La plage de Dantita n'est
plus ce petit havre de paix que j'ai connu. Entre les touristes et
les locaux c'est l'invasion où qu'on se rende. Un peu moins à
Dantita. Mais comme la plage est petite, on a tôt fait de se
retrouver à côté de quelqu'un. La place que je convoitais autour
de la table de pique nique est prise par trois jeunes, deux filles et
un gars. Mais comme ils préfèrent bronzer au soleil je me suis mis
à côté, à l'ombre, avant de trouver une place plus loin cachée
sous les arbres qui s'épanouissent au dessus de l'eau. Une famille
déposée en bateau venait de laisser l'endroit libre. Mais pas pour
longtemps. Alors que je prenais des photos de la plage, des ticos ont
posé leurs affaires sur une branche à deux mètres de moi,
s’enduisant copieusement de crème solaire qui pue et parlant haut
et fort pour couvrir la musique qui sortait du transistor.
Et les
ticos aiment bien parler. Ce sont des conversations sans un silence
qui peuvent durer tout un après midi. Inutile donc de rester là, je
suis retourné voir les trois autres qui étaient plus occupés à
bronzer qu'à parler.
C'est pratique ces arbres
qui donnent de petites boules vertes, ils sont pleins de branches
mortes idéales pour accrocher sac à dos, appareil photo ou sac de
pique-nique. J’ai acheté une papaye ce matin. Elle est énorme et
j'ai eu bien du mal à en manger la moitié. Ça m'a fait mon repas.
C'est un régal. Rectificatif par rapport à ce que je racontais
avant : la papaye bien mure n'a pas tant que ça le goût
d'abricot mais plutôt celui du magnolia.
On s'en met plein des
mains, le jus coule le long des coudes et de la gorge. C'est tout
collant mais la mer est juste à côté pour se nettoyer.
Après le déjeuner j'ai
joué au singe hurleur. Les hurlements en moins. L’arbre sur lequel
j'avais suspendu mes affaires est un peu couché et possède une
fourche pas bien haute de sorte que je me suis amusé à grimper
dedans. C'est un vrai bonheur que de se tenir assis, une main
enlaçant une branche pendant que l'on sent l'écorce rugueuse
rassurante sous sa paume. Et quelle vue de là haut ! En plus on
sent passer une vraie énergie. On dit souvent que toucher un arbre
permet de nous reconnecter avec la terre. C'est vrai.
Peut être
parce qu’on est au fond qu'un vulgaire singe soit disant évolué.
L'arbre se balance au gré du vent et on se sent comme à la proue
d'un navire. Une douceur torpeur nous gagne alors. Mais garde à ne
pas lâcher la branche qui nous retient. Aussi, j'ai préféré
redescendre avant de m'endormir là haut pour de bon. Cela faisait
une éternité que je n'étais pas monté dans un arbre, il faudra
que je réitère l'expérience.
Plus tard dans l'après
midi, la marée descendante de retour, ce sont les américains du
resort de la page Danta qui sont venus faire un tour. Et pas qu'un.
Un ensemble d'au moins trois familles avec l'équivalent d'une classe
de mioches.
Je les ai reconnus au bruit qu'ils fond. Y en a un
surtout un, il faudrait le noyer. A la moindre vague il s'exclame « a
big one, oh my God ! ». Ils étaient hier à la plage
Concha et ils ont pourri une bonne partie de la plage. Faudrait
qu'ils me donnent leur planning pour que j'évite les endroits qu'ils
comptent visiter. Heureusement ils ne sont restés que pour la
baignade. C'est ce que fait d’ailleurs la majorité des gens. Ils
viennent voir, s'arrêtent un peu et repartent. La plage doit être
trop sauvage pour eux. Dans ce cas, autant me la laisser. Merci !
On ne change pas des
habitudes qui me conviennent, je suis retourné dîner à Las Brisas
à Potrero.
Un des serveurs m'a reconnu et m'a servi direct une bière
Imperial sans que je demande quoi que ce soit. Pourtant je n'y avais
pas mis les pieds depuis une semaine et ils ne m'avaient vu avant que
quelques fois. Ça fait plaisir de voir qu'on n'est pas qu'un
touriste de plus noyé dans la masse. Par contre, adieu la nuit
derrière la plage de Prieta. Il y avait un orchestre pour divertir
ces américains qui s'ennuient au paradis. Avec des flons-flons et un
animateur, je suis allé voir plus haut, au sommet de la colline qui
sépare Prieta de Pan de Azucar. Il y a un petit chemin cul de sac où
je me suis garé. De l'autre côté il y avait aussi une fête avec
des gens bourrés qui gueulaient au milieu d'un concert de
percussions. Va falloir que je trouve un endroit loin de tout, si ça
existe. Avec Noël qui approche, les festivités n'ont pas fini de
s'enchaîner et de prendre de l'ampleur. C'est dommage car le coin
était un petit coin de paradis bien isolé. Les vacances ont changé
la donne...






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