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| Robberg peninsula |
La nuit dernière a été
pour le moins agitée. Les orages se sont succédés les uns après
les autres, donnant l'impression que j'avais placé ma tente sous une
cascade. Je n'avais jamais vu ça. Les éclairs transperçaient la
toile de la tente comme en plein jour. Heureusement, je sais qu'elle
résiste parfaitement à ce genre de traitement, merci les tentes
Décathlon. Par contre je ne me suis pas éternisé ce matin. Il
faisait beau et je voulais en profiter pour retourner aux endroits
d'hier, question de faire de plus jolies photos. J'ai donc rangé une
tente complètement détrempée, en la posant sur le siège arrière
de la voiture sans même la plier. Il était 7 heures quand j'ai
quitté le camp. A la barrière les gardes avaient un air mis désolé,
mi admiratif et m'ont demandé si dans ma tente ça avait été, si
elle avait tenu le choc. Je pense aux babouins qui n'ont pas eu cette
chance et ont dû passer une nuit de cauchemar à se serrer les uns
contre les autres.
Je me demande jusqu'à quel point leur fourrure
est imperméable. Avec ma chance habituelle, quand je suis arrivé au
point de vue sur la vallée, la vue avait disparu sous les nuages. Ce
que j'avais pris pour du beau temps ce matin n'était en fait qu'une
éclaircie fugace qui n'aura même pas duré le temps que je fasse 3
kilomètres.
Dans ces conditions, j'ai
pris la route. Avec un peu de chance le saut de puce de moins de 100
kilomètres jusqu'à Knysna me permettra de dépasser cette zone de
turbulence. Et en effet, avant d'arriver à Plettenberg Bay, les
nuages semblaient se déliter au loin. Plettenberg Bay est une baie
très prisée et pour de bonnes raisons. Le cadre est absolument
magnifique. Il y a une haute colline qui domine une baie marquée par
une plage de sable blond très longue, d'un arc parfait, au pied de
laquelle se situe l'embouchure sinueuse d'une rivière.
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| La plage du débarquement des portugais |
C'est sur
cette colline que sont bâties toutes les maisons, de bois pour la
plupart. On voit bien qu'on est dans un quartier de blancs, bien
propre et ordonné. Décidément, je trouve beaucoup de similitudes
avec la Nouvelle-Zélande, partie Île du Nord. C'est aussi là que
les européens, des portugais en l’occurrence, débarquèrent en
Afrique du Sud et campèrent sur la plage durant de longs mois.
Je devais me rendre à la
péninsule de Robberg, réserve naturelle qui ferme la baie mais le
temps qui semblait s'améliorer n'était qu'une illusion. A la place,
j'ai arpenté les rues de Plettenberg à la recherche de wifi pendant
une heure, en vain. Tant pis, j'ai continué ma route vers Knysna où
je ne devais arriver que le soir même. J'ai grillé le parcours que
je devais faire en un jour. Il n'y à rien à faire et à voir avec
un temps pareil ; ça me mine pas mal.
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| Robberg peninsula |
Je le savais, cette
Garden Route était trop verte pour être honnête. Je n'ai désormais
qu'une hâte c'est de la quitter pour me rapprocher de Capetown, plus
à l'ouest et au climat dit méditerranéen. A la Garden Route c'est
plutôt la Suisse ou l'Autriche vus les paysages. Je veux des pins et
de la garrigue. J'ai pris ma décision, ça ne sert à rien de moisir
sur la Garden Route pendant encore 2 jours. Autant zapper cette
partie sans regrets. Le problème est que j'ai encore deux nuits de
réservées dans le parc national et elle ne sont pas remboursables.
Quand je suis arrivé à Knysna, j'ai tourné à nouveau dans la
ville pour trouver de l'internet. Knysna , pourtant réputée comme
étant le cœur de la Garden Route, avec ses forêts, ses lacs et sa
cuisine gastronomique, ne me fait ni chaud ni froid. Je ne lui trouve
aucun charme, on se croirait en baie de Somme. Je trouve que cette
Garden Route ne casse pas trois pattes à un canard. Peut être
qu'elle est exceptionnelle pour l'Afrique, mais on a la même chose
en Europe. Ce n'est pas la peine de venir si loin pour voir ça. Je
préfère du plus typique et dépaysant. Le bush me manque. Je m'y
plaisais plus.![]() |
| Nature's Valley avant de partir ce matin |
A force de tourner dans
la ville, j'ai fini par pouvoir me connecter et à ce moment quelques
rayons de soleil se sont mis à apparaître timidement, avant une
franche zone de grand ciel bleu. C'était presque comme un signal
pour me demander de rester. Au final, j'ai juste mis le blog à jour,
sans changer mes réservations. Et je suis retourné à Plettenberg
Bay, à 30 kilomètres en arrière, dans le but de visiter la
presqu’île de Robberg que j'avais ignorée ce matin. Trouver la
route pour cette presqu’île maudite est une affaire impossible.
Pourtant, la carte (mais quelle carte...) mentionne bien un accès
qui se prend quelques kilomètre de Plettenberg Bay. Je me suis
engagé sur une piste pour arriver au bout de quelques kilomètres à
une barrière du parc. Le garde m'a dit que j'avais fait fausse route
et qu'il fallait que je tourne sur ma droite plus loin. Sauf que plus
loin, sur la droite il n'y avait rien d'indiqué et c'était encore
une piste défoncée.
J'ai donc poursuivi jusqu'à Plettenberg Bay où
une autre route rejoint Robberg peu avant d'y arriver. Mais là
encore je me suis paumé et retrouvé dans un township où je n'en
menais pas large. Des espèces de maisons défraîchies pour les les
mieux, ou de simples cabanes avec un toit de tôle pour les autres,
le tout baignant dans la crasse et les immondices que des armées de
chiens reniflent. Ça grouille de monde là dedans. Les gens ne me
regardent pas avec un œil suspicieux ou prêts à me caillasser.
Hormis l'état des maisons, on se croirait dans un quartier comme un
autre. Je lui trouve même du charme, apporté par les couleurs des
maisons, toutes différentes. Et puis c'est dimanche, c’est le
retour des dames qui boitent en souliers vernis.
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| Ça commence à se gâter à la péninsule |
A force de tourner en
rond, je vous livre le secret pour rejoindre la péninsule de
Robberg. Ça vous évitera de perdre du temps et de l’énergie, à
scruter une carte définitivement bonne à jeter. Il faut prendre la
sortie Piesang Valley juste à l'entrée de la ville quand on vient
de Knysna. La route descend alors dans une vallée résidentielle au
fond de laquelle il faut tourner direction Kraushoek. Sur cette route
vous verrez fléché enfin sur votre gauche « Robberg ».
Évidemment ce n'est pas ce chemin que j'ai pris, j'ai faits maints
demis tours avant d'y arriver sur les coups de midi. L'accès est
payant et j'ai tendance à croire que dès qu'il y a un bout de
nature publique il faut mettre la main au porte monnaie. On a de le
chance en France d'avoir de nombreux endroits où l'on peut se
promener librement. Imaginez si tout était clôturé. Car c'est bien
la cas ici. Des barbelés délimitent toutes les routes, sur des
kilomètres. C’est pour ça que je dis qu'on ne peut pas faire de
camping sauvage en Afrique du Sud. C'est exactement comme en
Nouvelle-Zélande. C'est quoi ce sens de la propriété à la noix ?
C'est juste pour faire chier le monde, car ce n’est même pas pour
empêcher des bêtes de s'échapper, ce ne sont pas des champs. C’est
vraiment pour dire « c’est à moi et vous n'avez pas le droit
d'y entrer ».
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| Courage, fuyons! |
A Robberg vous pouvez
apercevoir des phoques, c'est ce que révèle la brochure. Mais elle
ne dit pas à quelle époque. Car pour l'heure il n'y en a pas. A la
place, les sentiers sont couverts de fourmis. Rien d'alarmant jusque
là. Sauf que je vous conseille de ne pas mettre de tongs comme moi.
Ce sont des fourmis qui n'ont qu'un objectif : vous monter sur
le pied dans la milliseconde où vous le posez à terre pour vous
piquer les orteils, la cheville, le talon... Elles sont voraces et ne
décampent pas, il faut les tuer pour les chasser. C'est un vrai
supplice. N'espérez même pas vous arrêter prendre une photo. La
seule parade que j'ai trouvée c’est de marcher très vite de façon
à avoir le pas qui touche le sol le moins possible et taper du pied
à chaque foulée pour les décrocher au moment où elles essayent de
monter. Malgré ça, mes pieds sont couverts de bleus à force de me
donner des coups !
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| En arrivant à Bontebok |
Le paysage de la péninsule de Robberg est
merveilleux, avec des baies secrètes et très belles. Par contre il
ne faut pas espérer s'y baigner. J'ai trempé un pied pour voir et
ça m'a saisi les orteils ! Je n'ai pas pu profiter bien
longtemps des attraits de la péninsule. En fait j’étais en limite
du dernier nuage qui ne voulait pas dégager. Pire, il faisait du
surplace et voyant que j'allais partir il a décidé de faire demi
tour et de me suivre, emportant avec lui le reste de ses acolytes qui
plongeaient la Garden Route dans la tourmente.
Ce soir je dois dormir
dans la forêt de Diepwalle, dans le parc national de la section de
Knysna. C'est un endroit où ils ont construit des plateformes en
bois au sommet des arbres sur laquelle on pose sa tente. L'expérience
promet d'être inoubliable. Sauf que la pluie et les éclairs sont
venus contrarier mes projets.
Tout ce que je venais de quitter
revenait à l'assaut, les nuages tournant en rond sans trouver de
porte de sortie. Après la nuit dernière catastrophique, je ne me
voyais pas réitérer la chose. Quel plaisir y a t-il à s'emmancher
dans une forêt lugubre ? J'ai donc définitivement changé mes
plans en tirant un trait sur la Garden Route, deux jours avant son
terme. Pour cela il fallait que j'accède à nouveau à internet pour
rajouter deux nuits à ma réservation sur Capetown. Et tant pis pour
les deux nuis perdues ici, ça m'apprendra à réserver à l'avance.
Le mec que j'avais croisé à South River Mouth était plus libre, il
avançait à sa guise, cherchant un hébergement au jour le jour et
il me disait qu'il avait toujours trouvé sans souci. J'aurais dû
faire pareil mais c'est trop tard. Tout de même ils abusent un peu
au Parc National. Ne pas rembourser des nuits de camping, je ne vois
pas où est le préjudice si on ne vient pas, quand les campings sont
vides aux trois quarts. Enfin...
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| Langberg mountains |
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| Et d'une, de bontebok! |
Prochain cap donc :
le Bontebok National Park, situé à 200 km de Capetown et à peu
près autant d'où je suis. Comme il est déjà 16 heures au moment
où je quitte Knysna, je n'ai pas intérêt à traîner si je veux
arriver avant la nuit, même si je suppose qu'en allant vers l'ouest
je vais gagner quelques minutes de jour. Déjà, par rapport à mon
arrivée dans le Drakensberg, je vois la différence. La fin de la
Garden Route est marquée par la ville de George. Ce tronçon est une
succession de panneaux 100, 120, 60, 80 km/h. Ça change tout le
temps sans trop de raison, à la faveur d'un virage, d'une
intersection ou parce qu'on arrive en ville. Rouler à 60 pendant
plusieurs kilomètres sur une ligne droite à 4 voies quand on a
encore 200 bornes à faire, c'est insoutenable. Je roulais un peu
plus vite, à 75 quand je me suis fait flasher. Au moment où j'ai vu
l'appareil le flash est sorti. Et voilà ! Ils auront une jolie
photo de moi surpris et grimaçant. J'en rigole mais ça ne me fait
pas rire. Je suis sûr que le panneau à 60 était fait exprès. Tout
de suite après c'est repassé à 120. Combien ça va me coûter
cette affaire, plus la commission de frais de dossiers du loueur ?
J'ai décidé de ne plus y penser, de toute façon c'est fait.
N’empêche, celui qui a inventé les radars automatiques devrait
être pendu en place publique !
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| Vue de la tente |
Le parc national de
Bontebok est situé sur un plateau, au pied du petit massif
montagneux du Langberg. Avec le soleil qui se couche ça donne à cet
endroit un air de pampa d'Amérique du Sud. C'est ici que vivent les
bontebok, une antilope qui a donné le nom au parc. Je suis de retour
dans le bush, ça me change pour mon plus grand bonheur. Sans doute
pour la dernière fois. Cette halte dans le parc est réjouissante, à
seulement 5 kilomètres de la route pour Capetown et à mi chemin de
la Garden Route. Et pourtant personne ne s'y arrête. A part quelques
bungalows loués et 3 campings cars, le terrain pour les tentes est
vide. C'est le plus bel endroit où j'ai campé pour l'instant. Je
suis au bord d'une rivière avec ces belles montagnes derrière. Et
le camp est tout neuf, certains chalets sont encore en cours
d’aménagement et les toilettes sentent la peinture fraîche. Je
serais bien resté une nuit de plus ici. C'est plein de charme ;
pendant que je dînais dans la voiture à cause des moustiques, j'ai
même vu des lièvres qui gambadaient sur la pelouse. Ça m'a déridé
de cette journée un peu stressante.

















































