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samedi 31 janvier 2015

Koh Tarutao J25 : Dernier jour à Ao Molae

Je serais bien resté jusqu'à la fin à Molae, mais je préfère être à Pante avant de prendre le bateau. Et quitte à y être, autant y rester quelques nuits. De plus c’est une façon aussi pour moi de boucler la boucle et de me « réhabituer » à la civilisation, les infrastructures là bas étant de meilleure qualité et le monde plus présent. Depuis le début je me trimballe une bâche qui m'a suivi aux États-Unis et au Costa Rica, dont je ne me suis jamais servie sinon pour caler les pieds dans la voiture. En attendant ça pèse. J'ai fait l'inventaire des mes voyages à venir. Il n'y a nulle menace de pluie partout où que j'aille, avant ma prochaine escapade tropicale qui a de fortes chances de me voir revenir ici. 
Du coup, pourquoi ramener la bâche en Europe pour la ramener ici ensuite ? L'idée m'est alors venue de la laisser sur l'île. Il me reste bien trois semaines en Thaïlande mais s'il pleut, les pluies devraient être à la marge et courtes. On est vraiment rentrés dans la saison sèche. Chaque jour les arbres perdent un peu plus leurs feuilles et le côté joli avec son côté automnal a disparu au profit d'un bois de troncs nus. Juste derrière la tente, dans la jungle, j'ai trouvé un petit tas de sable du temps où ils avaient creusé des bassins qui depuis sont remplis d'eau (sans doute la réserve d'eau du camp). J'y ai enterré la bâche et les cordes et recouvert le tout de feuilles mortes et d'une vieille souche. Je me sens psychologiquement plus léger. 
Qu'importe si la bâche n’est plus là à mon retour, elle n’est pas d'une nécessité absolue et de plus elle est bien encombrante. Je l'avais achetée en urgence en Norvège, ces espèces de bâches dont on se sert en forêt pour recouvrir le bois mort. Je suis sûr qu'il existe des toiles imperméables plus légères façon toile de tente.
Je n'avais pas remarqué la présence d'un frangipanier derrière les chiottes. Il n'a plus aucune feuille mais encore quelques fleurs, d'une couleur que je ne connaissais pas sur un frangipanier. C’est un mélange de crème, de jaune et de pourpre comme ces glaces italiennes qui s'entortillent sur elles mêmes. 
Le parfum me replonge en Crète, comme la madeleine de Proust. Je revois Agia Roumeli et ses petites ruelles de pécheurs bordées de potagers et de figuiers. Ah la Crète et son ambiance particulière ! Avec Tarutao ce sont mes deux endroits préférés au monde. Je pourrais butiner de l'un à l'autre comme une abeille sans jamais m'en lasser.
J'ai goûté toute la journée aux délices de Molae, avec cette petite pensée « profite de chaque instant, c’est la dernière fois, après ils sera trop tard ». Rien ne pourra consoler le manque ressenti quand j'aurai quitté l'île. Ni les mots que j'aurai écrit, ni les photos, rien ne pourra remplacer le moment où l'on est dans le tableau, au centre des choses. 
En sortant de ma contemplation/méditation du fond du hamac, j'ai laissé mon pied en suspend au dernier moment. J'allais l'écraser sur une vipère qui s’était déjà recroquevillée en serpentin, la tête dressée et la langue sifflante, prête à se jeter sur moi. Plus habitué aux macaques et à surveiller les branches, j'avais oublié que le danger guette aussi à terre. C'était un beau spécimen d'1m50, aux anneaux noir et marron. J'ai aussi eu la visite furtive d’une espèce de grand et gros loir qui passait de branche en branche en courant, leste comme un écureuil. Le chat du camp, celui qui a l'air échappé d'un pot de peinture, est un chat inutile. Il devrait faire la chasse au macaques, au lieu de ça il reste à paresser toute la journée sous les chaises et les tables, les regardant passer d'un regard attendri comme si son maître passait par là avec une boîte de ron-ron. Il ne se bagarre jamais avec, les singes sont ses amis. Ce n'est pas le cas de tout le monde...

Pris en me baignant. Ça vous étonne que je regarde le rivage plutôt que le large?

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