plan des traversées trop tard. C'est le moins cher. Mais il est beaucoup moins bien que celui que j'ai pris pour venir. Les salons sont plus petits, il y a plus de monde, des grands écrans partout avec des gens qui regardent des matchs de foot le volume à fond, des lumières vives partout. Par contre les voitures sont sur la passerelle à l'air libre et la porte n'est pas condamnée ce qui fait que j'ai pu dormir dans la voiture. Enfin pas longtemps, jusqu'à ce qu'on arrive à Gran Canaria. Ça fait 3 heures qu'on est à quai. C'est un ballet de remorqueurs qui font des allées et venues pour extraire plein de remorques du ventre du bateau. Je comprends maintenant pourquoi il est moins cher il se rattrape sur le fret. Du coup c'est un vrai tortillard. 13h pour rejoindre Ténérife qui n'est pourtant pas bien loin. Sachant qu'il m'a fallu que le double pour arriver jusqu'aux Canaries. J'ai l'impression qu'on va jamais repartir ! Bon allez je retourne me reposer un peu, il est 6h du matin.