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mardi 20 janvier 2015

Koh Tarutao J14 : Crocodile Cave

Retour sur le kayak. Prenez place à bord ! Tout comme les vélos ils ont renouvelé leur flotte. J'avais souvenir l'autre fois d'avoir eu un veau des mers, un canoë a fond plat comme une caisse à vin, impossible à manœuvrer et à faire avancer. Désormais ils ont des kayaks normaux, profilés et bien lourds. Ce sont tous des kayak deux places mais en l'absence de houle et de vent trop fort, l'avant ne se soulève pas. Avec, je fends les eaux. A moins que ce soient les séances de pompes que j'effectue tous les jours depuis plus d'un mois, plusieurs fois par jour, pour me maintenir en forme. Le cerbère du ponton m'a reconnu. Exit les formulaires, je lui ai donné un billet pour le dépôt de garantie et c'est tout sourire qu'il m'a accueilli. 
La machine a laissé place à l'homme. Il m'a même demandé d'où j'étais. Aujourd'hui j'ai un kayak rouge. Si la fois d'avant j'avais oublié les lunettes, cette fois c'est le couvre chef qui est resté dans la tente.
Lors de ma première visite, je m'étais rendu le matin à Crocodile Cave et j'en ai le souvenir d'avoir eu le soleil en pleine face tout du long, ce qui n'est pas le meilleur moment pour prendre des photos. Aussi mon souhait était d'y aller aujourd'hui dans le courant de l'après midi. Mais je n'en pouvais plus de rester là, rongeant mon frein à attendre bêtement, alors j'ai sauté dans le premier kayak. Et tant pis pour les photos, je pourrais toujours les prendre lors de mon retour de la grotte. 
Pour s'y rendre, il suffit juste de remonter la rivière, calme et lisse comme un lac et bordée d'arbres les pieds dans l'eau, ces fameux palétuviers sur échasses. C'est si calme que je me demande même si c'est une rivière ou simplement un bras de mer. J'ai l'impression d'être dans une petite Amazonie, bruissante de chants d'oiseaux langoureux et de cris de bestioles inconnues qui m'épient depuis le haut de rochers et falaises surplombant la rivière.
Le début du parcours est un grand boulevard mais sitôt dépassé un méandre qui part à 90 degrés vers la droite, la rivière se resserre et du relief apparaît de part et d'autre. Il n'y a pas de rives, juste des palétuviers qui donnent l'air d'être en lévitation sur l'eau. 
Le paysage est merveilleux de sauvagerie. Tout est si vert que ça en fait mal aux yeux. De temps en temps j'entends des trucs plonger, « des poissons » me dis-je pour me rassurer. Avec mon navire au ras de l'eau et ma pagaie qui trempe dedans avec les mains jamais bien plus hautes, j'essaye d'éluder la perspective d'une éventuelle présence de crocodiles. Le coin est propice à ça. C'est un petit paradis à crocodiles et mon canoë rouge ne passerait pas inaperçu. Par moments je vois des trucs flotter, je scrute pour voir si j'aperçois deux yeux ou un museau. Chaque fois ce ne sont que des troncs qui dérivent au fil de l'eau. Il paraît qu'il n'y a plus de crocodiles dans le secteur. Les gardes l'affirment. Mais depuis quand, on n'en sait rien. 
Et qu'en savent-ils d'ailleurs ? Ont-ils effectuer un recensement ? La rivière se perd rapidement en différents bras. Qui dit qu'ils ne restent pas dans l'un d'entre eux, bien à l'écart, cachés au milieu des palétuviers où l'homme ne peut accéder ? Après tout on est dans un parc national. Leur vocation est bien de servir de sanctuaire aux animaux sauvages, et plus particulièrement ceux dont la présence se fait rare. Ici ils auraient toutes les conditions pour se refaire une santé. Et même s'il n'y en a plus, qui dit qu'ils ne sont pas revenus ? Un crocodile ça nage, ça peut très bien avoir fait le trajet depuis la côte. Bref, il vaut mieux taire ce genre de pensées et s'en tenir à la version des rangers, sans vraiment savoir si c'est la vérité ou bien pour rassurer les touristes. Mais faisons leur confiance...
Terminus!
Pour trouver le chemin de la grotte, il faut toujours prendre à droite à chaque embranchement. En effet, plus on la remonte et plus la rivière se transforme en ces statues de Vishnu, pleines de bras tordus dans tous les sens. Parfois je ne reconnais pas trop les endroits, allant à me demander si je n'ai pas raté quelque chose. La distance me semblait plus courte dans mes souvenirs. Comme quoi la mémoire est sélective et n'enregistre pas tout. Hélas. Ça me donne l'impression qu'on m'a volé un peu de mon tour de monde effectué pourtant il y a seulement trois ans. Qu'en restera-t-il dans de longues années ? A trop vouloir voir de choses, c'est comme ça qu'on ne retient rien. Les meilleurs souvenirs que je garde c’est quand je m'imprègne bien d'un endroit. 
C'est aussi pour cela que j'ai voulu revenir à Tarutao, et pour longtemps. Comme pour figer en moi une trace indélébile.
Tandis que je pagaie je pense à ma famille. J'aimerais revenir ici avec elle. Ce matin j'ai noté les bungalows les mieux. Ce sont les plus récents, ceux qui ont une vue sur la mer et qui se prolongent par une petite terrasse. Ils sont en durs avec des fenêtres qui se ferment vraiment, à la différence des bungalows individuels en bois avec leurs fenêtres en lames de verre qui coulissent comme des tuiles en laissant passer tous les bruits et insectes. Dans les nouveaux, chaque ouverture est doublée de moustiquaire. 
On peut donc dormir portes et fenêtres ouvertes sans crainte. Ces chambres sont situées dans des unités de 4. En prenant un logement qui fait l'angle on n'aura donc de voisin que d'un seul côté. Et dans le lot que j'ai déniché, il y a la jungle de l'autre côté. Ce sont les plus éloignés, je n'y ai jamais vu personne. J'ai jeté un œil à l'intérieur ils sont très bien et disposent même d'une mezzanine à l'étage. A 20 euros la nuit, on pourrait avoir chacun le nôtre sans avoir à se taper dessus par les allées et venues des uns et des autres. Je pense à ma maman qui pourrait être à l'avant du kayak, sans avoir rien à faire que de contempler cette nature vierge au son du clapotis de la pagaie qui fend une eau lisse comme un miroir. 
Elle attend d'être au paradis pour voir ça, ce qui pour moi est une triste résignation. Mais le paradis est aussi sur Terre. Il est ici, il nous tend les bras !
La végétation avant d'arriver à la grotte devient encore plus dense, parfois on passe sous les branches des palétuviers en courbant l'échine. L'eau a une belle couleur irréelle qui oscille en un vert de jade en pleine lumière à un bleu laiteux électrique à l'ombre des arbres. A la surface de l'eau flottent de grandes feuilles jaunes tandis que des coquillages proposèrent le long des racines sous la surface. Ça me rappelle beaucoup ma virée dans les Rock Islands à Palau.
Juste avant la fin du parcours on parvient à une station d'observation décrépie, sans doute pour permettre de mieux contempler les oiseaux. Juste après on arrive à un cul de sac. Alors, rivière ou bras de mer ? Je ne sais plus. Ce qui me trouble c’est cette absence de courant. Si c'était une rivière ou la mer il y en aurait. Ça n'aide pas...
Après avoir amarré le canoë solidement au ponton - pas question qu'il se fasse la malle - j'ai mis gilet de sauvetage et pagaie hors d'atteinte des singes. J'ai même hésité à garder la pagaie avec moi. Dans un coin si reculé je n'ose songer au fait de rester là en rade. Pas sûr qu'au ponton ils se rendent compte de quoi que ce soit même si on laisse son nom sur un registre au moment de prendre le kayak. 
Un court sentier permet de rejoindre la grotte. Elle s'ouvre sur une petite lagune avec un mini temple de prière grand comme une crèche d’où pendent des fanions. Un ponton de bois permet de s'enfoncer dans la grotte, au dessus de l'eau, longeant des stalactites qui forment des rideaux dentelés et des tuyaux d'orgue dans des tons verts, oranges, et mauves. Ce qui me frappe dans cette grotte c'est le silence qui y règne. Cette île a vraiment tout. Il est d'autres îles en Thaïlande où des touristes viennent par hordes chaque jour explorer des grottes qui n'ont rien à envier à celle-ci. Là je suis tout seul, un autre des privilèges de Koh Tarutao. Franchement, pourquoi aller ailleurs ?
Sur le chemin du retour, j'ai fait une petit incursion en prenant un bras qui contournait un rocher, celui qu'on voit de Toe-Boo Cliff avec le bateau et ses fonds aux couleurs resplendissantes. A cet endroit il y a pied, c’est pour cela que l'eau prend une telle couleur. Mais le sable est limite mouvant et il se dégage tout un tas de bulles à mesure qu'on s'enfonce là dedans. Ne tenant pas à trouver une bestiole enfouie chagrinée par ma présence, je suis remonté dans l'embarcation. Au final, ma petite virée aura duré plus de deux heures et demie. Il faut dire que j'ai pris mon temps, aussi bien dans la mangrove que dans la grotte, question de bien en profiter.
Hier soir j'ai eu mes fioles d'anti-moustique. Il y avait un plein petit carton qui m'attendait à côté de la fille à l’œil vitreux. Elle m'en a mis 6 de côté. Par contre, côté DEET il n'y en a que 12%. Je crains que ça ne soit pas assez. Le reste que j'ai de France en contient 50% et marche bien. Au besoin j'en mettrai plus. Du coup je lui en ai pris d'autres. Huit en tout, après un rapide calcul question de tenir encore deux semaines, dans l'hypothèse où chaque flacon me fasse deux jours. J'ai eu de la chance, me dit-elle, ses amis ont dévalisé le magasin, c’étaient les derniers en stock. Je l'ai remerciée de tout mon cœur. C’est un peu mon sauveur !

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