Aujourd'hui c'est la fête
aux macaques ! Il y en a partout, on ne sait plus où donner de
la tête. Non pas que je les regarde émerveillé mais pour les avoir
à l’œil. Ce sont des vandales en puissance que rien ni aucun
culot n'arrête. Les gentils macaques en train de paresser dans le
hamac, c’est fini tout ça. En rentrant du petit déjeuner il y en
avait un sur le fil à linge, en train de grignoter mon T-shirt de
nuit. Je l'ai fait déguerpir mais il a voulu partir avec son doudou
qu'il n'avait pas fini d'achever comme il voulait. Heureusement le
T-shirt était solidement accroché au fil avec les épingles à
linge. Je suis allé voir au niveau de la tente.
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| Le matin... |
Un autre macaque
était là, en train de la contempler d'un air dubitatif comme nous
face aux statues de l'île de Pâques. Ils évoluent toujours par
groupe aussi si on veut s’en débarrasser il faut chasser le groupe
entier. Ce n'est pas une mince affaire.
J'ai trouvé une
technique qui vaut ce qu'elle vaut. Je me mets à grogner en montrant
des dents dans un rictus affreux. Il faut montrer les dents, ils ont
horreur de ça. C’est un signe de supériorité chez eux alors il
faut adopter leurs codes. Ils me répondent d'un sourire qui
n'appartient qu'à eux. Ce sont les dents de la jungle. Ils font
semblant de se ramasser à terre comme pour prendre leur élan et se
jeter sur moi. S'ils voulaient et s'y mettaient tous ensembles ils
pourraient me déchiqueter.
Ils ont des dents qui n'ont rien à
envier aux crocodiles. Pas étonnant qu'ils arrivent à percer
n'importe quoi avec. Ils arrivent à ouvrir une canette ou encore à
percer un bouchon en aluminium d'un flacon en verre. Le T-shirt est
désormais troué de leurs crocs acérés. Il ne me restera plus qu'à
le repriser. J'en ai ma claque des macaques. Ils sont de tous les
coups foireux. Même quand ils ne rodent pas autour il faut qu'ils
continuent à nous embêter, comme hier autour de la prison où je
m'étais allongé sur un banc pour me reposer le dos, avant de
remarquer que je trempais dans de la crotte de macaque. Pour
information, ça a la même odeur que nous !
Pour le déjeuner j'ai
commandé un poulet au basilic. Du moins c'est ce que je pensais.
Mais leur « basil » n'a de basilic que la forme. C'est
une plante locale épicée qui arrache la gueule encore plus que le
piment. Cela n'incommode pas les macaques pour autant. Alors que je
m'étais levé juste pour prendre une serviette en papier sur une
autre table, j'ai été alerté par des cris de voisins de table qui
tentaient d'écarter une de ces bestioles qui en avait profité pour
chaparder, sans que je l'ai vue venir. La table n'était plus qu'un
champ de désolation. Du riz partout, les morceaux de poulet sur la
nappe en plastique verte, de la sauce éclaboussée sur l’appareil
photo et des quartiers d'ananas sur la chaise pendant que la moitié
des quartiers de pastèque avaient disparus.
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| ... l'après midi! |
Un gros lard à côté
rigolait en se tenant les côtes, s'excusant d'en rire. Le cuisinier
s’est excusé aussi même s'il n'y était pour rien et m'a apporté
une nouvelle platée.
De retour sur la plage,
j'ai fait ma petite tournée d'inspection. Cette fois deux macaques
étaient juchés au sommet de la tente, prenant ça pour un point
d'observation. Ils sont montés là haut en grimpant le long des
ficelles qui tendent la toile. D'autres se sont vengés de ce matin.
Le T-shirt est cette fois lacéré d'un trou béant sur la poitrine
et les épingles à linge en bois toutes grignotées. Je leur ai jeté
toute ce que je trouvais : tongs, vieilles godasses, gourdins,
flacons en verre, jusque dans les branches où ils se cachaient
derrière les feuilles. C’est la guerre ! Je retire tout ce
que j'ai dit au sujet du T-shirt unique suffisant.
Mieux vaut en
avoir plusieurs à donner en offrande aux macaques. Ils sont restés
tout l'après midi dans le même arbre que moi, menaçant de sauter
dans le hamac alors que j'y étais. Impossible de lire et d'être
détendu, j'ai passé l'après midi à vérifier ce qu'ils
traficotaient. J'aimerais revenir à Tarutao mais pour le camping,
devant cette nuisance, je suis en train de réfléchir à une parade,
sur le modèle de la bear box des parcs nationaux américains. Il
faudrait que je trouve une boîte légère, un truc en aluminium mais
suffisamment dur pour résister à leurs dents, que je puisse fermer
avec un cadenas et que j'accrocherais à une branche par une chaîne
métallique pour les empêcher de partir avec. Ainsi je pourrais y
mettre mes affaires sans avoir à me les trimbaler sur le dos. Ça
doit bien se trouver. Ou au pire une boite aux lettres ferait
l'affaire. Va falloir que je bricole ça à mon retour...






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