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mardi 2 décembre 2014

Parque Nacional Manuel Antonio

Playa Manuel Antonio
Le parc national draine de nombreux touristes avides de découvertes animalières. La majorité est représentée par des groupes d’américains qui n'y connaissent rien à la vie sauvage et s'extasient devant une feuille qui bouge, rêvant avoir vu un singe. Ils sont avec des guides armés de longues vues et trépieds qui scrutent la cime des arbres. Quand enfin ils ont aperçu un truc, c’est un déchaînement de téléphones portables pour prendre en photo l'image à travers la lentille de la longue-vue. Ils sont aussi rapides que des limaces, cela offre l'avantage de pouvoir les doubler facilement. Il y a un seul point d'accès dans le parc. Il faut acheter son billet à une banque juste avant l'entrée et non pas au guichet du parc qui ne sert qu'à contrôler les tickets. 
Il faut bien multiplier les emplois... Soit l'inflation au Costa Rica est galopante, soit ils s'en mettent plein les poches mais l'entrée en 2012 était à 10 dollars. C'est désormais 16. Et à peine plus de 3 pour les locaux. Cela donne juste l'impression que le touriste est perçu comme une riche vache à lait en puissance. Puisque les locaux payent moins cher, dans ce cas, pourquoi ne pas faire des billets avec un tarif progressif selon les revenus de chacun ? Soyons juste jusqu'au bout.
Le parc fut créé en 1972, sauvant in-extremis quelques kilomètres carrés d'un littoral qui s’apprêtait à être rasé et buldozerisé pour faire place nette à un projet de développement côtier. 
C’est le plus petit parc national du Costa Rica, même si sa taille a été agrandie en 2000 pour former à présent 16 kilomètres carrés. On trouve une faune très riche, une belle forêt tropicale et des plages sublimes. Deux anses se rejoignent au niveau d'un isthme que l'on traverse en quelques mètres. C’est cette particularité qui a valu la création du parc. Pas besoin de chercher les bestioles à l'entrée du parc, elles sont toutes au niveau des plages. Des singes capucins. Mais pas que. Je retrouve aussi les ratons laveurs de San Francisco. Les mêmes. Ils sont tout aussi mignons et n'hésitent pas à venir vous voir. Et c’est là que le problème commence. 
Playa Espadilla Sur
J'avais un sac en plastique avec quelques fruits et des biscuits. Ils sont arrivés à trois pour mener une offensive. J'ai eu beau lever mon bras le plus haut possible, une de ces bestioles a réussi à sauter sur le sac en grognant férocement et à l'éventrer pour partir avec une poire. Les autres s’apprêtaient à en faire tout autant alors je me suis sauvé en courant. L'ambiance devenait malsaine, les singes qui contemplaient la scène devenant très excités à leur tour et bien décidés à ne pas rater l'occasion. Ils rappliquaient en nombre et montraient des dents effrayantes. Comme toutes ces bestioles mordent et ne sont pas à jour de leurs vaccins, je m'en méfie depuis le coup du macaque qui m'avait mordu à Koh Lipe. 
En définitive il ne faut pas visiter le parc avec de la nourriture. Comme disaient les gardes des parcs américains, un animal habitué à trouver sa nourriture auprès des humains perd sa crainte instinctive et devient très agressif pour obtenir ce qu'il veut. C'est chose vérifiée.
Le parc est plein de sentiers bien moins fréquentés que la piste principale qui mène à l'isthme où les touristes se concentrent au niveau de la plage sud, Manuel Antonio. C'est marée haute et la mer vient lécher les branches qui tombent jusque sur le sable où les gens se sont mis à l'ombre. Il faut dire que la plage est particulièrement belle, avec un sable clair et une végétation luxuriante au vert incroyable et une mer émeraude irréelle. 
Playa Manuel Antonio
Ajoutez à cela des cocotiers comme suspendus au dessus de l'eau, et vous avez la carte postale de la plage parfaite que tout le monde recherche en venant sous les tropiques. Eh bien je n'ai pas pu en profiter, ne serait-ce que pour faire trempette. J'avais mis mes affaires sur un rocher à l'écart de la plage pour le mettre à l'abri des bestioles. Ça ne sert à rien, ces ratons laveurs ont un flair diabolique et l'un d'eux n'a pas hésité à se tremper un peu pour grimper sur le rocher. Les gens tous seuls comme moi en sont réduits à regarder la plage, les bras ballants, sans pouvoir faire autre chose. Ceux qui s'aventurent à piquer une tête en ressortent bien vite à la vue d'un raton en train de fouiner. Pour les couples et les familles c’est plus simple, les gens se relaient pour monter la garde. Depuis le coup de la poire volée, je les aime beaucoup moins ces ratons laveurs. 

Playa Espadilla Sur

Dans ces conditions, j'ai poursuivi mon chemin, grimpant vers la pointe au bout de l'isthme qui s’enfonce dans la jungle. De temps en temps on a une trouée entourée de lianes qui permet de contempler l'océan. Il fait très chaud dans le parc. Il faut dire que j'ai choisi la plus belle journée pour l'explorer et le soleil tape fort. Même à l'ombre la chaleur est à suffoquer. J'ai enlevé le T-shirt depuis longtemps mais ça ne m’empêche pas de transpirer à grosses gouttes. Je ruisselle, de l'eau plein les yeux que je suis obligé d'essuyer comme je peux chaque fois que je veux regarder dans le viseur pour prendre une photo. Pour arranger les choses je suis chargé comme une mule. 
Playa Espadilla Sur
La faute à un 4x4 qui n'a pas de tablette pour cacher le contenu du coffre. Je suis donc obligé de me trimbaler tout ce qui pourrait être volé et me faire défaut ensuite. Outre les papiers, le portefeuille et l'ordinateur, c’est tout un bordel électronique que je dois aussi me farcir : chargeurs, câbles, transformateur de voiture... De toute façon si j'étais à l'hôtel ce serait le même cirque, à moins de loger dans des trucs à 500 dollars la nuit. Les piaules ferment souvent mal et la lecture des avis sur internet révèlent des clients se plaignant de vols un peu partout. J’étais prêt à finir à l'hôtel, pour plus de confort. Mais ceux qui sont abordables ont tous des inconvénients. Les backpackers sont tous truffés de vermine d'où les gens en ressortent en se grattant frénétiquement. 
Nombre de passages, hygiène réduite plus conditions tropicales ne font évidement pas bon ménage. Pour les hôtels disposant de chambres individuelles, vous pouvez finir dans un four, guère plus grand qu'une prison, sans fenêtre avec juste une ouverture grillagée qui laisse passer tous les bruits. Bref je suis mieux au bord du Rio Naranjo. J'ai abandonné la tente, j'y transpirais toute la nuit sans pouvoir y fermer l’œil. A la place je dors dans le 4x4. J'avais acheté une moustiquaire aux États-Unis que j'ai découpée pour couvrir chaque vitre en la pinçant dans la portière. Je peux ainsi dormir toutes vitres baissées en faisant courant d'air. 
Playa Espadilla Sur
En plus le 4x4 a des sièges arrières qui s’inclinent ce qui permet d’agrandir la longueur du siège passager de devant. Je dispose donc de la taille d'un lit et comme je suis devenu expert en comblement des irrégularités de siège, j'ai un couchage bien plat, bourré par les sacs de couchages qui ne me servent à rien et que j'ai entourés d'un drap de soie sur lequel je dors, le plus souvent à poil pour plus de fraîcheur, quitte à me couvrir ensuite dans la nuit. C'est la première fois que j'ai aussi chaud sous les tropiques.
Tandis que je faisais mon petit tour dans la jungle, je me suis arrêté à un point de vue sur l'océan où des gens s’étaient aussi arrêtés, s’extasiant devant des singes capucins qui jouaient dans les branches. 
Une maman avec son petit enroulé sur le dos est arrivée et tout le monde a sorti son appareil photo. Jusqu'à ce que le nombre de singes ne cesse d’augmenter. J'ai tout de suite compris pourquoi. Ils avaient repéré mon sac en plastique dont ils se rapprochaient l'air de rien. Dès que j'ai levé le bras pour le mettre plus à l'écart, les singes sont devenus menaçants, hurlants et montrant les dents. Ils étaient dans les branches juste devant la sortie du point de vue, nous encerclant en barrant la sortie. Un couple qui prenait la maman et son petit en photo s'est exclamé « It's time to go ! ». J'ai rajouté « Definitively ! ». 
En effet ils s'agitaient, prêts à se jeter sur nous. Seul échappatoire : être plus menaçant qu'eux. J'ai été le premier à ouvrir la voie, fonçant vers eux tête baissée en gesticulant. Ils auraient pu se jeter sur moi au passage et me mordre mais j'ai tenté le coup. Ça a marché mais je me suis fait suivre par une armée de singes sautant par dessus les troncs moussus à terre ou se jetant de branches en branches pour me rattraper. J'ai fini ma course sur l'autre côté de l'isthme, doté d'une grande plage moins fréquentée, Playa Espadilla Sur. Débarrassé des singes, cette fois ce sont les ratons laveurs qui m'ont donné du fil à retordre. Impossible de prendre un bain et de se poser quelque part. 
Trop c’est trop, j'ai vidé mon sac à 11 heures, debout dans l'océan pour être tranquille et enfin profiter de la plage. Et encore ! Les ratons laveurs patrouillent partout et ils ont désormais associé un sac à dos à un garde manger. Dès qu'ils en voient un, ils se jettent dessus et le mordent pour chercher à l'ouvrir même s'il n'y a rien dedans. Même en suspendant son sac aux branches, ces satanées bestioles arrivent à grimper dans l'arbre et à cheminer en équilibre jusqu'au sac.
Malgré tout j'ai réussi à passer un bon après midi, à l'ombre d'un résinier tout au bord de l'eau, contemplant les pélicans aller et venir tout en se jetant à l'eau dans de gros « plouf ». 
Sur la plage, on trouve aussi des iguanes qui patrouillent, bleu, beige et orange avec une crête et des épines. C'est l'apparat du mâle. La femelle est deux fois plus petite, toute lisse et aux couleurs bien moins chatoyantes. J'en ai surpris deux en train de faire crac-crac pendant que le mâle la tenait en mordant son cou. Une fois la chose faite, la femelle s'est sauvée en trombe loin de cette étreinte pas vraiment sensuelle, bien contente de retrouver sa liberté. En quittant le parc, les ratons laveurs ne s'attaquaient plus aux touristes, ayant compris que l’heure du déjeuner était finie. Ils s'en prenaient à présent aux poubelles. Elles sont à bascule et même sil elles ont un capot avec un crochet pour le maintenir fermé, les ratons n'ont qu'à monter dessus et à s'agiter un peu pour faire balancier. Au bout d'un moment la poubelle se retourne et ils n'ont plus qu'à se servir. Avec leurs pattes munies de doigts, ils fourrent là dedans comme on farcit une dinde. Ils sont très intelligents. Un peu trop à mon goût. Impossible de les berner !

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