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mercredi 20 janvier 2021

Playa Caletón San Marcial

Il est de ces endroits dont on a du mal à se détacher. Il y a une petite crique magnifique entre Playa Mujeres et Playa del Pozo. C'est juste à l'est de Playa Mujeres. On peut la rejoindre à marée basse en marchant sur un espèce de plateau rocheux. Mais pas de panique si la marée monte on peut s'y échapper en escaladant un peu et en passant par le haut de la falaise. À cause des intempéries qui ont sévit sur Lanzarote 15 jours avant que j'arrive et qui ont perduré une partie de mon séjour, le sable s'est fait la malle. Mais s'il en reste suffisamment pour pouvoir étendre sa serviette et aller dans l'eau. Par contre j'ai vu des photos que d'autres ont prises et on ne voit pas du tout de rochers affleurer. 
La crique est encaissée au pied de falaise et l'océan engloutit tout à marée haute. Ce qui fait que quand je suis arrivé le matin le sable était complètement lisse et vierge. C'est trop beau quand c'est comme ça. En plus c'est plein de recoins, d'étages et de petites terrasses où on peut passer de l'une à l'autre au gré de ses envies pour méditer, se reposer un coup à l'ombre, un coup au soleil, un coup assis, un coup à moitié allongé. Il y a même un coin enfoncé dans la falaise qui fait comme une alcôve. C'est un endroit parfait. C'est impossible de s'y ennuyer. 
Et comme les rochers sont découverts à certains endroits ça forme de petits bassins où l'eau est plus chaude. Idéal pour se rafraîchir ou simplement barboter comme un gamin de l'eau au mollet. Cerise sur le gâteau il y a des rochers tout plat qui forment comme un siège. Bref gros coup de cœur pour cette crique. En plus les rares personnes qui viennent jusque-là ne s'arrêtent pas et ne font que transiter pour aller d'une plage à l'autre. J'ai été tout seul toute la journée ! Sauf à la fin où un petit bateau est arrivé et qui a dû trouver l'endroit charmant depuis la mer en décidant de jeter l'ancre. Pour une dernière journée à Lanzarote je ne pouvais rêver mieux!
J'étais un peu stressé du fait de prendre le bateau à savoir si mon stratagème allait fonctionner ou pas pour rejoindre Ténérife. Je suis arrivé au port d'un récif 2h avant l'embarquement tous les guichets étaient fermés et il y avait une dizaine de jeunes à sac à dos qui attendait. Puis petit à petit quelques vans déglingués de types moitié clodo moitié alcoolo se sont garés à côté de moi. Il y a même un cyclotouriste qui est la casque sur la tête et sacoches sur le porte-bagage. J'aimerais bien savoir ces gens-là quels sont leurs motifs imperieux de voyage ! 
1h avant le départ une fille perchée sur de hauts talons pailletés,  maquillée comme si elle allait en boîte de nuit, ouvre le guichet. J'étais le deuxième dans la file, la première ça n'a pas traîné elle avait pas le papelard : refoulée. À mon tour. Elle regarde vaguement mon papier, le tamponne et me donne la carte d'embarquement sans me redonner le formulaire, ce qui veut dire qu'il ne me sera pas réclamé à l'arrivée donc pas de contrôle à destination. C'est passé comme une lettre à la poste, elle ne m'a même pas demandé mon billet Tenerife Huelva. En même temps je ne suis même pas sûr qu'elle ait lu le papier. Comme quoi ces histoires sont un peu une comédie et dans les faits chacun fait comme il veut. Car quand le bateau est arrivé (il vient tout droit de Cadix, c'est son premier arrêt), c'est un flot de camping-car et de van qui est sorti de là-dedans. Surtout des Français je voyais sur les plaques. Pour une île censée être fermée... Du coup je me suis bien inquiété pour pas grand-chose. J'aurais sans doute dû essayer de garder le circuit que je voulais faire. D'un autre côté une fois arrivé à Ténérife je serai plus tranquille d'esprit.
J'ai discuté avec une belge qui a embarqué en même temps que moi. Elle va à Gran Canaria, île pourtant bloquée elle aussi. Je lui ai demandée ce qu'elle avait mis sur son papier pour pouvoir passer. Elle a coché la case "force majeure et situation de nécessité". Un espèce de fourre-tout dont on ne sait pas trop ce que ça veut dire. Apparemment c'est ce que tout le monde met et ça ne pose pas de souci. Toute façon vu que c'est la compagnie qui délivre le billet et qui contrôle c'est pas dans son intérêt de refuser l'embarquement. 
Le ferry c'est celui de Trasmediterranea que je voulais prendre au départ mais qui avait publié son plan des traversées trop tard. C'est le moins cher. Mais il est beaucoup moins bien que celui que j'ai pris pour venir. Les salons sont plus petits, il y a plus de monde, des grands écrans partout avec des gens qui regardent des matchs de foot le volume à fond, des lumières vives partout. Par contre les voitures sont sur la passerelle à l'air libre et la porte n'est pas condamnée ce qui fait que j'ai pu dormir dans la voiture. Enfin pas longtemps, jusqu'à ce qu'on arrive à Gran Canaria. Ça fait 3 heures qu'on est à quai. C'est un ballet de remorqueurs qui font des allées et venues pour extraire plein de remorques du ventre du bateau. Je comprends maintenant pourquoi il est moins cher il se rattrape sur le fret. Du coup c'est un vrai tortillard. 13h pour rejoindre Ténérife qui n'est pourtant pas bien loin. Sachant qu'il m'a fallu que le double pour arriver jusqu'aux Canaries. J'ai l'impression qu'on va jamais repartir ! Bon allez je retourne me reposer un peu, il est 6h du matin. 



mardi 19 janvier 2021

Playas de Papagayo

Pour la fin de mon séjour à Lanzarote je termine en beauté. Les plages de Papagayo au sud ouest de l'île juste en face de Fuerteventura que l'on voit et qu'on pourrait presque rejoindre à la nage (il y a 30 mn de ferry), sont vraiment sauvages et de toute beauté. Il y en a pour tous les goûts. Grandes plages de sable ou petites criques, toutes avec une eau turquoise et une belle montagne derrière. 
On y accède par une piste caillouteuse qui court sur de nombreux kilomètres. Comme l'endroit est assez fréquenté il y a plein de vaguelettes au sol où on a l'impression qu'on va perdre un pot d'échappement ou un boulon.  À l'entrée il y a un poste de garde. Je pensais qu'il était là pour surveiller l'afflux des personnes à cause du covid mais j'ai de la chance en temps normal c'est payant. Le contraire m'aurait étonné.
L'endroit est vraiment sauvage et magnifique. De nombreux voiliers ont jeté l'ancre en face des plages et sur les parkings on trouve des camping-car qui ne bougent plus. Français,  allemands, belges mais surtout espagnols. C'est mon coup de cœur de Lanzarote que je ne connaissais pas, va savoir pourquoi. Ça me rappelle un peu les plages de Fuerteventura. 
Maintenant que je suis là je n'ai plus envie de partir. D'un autre côté mon stratagème de faux transit à Ténérife, je ne suis plus sûr qu'il fonctionne, ça fait 2 personnes qui vivent ici qui me disent qu'il faut un test PCR si on veut rentrer sur la péninsule. Sauf que je ne trouve l'information nulle part, ni sur Google, ni sur le site internet de la compagnie maritime, ni sur le site du ministère des affaires étrangères en France qui est complètement largué. Toute façon plus personne n'y comprend quoi que ce soit. Les plages de Papagayo se trouvent à Playa Blanca qui disposent d'un port pour rejoindre Fuerteventura. J'en ai profité pour  demander le formulaire dérogatoire. 
La première compagnie m'a regardé en roulant des yeux ronds avant de m'orienter vers un concurrent. Eux avaient le fameux formulaire. Ils m'ont demandé brièvement pourquoi c'était faire. J'ai expliqué que je devais rejoindre Tenerife en transit. Ils m'ont dit que c'était pas les mêmes règles et qu'il fallait partir de Arrecife. Ça je sais, Playa Blanca c'est pour Fuerteventura et Arrecife pour toutes les autres destinations. Mais pourquoi me dire c'est pas les mêmes règles? L'île est bouclée de la même façon quel que soit le port. Je me demande si tout cela n'est pas qu'une vaste comédie. 
A côté de moi il y avait un camping-car garé où le type est descendu acheter un billet pour Fuerteventura. Je ne suis pas sûr qu'avec son camping-car il disposait d'un motif impérieux! J'aurais peut-être dû tenter d'y aller, ça ne coûte rien. Vu que ce sont les compagnies maritimes qui contrôlent les formulaires, si quelqu'un veut acheter un billet pourquoi refuseraient t-elles de le vendre ? Il n'y a pas de contrôle de police ou quoi que ce soit. Enfin, on verra bien demain. Et si ça ne marche pas je reste à Lanzarote et puis c'est tout.
Maintenant qu'il n'y a plus de vent c'est vraiment très agréable. La journée ça monte à 24. On a même trop chaud torse nu car le soleil chauffe bien. C'est étonnant d'ailleurs parce qu'on peut rester longtemps sans prendre aucun coup de soleil. Par contre dès qu'il disparaît au coucher du soleil ça tombe tout de suite à 17 et le matin c'est 11 degrés. Ceci dit c'est les température qu'il fait en France fin août. À la seule différence que pour se baigner c'est pas ça. Elle n'est pas si froide que ça elle doit être à 17 ou 18 mais c'est trop froid pour moi. J'arrive quand même à me nettoyer au gant dans de petits bassins.
Quand on est arrivé à la pointe de Papagayo, en regardant vers Playa Blanca, juste après la plage de Papagayo, il y a une grande plage de sable déserte, Playa del Pozo. Elle est déserte parce qu'il n'y a pas de chemin d'accès. Il faut marcher. C'est tout naturellement là que j'ai posé ma serviette. 
On peut poursuivre en longeant la côte par les rochers, à marée basse ou préférer passer par en haut. Il y a de nombreuses petites criques désertes qui disposent toutes de sable blond pour rentrer dans l'eau. Juste après on trouve Playa Mujeres, très belle et très grande, qui comprend deux parkings. C'est la plage la plus proche de Playa Blanca c'est donc celle qui a la faveur des camping-cars et des vans. Mais ça va, il n'y en a pas plus que 5 ou 6 et le parking est grand. C'est là que je passe la nuit, bercé par les vagues qui se brisent dans un souffle lent et apaisant. Fuerteventura veille sur moi. Les lumières de Corralejo scintillent par la fenêtre de mon lit d'où j'écris. Ah je resterais bien là encore pour un temps !

lundi 18 janvier 2021

El Golfo

Changement de lieu. Aujourd'hui direction El Golfo au sud-ouest de Lanzarote en passant par l'intérieur de l'île. J'aime bien le village de Haria. C'est celui que je trouve le plus joli, avec ses maisons blanches et ses beaux palmiers. Il est niché sur un plateau entouré de volcans. Les ruelles sont étroites et regorgent de petites maisons avec des patios fleuris. 
J'aurais presque envie de m'arrêter et me balader mais avec toutes ces restrictions je préfère encore rester dans la voiture. Surtout que maintenant avec le taux d'incidence ici ça n'engage pas à flâner là où il y a du monde. 
Je suis parti vers le mirador del Rio, un de point de vue incontournable en haut de la falaise qui domine Famara avec un aperçu spectaculaire sur la Graciosa. Enfin, c'est ce que j'imagine de part sa position. Car dans les faits c'est payant et pas qu'un peu. Tout ça pour aller faire une photo c'est abusé. J'ai tourné les talons. Ils sont un peu pénibles à Lanzarote de prendre les touristes pour des porte-monnaies sur patte. Ce n'est pas comme ça sur les autres îles.
Je me rationne beaucoup sur l'eau - pourtant j'ai 50 l - mais j'ai peur de ne pas en retrouver. À chaque fois que je traverse un village je guette s'il y a des fontaines, mais rien du tout. Le coup du cimetière je n'ose pas tenter car il y a toujours un garde. En fait j'ai trouvé le bon plan. Il suffit d'aller se ravitailler dans les stations-service. Il y a toujours un point d'eau à côté du poste de gonflage. Bon, après je préfère choisir des stations où ces services se trouvent bien à l'écart des pompes. Car en Espagne on ne se sert pas en essence ce sont des pompistes qui le font. Je n'ai donc pas forcément envie d'être repéré et qu'on me dise quelque chose parce que je me sers de l'eau alors que je n'ai pas fait le plein.
El Golfo se trouve au pied du parc national Timanfaya. Cette fois le site est en accès libre. Miracle! Il y a une plage spectaculaire de sable noir dans un décor volcanique qui mêle les ocres et les grenats avec juste derrière une lagune émeraude dont on se demande comment elle est arrivée là. Il y a un grand rocher monolithique au bord du rivage avec au fond une petite anse où reposent des barques sur le sable, dominées par les maisons blanches du village. Bref c'est très carte postale. 
Le chemin depuis le village mène à un promontoire qui signe la fin de la visite. C'est assez court et frustrant. Pourtant sur la plage il y a 2 couples qui se promènent. Il y a bien un chemin qui descend barré d'une corde avec un panneau interdiction de passer. Soit le panneau vient juste d'être installé soit les gens n'en ont rien à faire car le chemin est quand même bien visible. Du coup je suis descendu il y en a marre de toutes ces interdictions. Et je ne l'ai pas regretté, en bas c'est encore mieux qu'en haut et c'est très agréable de se poser là et de se plonger dans le décor.

dimanche 17 janvier 2021

Cactus et succulentes

Lanzarote a l'air aride et pelée comme ça. Mais c'est souvent en regardant de près qu'on trouve de petits trésors. La vie a réussi à coloniser les éboulis et à s'adapter au soleil au vent et à la chaleur. Pour cela quoi de mieux que les plantes grasses? Elles sont légion. Il suffit de se promener hors des sentiers pour les rencontrer. Et dès lors qu'il y en a quelques-unes ça fait tâche d'huile et c'est bientôt une forêt de succulentes qui s'étale à perte de vue, partant à l'assaut des collines et tirant profit des moindres recoins pour s'épanouir.
Il y a deux espèces de succulentes qu'on rencontre très fréquemment. L'une avec des feuilles grasses qui poussent au bout de gros boudins enflés c'est le vérode (Kleinia neriifolia). La plante est ligneuse mais l'intérieur cylindrique est gorgé d'eau. Les tiges sont de couleur beige et ressemblent au tronc d'un baobab en miniature. Elles peuvent faire jusqu'à 1 m 50 de haut. Les feuilles sont caduques et laissent des cicatrices sur la tige. L'espèce est endémique aux îles Canaries. J'aime beaucoup cette plante car elle est tarabiscotée mais en même temps très harmonieuse elle a un côté graphique. J'ai tiré dessus pour voir comment c'était ancré, ça vient facilement. Je me tâte à en prendre une pour mettre chez moi sur le balcon. Il me faudrait un pot que je n'ai pas.
Il y a une autre plante au même principe mais qui a des feuilles beaucoup plus longues et forme des touffes. De loin on dirait presque de la marijuana. C'est l'euphorbe arborescente. 
Au milieu on trouve des fleurs aussi. Des buissons épineux avec des petites fleurs jaunes. Et le sol est parsemé de petite fleurs mauves striées de rose, la vipérine de Lanzarote (Echium lancerottense). Comme son nom l'indique elle est endémique de Lanzarote. J'aime bien ces plantes uniques, les vrais autochtone de l'ile. Elles donnent un côté merveilleux et forment un paysage féerique.

samedi 16 janvier 2021

Avis de tempête

Les éléments se déchaînent. Le vent se sera juste arrêté une seule journée.
La voiture bouge dans tous les sens bien que je l'ai mise nez au vent. Elle est pleine d'embruns. J'arrive quand même à cuisiner à l'arrière de la voiture puisque ça me fait une zone abritée mais comme j'ai la tête qui dépasse c'est polaire et capuche. Les portes de la voiture se ferment toutes seules. C'est un peu du survivalisme.
L'océan est complètement démonté. Après c'est très joli de regarder les vagues se fracasser. Comme tout est volcanique c'est plein de trous de fissures et crevasses partout. Ce qui fait que lorsque les vagues se brisent, elles ressortent à certains endroits sous forme de geyser. C'est très impressionnant. 
Heureusement il y a moyen de passer la journée abrité. Un peu partout les gens ont construit de petits murets en pierre en forme de fer à cheval. La piscine naturelle n'est plus qu'une immense lessiveuse dans laquelle personne ne vient se rincer. Les naturistes sont aux abonnés absents, reclus dans leur maison. La température a bien chuté on ne dépasse pas 16 degrés.
Malgré cela quelques vans et camping-car m'ont rejoint. On doit être une demi-douzaine à avoir élu domicile à Charco del Palo. Il faut dire que j'en ai appris une bien belle en discutant avec un camping cariste dont l'oncle habite Lanzarote. L"île vient de passer en zone d'alerte 3 pour le coronavirus. C'est un dispositif spécifique aux Canaries. J'avais lu ça il y a quelques jours. Ça avance simplement le couvre-feu à 22h. C'est ce que je pensais, je ne m'etais pas inquiété car il n'y avait marqué que cela. Sauf que d'après l'oncle ça veut dire aussi qu'il est impossible de sortir ou rentrer de Lanzarote sans un motif valable dûment rempli sur une attestation et à présenter aux autorités compétentes comme on dit (ça me fait rire). Là les bras m'en tombent et je me suis bien demandé si l'oncle n'avait pas forcé sur le bon vin très réputé d'ici. En épluchant les articles sur Internet, hélas tout ceci est bien vrai. 
Moi qui comptais passer sur Fuerteventura dans le courant de la semaine prochaine ce n'est pas possible. Et quand bien même, Fuerteventura et Gran Canaria voient aussi les cas flamber et leur niveau d'alerte pourrait bien aussi passer au stade 3. Il paraît que c'est le stade le plus haut des restrictions. Bien qu'il y ait un stade 4 dont personne ne parle et qui doit correspondre à un confinement. Bref la situation a bien changé aux Canaries. Vantées comme une destination sûre avec très peu de cas - le taux le plus bas d'Europe - on est désormais plus sûr de rien. La faute à Noël et le nouvel An, où les gens se sont retrouvés au pays. Arrecife, la capitale de Lanzarote, est désormais dans le top five des villes espagnoles les plus contaminées.
Et c'est à moi de payer les pots cassés des retrouvailles familiales. Il y en a marre des familles. Il n'y a qu'elles qui comptent. En France c'était à l'automne confinons-nous confinons-nous vite pour sauver Noël et les vacances. Ils auraient mieux fait de confiner les fêtes. Et là j'entends des bruits qui courent comme quoi il y aurait un confinement en France jusqu'aux vacances de février. Donc je résume, la vie doit se résumer à : je travaille, je vais au supermarché, je rentre dans ma famille. Il n'y a que ça d'autorisé. Ma voiture ma maison mes gamins mon chien. Pour ceux qui sont en dehors du moule on s'en fout on les sacrifie ils servent à rien. Je n'aimais déjà pas la tournure que prenait le monde, ce virus n'a fait que l'accélérer en rendant les gens fous. 
Mais c'est mal me connaître. Je ne vais pas rester moisir à Lanzarote. Ils disent que c'est au moins pour 2 semaines mais je sais bien qu'on sait quand ça commence mais jamais quand ça s'arrête. Il y a un motif pour sortir de l'île : celui de se rendre sur une autre île en correspondance pour un autre pays ou la péninsule ibérique. J'ai mon billet de retour au départ de Tenerife pour Huelva. C'est pour le mois de mars mais la prochaine traversée est le 21 janvier. Il y a un bateau de nuit qui part le 20 janvier de Lanzarote pour Ténérife, arrivée 3h30 avant le départ de celui pour Huelva. J'ai acheté le billet, je vais faire valoir le transit. Pour cela - ça m'a pris du temps pour trouver la bonne application - j'ai réussi à falsifier mon billet de réservation pour Huelva en changeant la date au 21 janvier. Ainsi j'ai une preuve comme quoi je vais à Ténérife en transit. Normalement le contrôle du formulaire n'est à présenter qu'au départ. Donc je pense que cela va marcher. Tant pis pour Fuerteventura et Gran Canaria, de toute façon c'est Tenerife mon île préférée. Ce qu'il ne faut pas faire quand même!

jeudi 14 janvier 2021

Parc national de Timanfaya

Direction aujourd'hui le parc national de Timanfaya au sud-ouest de l'île. Je rêve d'y retourner depuis que je suis arrivé. C'est un endroit remarquable plein de cônes volcaniques aux couleurs magnifiques au sein d'un paysage apocalyptique de champ de lave, fruit de la dernière éruption de 1730 qui a duré 6 ans et a tout recouvert sur 200 km2, soit un quart de la superficie. La dernière éruption de 1824, plus réduite, a donné naissance à six nouveaux cônes volcaniques. L'endroit est encore en activité et la température du sol atteint 600 degrés juste à 10 mètres de profondeur. Il faut savoir que les îles Canaries ne sont pas là au milieu de l'Atlantique par hasard.. Elles se sont formées suite à une intense activité volcanique, tout comme Madère plus au nord, les Açores à l'ouest ou encore les îles du Cap-Vert bien plus au sud, faisant partie d'un ensemble appelé Macronésie, à ne pas confondre avec la Macroniaiserie qui est tout autre chose...
Lanzarote avec Fuerteventuea sont les premières îles des Canaries apparues il y a 19 millions d'années.
Je compte y rester deux jours pour bien m'imprégner du lieu et profiter des ambiances changeantes, en particulier de la lumière et des couleurs en début et fin de journée.
Seulement voilà les choses ne se sont pas passées tout à fait comme prévu. Le cœur du parc national se trouve à Montañas del Fuego, les montagnes de feu, tout un programme. C'est là où l'on trouve les plus belles couleurs et les paysages les plus typiques. Pour y accéder on emprunte une route de désolation qui traverse un champ de lave oû même une chèvre n'arriverait pas à passer. C'est plein de crevases, de trous, de rochers coupants.  On se croirait vraiment sur une autre planète avec au fond une montagne de couleur de feu.  Impossible de s'arrêter pour une pause photo, ils n'ont pas pensé faire des bas-côté à certains endroits pour permettre d'admirer le paysage. À Ténérife ils sont plus malins pour ce coup-là. 
Du coup je suis obligé de m'arrêter en pleine route et d'ouvrir la portière, heureusement il n'y a quasiment pas de trafic. Et quand une voiture vient à arriver en trombe de local pressé, je mets mon clignotant sur la droite et on me double en franchissant la ligne continue. Il est vrai que c'est assez dangereux. Je guette des endroits où s'arrêter, où il y a des sentiers pour permettre d'explorer un peu les lieux mais rien, rien de rien. Jusqu'à ce que je voye un parking, enfin. C'est le parking du centre des visiteurs où on trouve des toilettes et un bar sous terre (drôle d'idée !). En descendant un garde m'interpelle pour que je mette le masque. Je l'ai dans ma poche je lui sors il est content. De toute façon je ne compte pas aller au centre des visiteurs, juste me balader. Sauf que l'on ne peut pas. Il y a bien des sentiers mais ce n'est pas pour nous. Tout est bloqué par des cordes avec des panneaux No Pasar. Le seul moyen c'est partir à dos de chameau. Il y a toute une caravane assoupie au pied du parking. Les pauvres bêtes sont en chômage partiel. Sans touriste elles n'ont pas le droit de se dégourdir les jambes. Qui va indemniser ça? C'est quand même dingue qu'on n'ait pas le droit de se promener un peu. Je veux bien comprendre que ce soit dans un souci de préserver l'endroit, mais ils auraient juste pu faire un itinéraire de sentier délimité par des cordes pour ne pas en sortir comme ce qu'ils ont fait à Ténérife. Je crois que c'est fait exprès pour inciter les frustrés à chevaucher les chameaux. Donc circulez il n'y a rien à voir je vais me rabattre sur les montagnes de feu, un peu plus loin.
La route côtoie de superbes cônes volcanique aux formes toutes douces dans un camaïeu de couleur de feu. Ça doit être très beau en fin de journée. Je roule à 20, contraint de faire des photos par la fenêtre. On me fait des appels de phare les bras tendus au-dessus du volant. On doit me maudire. 
La prochaine bifurcation mène à Montañas del Fuego. Sauf qu'il y a une barrière. Pour accéder au site, quelques centaines de mètres plus loin, il faut s'acquitter de 12 €. C'est seulement deux si on habite Lanzarote. Je déteste ce système de tourisme vache à lait. L'entrée comporte le droit au parking, des explications d'un garde avec démonstration d'un verre d'eau jeté dans une crevasse qui ressort sous forme de geyser, ainsi qu'un tour en bus tout terrain pour admirer le paysage à travers des vitres sales maculées de traces de doigts. Ça ne me dit rien du tout de m'emmancher là-dedans, agglutiné avec d'autres touristes à suffoquer sous un masque, simplement autorisé à voir ce que l'on nous montre. 
Quitte à être là j'en profite pour descendre de voiture prendre une photo du panneau du parc national. Là-dessus une voiture me fonce dessus et un garde furibond en descend pour m'ordonner de porter un masque. Euh, pardon je suis seul dans un champ de lave, le virus n'existe pas en pleine nature, en plus il y a un vent à décorner les bœufs. Ils sont encore plus cons qu'en France avec ce truc. Ça m'a énervé, j'ai claqué la porte je me suis tiré.
Ils ont réussi à faire d'un espace naturel remarquable un parc d'attraction aseptisé sous cloche comme un plateau à fromages, en mettant en plus par-dessus une autre cloche, celle des restriction liées au covid. Trop de cloches tue la cloche, je ne suis une cloche j'ai bien remarqué ce qui cloche là-dedans. Timanfaya, grosse arnaque. Ça valait le coup de faire un périple de 100 km! Je me consolerai avec les paysages similaires de Tenerife qui eux sont en libre accès. 
Du coup je suis retourné à Charco del Palo. Au moins là-bas souffle un vent de liberté. Personne ne porte de masque. A t on déjà vu un naturiste avec un masque ? Par contre je me suis renseigné, le masque ici est obligatoire dès qu'on sort de chez soi, peu importe où l'on se trouve. C'est débile. Moi qui comptais trouver un espace de liberté aux Canaries. J'avais entendu dire que c'était là qu'on trouvait le moins de cas de toute l'Europe. Mais les choses ont changé. Tenerife flambe, il y a 5 fois plus de cas en proportion que dans le reste de l'Espagne. Ils avaient pris une mesure pour les fêtes, interdiction d'entrer et de sortir de l'île. Sauf que c'est reconduit jusqu'à au moins début février. Avec ce truc le provisoire on sait toujours qu'il finit par s'éterniser. Le hic c'est que mon bateau repart de Tenerife. Et si je ne peux pas y aller alors que je me faisais une joie d'y passer au moins 1 mois, je commence à me dire qu'est-ce que je fous ici. Pendant que des amis à moi vont en Guadeloupe où il fait plus chaud, siroter des noix de coco sur des plages de sable blanc bordées de cocotiers. Il me demandent d'ailleurs de les rejoindre...

mercredi 13 janvier 2021

Charco del Palo

Le beau temps est de retour ! 24 degrés aujourd'hui. J'ai de la chance parce que j'ai discuté avec un français en camping-car arrivé il y a 2 semaines et il m'a dit que c'était le premier jour de beau temps. Les locaux d'ailleurs n'ont jamais vu ça. D'habitude le temps n'est pas si mauvais en cette saison. Mais bon ça m'aura permis de faire de jolies photos avec des arcs-en-ciel. 
Comme la journée est belle j'en profite pour aller sur la côte. Direction Charco del Palo. C'est un centre naturiste situé à 20 km au nord d Arrecife. Ce qu'il a de particulier c'est qu'il dispose de piscines naturelles dans les rochers où l'eau est plus chaude que l'océan. Et puis en général les centres naturistes sont bien moins fréquentés et ça écrème les beaufs et les familles rikiki. Même s'il est vrai que question touristes c'est pas la foule sur Lanzarote. Pour ça merci le coronavirus ! 
C'est le moment de voyager, je ne verrai plus jamais d'endroit si tranquille. Après il faut pouvoir venir. J'ai un ami qui avait réservé un billet d'avion il devait arriver la veille, son avion a été annulé , il est fou. Je n'ai pas pris l'avion depuis le mois de mars je ne leur fait plus du tout confiance. C'est la loterie. Tous les billets que j'ai achetés ont été annulés et il y en a une tripotée. 
En fait je pense que les gens ne veulent plus prendre l'avion ce qui fait que les avions ne sont pas pleins et qu'ils préfèrent annuler les vols. Avec la voiture et le bateau il n'y a pas ce souci. Le français avec qui je parlais a juste pris un billet simple. J'aimerais bien un jour prendre un billet simple avec aucune date de planifiée de retour. Il a eu plus de chance que moi il a réussi à prendre la compagnie Trasmediterranea qui opère depuis Cadix. Il a payé moins cher que moi alors qu'il a un camping-car. Mais la compagnie était en difficulté financière et ils n'ont publié leur plan de traversée qu'après le 15 décembre. J'avais déjà acheté mon billet avec une autre compagnie. Tant pis j'ai payé presque 200 € de plus...
Charco del Palo est un ensemble de villas et d'appartements tous revêtus de chaux qui s'épanouissent sur la traditionnelle terre noire de Lanzarote au milieu de palmiers et de bougainvilliers. Il règne une atmosphère particulière. C'est le propre des centres naturistes. Les gens sont détendus et souriants et tout le monde dit bonjour. Même en passant en voiture j'ai des gens qui me saluent de la main. Tout le monde a l'air de se connaître ici. Quand les gens se croisent ils papotent. C'est surtout des retraités allemands de ce que je peux entendre. Ceux qui vivent là à l'année on reconnaît tout de suite leur jardin, plein de plantes. Ils vont même jusqu'à fleurir à l'extérieur de leur jardin en plantant des pétunias. 
Il doit faire bon vivre ici. C'est très calme. Même si les jardins ne sont souvent que des terrasses et les maisons sont assez collées les unes aux autres, tout n'est que sérénité. Les villas sont tout ce que j'aime : tarabiscotées, à toit plat, avec de larges ouvertures vers l'extérieur. Ce n'est pas très grand, il n'y a pas besoin on passe l'essentiel de son temps dehors. Pour les appartements ils disposent d'une piscine commune avec vue imprenable sur la mer.
Il y a trois accès à l'océan. La piscine naturelle au nord est celle que j'aime le moins. Ça fait en fait très artificiel. Ils ont construit des terrasses tout autour qu'ils sont ensuite ensablées. Et pour faciliter l'accès à la piscine tout le pourtour a été bétonné avec une rampe pour rentrer dans l'eau. C'est sans doute ici que l'eau est la plus chaude puisqu'il ne rentre qu'un filet d'eau. Ils ont mis une espèce de digue percée d'un trou où l'eau s'engouffre. Il n'y a pas de profondeur on doit avoir de l'eau aux cuisses. En revanche c'est plein de petits poissons. 
L'autre accès plus au sud n'est pas aménagé. Il y a juste une échelle d'acier pour descendre dans la mer.pour ceux qui aiment se baigner directement dans l'océan. Les gens se font dorer sur les rochers comme des otaries. 
L'endroit que je préfère c'est la deuxième piscine toujours avec des terrasses ensablées mais où rien d'autre n'a été aménagé, c'est une espèce de crique avec du sable au fond et une couleur bleu turquoise. C'est aussi là qu'il y a le plus de monde, une trentaine de personnes tout au plus que l'on n'entend pas. Si ça n'était pas un endroit naturiste ça serait un festival de cris stridents. Ici les gens vivent leur vie tranquillement et dans le respect. Il y a même un endroit où il y a un barbecue à disposition. Chacun fait ce qu'il veut.
Je retrouve un peu la même ambiance qu'à la Jenny à côté de chez moi. Un temps je voulais même y acheter un chalet pour y vivre à l'année. Mais ils sont tous assez vieillots. Et conçus pour une habitation d'été avec de petites chambres dont beaucoup en mezzanine. Du coup j'ai un peu laissé tomber le projet surtout que les charges de co-propriété y sont très élevées.
J'ai trouvé un coin super où passer la nuit, dans la partie sud du complexe, à l'écart. Je donne au ras de la falaise, le long du chemin côtier. Il y a un couple qui passait dans le plus simple appareil et la femme m'a dit que j'avais un très bel emplacement, que je n'avais besoin de rien d'autre que j'avais même l'électricité avec mon panneau solaire, que demander de plus. En plaisantant elle me dit : vous avez trouvé un poisson à pêcher pour ce soir? En plus je suis aux premières loges pour le lever du soleil. Faudra que je revienne ! Le français du camping-car est aussi tombé sous le charme. Lui qui a déjà visité toute l'île me dit que c'est bien mieux que tous les autres endroits qu'il a vu. C'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd !
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