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| Playa Manuel Antonio |
Le parc national draine
de nombreux touristes avides de découvertes animalières. La
majorité est représentée par des groupes d’américains qui n'y
connaissent rien à la vie sauvage et s'extasient devant une feuille
qui bouge, rêvant avoir vu un singe. Ils sont avec des guides armés
de longues vues et trépieds qui scrutent la cime des arbres. Quand
enfin ils ont aperçu un truc, c’est un déchaînement de
téléphones portables pour prendre en photo l'image à travers la
lentille de la longue-vue. Ils sont aussi rapides que des limaces,
cela offre l'avantage de pouvoir les doubler facilement. Il y a un
seul point d'accès dans le parc. Il faut acheter son billet à une
banque juste avant l'entrée et non pas au guichet du parc qui ne
sert qu'à contrôler les tickets.
Il faut bien multiplier les
emplois... Soit l'inflation au Costa Rica est galopante, soit ils
s'en mettent plein les poches mais l'entrée en 2012 était à 10
dollars. C'est désormais 16. Et à peine plus de 3 pour les locaux.
Cela donne juste l'impression que le touriste est perçu comme une
riche vache à lait en puissance. Puisque les locaux payent moins
cher, dans ce cas, pourquoi ne pas faire des billets avec un tarif
progressif selon les revenus de chacun ? Soyons juste jusqu'au
bout.
Le parc fut créé en
1972, sauvant in-extremis quelques kilomètres carrés d'un littoral
qui s’apprêtait à être rasé et buldozerisé pour faire place
nette à un projet de développement côtier.
C’est le plus petit
parc national du Costa Rica, même si sa taille a été agrandie en
2000 pour former à présent 16 kilomètres carrés. On trouve une
faune très riche, une belle forêt tropicale et des plages sublimes.
Deux anses se rejoignent au niveau d'un isthme que l'on traverse en
quelques mètres. C’est cette particularité qui a valu la création
du parc. Pas besoin de chercher les bestioles à l'entrée du parc,
elles sont toutes au niveau des plages. Des singes capucins. Mais pas
que. Je retrouve aussi les ratons laveurs de San Francisco. Les
mêmes. Ils sont tout aussi mignons et n'hésitent pas à venir vous
voir. Et c’est là que le problème commence.
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| Playa Espadilla Sur |
J'avais un sac en
plastique avec quelques fruits et des biscuits. Ils sont arrivés à
trois pour mener une offensive. J'ai eu beau lever mon bras le plus
haut possible, une de ces bestioles a réussi à sauter sur le sac en
grognant férocement et à l'éventrer pour partir avec une poire.
Les autres s’apprêtaient à en faire tout autant alors je me suis
sauvé en courant. L'ambiance devenait malsaine, les singes qui
contemplaient la scène devenant très excités à leur tour et bien
décidés à ne pas rater l'occasion. Ils rappliquaient en nombre et
montraient des dents effrayantes. Comme toutes ces bestioles mordent
et ne sont pas à jour de leurs vaccins, je m'en méfie depuis le
coup du macaque qui m'avait mordu à Koh Lipe.
En définitive il ne
faut pas visiter le parc avec de la nourriture. Comme disaient les
gardes des parcs américains, un animal habitué à trouver sa
nourriture auprès des humains perd sa crainte instinctive et devient
très agressif pour obtenir ce qu'il veut. C'est chose vérifiée.
Le parc est plein de
sentiers bien moins fréquentés que la piste principale qui mène à
l'isthme où les touristes se concentrent au niveau de la plage sud,
Manuel Antonio. C'est marée haute et la mer vient lécher les
branches qui tombent jusque sur le sable où les gens se sont mis à
l'ombre. Il faut dire que la plage est particulièrement belle, avec
un sable clair et une végétation luxuriante au vert incroyable et
une mer émeraude irréelle.
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| Playa Manuel Antonio |
Ajoutez à cela des cocotiers comme
suspendus au dessus de l'eau, et vous avez la carte postale de la
plage parfaite que tout le monde recherche en venant sous les
tropiques. Eh bien je n'ai pas pu en profiter, ne serait-ce que pour
faire trempette. J'avais mis mes affaires sur un rocher à l'écart
de la plage pour le mettre à l'abri des bestioles. Ça ne sert à
rien, ces ratons laveurs ont un flair diabolique et l'un d'eux n'a
pas hésité à se tremper un peu pour grimper sur le rocher. Les
gens tous seuls comme moi en sont réduits à regarder la plage, les
bras ballants, sans pouvoir faire autre chose. Ceux qui s'aventurent
à piquer une tête en ressortent bien vite à la vue d'un raton en
train de fouiner. Pour les couples et les familles c’est plus
simple, les gens se relaient pour monter la garde. Depuis le coup de
la poire volée, je les aime beaucoup moins ces ratons laveurs.
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| Playa Espadilla Sur |
Dans ces conditions, j'ai
poursuivi mon chemin, grimpant vers la pointe au bout de l'isthme qui
s’enfonce dans la jungle. De temps en temps on a une trouée
entourée de lianes qui permet de contempler l'océan. Il fait très
chaud dans le parc. Il faut dire que j'ai choisi la plus belle
journée pour l'explorer et le soleil tape fort. Même à l'ombre la
chaleur est à suffoquer. J'ai enlevé le T-shirt depuis longtemps
mais ça ne m’empêche pas de transpirer à grosses gouttes. Je
ruisselle, de l'eau plein les yeux que je suis obligé d'essuyer
comme je peux chaque fois que je veux regarder dans le viseur pour
prendre une photo. Pour arranger les choses je suis chargé comme une
mule. ![]() |
| Playa Espadilla Sur |
La faute à un 4x4 qui n'a pas de tablette pour cacher le
contenu du coffre. Je suis donc obligé de me trimbaler tout ce qui
pourrait être volé et me faire défaut ensuite. Outre les papiers,
le portefeuille et l'ordinateur, c’est tout un bordel électronique
que je dois aussi me farcir : chargeurs, câbles, transformateur
de voiture... De toute façon si j'étais à l'hôtel ce serait le
même cirque, à moins de loger dans des trucs à 500 dollars la
nuit. Les piaules ferment souvent mal et la lecture des avis sur
internet révèlent des clients se plaignant de vols un peu partout.
J’étais prêt à finir à l'hôtel, pour plus de confort. Mais
ceux qui sont abordables ont tous des inconvénients. Les backpackers
sont tous truffés de vermine d'où les gens en ressortent en se
grattant frénétiquement.
Nombre de passages, hygiène réduite plus
conditions tropicales ne font évidement pas bon ménage. Pour les
hôtels disposant de chambres individuelles, vous pouvez finir dans
un four, guère plus grand qu'une prison, sans fenêtre avec juste
une ouverture grillagée qui laisse passer tous les bruits. Bref je
suis mieux au bord du Rio Naranjo. J'ai abandonné la tente, j'y
transpirais toute la nuit sans pouvoir y fermer l’œil. A la place
je dors dans le 4x4. J'avais acheté une moustiquaire aux États-Unis
que j'ai découpée pour couvrir chaque vitre en la pinçant dans la
portière. Je peux ainsi dormir toutes vitres baissées en faisant
courant d'air.
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| Playa Espadilla Sur |
En plus le 4x4 a des sièges arrières qui s’inclinent
ce qui permet d’agrandir la longueur du siège passager de devant.
Je dispose donc de la taille d'un lit et comme je suis devenu expert
en comblement des irrégularités de siège, j'ai un couchage bien
plat, bourré par les sacs de couchages qui ne me servent à rien et
que j'ai entourés d'un drap de soie sur lequel je dors, le plus
souvent à poil pour plus de fraîcheur, quitte à me couvrir ensuite
dans la nuit. C'est la première fois que j'ai aussi chaud sous les
tropiques.
Tandis que je faisais mon
petit tour dans la jungle, je me suis arrêté à un point de vue sur
l'océan où des gens s’étaient aussi arrêtés, s’extasiant
devant des singes capucins qui jouaient dans les branches.
Une maman
avec son petit enroulé sur le dos est arrivée et tout le monde a
sorti son appareil photo. Jusqu'à ce que le nombre de singes ne
cesse d’augmenter. J'ai tout de suite compris pourquoi. Ils avaient
repéré mon sac en plastique dont ils se rapprochaient l'air de
rien. Dès que j'ai levé le bras pour le mettre plus à l'écart,
les singes sont devenus menaçants, hurlants et montrant les dents.
Ils étaient dans les branches juste devant la sortie du point de
vue, nous encerclant en barrant la sortie. Un couple qui prenait la
maman et son petit en photo s'est exclamé « It's time to
go ! ». J'ai rajouté « Definitively ! ».
En effet ils s'agitaient, prêts à se jeter sur nous. Seul
échappatoire : être plus menaçant qu'eux. J'ai été le
premier à ouvrir la voie, fonçant vers eux tête baissée en
gesticulant. Ils auraient pu se jeter sur moi au passage et me mordre
mais j'ai tenté le coup. Ça a marché mais je me suis fait suivre
par une armée de singes sautant par dessus les troncs moussus à
terre ou se jetant de branches en branches pour me rattraper. J'ai
fini ma course sur l'autre côté de l'isthme, doté d'une grande
plage moins fréquentée, Playa Espadilla Sur. Débarrassé des
singes, cette fois ce sont les ratons laveurs qui m'ont donné du fil
à retordre. Impossible de prendre un bain et de se poser quelque
part.
Trop c’est trop, j'ai vidé mon sac à 11 heures, debout dans
l'océan pour être tranquille et enfin profiter de la plage. Et
encore ! Les ratons laveurs patrouillent partout et ils ont
désormais associé un sac à dos à un garde manger. Dès qu'ils en
voient un, ils se jettent dessus et le mordent pour chercher à
l'ouvrir même s'il n'y a rien dedans. Même en suspendant son sac
aux branches, ces satanées bestioles arrivent à grimper dans
l'arbre et à cheminer en équilibre jusqu'au sac.
Malgré tout j'ai réussi
à passer un bon après midi, à l'ombre d'un résinier tout au bord
de l'eau, contemplant les pélicans aller et venir tout en se jetant
à l'eau dans de gros « plouf ».
Sur la plage, on trouve
aussi des iguanes qui patrouillent, bleu, beige et orange avec une
crête et des épines. C'est l'apparat du mâle. La femelle est deux
fois plus petite, toute lisse et aux couleurs bien moins chatoyantes.
J'en ai surpris deux en train de faire crac-crac pendant que le mâle
la tenait en mordant son cou. Une fois la chose faite, la femelle
s'est sauvée en trombe loin de cette étreinte pas vraiment
sensuelle, bien contente de retrouver sa liberté. En quittant le
parc, les ratons laveurs ne s'attaquaient plus aux touristes, ayant
compris que l’heure du déjeuner était finie. Ils s'en prenaient à
présent aux poubelles. Elles sont à bascule et même sil elles ont
un capot avec un crochet pour le maintenir fermé, les ratons n'ont
qu'à monter dessus et à s'agiter un peu pour faire balancier. Au
bout d'un moment la poubelle se retourne et ils n'ont plus qu'à se
servir. Avec leurs pattes munies de doigts, ils fourrent là dedans
comme on farcit une dinde. Ils sont très intelligents. Un peu trop à
mon goût. Impossible de les berner !














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