C'est bien la vie au
grand air, pour le ménage pas besoin de traquer les coins, la
poussière et les toiles d'araignée. Il suffit de retourner la tente
et c'est bon. J'ai minimisé aussi l'intrusion de sable en plaçant
sur le sol le reste d'un sac de plastique tissé en piteux état au
niveau de l'abside pour faire sas. C'est un de ces sacs qui servent
au transport des marchandises sur les bateaux et qui finissent trop
souvent à la mer. On les retrouve sur la plage, plus où moins
enfouis sous le sable. Celui que j'ai pris est plein de trous et de
puces de mer mais une fois toiletté, il fait l'affaire. Les gens qui
doivent me voir affairé doivent penser que je suis maniaque.
Le
râteau chasseur de feuilles mortes ne me quitte plus. Dès que je
sens un truc rouler sous les pieds, je m'en débarrasse.
L'ameublement du terrain aura été aussi vain. Tout s'est tassé
dans la nuit et le sol est redevenu dur comme la pierre. Mais j'ai
plus d'un tour dans mon sac. Sur la plage il y a tout un tas
d'aiguilles de filaos chassés par la mer et qui finissent en petits
tas à la limite de la dernière marée haute. J'en ai ramassé un
peu avant de comprendre que la tâche serait interminable si je
voulais obtenir une épaisseur suffisante pour faire matelas sur tout
le dessous de la tente. C'est alors que j'ai remarqué un tas de
détritus végétaux que les gardes du parc avaient collecté.
Je me
suis saisi du paréo pour faire sac et j'en ai pris à pleines
poignées. C’est parfait, les fils sont bien longs et forment comme
des pelotes, sèches de surcroît. Il suffit de les débarrasser des
débris de coquillages, des petits branchages et autres boules de
filaos. Ça m'a pris plusieurs heures mais je suis très content du
résultat. J'ai désormais un couchage quatre étoiles sur lequel je
vais pouvoir dormir douillettement. Évidemment si j'avais été là
pour quelques jours je ne me serais pas donné tout ce mal. Mais sur
la durée ça compte.
Après cet épisode
épuisant je suis allé me rafraîchir dans la mer d'Andaman. Je ne
l'ai peut être pas dit mais elle est délicieuse. C'est comme un
bain toujours prêt. On pourrait y rester des heures si ce n'était
la présence de trucs qui piquent. Une nouveauté par rapport à la
dernière fois. Ça donne une sensation de brûlure un peu comme une
méduse mais ça ne dure pas. Les bestioles sont invisibles, sans
doute du micro plancton, peut être le même que celui qui devient
fluorescent la nuit. Côté fléau il y a aussi des sandflies. Hier
j'avais senti des trucs me piquer alors que j'étais allongé sur le
sable. Cette nuit je me suis gratté frénétiquement en me demandant
ce que c'était.
Un moment j'ai pensé aux punaises de lit mais mon
drap est tout propre et n'a traîné nulle part. Aujourd'hui ça me
l'a refait. Et là en observant attentivement j'ai identifié de
minuscule moucherons. Je les reconnais ce sont des points noirs
minuscules avec des ailes blanches. C'est une saloperie qui fait se
gratter jusqu'au sang et qui dure des jours. Par contre, ce qui me
sauve c'est que ces insectes volent au ras du sol. Aussi dans mon
hamac je suis à l'abri. Ce sera donc désormais journée dans le
hamac.
Au rayon intrusion,
pendant que je me baignais j'ai eu une visite non identifiée. C'est
lorsque j'ai voulu ranger mon lecteur MP3 que j'ai constaté que le
sac que j'avais suspendu aux branches était ouvert et vide, avec
tout par terre, le portefeuille éventré et les billets volant au
vent.
Le passeport gisait plus loin. Le sac étanche de l'ordinateur
était piqué de trous comme un coup de griffe ou de bec. Je me suis
immédiatement mis en recherche des billets, à quatre pattes. C'est
que j'en ai pour 36 billets de 1000 bahts, une sacrée somme qui
devrait me permettre de tenir deux mois. J'ai retrouvé mes petits,
il n'en manque aucun. Par bonheur ça ne se mange pas. J'avais dans
le sac des poires séchées qui, elles, sont portées disparues, ce
qui me fait penser que c'est un singe qui est passé par là. J’ai
eu une frayeur en constatant que les cartes bleues avaient disparu
également. Je les ai retrouvées plus loin, à moitié enfouies sous
le sable.
J'ai de la chance sur ce coup là car l'animal aurait pu
partir avec la pochette du passeport pour jouer avec ou bien
mordiller les cartes bleues pour se faire les dents. Je prends cela
comme un avertissement. Désormais, je garderai tout à portée de
vue, loin de tout fourré.
Vers midi le temps est
devenu très beau, déclenchant en moi l'envie d'aller crapahuter
jusqu'à Ao Molae. C'est pour moi la plus belle plage de l'île.
D’ailleurs je compte y camper prochainement. Il y a une route qui y
mène en traçant au centre de l'île mais c’est plus court de
passer par la côte. Il y a juste un passage délicat de rochers au
bas d'une falaise qui sépare deux plages.
Arrivé à ce niveau, j'ai
compris que je ne pourrais pas aller plus loin, la marrée étant
encore trop haute. J'ai donc dû faire demi tour. Tant pis pour Ao
Molae, j'irai quand je déménagerai. Car en ce moment ce doit être
des petites marées, j'ai l'impression qu'elle est toujours plus ou
moins haute. Or il faut qu'elle descende bas pour permettre le
passage par les rochers. Il faut aussi bien connaître les horaires
des marées sinon on peut s'y faire coincer au retour.
J'ai un voisin de tente,
un jeune thaï que je n'entends jamais et qui tient dans une tente de
poupée. Il est pire que moi, il est toujours parti à crapahuter
quelque part muni d'une épuisette.
Un jour je l'ai trouvé loin sur la plage, assis au milieu des liserons de mer qui courent en liane sur le sable en train de ramasser je ne sais quoi, sans doute des graines. Il a un cahier sur lequel il écrit toujours plein de trucs. Quand je suis arrivé il était déjà là mais à un autre endroit, près de là où je m'étais mis la première nuit. Il a déménagé le même jour que moi, sans doute importuné par le groupe de jeunes. Je lui parlerais bien mais il est un peu dans son monde. Il est très différent des autres thaï qui se déplacent toujours en tribus.
Je sais pourquoi les cochons sauvages furètent autour de la cantine : ils les nourrissent !
Un jour je l'ai trouvé loin sur la plage, assis au milieu des liserons de mer qui courent en liane sur le sable en train de ramasser je ne sais quoi, sans doute des graines. Il a un cahier sur lequel il écrit toujours plein de trucs. Quand je suis arrivé il était déjà là mais à un autre endroit, près de là où je m'étais mis la première nuit. Il a déménagé le même jour que moi, sans doute importuné par le groupe de jeunes. Je lui parlerais bien mais il est un peu dans son monde. Il est très différent des autres thaï qui se déplacent toujours en tribus.
Je sais pourquoi les cochons sauvages furètent autour de la cantine : ils les nourrissent !
Ce matin un cuisinier a jeté par terre des restes
de riz dont un adulte se régalait, le groin plein de grains pendant
que deux petits jouaient dans les herbes en les mangeant. Ce soir
c'est un gros mâle pas farouche avec deux petites défenses qui
voulait rentrer dans la cuisine. Les gardes avaient beau gesticuler
pour le faire décamper, l'animal ne se laissait pas impressionner,
bien décidé à ne pas lâcher le morceau. Il faut dire qu'avec son
gabarit il aurait tôt fait de nous piétiner. Je suis allé le voir
pour le prendre en photo. De peur qu'il ne me charge ou ne me bouffe
l'appareil, je me suis tenu à distance. Mais pas assez. Intrigué
par l'appareil, il m'a coursé comme un petit chien. J'ai eu le temps
de lui envoyer un éclair de flash dans les yeux mais cela ne l'a pas
ébloui pour autant. Par contre ça me donne un joli gros plan !











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