Pages

Translate

vendredi 23 janvier 2015

Koh Tarutao J17 : déménagement à Ao Molae

Le transfert pour Ao Molae par le camion benne s'effectue deux fois par jour, à 11 heures ou 13 heures, pour coller avec l'arrivée des bateaux. J'ai voulu transbahuter ma litière en la transportant dans la vieille bâche trouée et usée jusqu'à la corde qui me servait de perron. Mais je m'étais fait un nid bien douillet. Il y en avait trop, c'était trop lourd. Je me suis résigné à abandonner le tas là où je l'avais piqué et où ils avaient mis le feu quelques jours plus tôt. Il est donc peu probable que je le récupère quand je reviendrai. Car j'ai prévu de rester les derniers jours sur Tarutao à Ao Pante, pour pouvoir sauter dans le premier bateau pour Koh Lipe sans avoir à être tributaire du camion benne. 
J'ai tout plié en vrac dans les sacs que j'avais, sans optimiser l'espace de sorte que je me retrouve avec deux sacs pleins à craquer. Ça me fait tout drôle de voir mon emplacement vaquant. Je m'y étais attaché, à mes pandanus. D'ailleurs je n'ai défait le hamac qu'au dernier moment. Pour brouiller les pistes et dissuader d'éventuels campeurs de s'y mettre, j'ai recouvert l'endroit des feuilles de pandanus bien coupantes. Pas sûr que cela suffise. Ce n'est pas si grave, au pire je retournerai à l'emplacement du premier soir où jamais personne ne se met car en dehors du terrain de camping officiel. De plus il est coincé près du générateur et direct face au chemin qui part des dortoirs de 40. 
Pour information, je ne sais pas si c'est un hasard mais les groupes d'asiatiques qui s’entassent là viennent le mercredi et repartent le lendemain. C'est arrivé deux fois en quinze jours. C’est peut être au programme d'écoles.
Quitte à déménager sans litière, je suis allé demander un matelas au quartier général. Matelas + oreiller = 50 bahts. Je suis tombé sur une remplaçante qui parlait difficilement anglais et ne comprenait pas ce que je luis disais. Je voulais déjà payer le taxi et elle se perdait en « Ah, oh, han... » hésitants comme si je demandais une faveur. Elle m'a fait comprendre que pour le matelas, je pourrai en trouver sur place là bas. 
Ma nouvelle cantine
Cela me semble très bizarre car tout se paye et se loue au QG, mais après tout pourquoi pas. Ils louent bien des vélos à Ao Molae. J'ai attendu une arrivée de bateau, anxieux de la cargaison qui en descendait, scrutant les sacs à dos trop remplis où du matériel de camping pourrait s'y loger. Nous étions six à être transférés à Ao Molae. Aucun campeur. Ouf ! J'y vais pour y vivre en vrai Robinson, pas question d'avoir des intrus autour de moi à bavasser dans des tentes à refaire le monde. Je suis extrême mais c’est parce que je veux vivre une expérience ultime. Je garde en souvenir le finlandais de 2012 qui avait planté sa tente là bas sous les arbres, loin de tout. Je veux faire pareil... Le camion benne bleu dispose de bancs pour s'asseoir. 
C’est un vrai tape-cul où l'on tressaute comme un sac de patates. Pour grimper là dedans c'est plutôt sport. Il y a un genre d'échelle métallique style échelle de piscine, où l'on n'a la place que pour y glisser un orteil. Il faut jeter ses sacs par dessus le rabat qu'ils n'abaissent jamais. Ensuite c'est la traverséee fantastique dans la jungle pendant que le camion peine dans les montées avec des cyclistes arrêtés et exténués, nous regardant d'un œil incrédule. Arrivé à Ao Molae, je suis allé voir un ranger. Ils n'ont pas de matelas et me disent qu'il fallait que j'en prenne un à Ao Pante. Je leur raconte les directives de la pas aidée dont j'aurais dû me méfier. 
Ça les fait rire. Moi moins, j'ai dû me mettre en quête d'aiguilles de filaos. Et il n'y en a pas beaucoup, cette plage étant le domaine des cocotiers et des arbres aux larges feuilles vert luisantes qui aiment le bord de l'eau et donnent des fleurs pleines d'étamines blanches au bout violet qui sentent divinement bons. Ça m'a pris des heures pour ramasser une mince couche qui me servira juste pour le buste, le reste à la dure !

J'ai pris place sous la cocoteraie, un peu à l'écart de la gargote où les touristes risquent le soir venu de poursuivre le repas par des discussions qui s'éternisent lorsque le générateur s'est tût. Le coin n'est pas idéal. Il sent la bouse. 
Il y en a plein que j'ai chassées avec le râteau, désormais condamné. Je ne sais pas ce que viennent faire des vaches par là. Il paraît qu'elles sont sauvages et vont et viennent à leur guise. Je pensais être plus tranquille ici, c’est le contraire qui se produit. Tous les bungalows sont pris. La gargote est un simple auvent avec des tables recouvertes d'un plastique vert hideux facile à nettoyer d'un coup de serviette rapide, avec des chaises bleues en plastique moitié décomposées par le soleil et la mousson. Les sanitaires sont raccord, de la boue au sol et des portes en plastique gondolées qui ne ferment plus et dont la poignée reste dans la main. Tout fuit. On finit avec l'eau du lavabo sur les pieds. Ça n'est pas grave, pour l'usage que j'en fait et le temps qu'on y passe...


Au bout de la cocoteraie se trouve la maison du personnel où des motos hors d'âge passent continuellement en pétaradant pour faire la navette sans avoir à marcher. Il y a aussi une gamine locale, une vraie chipie aux cheveux longs et à la bouche peinturlurée de rouge à lèvre déplacé. Elle passe son temps à hurler et quand elle change de registre c'est pour brailler. La cocoteraie est trop haute et trop clairsemée pour procurer une ombre suffisante. Dès 14 heures ma tente est en plein soleil. Le coin pullule de macaques. Aussi j'ai été obligé de rester à proximité en tendant le hamac où j'ai cuit une bonne partie de l'après midi comme un poisson dans sa papillote. 
Malgré ça j'ai eu la visite de macaques qui se sont mis à grignoter les arceaux et la toile cherchant à entrer dedans sans passer par la porte d'entrée. Je t'ai fait déguerpir tout ça.

A deux heures la gargote ferme et tout le monde repart avec la gamine sous le bras. C’est la trêve des braillements. Je suis allé marcher sur la plage, magnifique avec son anse qui se ferme presque quand on la regarde depuis l'extrémité où se trouvent les bungalows. La végétation est plus luxuriante qu'à Ao Pante. Au fait « ao », ça veut dire « baie » en thaï, de même que « koh », écrit parfois « ko », signifie « île ». Le côté opposé aux bungalows est le plus sauvage, avec la jungle qui vient lécher le rivage. 
Malheureusement l'endroit est plein de tongs, plastiques, sacs, briquets, polystyrène, flacons, bouteilles d'eau, tessons de verre et tout et tout. J'ai même trouvé un casque de scooter, ces fameux bols. Malgré cela j'ai trouvé un coin idéal où planter la tente, une fois déblayé, bien plus intéressant que là où je suis pour l'heure. Je me suis emparé du râteau bouseux, bien décidé à demander la permission aux rangers de m'installer là bas à leur retour. J'ai prévu tout un argumentaire pour plaider ma cause, comme quoi j'ai fait le voyage spécialement pour réaliser le rêve de dormir à cet endroit - ce qui est plus ou moins vrai - et que trois ans auparavant j'y avais vu quelqu’un camper. 


J'ai une autre requête à formuler aussi. Avec les macaques, ce sera bien pire sous la jungle dans ce coin isolé. Aussi il faut que je ne garde rien dans la tente. Peut être que les rangers peuvent me garder les sacs quelque part avec le surplus d'affaires dont je n'ai pas besoin. Habitué à ne toujours emporter que le strict minimum, ce que j'ai est encore de trop. J'ai trois T-shirts et deux pour la nuit. Un de chaque aurait suffit. Quant aux slips, un seul n'a servi, pour l'avion. On n’est pas là pour un concours de beauté et ce qu'on lave est sec dans l'heure. J'aurais pu avoir toujours le même T-shirt. Je retiens la leçon pour la prochaine fois.

Les gardes étaient de retour vers 17 heures. Ils m'ont autorisé à ranger mes sacs à l'intérieur de la guitoune où les murs ne montent pas jusqu'au toit. Pas sûr que ces foutus macaques ne réussissent pas à se hisser par dessus. Mais c’est toujours mieux qu'une porte de tente en moustiquaire facile à ouvrir par avec des ongles acérés de singes habiles. C'est ma hantise. La porte détruite, la tente serait ouvertes aux quatre vents, offrant gîte et couvert aux sandflies et autres moustiques. J'ai demandé si je pouvais m'installer là bas sous les arbres, montrant vaguement du doigt une direction floue. Le type n'y voit rien à redire mais me prévient que le coin est truffé de singes. On verra demain ce que je ferai. Pour l'heure il est trop tard et je suis trop fatigué pour déménager encore. Entre déblaiement et recherche de litière, ça m'a pris presque tout l'après midi et j'ai le dos en compote...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...