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jeudi 15 janvier 2015

Koh Tarutao J9 : sus aux sandflies !

Le matin je me lève au chant délicieux des tourterelles et d'autres oiseaux aux mélopées qui n'en finissent plus de se réinventer. La mer se languit doucement sur le sable tandis que l'horizon se pare de mauve et de rose. C'est ainsi qu'un jour tout neuf commence au paradis. Mais au paradis il y a aussi l'enfer. Les sandflies. Ma bête noire. On ne les voit pas, quand ça pique c'est déjà trop tard, elles se sont envolées. Mon corps n'est plus qu'une pustule que je gratte toute la nuit durant, me réveillant à plusieurs reprises pour soulager ce feu. Je n'ai jamais connu rien qui démange autant. Et contrairement au moustique, ça reste, on continue à se gratter au même endroit pendant des jours, les nouvelles piqûres se rajoutant aux anciennes. 
Je ne me mets pas assez de lotion anti-moustique. En tout cas pas assez sérieusement. Chris avant de partir m'a laissé une fiole dont il n'aura plus besoin. Mais c’est un petit flacon de 40 ml qui va vite s'épuiser. A l'épicerie du camp ils n'en ont pas. Je suis allé voir le ranger du centre des visiteurs pour savoir s'il y avait moyen de m'en procurer, espérant un peu de compréhension. En effet il y a forcement des vas et vient entre l'île et le continent, ne serait-ce que pour le ravitaillement des cantines. Il suffirait qu'il prenne commande d’anti-moustique qu'il pourrait me faire parvenir avec la prochaine cargaison. Mais je ne veux pas demander expressément, ce n’est pas mon style. 
S'il ne veut pas rendre service, tant pis. J'irai à Pak Bara un jour pour faire le plein. Il y a un supermarché là bas, un 7 Eleven, ils doivent bien en vendre. Et puis j'en profiterai pour mettre le blog à jour. Ça me coûte de sortir de cette île où je suis si tranquille, surtout pour faire l'aller/retour dans la même journée. Je ne sais même pas si c’est possible car je ne connais pas l'horaire du dernier bateau. Entre les officiels et les officieux, je crois bien qu'il n'y a pas d'horaires. Chris m'a suggéré d'en parler à celle qui prend les commandes à la cantine, la fille à l’œil vitreux. Elle a l'air gentille, dès qu’elle me voit désormais elle me dit : « Fruits ? You want fruits ? ». Elle sait aussi que je reste là longtemps.
Le petit déjeuner est disponible dès 7h45. Avant, les cuisiniers sont occupés à préparer, des femmes assises en tailleur sur une table dehors pendant qu'un type fait le ménage en passant un coup de balai formé d'aiguilles en éventail. Les thaï sont sans doute les derniers qui ne souffrent pas d'obésité. Ils sont tous fins, ont presque des corps d'enfants et à côté je fais figure de gros. Avec les chinois et les coréens c’est une autre histoire... Certainement que dans les villes comme à Bangkok l'influence du monde moderne a dû les transformer à leur tour. J'ai demandé à la fille si elle savait s'ils vendaient de la lotion anti-moustique au 7 Eleven de Pak Bara. 
Mon ancien emplacement, sniff, il était bien...
Je lui ai montrée le flacon de Chris, un truc écrit en thaï. Elle m'a affirmé que oui. Je lui ai ensuite demandé s'il était possible de faire l'aller/retour à Pak Bara dans la journée. Pas bête, elle a tout de suite deviné et m'a demandé si je n'y allais que pour ça. Devant mon acquiescement elle a alors parlé avec un type qui fait le service puis m'a dit qu'elle avait de la famille là bas et qu'elle pouvait leur demander de m'en acheter. Lors de leur prochaine visite sur l'île je pourrai ainsi récupérer le produit. C'est très gentil à elle et ça m'enlève une épine du pied. Elle a pris le flacon pour le prendre en photo afin de l'envoyer à sa famille pour la prise de commande. Puis elle m'a demandé combien j'en voulais. Elle m'en suggère deux, je lui réponds cinq. 
Ça me fait tellement défaut que je vais désormais élaborer un plan d'attaque. Plus question de passer une seule seconde sur la plage non badigeonné, même dans le hamac. Je ne sais pas pourquoi ces insectes semblent s'en prendre qu'à moi. Les autres passent la journée le cul assis sur le sable ou bien allongés sans jamais se gratter. Avec moi elles m'ont en grippe, elles viennent m'agresser jusque dans le hamac et même quand je me baigne. Je suis obligé d'avoir que les yeux et les oreilles qui sortent de l'eau, comme un hippopotame. Il n'y a que là que j'ai du répit.
C'en est fini de la spontanéité, je me suis concocté un plan de bataille qui optimise l'utilisation du produit. 
En effet je dois composer avec les baignades qui me débarrassent de la précieuse molécule. Comment faire ? J'ai trouvé la parade. Ce sera bain le matin après le petit déjeuner, puis première application tout de suite après. Second bain à midi avant d'aller aussi sec – ou plutôt mouillé – déjeuner à la cantine où les sandflies ne viennent pas. Après le déjeuner, nouvelle baignade, le ventre plein, tant pis. Puis seconde application jusqu'au dernier bain de 17 heures, juste avant la douche du soir. J'aurai donc droit à 4 bains dans la journée et deux applications seulement. C'est la meilleure solution que j'ai trouvée. En attendant je dois attendre que les morsures antérieures ne se calment d'elles mêmes. Ça risque de durer des jours...
Ce matin ils ont fait marcher les sirènes d'alerte tsunami qui se trouvent juste à côté de ma tente, au sommet d'un haut pylône. Sans doute pour vérifier que tout était fonctionnel. A 8 heures du matin on a eu droit à … un chant de Noël, poussé à son volume maximum. Ça s'est achevé par un petit clic suivi du silence ordinaire. C'était surréel d'entendre ça venant des cieux comme un chant descendu des anges. J'ai mis en place mon plan d'attaque, il semble fonctionner jusqu'à présent. Sachant que je vais être ravitailler, je peux m'asperger copieusement de ce qu'il me reste. En sortant de l'eau je presse le pas pour traverser la plage. C'est à ce moment là que les sandflies sont les plus voraces, elles adorent une peau humide attendrie par un bain de mer. Le sable est si fin qu'il crisse sous les pieds, dans un son qui me rappelle celui des skis sur de la neige poudreuse.
A l'heure du déjeuner j'ai fait un petit tour du domaine. Je suis repassé avec nostalgie où j'avais mis ma tente. La gémisseuse est partie le matin de ses vocalises gémir sur d'autres îles au bras de son irlandais. J'aurais pu rester. Mais la tente qu'elle avait prise reste dressée à demeure pour ceux qui ne savent pas les monter, aussi elle risque d'être prise par d'autres personnes à un moment ou à un autre, sans jamais savoir si on aura quelqu’un de tranquille ou bruyant. Là où je suis désormais je n'ai pas ce tracas, tant que mes voisins sont là pour faire rempart. Derrière la plage il y a toujours un détail nouveau, un angle inédit pour un nouveau cliché ou un oiseau dans les arbres dans une pose plus belle que jamais. Le nom de ces espèces de toucans au gros bec jaune m'est revenu. 
Ce sont des hornbills. J'aime beaucoup les traquer avec mon téléobjectif. Ça ne leur plaît pas trop, ils s'envolent dès qu'ils me voient et on joue un peu le jeu du chat et de la souris. C'est pareil avec le garde du ponton où les bateaux accostent. C’est un cerbère dont la spécialité est le coup de tampon. Il est là pour encaisser le droit d'entrée au parc national. Au passage ce dernier n'est valable que 5 jours. Je ne sais s'ils me réclameront des sous le jour du départ... Le garde ne fait pas de différence à ce qui passe devant lui. Il ne reconnaît personne. Il n’est pas là pour ça. Tout ce qui passe sous son nez est censé s'acquitter du droit d'entrée, la seule chose qu'il remarque c'est le mouvement. Aussi si vous allez dans l'autre sens le bougre est perdu et vous demande où vous allez. C'est le tampon ou l'interrogation. C'est binaire, c’est l'homme-machine, l’oblitérateur automatique...

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