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mardi 27 janvier 2015

Koh Tarutao J21 : la planète des singes

Aujourd'hui c'est la fête aux macaques ! Il y en a partout, on ne sait plus où donner de la tête. Non pas que je les regarde émerveillé mais pour les avoir à l’œil. Ce sont des vandales en puissance que rien ni aucun culot n'arrête. Les gentils macaques en train de paresser dans le hamac, c’est fini tout ça. En rentrant du petit déjeuner il y en avait un sur le fil à linge, en train de grignoter mon T-shirt de nuit. Je l'ai fait déguerpir mais il a voulu partir avec son doudou qu'il n'avait pas fini d'achever comme il voulait. Heureusement le T-shirt était solidement accroché au fil avec les épingles à linge. Je suis allé voir au niveau de la tente. 
Le matin...
Un autre macaque était là, en train de la contempler d'un air dubitatif comme nous face aux statues de l'île de Pâques. Ils évoluent toujours par groupe aussi si on veut s’en débarrasser il faut chasser le groupe entier. Ce n'est pas une mince affaire.
J'ai trouvé une technique qui vaut ce qu'elle vaut. Je me mets à grogner en montrant des dents dans un rictus affreux. Il faut montrer les dents, ils ont horreur de ça. C’est un signe de supériorité chez eux alors il faut adopter leurs codes. Ils me répondent d'un sourire qui n'appartient qu'à eux. Ce sont les dents de la jungle. Ils font semblant de se ramasser à terre comme pour prendre leur élan et se jeter sur moi. S'ils voulaient et s'y mettaient tous ensembles ils pourraient me déchiqueter. 
Ils ont des dents qui n'ont rien à envier aux crocodiles. Pas étonnant qu'ils arrivent à percer n'importe quoi avec. Ils arrivent à ouvrir une canette ou encore à percer un bouchon en aluminium d'un flacon en verre. Le T-shirt est désormais troué de leurs crocs acérés. Il ne me restera plus qu'à le repriser. J'en ai ma claque des macaques. Ils sont de tous les coups foireux. Même quand ils ne rodent pas autour il faut qu'ils continuent à nous embêter, comme hier autour de la prison où je m'étais allongé sur un banc pour me reposer le dos, avant de remarquer que je trempais dans de la crotte de macaque. Pour information, ça a la même odeur que nous !
Pour le déjeuner j'ai commandé un poulet au basilic. Du moins c'est ce que je pensais. Mais leur « basil » n'a de basilic que la forme. C'est une plante locale épicée qui arrache la gueule encore plus que le piment. Cela n'incommode pas les macaques pour autant. Alors que je m'étais levé juste pour prendre une serviette en papier sur une autre table, j'ai été alerté par des cris de voisins de table qui tentaient d'écarter une de ces bestioles qui en avait profité pour chaparder, sans que je l'ai vue venir. La table n'était plus qu'un champ de désolation. Du riz partout, les morceaux de poulet sur la nappe en plastique verte, de la sauce éclaboussée sur l’appareil photo et des quartiers d'ananas sur la chaise pendant que la moitié des quartiers de pastèque avaient disparus. 
... l'après midi!
Un gros lard à côté rigolait en se tenant les côtes, s'excusant d'en rire. Le cuisinier s’est excusé aussi même s'il n'y était pour rien et m'a apporté une nouvelle platée.
De retour sur la plage, j'ai fait ma petite tournée d'inspection. Cette fois deux macaques étaient juchés au sommet de la tente, prenant ça pour un point d'observation. Ils sont montés là haut en grimpant le long des ficelles qui tendent la toile. D'autres se sont vengés de ce matin. Le T-shirt est cette fois lacéré d'un trou béant sur la poitrine et les épingles à linge en bois toutes grignotées. Je leur ai jeté toute ce que je trouvais : tongs, vieilles godasses, gourdins, flacons en verre, jusque dans les branches où ils se cachaient derrière les feuilles. C’est la guerre ! Je retire tout ce que j'ai dit au sujet du T-shirt unique suffisant. 
Mieux vaut en avoir plusieurs à donner en offrande aux macaques. Ils sont restés tout l'après midi dans le même arbre que moi, menaçant de sauter dans le hamac alors que j'y étais. Impossible de lire et d'être détendu, j'ai passé l'après midi à vérifier ce qu'ils traficotaient. J'aimerais revenir à Tarutao mais pour le camping, devant cette nuisance, je suis en train de réfléchir à une parade, sur le modèle de la bear box des parcs nationaux américains. Il faudrait que je trouve une boîte légère, un truc en aluminium mais suffisamment dur pour résister à leurs dents, que je puisse fermer avec un cadenas et que j'accrocherais à une branche par une chaîne métallique pour les empêcher de partir avec. Ainsi je pourrais y mettre mes affaires sans avoir à me les trimbaler sur le dos. Ça doit bien se trouver. Ou au pire une boite aux lettres ferait l'affaire. Va falloir que je bricole ça à mon retour...

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