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mercredi 21 janvier 2015

Koh Tarutao J15 : Ao Jak

Mes voisins sont partis hier vers leur destin pour les années à venir. C'étaient les derniers. Je suis désormais le plus ancien, celui qui reste. Je me sens comme un ancien combattant de la guerre de 18. Rare. Il y a eu un fort arrivage de touristes, surtout des campeurs. J'ai bien fait d'avoir déménagé de mon emplacement à côté de la gémisseuse ; désormais les tentes y sont séparées seulement de quelques mètres. Du coup l'emplacement de mes voisins n’est pas resté libre longtemps. Un italien en a pris la place, en se collant plus près de moi. Il y a juste mon hamac qui nous sépare. Je suis allé à la pêche aux infos en la jouant sournois. Je lui ai tendu la pince en lui souhaitait la bienvenue. 
Après quelques échanges je lui ai posé la question qui me taraudait à savoir s'il était seul. Ce qui est le cas. Ouf ! C'est bien ainsi, il fera tampon contre l'envahisseur comme ceux avant lui. Il n'a pas le profil du dragueur, au moins il ne risque pas d'attirer une poulette glousseuse dans son antre. Visiblement ce n'est pas un as du camping. Cela lui a pris une bonne partie de l'après midi à monter la tente que les rangers lui ont loué. Au passage elles ont l'air très bien. De couleur camouflage, elles sont spacieuses, avec un auvent et on y tient presque debout. En plus elles possèdent des fenêtres doublées de moustiquaire sur chaque côté que l'on zippe et dézippe selon sa fantaisie. Idéal pour la nuit. 
Car la nuit il fait toujours très chaud. Souvent je dors à poil sur mon drap de soie, la tête devant l'ouverture de la tente que j'ai découpée au préalable pour la remplacer par une moustiquaire. Je n'ai jamais eu froid même sur le petit matin. Pour ceux qui voudraient camper comme moi, inutile donc de prévoir un sac de couchage, il n’est d'aucune utilité. Mon voisin a fini par monter la tente en laissant un arceau de côté. Elle est toute de traviole et tient debout parce qu'il a tendu la toile autour des arbres. Pour un peu j'aurais pu l'aider. Je ne l'entends jamais. Comme je lui ai conseillé de faire un tour à Ao Molae, il est toute la journée par monts et par vaux.
Moi aussi du reste. Si j'étais habitué aux petites marées jusqu'à présent, depuis quelques jours la tendance s’est inversée et les après midis se transforment en pataugeoire. La mer se retire très loin et il ne reste plus que de l'eau au genou pour se baigner. En plus il y a tout un tas de bestioles qui fuient sous le pied et de puces des mers qui font des bonds hors de l'eau en nous sautant au visage. Bref la marée est trop basse pour être propice à la baignade. Par contre, elle ouvre le passage pour la plage de l'autre côté, Ao Jak. Celle où je m'étais cassé les dents sur les rochers la dernière fois, dans l’incapacité de pouvoir les franchir. Là, pas besoin de se donner cette peine, il suffit de rester sur le sable. 
Ils ont l'air gros en macro mais ils sont tout petits!
De nombreux Thaï sont occupés à ramasser des coquillages avec un outil qui ressemble à une bêche. Ils en ramassent des pleins sacs. Ce sont des genres de vénus. Ils prélèvent aussi des huîtres sauvages qui pullulent sur les rochers découverts. Je me suis entaillé le pied sur une de ces maudites huîtres en essayant de grimper en haut d'un rocher pour prendre une photo. La plage de Ao Pante est transformée en champ de bataille. Il y a une multitude de petits crabes de moins de un centimètre, couleur sable, qui évoluent en colonies en retournant le sable humide pour y trouver leur nourriture. Quand je passe, ils filent tous ensemble dans la même direction pour s'enfouir sous le sable dans une vrille très rapide. Ils tiennent à leur petite vie de crabe minuscule dont il n'y a rien pourtant à manger.


La plage de Ao Jak est très différente. Le sable y est lisse comme un miroir dans lequel la jungle se reflète. J'ai regardé la falaise qui surplombe la plage, celle en haut de laquelle j'ai pris une photo en marchant dans la jungle et les tiques. Je confirme : il n'y a pas moyen depuis la plage de grimper là haut, c'est comme un mur. Le bout de cette longue plage est fermé de l'autre côté par une colline derrière laquelle se trouve Ao Molae. Le panorama est superbe avec des montagnes tout autour. J'aime les plages cernées de relief. Ça me donne envie de déménager au plus vite pour Ao Molae, ce qui devrait se faire dans les prochains jours. La seule chose qui me retient c'est la flemme de devoir tout plier et ranger. Sans compter que mon hamac me tend les bras à l'ombre des pandanus et qu'il faudra que je trouve un nouvel endroit. Ratisser aussi. Et déménager la litière d'aiguilles de filaos...

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