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lundi 19 janvier 2015

Koh Tarutao J13 : opération carte postale

Je vais régulièrement à la petite épicerie du parc qui se situe à côté du débarcadère. Non pas à la recherche d’anti-moustique mais parce qu'ils vendent des T-Shirts signés Tarutao ou Satun que j'aimerais bien ramener. Mais ils n'ont pas ma taille. De M, il faut passer à L car ils taillent petit, asiatiques oblige. La fille qui tient l'échoppe n’est franchement pas aimable et tire la gueule tout le temps. Jamais un sourire, c'est à peine si elle répond aux salutations. Je ne sais pas pourquoi elle a échoué là, elle a l'air très malheureuse sur son île paradisiaque. Je guette les nouveaux arrivages mais il ne doit pas y en avoir beaucoup. Déjà lors de ma précédente visite ça avait été le même problème. 
Désormais elle n'a plus rien en L. Mais j'ai du temps. Je vais bien finir par trouver ce que je cherche. En attendant, elle vend aussi des cartes postales. Des cartes sans intérêt de coquillages ou de poissons. Sauf une. Il y a une carte merveilleuse montrant la plage de Ao Pante prise d’en haut d'un piton rocheux. Du moins c’est ce que je pense sur le coup. Je reconnais les montagnes derrière, c’est bien de Tarutao dont il s'agit. Par contre il n'y a que la jungle derrière la plage, ni terrain de camping, ni bungalows et on ne voit pas l'estuaire. Bizarre. Un photomontage bien truqué ? Tout à coup j'ai réalisé que c'était la plage d'après, Ao Jak, celle qui sépare Ao Pante de Ao Molae, et que la photo était prise du petit mont si raide qu'il faut gravir à vélo quand on prend la route. 
La carte postale offre une vue éblouissante, où tout n'est que nature, sauvagerie et paysages vierges s'étendant à perte de vue, avec une belle plage de sable blanc qui forme un long ruban que vient lécher une mer émeraude. Je veux voir ça moi aussi. Si quelqu'un y a pris une photo, je dois bien pouvoir faire de même. Reste juste à trouver le moyen d'arriver là haut. C'est le but de la journée.
La dernière fois à vélo, tout occupé à le pousser dans la côte, je n'ai peut être pas remarqué un petit chemin qui pouvait partir sur la droite arrivé en haut. Je pense que c’est pile à ce niveau que la photo a été prise. Je ne crois pas que le mont puisse être escaladé depuis la plage mais qu'il faut le prendre à rebrousse poil depuis la route qui le longe. 
Me voilà donc parti sur la route, sans vélo à pousser. Au passage je suis passé devant le quartier des employés du parc, juste sous l'antenne relais de téléphone portable. Leurs maisons ne sont que de modestes cabanes dans la jungle, avec de larges antennes paraboliques dressées vers le ciel comme ces stations d'observations astronomiques. J'ai sorti mon téléphone pour voir s'il y avait du wifi que l'on me cache. Mais non, les antennes doivent juste être là pour capter la télé. Les gens du parc m'ont dit qu'il me fallait une carte SIM locale. C'est du reste ce que font les autres touristes. Je les vois surfer sur Facebook, relevant leurs messages. 
La prochaine fois j'investirai dans une de ces cartes. Je me suis un peu fait avoir par un site internet qui dit qu'il y a de l'internet sur l'île. Au centre des visiteurs il y a en effet écrit sur la vitrine « internet » mais je me demande s'il n'a jamais fonctionné. Il y a un vieux PC sur un bureau, prenant la poussière et déconnecté depuis bien longtemps. Je peux vivre sans internet, ce n'est pas la question (bien que ce soit devenu indispensable comme source de renseignements touristiques) mais je préfère alimenter le blog au fil de l'eau. Qui va me lire quand je vais poster 30 épisodes d'un coup ?
Au bas de la côte il y a un chemin qui part sur la droite mais il semble retourner vers la plage et non s'enfoncer dans les hauteurs comme ce qu'il devrait. 
J'ai donc poursuivi sur la route, jusqu'à arriver à un poste de transformateur électrique abandonné situé tout en haut de la côte. Pas de chemin. J’ai regardé s'il y avait moyen de m'enfoncer quand même dans la jungle, en suivant des traces de bestioles, guidé par une trouée de ciel bleu plus loin que je pensais être au niveau du précipice qui donne sur la plage. Mais c'est complètement inextricable. Sauf pour les macaques qui prennent la voie des airs, sautant de branches en branches et qui se demandent ce que je fous là, grognant en montrant des dents pour que je m'en aille. Tant pis pour le point de vue, j’essaierai un autre jour depuis la plage, à marée basse. Peut être qu'au final le chemin se prend là. 
En rebroussant chemin, j'ai quand même pris le sentier au bas de la côte, question de voir. Et miracle, il prend de la hauteur se dirigeant pile vers la bonne direction. Mais arrivé au bord d'une falaise il se perd dans les hautes herbes et finit en cul de sac face à une ravine. Un chemin qui ne mène nulle part, c’est quand même très bizarre. Être si proche du but me désespère. Tout de même, celui qui a pris la photo, il n'est pas arrivé là par hélicoptère ! Il suffirait juste que le chemin continue à grimper un peu en contournant la ravine. Armé d'un bâton pour faire fuir les éventuels serpents en cognant le sol devant moi, je me suis enfoncé dans les herbes. Rien, pas de trace, à l'évidence ça ne sert à rien d'aller plus loin. 
Retournant sur mes pas j'ai alors aperçu des branches cassées et un passage de bestioles qui semblait prendre la bonne direction, s'enfonçant dans un bois jungleux. Bien décidé à ne pas abandonner si près du but je me suis emmanché là dedans. La trace de bestioles n’est pas facile à suivre au milieu de cette jungle. Souvent il faut démêler des lianes, enjamber des troncs, repousser des branchages. J'ai un peu peur qu'il m’arrive quelques chose. Personne ne sait que je suis là et je ne suis même pas sur un chemin, perdu dans la jungle. Je pense aux pythons. Peuvent ils se jeter d'une branche sur moi pour m'étrangler ? Est-ce dans leur coutume ? 
Je préfère ne pas y penser et continue à m'enfoncer toujours de plus belle. C’est alors qu'on arrive dans une bambouseraie parfaite pour se perdre. Heureusement que je continue à grimper, ce sera un moyen de retrouver mon chemin au retour : toujours descendre.
Mon intuition était bonne. J'ai fini par arriver au bord de la falaise qui descend complètement à la verticale vers la plage. Je ne sais pas si je suis tout à fait au bon endroit mais je suis au même niveau. La vue que j'ai est beaucoup plus encombrée de végétation mais au final ça donne un cadre encore plus beau. Du reste je ne pense pas être le premier à être passé par là. J'ai trouvé un papier de Kit et Kat dans le sous bois. 
C’est un superbe point de vue que je découvre, mon petit secret que personne ne verra lors de son séjour sur Tarutao. Maintenant que je sais comment y aller, je peux y retourner quand je veux, le faire découvrir à d'autres si besoin. Avec la plage visitée l'autre jour avec le kayak, je sors des circuits habituels. Je vais pouvoir devenir un guide privé de l'île. En attendant j'en suis revenu avec une tique fichée dans la nuque qui me fait à nouveau un durillon douloureux. J'espère qu'à la longue je ne vais pas finir par me choper une saloperie...

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