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jeudi 8 janvier 2015

Koh Tarutao J2

On va faire dans les titres simples. Question aussi de voir où j'en suis dans la durée de mon aventure. Ça y est, j'ai pris mes marques. Tout me paraît familier comme si j'étais parti la veille. Rien n'a changé. Il y a juste un peu plus de monde, surtout hier où un groupe d'asiatiques est venu m'enquiquiner dans la nuit alors qu'ils prenaient un bain de minuit bruyant. J'ai changé d'endroit. Eux aussi, ils sont partis. Les fêtards n'ont rien à faire sur cette île. En effet Koh Tarutao est une île vierge, inhabitée, incluse entièrement dans un parc national. Le parc déborde largement, incluant au total 51 îles sur une superficie de 1490 km2. 
Tarutao est la plus grande de toute et compte 152 km2. C'est ici que l'on rencontre la montagne la plus haute, avec ses 708 mètres.
Le quartier général du parc se situe dans la baie d'Ao Pante. On y trouve une cantine, toutes sortes d'hébergements, allant du bungalow au dortoir en passant par le camping où l'on s’installe où l'on veut en bordure de plage. Quatre autres endroits abritent des stations de rangers avec une cantine pour certaines. Je compte bien mettre à profit le temps disponible ici pour changer d'endroit, question de se renouveler et de vivre dans des ambiances différentes. Cette année ils ont mis des panneaux indiquant de faire attention aux singes. Des macaques. 
Je les crains un peu depuis l'épisode de Langkawi où un brigand était parti avec mon sac. Le ranger qui m'a enregistré hier m'a indiqué de faire attention aux singes, qu'ils pouvaient rentrer dans les tentes à la recherche de nourriture. Il ne m'a pas dit s'ils s'arrêtaient là. J'espère ne pas être victime d'une destruction massive comme en Namibie. C'est aussi pour ça que j'ai changé d'endroit. Je suis désormais avec les autres campeurs. L’agitation humaine, les singes n'aiment pas ça. C'est plus simple de se faufiler dans une tente avec personne autour.
Question bestioles, il n'y a pas que des singes. Alors que je montais la tente, une vipère toute rouge est passée par là, fonçant vers mes sacs éventrés. 
Comme je n'avais pas envie qu'elle se faufile dedans, j'ai fait obstacle. Le reptile s'est redressé en faisant siffler sa langue pour se donner un genre impressionnant qui n'effraie que lui puis il a fait demi tour pour se glisser dans un trou de crabe à la base d'un arbre. J'ai attendu qu'il sorte pour le prendre en photo, continuant à tendre les ficelles tout autour. Il a disparu ensuite de l'autre côté du tronc. Je suis allé voir quelques instants après question de délimiter une zone interdite. Impossible de le retrouver. Pour tant il n' pas pu aller bien loin. Je n'aime pas trop savoir qu'un serpent rode autour de la tente. J'ai regardé dans l'arbre, il n'y était pas. 
Pas plus que dans d'autres trous de crabe. Du coup, je tape des pieds quand je regagne la tente en pleinenuit et j'ai toujours une appréhension à me saisir de la glissière de la porte, de peur qu'il ne m'attende blotti dessous.
Sinon, question mammifères il y a des cochons sauvages pas bien farouches qui vaquent autour de la cantine, à la recherche de miettes en grognant. On dirait des sangliers. Ils arrivent toujours à plusieurs, avec des petits dissipés aux rayures fauves. Personne n'y prend garde, ils font partie du décor. Il y a aussi un élément du décor dont je me serais bien passé. Il y a des long tail boats qui voguent à toute heure du jour et de la nuit. 
C'est le cauchemar du campeur, le mien en tout cas. Ces engins sont l'embarcation traditionnelle de Thaïlande. Ce sont des barques avec une hélice au bout d'un manche sur lequel est posé un moteur de mobylette. Ça fait un bruit d'enfer. Je les appelle les tondeuses à gazon. Ça fait le même bruit, en pire ! Ça te réveillerait un mort. Je ne sais pas ce qu'ils traficotent en pleine nuit sans aucune lumière. J'espère que c'était exceptionnel. Sinon il faudra que j'aille dans un autre endroit, dans une autre baie, mais ce serait dommage car j'aime bien ce coin et j'ai tout le temps avant de bouger ailleurs.


La plage d'Ao Pante est très belle et très longue, bordée de filaos où j'ai suspendu mon hamac. Je ne me souvenais pas que le sable y était si fin et si blanc. Dans mes souvenirs je la voyais plutôt gris clair. En fait la plage s'illumine de blanc dès que le soleil sort. Ce qui n'est pas souvent en ce moment. Depuis l'orage d'hier, le temps hésite sur la conduite à suivre. Apparemment la saison des pluies donne dans la résistance car aujourd'hui c'est à nouveau un orage et des trombes d'eau qui ont arrosé l'île dès 15 heures. Comme hier, ça se calme à la tombée de la nuit mais du coup on passe l'après midi à se morfondre sous le auvent de la cantine. Enfin, question de parler car je m'en moque un peu. La pluie, ça va ça vient. 
D’ailleurs elle ne gène pas les phacochères qui continuent à fureter sous les feuilles, dégoulinants d'eau, les poils dans les yeux. C'est très énervant quand on n'a que quelques jours mais avec tout le temps dont je dispose, ce n'est pas un jour de pluie qui va me démonter le moral. Le soir on a la visite des geckos qui se plaisent à monter le long des murs. Certains s’essaient à la haute voltige et atterrissent sur la table comme un œuf sur le plat sorti de sa poêle. Ça fait sursauter les gens, moi ça m'amuse de les voir ahuris, poussant des cris à la limite d'avoir les cheveux dressés sur le tête.

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