Je serais bien resté
jusqu'à la fin à Molae, mais je préfère être à Pante avant de
prendre le bateau. Et quitte à y être, autant y rester quelques
nuits. De plus c’est une façon aussi pour moi de boucler la boucle
et de me « réhabituer » à la civilisation, les
infrastructures là bas étant de meilleure qualité et le monde plus
présent. Depuis le début je me trimballe une bâche qui m'a suivi
aux États-Unis et au Costa Rica, dont je ne me suis jamais servie
sinon pour caler les pieds dans la voiture. En attendant ça pèse.
J'ai fait l'inventaire des mes voyages à venir. Il n'y a nulle
menace de pluie partout où que j'aille, avant ma prochaine escapade
tropicale qui a de fortes chances de me voir revenir ici.
Du coup,
pourquoi ramener la bâche en Europe pour la ramener ici ensuite ?
L'idée m'est alors venue de la laisser sur l'île. Il me reste bien
trois semaines en Thaïlande mais s'il pleut, les pluies devraient
être à la marge et courtes. On est vraiment rentrés dans la saison
sèche. Chaque jour les arbres perdent un peu plus leurs feuilles et
le côté joli avec son côté automnal a disparu au profit d'un bois
de troncs nus. Juste derrière la tente, dans la jungle, j'ai trouvé
un petit tas de sable du temps où ils avaient creusé des bassins
qui depuis sont remplis d'eau (sans doute la réserve d'eau du camp).
J'y ai enterré la bâche et les cordes et recouvert le tout de
feuilles mortes et d'une vieille souche. Je me sens psychologiquement
plus léger.
Qu'importe si la bâche n’est plus là à mon retour,
elle n’est pas d'une nécessité absolue et de plus elle est bien
encombrante. Je l'avais achetée en urgence en Norvège, ces espèces
de bâches dont on se sert en forêt pour recouvrir le bois mort. Je
suis sûr qu'il existe des toiles imperméables plus légères façon
toile de tente.
Je n'avais pas remarqué
la présence d'un frangipanier derrière les chiottes. Il n'a plus
aucune feuille mais encore quelques fleurs, d'une couleur que je ne
connaissais pas sur un frangipanier. C’est un mélange de crème,
de jaune et de pourpre comme ces glaces italiennes qui s'entortillent
sur elles mêmes.
Le parfum me replonge en Crète, comme la madeleine
de Proust. Je revois Agia Roumeli et ses petites ruelles de pécheurs
bordées de potagers et de figuiers. Ah la Crète et son ambiance
particulière ! Avec Tarutao ce sont mes deux endroits préférés
au monde. Je pourrais butiner de l'un à l'autre comme une abeille
sans jamais m'en lasser.
J'ai goûté toute la
journée aux délices de Molae, avec cette petite pensée « profite
de chaque instant, c’est la dernière fois, après ils sera trop
tard ». Rien ne pourra consoler le manque ressenti quand
j'aurai quitté l'île. Ni les mots que j'aurai écrit, ni les
photos, rien ne pourra remplacer le moment où l'on est dans le
tableau, au centre des choses.
En sortant de ma
contemplation/méditation du fond du hamac, j'ai laissé mon pied en
suspend au dernier moment. J'allais l'écraser sur une vipère qui
s’était déjà recroquevillée en serpentin, la tête dressée et
la langue sifflante, prête à se jeter sur moi. Plus habitué aux
macaques et à surveiller les branches, j'avais oublié que le danger
guette aussi à terre. C'était un beau spécimen d'1m50, aux anneaux
noir et marron. J'ai aussi eu la visite furtive d’une espèce de
grand et gros loir qui passait de branche en branche en courant,
leste comme un écureuil. Le chat du camp, celui qui a l'air échappé
d'un pot de peinture, est un chat inutile. Il devrait faire la chasse
au macaques, au lieu de ça il reste à paresser toute la journée
sous les chaises et les tables, les regardant passer d'un regard
attendri comme si son maître passait par là avec une boîte de
ron-ron. Il ne se bagarre jamais avec, les singes sont ses amis. Ce
n'est pas le cas de tout le monde...
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| Pris en me baignant. Ça vous étonne que je regarde le rivage plutôt que le large? |






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