Mes voisins sont partis
hier vers leur destin pour les années à venir. C'étaient les
derniers. Je suis désormais le plus ancien, celui qui reste. Je me
sens comme un ancien combattant de la guerre de 18. Rare. Il y a eu
un fort arrivage de touristes, surtout des campeurs. J'ai bien fait
d'avoir déménagé de mon emplacement à côté de la gémisseuse ;
désormais les tentes y sont séparées seulement de quelques mètres.
Du coup l'emplacement de mes voisins n’est pas resté libre
longtemps. Un italien en a pris la place, en se collant plus près de
moi. Il y a juste mon hamac qui nous sépare. Je suis allé à la
pêche aux infos en la jouant sournois. Je lui ai tendu la pince en
lui souhaitait la bienvenue.
Après quelques échanges je lui ai posé
la question qui me taraudait à savoir s'il était seul. Ce qui est
le cas. Ouf ! C'est bien ainsi, il fera tampon contre
l'envahisseur comme ceux avant lui. Il n'a pas le profil du dragueur,
au moins il ne risque pas d'attirer une poulette glousseuse
dans son antre. Visiblement ce n'est pas un as du camping. Cela lui a
pris une bonne partie de l'après midi à monter la tente que les
rangers lui ont loué. Au passage elles ont l'air très bien. De
couleur camouflage, elles sont spacieuses, avec un auvent et on y
tient presque debout. En plus elles possèdent des fenêtres doublées
de moustiquaire sur chaque côté que l'on zippe et dézippe selon sa
fantaisie. Idéal pour la nuit.
Car la nuit il fait toujours très
chaud. Souvent je dors à poil sur mon drap de soie, la tête devant
l'ouverture de la tente que j'ai découpée au préalable pour la
remplacer par une moustiquaire. Je n'ai jamais eu froid même sur le
petit matin. Pour ceux qui voudraient camper comme moi, inutile donc
de prévoir un sac de couchage, il n’est d'aucune utilité. Mon
voisin a fini par monter la tente en laissant un arceau de côté.
Elle est toute de traviole et tient debout parce qu'il a tendu la
toile autour des arbres. Pour un peu j'aurais pu l'aider. Je ne
l'entends jamais. Comme je lui ai conseillé de faire un tour à Ao
Molae, il est toute la journée par monts et par vaux.
Moi aussi du reste. Si
j'étais habitué aux petites marées jusqu'à présent, depuis
quelques jours la tendance s’est inversée et les après midis se
transforment en pataugeoire. La mer se retire très loin et il ne
reste plus que de l'eau au genou pour se baigner. En plus il y a tout
un tas de bestioles qui fuient sous le pied et de puces des mers qui
font des bonds hors de l'eau en nous sautant au visage. Bref la marée
est trop basse pour être propice à la baignade. Par contre, elle
ouvre le passage pour la plage de l'autre côté, Ao Jak. Celle où
je m'étais cassé les dents sur les rochers la dernière fois, dans
l’incapacité de pouvoir les franchir. Là, pas besoin de se donner
cette peine, il suffit de rester sur le sable.
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| Ils ont l'air gros en macro mais ils sont tout petits! |
De nombreux Thaï sont
occupés à ramasser des coquillages avec un outil qui ressemble à
une bêche. Ils en ramassent des pleins sacs. Ce sont des genres de
vénus. Ils prélèvent aussi des huîtres sauvages qui pullulent sur
les rochers découverts. Je me suis entaillé le pied sur une de ces
maudites huîtres en essayant de grimper en haut d'un rocher pour
prendre une photo. La plage de Ao Pante est transformée en champ de
bataille. Il y a une multitude de petits crabes de moins de un
centimètre, couleur sable, qui évoluent en colonies en retournant
le sable humide pour y trouver leur nourriture. Quand je passe, ils
filent tous ensemble dans la même direction pour s'enfouir sous le
sable dans une vrille très rapide. Ils tiennent à leur petite vie
de crabe minuscule dont il n'y a rien pourtant à manger.
La plage de Ao Jak est
très différente. Le sable y est lisse comme un miroir dans lequel
la jungle se reflète. J'ai regardé la falaise qui surplombe la
plage, celle en haut de laquelle j'ai pris une photo en marchant dans
la jungle et les tiques. Je confirme : il n'y a pas moyen depuis
la plage de grimper là haut, c'est comme un mur. Le bout de cette
longue plage est fermé de l'autre côté par une colline derrière
laquelle se trouve Ao Molae. Le panorama est superbe avec des
montagnes tout autour. J'aime les plages cernées de relief. Ça me
donne envie de déménager au plus vite pour Ao Molae, ce qui devrait
se faire dans les prochains jours. La seule chose qui me retient
c'est la flemme de devoir tout plier et ranger. Sans compter que mon
hamac me tend les bras à l'ombre des pandanus et qu'il faudra que je
trouve un nouvel endroit. Ratisser aussi. Et déménager la litière
d'aiguilles de filaos...







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