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samedi 10 janvier 2015

Koh Tarutao J4 : je fais mon nid

C'est bien la vie au grand air, pour le ménage pas besoin de traquer les coins, la poussière et les toiles d'araignée. Il suffit de retourner la tente et c'est bon. J'ai minimisé aussi l'intrusion de sable en plaçant sur le sol le reste d'un sac de plastique tissé en piteux état au niveau de l'abside pour faire sas. C'est un de ces sacs qui servent au transport des marchandises sur les bateaux et qui finissent trop souvent à la mer. On les retrouve sur la plage, plus où moins enfouis sous le sable. Celui que j'ai pris est plein de trous et de puces de mer mais une fois toiletté, il fait l'affaire. Les gens qui doivent me voir affairé doivent penser que je suis maniaque. 
Le râteau chasseur de feuilles mortes ne me quitte plus. Dès que je sens un truc rouler sous les pieds, je m'en débarrasse. L'ameublement du terrain aura été aussi vain. Tout s'est tassé dans la nuit et le sol est redevenu dur comme la pierre. Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac. Sur la plage il y a tout un tas d'aiguilles de filaos chassés par la mer et qui finissent en petits tas à la limite de la dernière marée haute. J'en ai ramassé un peu avant de comprendre que la tâche serait interminable si je voulais obtenir une épaisseur suffisante pour faire matelas sur tout le dessous de la tente. C'est alors que j'ai remarqué un tas de détritus végétaux que les gardes du parc avaient collecté. 
Je me suis saisi du paréo pour faire sac et j'en ai pris à pleines poignées. C’est parfait, les fils sont bien longs et forment comme des pelotes, sèches de surcroît. Il suffit de les débarrasser des débris de coquillages, des petits branchages et autres boules de filaos. Ça m'a pris plusieurs heures mais je suis très content du résultat. J'ai désormais un couchage quatre étoiles sur lequel je vais pouvoir dormir douillettement. Évidemment si j'avais été là pour quelques jours je ne me serais pas donné tout ce mal. Mais sur la durée ça compte.


Après cet épisode épuisant je suis allé me rafraîchir dans la mer d'Andaman. Je ne l'ai peut être pas dit mais elle est délicieuse. C'est comme un bain toujours prêt. On pourrait y rester des heures si ce n'était la présence de trucs qui piquent. Une nouveauté par rapport à la dernière fois. Ça donne une sensation de brûlure un peu comme une méduse mais ça ne dure pas. Les bestioles sont invisibles, sans doute du micro plancton, peut être le même que celui qui devient fluorescent la nuit. Côté fléau il y a aussi des sandflies. Hier j'avais senti des trucs me piquer alors que j'étais allongé sur le sable. Cette nuit je me suis gratté frénétiquement en me demandant ce que c'était. 
Un moment j'ai pensé aux punaises de lit mais mon drap est tout propre et n'a traîné nulle part. Aujourd'hui ça me l'a refait. Et là en observant attentivement j'ai identifié de minuscule moucherons. Je les reconnais ce sont des points noirs minuscules avec des ailes blanches. C'est une saloperie qui fait se gratter jusqu'au sang et qui dure des jours. Par contre, ce qui me sauve c'est que ces insectes volent au ras du sol. Aussi dans mon hamac je suis à l'abri. Ce sera donc désormais journée dans le hamac.
Au rayon intrusion, pendant que je me baignais j'ai eu une visite non identifiée. C'est lorsque j'ai voulu ranger mon lecteur MP3 que j'ai constaté que le sac que j'avais suspendu aux branches était ouvert et vide, avec tout par terre, le portefeuille éventré et les billets volant au vent. 
Le passeport gisait plus loin. Le sac étanche de l'ordinateur était piqué de trous comme un coup de griffe ou de bec. Je me suis immédiatement mis en recherche des billets, à quatre pattes. C'est que j'en ai pour 36 billets de 1000 bahts, une sacrée somme qui devrait me permettre de tenir deux mois. J'ai retrouvé mes petits, il n'en manque aucun. Par bonheur ça ne se mange pas. J'avais dans le sac des poires séchées qui, elles, sont portées disparues, ce qui me fait penser que c'est un singe qui est passé par là. J’ai eu une frayeur en constatant que les cartes bleues avaient disparu également. Je les ai retrouvées plus loin, à moitié enfouies sous le sable. 
J'ai de la chance sur ce coup là car l'animal aurait pu partir avec la pochette du passeport pour jouer avec ou bien mordiller les cartes bleues pour se faire les dents. Je prends cela comme un avertissement. Désormais, je garderai tout à portée de vue, loin de tout fourré.
Vers midi le temps est devenu très beau, déclenchant en moi l'envie d'aller crapahuter jusqu'à Ao Molae. C'est pour moi la plus belle plage de l'île. D’ailleurs je compte y camper prochainement. Il y a une route qui y mène en traçant au centre de l'île mais c’est plus court de passer par la côte. Il y a juste un passage délicat de rochers au bas d'une falaise qui sépare deux plages. 
Arrivé à ce niveau, j'ai compris que je ne pourrais pas aller plus loin, la marrée étant encore trop haute. J'ai donc dû faire demi tour. Tant pis pour Ao Molae, j'irai quand je déménagerai. Car en ce moment ce doit être des petites marées, j'ai l'impression qu'elle est toujours plus ou moins haute. Or il faut qu'elle descende bas pour permettre le passage par les rochers. Il faut aussi bien connaître les horaires des marées sinon on peut s'y faire coincer au retour.
J'ai un voisin de tente, un jeune thaï que je n'entends jamais et qui tient dans une tente de poupée. Il est pire que moi, il est toujours parti à crapahuter quelque part muni d'une épuisette. 
Un jour je l'ai trouvé loin sur la plage, assis au milieu des liserons de mer qui courent en liane sur le sable en train de ramasser je ne sais quoi, sans doute des graines. Il a un cahier sur lequel il écrit toujours plein de trucs. Quand je suis arrivé il était déjà là mais à un autre endroit, près de là où je m'étais mis la première nuit. Il a déménagé le même jour que moi, sans doute importuné par le groupe de jeunes. Je lui parlerais bien mais il est un peu dans son monde. Il est très différent des autres thaï qui se déplacent toujours en tribus. 
Je sais pourquoi les cochons sauvages furètent autour de la cantine : ils les nourrissent ! 
Ce matin un cuisinier a jeté par terre des restes de riz dont un adulte se régalait, le groin plein de grains pendant que deux petits jouaient dans les herbes en les mangeant. Ce soir c'est un gros mâle pas farouche avec deux petites défenses qui voulait rentrer dans la cuisine. Les gardes avaient beau gesticuler pour le faire décamper, l'animal ne se laissait pas impressionner, bien décidé à ne pas lâcher le morceau. Il faut dire qu'avec son gabarit il aurait tôt fait de nous piétiner. Je suis allé le voir pour le prendre en photo. De peur qu'il ne me charge ou ne me bouffe l'appareil, je me suis tenu à distance. Mais pas assez. Intrigué par l'appareil, il m'a coursé comme un petit chien. J'ai eu le temps de lui envoyer un éclair de flash dans les yeux mais cela ne l'a pas ébloui pour autant. Par contre ça me donne un joli gros plan !

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