Pages

Translate

Affichage des articles dont le libellé est Afrique du Sud : Eastern Cape. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Afrique du Sud : Eastern Cape. Afficher tous les articles

dimanche 10 février 2013

Une Garden Route trop verte pour être honnête

Robberg peninsula
La nuit dernière a été pour le moins agitée. Les orages se sont succédés les uns après les autres, donnant l'impression que j'avais placé ma tente sous une cascade. Je n'avais jamais vu ça. Les éclairs transperçaient la toile de la tente comme en plein jour. Heureusement, je sais qu'elle résiste parfaitement à ce genre de traitement, merci les tentes Décathlon. Par contre je ne me suis pas éternisé ce matin. Il faisait beau et je voulais en profiter pour retourner aux endroits d'hier, question de faire de plus jolies photos. J'ai donc rangé une tente complètement détrempée, en la posant sur le siège arrière de la voiture sans même la plier. Il était 7 heures quand j'ai quitté le camp. A la barrière les gardes avaient un air mis désolé, mi admiratif et m'ont demandé si dans ma tente ça avait été, si elle avait tenu le choc. Je pense aux babouins qui n'ont pas eu cette chance et ont dû passer une nuit de cauchemar à se serrer les uns contre les autres. 
Je me demande jusqu'à quel point leur fourrure est imperméable. Avec ma chance habituelle, quand je suis arrivé au point de vue sur la vallée, la vue avait disparu sous les nuages. Ce que j'avais pris pour du beau temps ce matin n'était en fait qu'une éclaircie fugace qui n'aura même pas duré le temps que je fasse 3 kilomètres.
Dans ces conditions, j'ai pris la route. Avec un peu de chance le saut de puce de moins de 100 kilomètres jusqu'à Knysna me permettra de dépasser cette zone de turbulence. Et en effet, avant d'arriver à Plettenberg Bay, les nuages semblaient se déliter au loin. Plettenberg Bay est une baie très prisée et pour de bonnes raisons. Le cadre est absolument magnifique. Il y a une haute colline qui domine une baie marquée par une plage de sable blond très longue, d'un arc parfait, au pied de laquelle se situe l'embouchure sinueuse d'une rivière. 
La plage du débarquement des portugais
C'est sur cette colline que sont bâties toutes les maisons, de bois pour la plupart. On voit bien qu'on est dans un quartier de blancs, bien propre et ordonné. Décidément, je trouve beaucoup de similitudes avec la Nouvelle-Zélande, partie Île du Nord. C'est aussi là que les européens, des portugais en l’occurrence, débarquèrent en Afrique du Sud et campèrent sur la plage durant de longs mois.
Je devais me rendre à la péninsule de Robberg, réserve naturelle qui ferme la baie mais le temps qui semblait s'améliorer n'était qu'une illusion. A la place, j'ai arpenté les rues de Plettenberg à la recherche de wifi pendant une heure, en vain. Tant pis, j'ai continué ma route vers Knysna où je ne devais arriver que le soir même. J'ai grillé le parcours que je devais faire en un jour. Il n'y à rien à faire et à voir avec un temps pareil ; ça me mine pas mal.

Robberg peninsula

Je le savais, cette Garden Route était trop verte pour être honnête. Je n'ai désormais qu'une hâte c'est de la quitter pour me rapprocher de Capetown, plus à l'ouest et au climat dit méditerranéen. A la Garden Route c'est plutôt la Suisse ou l'Autriche vus les paysages. Je veux des pins et de la garrigue. J'ai pris ma décision, ça ne sert à rien de moisir sur la Garden Route pendant encore 2 jours. Autant zapper cette partie sans regrets. Le problème est que j'ai encore deux nuits de réservées dans le parc national et elle ne sont pas remboursables. Quand je suis arrivé à Knysna, j'ai tourné à nouveau dans la ville pour trouver de l'internet. Knysna , pourtant réputée comme étant le cœur de la Garden Route, avec ses forêts, ses lacs et sa cuisine gastronomique, ne me fait ni chaud ni froid. Je ne lui trouve aucun charme, on se croirait en baie de Somme. Je trouve que cette Garden Route ne casse pas trois pattes à un canard. Peut être qu'elle est exceptionnelle pour l'Afrique, mais on a la même chose en Europe. Ce n'est pas la peine de venir si loin pour voir ça. Je préfère du plus typique et dépaysant. Le bush me manque. Je m'y plaisais plus.
Nature's Valley avant de partir ce matin
A force de tourner dans la ville, j'ai fini par pouvoir me connecter et à ce moment quelques rayons de soleil se sont mis à apparaître timidement, avant une franche zone de grand ciel bleu. C'était presque comme un signal pour me demander de rester. Au final, j'ai juste mis le blog à jour, sans changer mes réservations. Et je suis retourné à Plettenberg Bay, à 30 kilomètres en arrière, dans le but de visiter la presqu’île de Robberg que j'avais ignorée ce matin. Trouver la route pour cette presqu’île maudite est une affaire impossible. Pourtant, la carte (mais quelle carte...) mentionne bien un accès qui se prend quelques kilomètre de Plettenberg Bay. Je me suis engagé sur une piste pour arriver au bout de quelques kilomètres à une barrière du parc. Le garde m'a dit que j'avais fait fausse route et qu'il fallait que je tourne sur ma droite plus loin. Sauf que plus loin, sur la droite il n'y avait rien d'indiqué et c'était encore une piste défoncée. 
J'ai donc poursuivi jusqu'à Plettenberg Bay où une autre route rejoint Robberg peu avant d'y arriver. Mais là encore je me suis paumé et retrouvé dans un township où je n'en menais pas large. Des espèces de maisons défraîchies pour les les mieux, ou de simples cabanes avec un toit de tôle pour les autres, le tout baignant dans la crasse et les immondices que des armées de chiens reniflent. Ça grouille de monde là dedans. Les gens ne me regardent pas avec un œil suspicieux ou prêts à me caillasser. Hormis l'état des maisons, on se croirait dans un quartier comme un autre. Je lui trouve même du charme, apporté par les couleurs des maisons, toutes différentes. Et puis c'est dimanche, c’est le retour des dames qui boitent en souliers vernis.

Ça commence à se gâter à la péninsule
 A force de tourner en rond, je vous livre le secret pour rejoindre la péninsule de Robberg. Ça vous évitera de perdre du temps et de l’énergie, à scruter une carte définitivement bonne à jeter. Il faut prendre la sortie Piesang Valley juste à l'entrée de la ville quand on vient de Knysna. La route descend alors dans une vallée résidentielle au fond de laquelle il faut tourner direction Kraushoek. Sur cette route vous verrez fléché enfin sur votre gauche « Robberg ». Évidemment ce n'est pas ce chemin que j'ai pris, j'ai faits maints demis tours avant d'y arriver sur les coups de midi. L'accès est payant et j'ai tendance à croire que dès qu'il y a un bout de nature publique il faut mettre la main au porte monnaie. On a de le chance en France d'avoir de nombreux endroits où l'on peut se promener librement. Imaginez si tout était clôturé. Car c'est bien la cas ici. Des barbelés délimitent toutes les routes, sur des kilomètres. C’est pour ça que je dis qu'on ne peut pas faire de camping sauvage en Afrique du Sud. C'est exactement comme en Nouvelle-Zélande. C'est quoi ce sens de la propriété à la noix ? C'est juste pour faire chier le monde, car ce n’est même pas pour empêcher des bêtes de s'échapper, ce ne sont pas des champs. C’est vraiment pour dire « c’est à moi et vous n'avez pas le droit d'y entrer ».
Courage, fuyons!
A Robberg vous pouvez apercevoir des phoques, c'est ce que révèle la brochure. Mais elle ne dit pas à quelle époque. Car pour l'heure il n'y en a pas. A la place, les sentiers sont couverts de fourmis. Rien d'alarmant jusque là. Sauf que je vous conseille de ne pas mettre de tongs comme moi. Ce sont des fourmis qui n'ont qu'un objectif : vous monter sur le pied dans la milliseconde où vous le posez à terre pour vous piquer les orteils, la cheville, le talon... Elles sont voraces et ne décampent pas, il faut les tuer pour les chasser. C'est un vrai supplice. N'espérez même pas vous arrêter prendre une photo. La seule parade que j'ai trouvée c’est de marcher très vite de façon à avoir le pas qui touche le sol le moins possible et taper du pied à chaque foulée pour les décrocher au moment où elles essayent de monter. Malgré ça, mes pieds sont couverts de bleus à force de me donner des coups ! 
En arrivant à Bontebok
Le paysage de la péninsule de Robberg est merveilleux, avec des baies secrètes et très belles. Par contre il ne faut pas espérer s'y baigner. J'ai trempé un pied pour voir et ça m'a saisi les orteils ! Je n'ai pas pu profiter bien longtemps des attraits de la péninsule. En fait j’étais en limite du dernier nuage qui ne voulait pas dégager. Pire, il faisait du surplace et voyant que j'allais partir il a décidé de faire demi tour et de me suivre, emportant avec lui le reste de ses acolytes qui plongeaient la Garden Route dans la tourmente.
Ce soir je dois dormir dans la forêt de Diepwalle, dans le parc national de la section de Knysna. C'est un endroit où ils ont construit des plateformes en bois au sommet des arbres sur laquelle on pose sa tente. L'expérience promet d'être inoubliable. Sauf que la pluie et les éclairs sont venus contrarier mes projets. 
Tout ce que je venais de quitter revenait à l'assaut, les nuages tournant en rond sans trouver de porte de sortie. Après la nuit dernière catastrophique, je ne me voyais pas réitérer la chose. Quel plaisir y a t-il à s'emmancher dans une forêt lugubre ? J'ai donc définitivement changé mes plans en tirant un trait sur la Garden Route, deux jours avant son terme. Pour cela il fallait que j'accède à nouveau à internet pour rajouter deux nuits à ma réservation sur Capetown. Et tant pis pour les deux nuis perdues ici, ça m'apprendra à réserver à l'avance. Le mec que j'avais croisé à South River Mouth était plus libre, il avançait à sa guise, cherchant un hébergement au jour le jour et il me disait qu'il avait toujours trouvé sans souci. J'aurais dû faire pareil mais c'est trop tard. Tout de même ils abusent un peu au Parc National. Ne pas rembourser des nuits de camping, je ne vois pas où est le préjudice si on ne vient pas, quand les campings sont vides aux trois quarts. Enfin...

Langberg mountains

Et d'une, de bontebok!
Prochain cap donc : le Bontebok National Park, situé à 200 km de Capetown et à peu près autant d'où je suis. Comme il est déjà 16 heures au moment où je quitte Knysna, je n'ai pas intérêt à traîner si je veux arriver avant la nuit, même si je suppose qu'en allant vers l'ouest je vais gagner quelques minutes de jour. Déjà, par rapport à mon arrivée dans le Drakensberg, je vois la différence. La fin de la Garden Route est marquée par la ville de George. Ce tronçon est une succession de panneaux 100, 120, 60, 80 km/h. Ça change tout le temps sans trop de raison, à la faveur d'un virage, d'une intersection ou parce qu'on arrive en ville. Rouler à 60 pendant plusieurs kilomètres sur une ligne droite à 4 voies quand on a encore 200 bornes à faire, c'est insoutenable. Je roulais un peu plus vite, à 75 quand je me suis fait flasher. Au moment où j'ai vu l'appareil le flash est sorti. Et voilà ! Ils auront une jolie photo de moi surpris et grimaçant. J'en rigole mais ça ne me fait pas rire. Je suis sûr que le panneau à 60 était fait exprès. Tout de suite après c'est repassé à 120. Combien ça va me coûter cette affaire, plus la commission de frais de dossiers du loueur ? J'ai décidé de ne plus y penser, de toute façon c'est fait. N’empêche, celui qui a inventé les radars automatiques devrait être pendu en place publique !
Vue de la tente
Le parc national de Bontebok est situé sur un plateau, au pied du petit massif montagneux du Langberg. Avec le soleil qui se couche ça donne à cet endroit un air de pampa d'Amérique du Sud. C'est ici que vivent les bontebok, une antilope qui a donné le nom au parc. Je suis de retour dans le bush, ça me change pour mon plus grand bonheur. Sans doute pour la dernière fois. Cette halte dans le parc est réjouissante, à seulement 5 kilomètres de la route pour Capetown et à mi chemin de la Garden Route. Et pourtant personne ne s'y arrête. A part quelques bungalows loués et 3 campings cars, le terrain pour les tentes est vide. C'est le plus bel endroit où j'ai campé pour l'instant. Je suis au bord d'une rivière avec ces belles montagnes derrière. Et le camp est tout neuf, certains chalets sont encore en cours d’aménagement et les toilettes sentent la peinture fraîche. Je serais bien resté une nuit de plus ici. C'est plein de charme ; pendant que je dînais dans la voiture à cause des moustiques, j'ai même vu des lièvres qui gambadaient sur la pelouse. Ça m'a déridé de cette journée un peu stressante.

samedi 9 février 2013

Nature's Valley

Au niveau du camp, dans les rochers il y a plein de « dassies » - c'est comme ça qu'ils les appellent ici et comme je n'en au encore jamais vus, je ne connais pas le nom de cette délicieuse bestiole. C'est comme un chien de prairie... mais dans les rochers. Ils aiment se percher dans les trous inaccessibles. Ils font aussi des terriers près des pelouses du camp, là où l'herbe est bien tondue, verte et grasse. Ils évoluent en bande et détalent dès qu'on les approche à moins de 20 mètres, ce qui est bien dommage car ils ont une adorable petite frimousse.
Avant de quitter Storm River Mouth, je me suis rendu à un pont suspendu qui est sur toutes les cartes postales. C'est un pont pour piétons uniquement qui passe par dessus la gorge de Storm River, au niveau où elle arrive à la mer. On peut aussi rejoindre cet endroit en canoë depuis le camp puis remonter la gorge. 
Pour moi, il est l’heure de quitter Storm River pour Natur'es Valley, toujours située dans le parc national de Tsisikamma. Mais juste avant je suis retourné sur mes pas car hier en arrivant j'avais zappé Big Tree, un endroit dans la forêt où pousse un arbre qui a connu de nombreuses guerres. Selon les brochures sont âge varie entre 1000 et 1600 ans. Sur place les panneaux indiquent qu'il a 1000 ans, j'aurais plus tendance à croire cette version. Pour arriver au niveau de cet infatigable énergumène, il suffit de marcher 500 mètres à travers une belle forêt avec des fougères bien vertes qui poussent au sol. C'est très luxuriant. Autour de la star, d'autres arbres veulent prendre la relève et pousser mémé à la retraite. C'est un arbre qui force le respect. Voyez plutôt : 36,6 mètres de haut et 8,5 mètres de circonférence. Sans compter que ses rameaux sont très harmonieux. Cet arbre est un Podocarpus Falcatus.
Nature's Valley n'est qu'à 40 kilomètres de Storm River, c'est donc un petit saut de puce que je fais aujourd'hui. Tout comme les prochains jours, étant donné que la Garden Route s'étend sur une zone de 180 kilomètres de long et que je lui consacre 4 jours. Je vais dormir dans chacun des quatre hébergements proposés par le parc national. Question de multiplier les plaisirs. A un endroit, il y a une attraction mondiale, un saut à l'élastique où l'on se jette depuis un pont. L'endroit se revendique comme étant le plus haut saut à l'élastique au monde, avec 216 mètres de haut. Tiens donc, je croyais que le record revenait à Queenstown en Nouvelle-Zélande... Le saut depuis la plate-forme d'observation n'a pas l'air si spectaculaire que ça. En fait, à partir du moment où l'on saute, il doit se passer 4 secondes avant que l'on commence à remonter et à continuer en yo-yo. 
N’empêche, pendant ces 4 secondes, tout le monde crie, créant un écho au fond de la vallée. Le gars que j'ai rencontré hier m'a raconté qu'il avait sauté la veille. Il avait un truc sur le dos de la main, je pensais que c'était un tatouage mais tous ceux qui s’apprêtent à sauter ont ça aussi. Sans doute pour pouvoir les identifier si jamais l'élastique lâche...
Nature's Valley est en fait un endroit de villégiature au fond d'une vallée très encaissée. Il n'y a que des résidences secondaires très cossues, avec toutes un panneau devant qui indique qu'elles sont gardées par armes à feu. Y aurait-il un détecteur de présence qui déclenche une série de tirs à la mitraillette si l'on s'approche ? On trouve aussi un unique restaurant et une épicerie qui vend moins de choses qu'une boutique souvenirs de parc national. Pas même d'eau plate. Il y a également une grande plage sauvage de plusieurs kilomètres, battue par les vents. 
Aujourd'hui je suis au camping. Je croyais qu'il donnait sur la plage mais en fait il est situé à côté de la rivière qui se jette par là. C'est un petit camping très tranquille où l'on peut se mettre où l'on veut et où il n'y a que des vieux retraités qui ont l'air de vivre dans leur caravane toute l'année, quand on voit tout l'attirail qu'ils ont. Je me suis mis à l'emplacement numéro 8, sous les arbres et à l'écart des caravanes. Il n'y a personne en tente et le camping est vide aux trois quarts, ce qui me réjoui.
Apparemment le coin n'attire pas autant que Storm River Mouth et c'est tant mieux. Il faut dire aussi que la catégorie d'hébergement est inférieure, seulement deux étoiles locales et pas de cottages ou chalets de luxe. Pas de restaurants non plus ni de prises électriques. Ça permet donc de faire le tri. Ceux qui viennent là le font pour vivre simplement. Je préfère de loin un camping basique à un truc style village de vacances avec piscine à débordement, toboggans, bungalows et gamins qui hurlent. De toute façon je n'y suis que pour dormir. Hier à Storm River il y avait une piscine au bord de la mer et ce n'est que ce matin que je l'ai remarquée...

Le pont d'où se jettent les courageux
Tandis que je revenais de l'épicerie avec quelques victuailles pour pique niquer, j'ai été surpris de trouver sur la route une colonie de babouins en goguette. Juste quand je disais hier que les animaux en travers de la route me manquaient. Bien que ce ne soit pas les singes les plus jolis qui existent - comme ce que j'ai déjà raconté - ils m'ont bien amusé. Là où normalement les femelles transportent leur rejeton accroché sur leur ventre, les babouins ont une autre technique. Le petit saute à califourchon sur le dos de sa mère et hue cocotte ! Ils ne se dépêchaient pas beaucoup sur la route, grimpant dans les arbres pour se saisir de baies, mangeant de l'herbe pendant que d'autres se prélassaient dans des poses improbables, l'un complètement affalé sur la chaussée comme une descente de lit, ou encore un autre à genoux, les bras devant et face contre terre, comme s'il implorait Allah. 
J'avais mis les feux de détresse pour signaler le convoi exceptionnel, question aussi d'éviter que quelqu'un de pressé ne les fasse déguerpir pour de bon dans la forêt. Il y a un automobiliste qui est passé et qui m'a baragouiné je ne sais quoi. C'est étrange d'ailleurs car je crois que les gens parlent d'emblée une autre langue qui ressemble un peu au hollandais puis se mettent à parler anglais s'ils voient qu'on a l'air idiot. Ici, c'est la femme du conducteur qui a fait la traduction, elle m'a demandé de fermer mes fenêtres sinon ils allaient sauter dans la voiture et tout me piquer. Tiens, qu'ils essayent, j'ai l’œil ; et si l'un d'eux veut grimper je le dégommerai à la manière d'un orang-outan. Pour arriver à avoir une jolie photo d'un babouin il vaut mieux cadrer les plus jeunes, attendre qu'ils soient assis ou bien couper la photo au montage. En cause, leur arrière train pelé, rouge sanguinolent qui fait limite maladif. Chez certains on dirait même des tumeurs.
Nature's Valley
Après cet épisode récréatif, j'ai repris la route par laquelle j'étais arrivé ce matin, pour m’arrêter au niveau d'un endroit où l'on a un beau point de vue sur la vallée. J'ai dû faire vite car un soleil voilé est sorti quelques instants seulement avant que le temps n'empire. Je jongle ainsi depuis ce matin avec une dépression qui arrive et qui met du temps à s’installer. Je préfère qu'il pleuve un bon coup et que ça passe plutôt qu'un ciel mou qui hésite sur ce qu'il doit faire. En redescendant de mon perchoir, je me suis arrêté au niveau de la rivière où se termine le Otter trail qui partait de Storm River. Il y a à cet endroit une petite promenade aménagée que l'on peut faire dans la forêt, un sentier botanique où sur chaque arbre figure son nom en latin. Le problème avec les arbres et arbustes c'est qu'ils se ressemblent tous. Je ne sais pas comment font les botanistes pour les différencier. 
C'est limite chiant, je préfère voir les animaux qui eux sont bien immédiatement identifiables. En parlant de bêtes, j'ai revu des babouins. Ils étaient assis par terre le long de la rivière, occupés à se saisir de grandes herbes dont ils ne mangeaient que la base, bien charnue et sucrée. Les plus jeunes retournaient le sable et se saisissaient de trucs comme des fruits à coque. Il y avait aussi des petits insouciants dont le grand jeu était de grimper dans un arbre, de se laisser glisser sur les branches et de tomber au sol dans un grand « vlam ». Et ils recommençaient, imperturbables sous la pluie qui tombait de plus en plus drue, regardant de temps à autre le ciel quand un éclair le traversait.
A la Garden Route, ils auraient pu programmer l'arrosage après mon passage ! Dès 15 heures un orage carabiné est arrivé. Un vrai déluge, les routes se sont transformées en rivières et en flaques géantes. 
Alors que ma tente était jusqu'à présent sous les arbres, j'ai dû la déplacer en catastrophe en terrain découvert, près d'une mare putride, pour éviter de grosses gouttes d'eau qui tombaient sur la toile et pouvaient risquer de la traverser. Sans compter que si ça venait à se calmer dans la nuit, les arbres continuent de s’égoutter pendant des heures. Par contre pour le temps je relativise. J'ai quand même la chance d'être en Afrique du Sud, je ne vais pas me plaindre. Et la pluie fait partie de la nature, elle est vitale. C'est juste un mauvais moment à passer avant que le soleil ne revienne plus radieux que jamais.
Au camp, mon emplacement n'a pas d'électricité. J'ai fini par trouver un genre de chapiteau avec des bornes où j'ai pu recharger l'ordinateur et m'occuper des photos du jour. La journée était morte, je n'avais plus rien d'autre à faire. C'est handicapant de toujours devoir être tributaire d'une prise de courant. 
Il y a bien des convertisseurs à brancher sur la prise allume cigare qui transforment du 12V en 220 mais celui que j'avais acheté est mort au bout du deuxième voyage. En fait il fonctionne très bien, sauf qu'il me fait sauter les fusibles partout où je le branche ! Dans la première voiture il avait fonctionné une minute et avec la nouvelle ça a recommencé. L'allume cigare ne fonctionne plus ce qui me fait penser à un problème de court circuit. Heureusement que ça n'a pas grillé la batterie de la voiture. Il doit donc exister d'autres systèmes. Il faudrait que Scott Ramsay, le baroudeur d'Afrique du Sud me livre ses secrets. Il en a déjà raconté quelques uns dans Get Away magazine. Comme il avait lui aussi un blog, il avait acquis un système pour capter internet de n'importe où en passant par le satellite. Ça s'appelle « Evosat BGAN unit » et ça vaut la modique somme de 3200$, communications non incluses. Il y a du bon à être sponsorisé. Moi je ne le suis pas, alors je dois faire avec les moyens du bord...

vendredi 8 février 2013

Storms River Mouth

J'étais le dernier à quitter le camp Spekboom ce matin. Les autres ont dû partir aux aurores pour commencer leur safari. Ceux que j'ai croisé ici avaient l'air d'être des purs et durs, avec des zooms impressionnants de photographe animalier. Ça ne rigole pas. Pour ma part, c'est repu de photos que j'ai pris la piste, ne jetant plus qu'un vague coup d’œil dans les fourrés, au cas où un léopard viendrait à surgir. Mais ne rêvons pas. J'ai quand même trouvé ce que je venais chercher à Addo : les éléphants. Mais eux ne l'entendaient pas de la même oreille. Et quelles oreilles ! J'ai eu droit à un petit comité d'adieu, un truc incroyable. Sur ma gauche, j'ai commencé à voir deux éléphants qui s'avançaient par une trouée dans le bush. Un couloir à éléphants ! Les voitures qui passaient par là ont eu l'intelligence de couper le moteur et de profiter du spectacle. 
J'étais aux premières loges, arrivé le premier. Comme on était en travers du passage des éléphants, ils n'ont pas hésité à contourner les voitures pour passer de l'autre côté de la piste, d'un pas étonnement léger. J'étais aux anges. Ils déboulaient à présent de tous les endroits. C'est comme si l'on était à un point où ils se seraient donné rendez-vous. Je ne sais pas combien il y en avait mais en tout cas ils devaient bien être plus d'une vingtaine. La procession a ainsi duré un bon quart d'heure. Un éléphanteau un peu turbulent gambadait où il voulait et se faisait remettre dans la bonne direction par un coup de trompe bienveillant. Les éléphants n'ont pas l'air effrayés par grand chose car on ne les dérangeait pas le moins du monde. Il faut dire, s'ils avaient voulu, ils auraient bu écrabouiller les voitures d'un pas. Ils ont laissé de leur passage des traces au sol humides et boueuses, aussi rondes qu'une poêle à frire.
Le temps de passer à la réception laisser la clef et faire le plein d'essence, j’étais déjà parti vers ma nouvelle destination : la Garden Route, la route la plus visitée d'Afrique du Sud en raison de la richesse de ses paysages qui alterne rivières, baies, plages, rochers, lacs, forêts et montagnes, tout ça en même temps. J'ai prévu de passer quatre nuits dans cette partie, à différents endroits. C'est aussi un parc national et ce soir je dors dans la partie la plus à l'est, le Tsitsikamma, nom donné par la chaîne de montagnes qui longe la mer. A ce niveau se trouve un camp géré par le parc national. Je ne sais pas à quoi m'attendre, je n'ai vu aucune brochures ni photos, ça va être la découverte complète.
Je pensais que le début de la Garden Route était plus proche que cela de Port Elizabeth. Mais en fait depuis Addo, il faut compter plus de 200 kilomètres. Quant à Capetown c'est à près de 800 kilomètres de là. C’est ce qu'il me reste à parcourir en 5 jours. 
Je réalise aujourd'hui qu'il me reste à peine plus d'une semaine. Ça passe vite. J’avais déjà repris l'habitude de ne plus savoir quel jour de le semaine on était, comme l'an dernier. Et j'étais parti pour que ça continue comme ça indéfiniment. Je retrouve les mêmes sensations, cette liberté et cette soif de vivre les journées à fond que pendant mon tour du monde auquel j'aurais pu incorporer l'Afrique du Sud. Mais ça n'aurait plus été un tour du Pacifique et ça ne justifiait plus le fait de prendre un congé sabbatique pour s'y rendre. J'avais donc décidé de remettre l'Afrique du Sud à plus tard, étant donné que ce n'est pas si loin que cela de la France. Tout comme ce que je disais l'an dernier, les allemands sont partout. Il ne doit rester dans leur pays qu'Angela. Ce sont de grands voyageurs et on les croise où que l'on aille. Ce sont les touristes les plus représentés. A part ceux qui parlent anglais, dont je ne sais si ce sont des anglais, des locaux, des australiens ou autres...
Garden Route
Attraits de la Garden Route oblige, les gens qui vont à Addo passent aussi par là. C'en est donc fini de la tranquillité du Kwazulu Natal et je ne pense pas que ça va s'arranger à mesure que je vais me rapprocher de Capetown. Dès qu'il y a un arrêt quelque part le long de la route pour voir une curiosité de la nature ou architecturale (comme un pont), ils sont tous là, avec pour corollaire des fast-food et des boutiques de souvenirs. Le touriste type n'a pas vraiment l'air d'avoir un profil d'aventurier. Ce sont des gens qui font très adeptes de club vacances en groupe organisé. Je me suis arrêté à l'un des ces fast-food, faute de mieux, et c'était la cohue. Je m'étais mis en terrasse pour déguster un hamburger aux champignons où les champignons n'étaient en fait qu'un argument commercial basé sur une sauce, froide de surcroît, qui devait être en tube et toute droit sortie du frigo. 
Vue du camp ce matin
Alors que j'attaquais péniblement les frites, j'ai réalisé que je perdais du temps à un truc qui ressemblait plus à une aire d’autoroute et je n'avais qu'une hâte, arriver à destination dans le parc national. En général un parc national, ça filtre la clientèle. On y trouve en principe des gens plus évolués, plus proches de la nature. On n'y vient pas pour faire du shopping, la fête ou passer ses soirées en beuveries.
Pour trouver le camp ça n'a pas été simple. J'ai une carte à une bonne échelle, qui couvre les secteur Capetown à Port Elizabeth mais on se demande bien à quoi sont payés les gens qui font les cartes. L'échelle a beau être grande, ce n'est en fait pas plus détaillé qu'une autre carte. Je me suis un peu fait avoir sur ce coup là. Tandis que sur la route je vois plein de bifurcations sur la gauche avec des noms de village, je n'ai sur la carte qu'une longue ligne droite. 
Comme je me repère au fait qu'il faut que je tourne la première à gauche à un moment, ça n'aide pas. Je commence même à me dire que je suis peut être allé trop loin et que j'ai loupé la sortie. Car ici ils sont capables de mettre un nom de truc inconnu à la place du nom d'une curiosité touristique. Ça arrive tout le temps. D'ordinaire je me repère d'ailleurs au numéro des routes et non aux directions, c'est plus sûr. Par chance, quand je me suis arrêté manger, il y avait un point information avec une multitudes de dépliants de la région avec en prime une carte détaillée. C’est avec elle que je vais composer désormais.
La route pour Storms River Mouth traverse une forêt de sapins. Depuis que je suis arrivé à la Garden Route, le paysage a complètement changé. C’est très vert, très boisé et on a le sentiment d'être à la montagne et non au bord de mer. Les nuages restent accrochés aux sommets tandis que le littoral, pourtant distant de dix kilomètres seulement, continue à bénéficier d'un beau temps ensoleillé. Par contre je suis triste. Il n'y a plus d'animaux qui me barrent la route. Ça me manque, je m’étais habitué aux springboks, aux singes aux éléphants ou aux lions. C'est un autre genre d'aventures qui m'attend désormais. Passé la réception, le paysage change encore ; la forêt se compose alors de feuillus et la route ne cesse de descendre en virages serrés où l'on aperçoit la mer en bas à la faveur de trouées. C'est très escarpé et les arbres arrivent jusqu'à la mer. L’endroit me rappelle un peu le parc national Abel Tasman en Nouvelle-Zélande.


Le camp est situé en bordure de mer, en haut de rochers avec des vagues démentielles qui viennent s'y briser, baignant le camp dans une brume d'embruns. La côte est très sauvage, le camp moins. Il est plein de monde. Il y a un vent terrible et j'ai bien fait d'avoir pris une « forest hut », en fait une cabane en bois avec deux lits, une table, du matériel de cuisine, une terrasse garnie de son fameux barbecue, le tout niché dans le sous bois de bord de côte. Je ne savais pas que j'allais être au bord de la mer. Là où je suis je suis bien abrité du vent, pas comme les campeurs qui peinent à monter leur tente et qui vont connaître cette nuit du claquement de toile. Par contre, question vue, il n'y en a pas, sous bois oblige.
Après avoir déposé mes affaires j'ai donc commencé à explorer les alentours. Ça tombe bien, il y a une cascade à laquelle on peut se rendre. Sur la plan ça n'a pas l'air très loin, aussi je décide de rester en tongs et je n'emporte que le strict minimum en eau. 
Pas le temps de me tartiner de crème solaire ; de toute façon pour une courte balade, ça ira. Ce que je ne savais pas c'est que la balade est plus longue que prévue et le soleil tape fort. Le chemin au bout d'un moment se transforme en jeu de piste dans les rochers qu'il faut escalader ou descendre, en essayant de garder le cap sur des traces de pas peintes en jaune pour désigner les endroits par lesquels passer. Je ne croise que des gens qui arrivent dans l'autre sens, écarlates, en sueur et tous avec aux pieds de lourdes chaussures de randonnée. Ça commence à me faire penser que la randonnée a l'air d''être longue et pénible. Je ne suis assurément pas chaussé comme il le faudrait, dérapant fréquemment sur les rochers ou me cognant un orteil. Mais ce que j'ai surtout peur c'est que la lanière du milieu lâche, avec toutes les contorsions de semelle qu'on doit faire. Et ça, c'est la mort d'une tong. Manquerait plus que je doive rentrer pieds nus.
Le paysage est absolument magnifique. Je me trouve en fait sur le Otter trail qui est un long sentier de randonnée très réputé qui longe toute la Garden Route et qui se pratique en 5 jours. Au bout d'un moment, prêt à faire demi-tour plutôt que de voir une cascade probablement asséchée, je demande à deux randonneurs si cette maudite cascade est encore loin. 15 à 20 minutes de marche me répondent ils. Ce n’est donc pas le moment d'abandonner. Ça y est, je n'ai plus d'eau et ce n'est pas à la cascade je vais pouvoir en remplir. Elle charrie en fait une eau noire qui fait le bonheur de cormorans qui viennent y plonger à la recherche de poissons pour changer des poissons de l'océan. Une cascade au bord de l'océan, ça n'arrive pas tous les jours. Prise toute seule en photo, on dirait une cascade de montagne, mais grâce à mon appareil photo qui prend des photos panoramiques, je peux replacer la scène dans son contexte et ça change tout.
Tandis que je m'amuse avec mon filtre gris pour faire des effets avec les grosses vagues qui viennent se briser sur les rochers, je ne remarque pas tout de suite que quelqu'un est arrivé. Il m'observe, intrigué de me voir à quatre pattes parmi les fientes d'oiseau. Au bout d'un moment il vient me voir pour me demander ce que je fais. En parlant photo on a ainsi sympathisé. Et je n'étais plus le dernier. Lui aussi du reste est en tong. C'est un jeune hollandais d'origine turque ou israélienne, étudiant à Amsterdam. Il voyage aussi tout seul et est arrivé par Capetown. Il se dirige vers Addo, allant de backpacker en backpacker. On a fait le chemin du retour ensemble, à papoter, à s'échanger nos tuyaux et coups de cœur. Avec 3 jours seulement à Capetown je réalise que c’est bien peu. Lui y est resté 6 jours sur un total de voyage de deux semaines. 
J'ai cherché à faire un compromis, on ne peut pas tout voir, on verra bien. De retour au parking au soleil couchant, on a vu en fait sur une borne qu'on n'avait lue ni l'un ni l'autre qu'il faut compter 3 heures et demie aller/retour et qu'il est conseillé de ne pas commencer la balade après 14h30. Sur ce coup là on a tout faux ! Mais comme on était deux, le risque était plus faible, même si nous nous sommes perdus à maintes reprises dans les rochers, incapables de trouver les repères jaunes.

mercredi 6 février 2013

Back to the bush

Quand j'annonce que c'est la première fois que je viens en Afrique, les gens roulent des yeux ronds incrédules. Que l'on se rassure ce ne sera pas la dernière. Car même si je ne s'en suis qu'à la moitié de mon séjour et qu'au final je n'aurais eu qu'une vision partielle, je sais que j'ai fait le bon choix en venant en Afrique du Sud. L'Afrique sauvage a quelque chose d’envoûtant, où l'on se sent au commencement du monde. Nul autre continent permet d'approcher des animaux de si près et si majestueux. Je rêve de vrais safaris. Ce matin, je lisais des magazines mis à disposition au gîte, dont l'excellent « Get Away », qui est spécialisé dans la vie au plein-air en Afrique du Sud. Scott Ramsay y publie aussi des articles. J'étais tombé sur le site internet d'une expérience incroyable qu'il a menée l'an dernier : faire le tour de plus de 33 parcs d'Afrique du Sud en un an pour les faire partager. 
Son site est incroyable et sa page biographie tout autant. Il était auparavant cadre à Johannesburg jusqu'à ce qu'à force de regarder par la fenêtre de son bureau il se décide de tout plaquer pour vivre ses rêves et retourner à sa ville natale de Capetown. Depuis il est reporter et photographe, spécialisé dans l'aventure. Ses photos sont superbes et je vous laisse le lien pour aller y rendre une visite. A côté, mon blog fait pâle figure. http://www.yearinthewild.com.
Son site m'a beaucoup inspiré pour construire ce voyage. Et justement dans le numéro que je feuilletais il décrivait son aventure dans le parc iMfolozi. Quand il fait les choses, ils les fait à fond. Il ne s'est pas contenté comme moi d'un logement dans le parc puis de partir à l'aventure en voiture. Non, il a fait le circuit le plus excitant du parc, celui qui consiste à partir en petit groupe dans le bush avec un guide armé pendant 5 jours et 4 nuits, en dormant sur des nattes à la belle étoile autour d'un feu de camp. 
Les grands espaces à nouveau!
Il décrit l'expérience comme unique et à faire une fois dans sa vie. Au cours de ce safari il a pu approcher les léopards, girafes, éléphants et hyènes que je n'ai pas réussi à voir. Je regrette un peu de ne pas avoir tenté cette aventure, faute de temps. Voilà pourquoi j’aimerais revenir en Afrique, pour faire quelque chose de semblable.
Je discutais justement avec Butch, le propriétaire du Akidogo. On s'est tout de suite compris. Dans une semaine il part à Sodwana Bay avec sa femme pour une semaine de déconnexion, avant de poursuivre à Kosi Bay, à la frontière du Mozambique. Il lui tarde ; car en 5 ans, depuis qu'il a ouvert son Bed and Breakfast, il n'a pris que de rares vacances. Avant, il a travaillé dans des lodges dans les parcs nationaux et s'est même qualifié comme guide. Le bush lui manque. Son rêve c’est de revendre son gîte pour retourner vivre dans le bush écouter les insectes, regarder les fleurs et sentir les odeurs. 
La vie à Durban dans le bruit n'est pas pour lui. Comme je le comprends ! Je lui ai avoué que pour moi c'était pareil, qu'après dix jours « in the wilderness », le retour à la civilisation était dur et que je n'avais qu'une hâte, prendre mon avion pour me retrouver ce soir à Addo National Park. Surtout que j'ai réservé une nuit, celle du 7 qui s'annonce comme une tuerie : dormir sous une tente tout confort au milieu du bush et des éléphants. Mais je n'en dis pas plus...
Avant de se quitter il m'a chaudement recommandé la Namibie mais aussi le Kenya. Le Kenya tout le monde en a déjà entendu parler, mais la Namibie ? C'est sans doute là que je reviendrai la prochaine fois si question sécurité il n'y a pas de problèmes. Et cette fois je louerai un 4x4 avec tente sur le toit pour camper dans les parcs nationaux en étant à l'abri des bêtes. Je rêve de ça. 
J'ai trouvé en Afrique une lumière et des sensations comme nul part ailleurs. C'est une révélation pour moi. A l'aéroport de Durban, tandis que j'attendais l'avion, j'ai feuilleté des livres à la librairie et je suis tombé en admiration sur « Africa, eye to eye with the unknown », de Michael Bright. C'est un livre commandité par la BBC et les photos sont toutes purement à tomber par terre. Si vous l'ouvrez un jour, je suis sûr que dans l’instant qui suivra vous comprendrez ce que j'aime en Afrique et que achèterez à votre tour un billet d'avion pour venir.
Pour rendre la voiture ça a été enfantin. Le préposé n'a même pas remarqué une jante rouillée suite à l'éraflure faite dès le premier jour contre le trottoir d'Harrismith. Il faut dire que j’avais pris soin de ne pas nettoyer les roues, maculées de boue. Tactique ! Pour l'essence je l'ai rendue à 4/5 plein car il n'y a pas de station sur la route depuis Durban. 
Et Warner Beach n'est pas à 15 kilomètres comme je l'écrivais, mais à plus de 60, changement d'aéroport suite au Mondial oblige. Évidemment le Petit Futé que j'ai date d'avant. Là encore, pas de problème, il m'a fait cadeau de l'essence. Pour accéder à l'avion c'est la même chose, exit Roissy dont je peux désormais résolument dire qu'il est pire qu'un aéroport Africain, là les contrôles durent deux secondes, on peut même emmener sa bouteille d'eau. Pas de passerelle, pas de bus qui tournicotent pendant des heures, on marche à même la piste. Comme en Polynésie. Ça a le charme de la simplicité. Apparemment les terroristes ne sont pas encore passés par là. Tout comme la Nouvelle-Zélande, il reste donc encore des pays où prendre l'avion n'est pas un parcours du combattant.
L'avion qu'on a est une espèce d'étui à cigare bas de plafond dans lequel je n'ai de cesse de me cogner dès que je me lève. 
Les hôtesses quant à elles sont des gazelles toutes droit sorties du bush auxquelles on a dû retirer un os dans le nez avant de les faire monter dans l'avion. Par contre on ne leur a pas appris à sourire. Ni à parler d'ailleurs ; elles s'expriment par hochement de tête ou de lever de sourcils. Ce qu'il y a de bien, c'est que j'ai loisir de prendre toutes les notes que je veux derrière leur épaule, sans crainte qu'elles comprennent ce que j'écris.
En arrivant à Port-Elizabeth, soleil radieux. J'aime toujours autant être en short et en tongs, surtout quand tout le monde se gèle en France. C'en est fini du climat subtropical humide. Il fait toujours aussi chaud mais maintenant que je vais descendre vers Le Cap, ça va devenir de plus en plus méditerranéen. La végétation déjà a changé, elles est plus maigre et la route qui mène à Addo Elephant National Park traverse des étendues herbeuses avec des buissons mais sans arbre. 
A l'intérieur du camp c’est la même chose, la végétation est maigre mais suffisante pour cacher les bestioles. En parlant d'elles je voulais arriver suffisamment tôt cet après midi pour commencer un safari. Je suis content, à 15 heures j'étais arrivé à destination. Le temps de poser la tente sur une aire minuscule où tout le monde est à touche touche et qui jouxte le coin des caravanes, et à moi les bêtes.
Bon, où sont les éléphants ? Car pour l'instant c'est plus de touristes dont le parc regorge. Il y en a partout dans leurs voitures ; quand je freine parce que je crois avoir vu quelque chose, il faut désormais que je regarde dans le rétroviseur. Ça m’énerve, c'est l'usine. Je regrette iMfolozi où je ne croisais quasiment personne. Là, avec le trafic - dont la majorité appartient à des 4x4 bien bruyants - les animaux se cachent. Ils devraient limiter le nombre de personnes admises. 
J'ai aussi fini au camping car tout était complet sur le camp principal en terme de cottages, chalets, rondavels (j'expliquerai plus tard ce que c'est car je vais dormir là dedans dans quelques jours), tree huts et autres. Il ne restait plus rien, ce qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Le tourisme de masse guette.
Si je « spot anything how », eux ils « hunt anything how » ! Personne n'a compris qu'en laissant le moteur tourner à l'arrêt ça n'allait pas faire venir les animaux. Quand enfin je trouve un coin isolé près d'une mare et que je me tapis au fond du siège ne laissant que deux yeux dépasser et mon appareil, il faut toujours qu'il y en ait un qui arrive et qui s'arrête à mon niveau. Car voiture arrêtée = signe que quelque chose se passe. Eh bien non, pas avec moi ! Je fais comme le lion, j'attends. Mais ici, impossible d'attendre, tout le monde est pressé et veut de l'éléphant. 
J'aimerais bien, moi, qu'il se montre!
Moi aussi j'en voudrais bien un mais en attendant je me console avec les oiseaux, les paysages ou les fleurs. Parmi les buissons il y a des tas de couleur fauve que j'ai au début pris pour un dos de lion dépassant des herbes. Eh bien pas du tout, ce sont des termitières géantes qui font plus d'un mètre de haut. A un moment, j'étais content, j'ai vu une hyène traverser. Je me suis arrêté plus loin, coupant tout, attendant qu'elle retraverse chercher son petit qui l'appelait de l'autre côté. De gros 4x4 sont arrivés au milieu d'un nuage de poussière rouge et après même le petit ne disait plus rien. Bref, je suis rentré au camp bredouille. Ce n'est pas faute d'être resté parmi les derniers, passant la barrière à 18h26, soit 4 minutes avant la fermeture.
J'ai fini au restaurant une demie heure plus tard, où j'avais réservé ma table en arrivant. On va m'accuser de faire du racisme, mais au moment de demander l'addition au serveur, avec les éclairages qui le mettaient en contre jour (il avait bien besoin de ça!), je ne savais plus où il fallait que je regarde. 
Parler à une tête sans visage, ça fait une drôle d'impression. Heureusement il a fini par sourire et comme un flash surgi de la nuit, j'ai su alors m'orienter ! Je voulais faire l'appoint mais je n'y comprends rien avec leurs pièces. Par exemple, la pièce de 5 rands existe en version allégée qui donne l'impression à la version classique d'avoir 3 pièces collées entre elles. Du coup mes pièces s’entassent. De temps en temps une bonne âme m'en déleste, comme au curio shop d'iMfolozi où j'avais tout déballé sur la table pendant que la caissière choisissait ce qu'elle voulait en se grattant un sourcil, perplexe elle aussi.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...