Je ne m'ennuie pas une
seconde dans mon petit paradis. D'ailleurs je ne me suis jamais
ennuyé où que ce soit. Être seul ne me pèse aucunement, au
contraire. Je fais ce que je veux et ai tous les sens en alerte pour
mieux goûter tout ce qui s'offre à moi. J'en découvre tous les
jours. Depuis des fleurs en bordure de plage, jusqu'à des
coquillages sur le sable, en ouvrant l’œil la nature recèle bien
des trésors. C'est comme ce matin, à la faveur d'un instant
éphémère, un merveilleux petit banc de sable s’est dégagé
entre deux marées, au bout de la plage vers l'embouchure de la
rivière. Personne ne l'avait remarqué. A cet endroit la plage
normalement rectiligne offre un beau croissant de sable blanc au
sable lisse comme du marbre. Tout ce que j'aime.
C'est là, en face,
que j'ai remarqué de petites vaguelettes qui s'entrechoquaient à
contre courant. J'ai trouvé un passage pour y arriver sans me
mouiller plus qu'au niveau de genou. Un couple s'était installé sur
la plage juste en face et après m'avoir vu marcher sur l'eau, ils en
ont fait tout autant.
La randonnée à Toe-Boo
Cliff m'aura valu hier de revenir avec une tique fichée dans
l'épaule droite. Je ne sais pas pourquoi elle ne s’est pas arrêtée
en chemin au niveau de zones plus tendres. Elle était déjà bien
grosse, habituée à se gaver du sang des sangliers ou des macaques.
Je m'en suis débarrassé mais depuis il y a un petit durillon
douloureux comme si l'on m'avait fait une piqûre.
J'espère ne pas
contracter la maladie de Lyme ou une autre saloperie, les tiques sont
réputées pour être vecteurs de maladies encore plus que les
moustiques. En parlant d'eux il n'y en a pas trop, à part aux
sanitaires. Comme les douches n'ont pas à proprement parler
d'évacuation (on reçoit la mousse du voisin d'à côté, il n'y a
qu'une seule rigole qui fait toute les douches), l'eau reste à
stagner. Conjugué à un bâtiment qui reste dans l'ombre toute la
journée, c'est un paradis pour le moustique qui y prolifère en
toute quiétude. Ils sont monstrueux et vous attendent de pied ferme.
Aussi on n'a pas très envie de s'éterniser sous les douches. Pour
la grosse commission il vaut mieux aller voir ailleurs, aux
sanitaires de la cantine.
A la cantine il y a des
fruits mais en quantité limitée afin qu'il n'y ait pas de pertes
sans doute. Dimanche j'en ai réclamé toute la journée mais il n'y
en avait soit disant plus en stock jusqu'à l'arrivage du bateau le
soir même. En fait un groupe de thaï est venu passer l'après midi,
restant à jacasser sous le auvent de la cantine. Et devinez quoi, au
déjeuner ils ont eu droit aux fruits ! Même les sangliers ont
pu se régaler. Les cuisiniers leur donnent toujours les pelures de
fruits dont ils se délectent. Ils avaient sans doute dû réserver
eux aussi !
Depuis l'épisode des
sandflies, je reste bien sagement dans le hamac.
D'autant plus que
j'ai trouvé le moyen d'avoir de la lecture grâce à mon ordinateur
qui fait tablette. En inclinant l’écran en mode portrait j'ai un
vrai livre bien grand au confort de lecture agréable. On dit que les
e-readers, les lecteurs de livres électroniques, ont l’avantage
sur les tablettes de procurer un confort de lecture incomparable mais
sur la tablette je peux lire plus d'une heure sans ressnetir la
moindre fatigue. A mon avis les e-readers sont des produits qui
appartiennent déjà au passé qui et feront figure de golgothes dans
quelques années, comme les lecteurs de DVD portables avant eux. En
ce moment je lis le livre brûlot de Trierweiler qui n'est pas si
brûlot que ça. J'entends déjà dire : « oh non ! ».
![]() |
| Je n'ai pas d'argent et une grande famille, aidez-moi SVP... |
Eh bien si, j'ai pu mettre la main facilement sur une copie étant
donné le succès du livre. Ça se lit facilement et on apprend plein
de trucs sur les coulisses du pouvoir même si elle a souvent
tendance à se poser comme victime de tout. C’est un peu comme si
on venait au théâtre par l'entrée des artistes. Il y a une
librairie aussi au centre des visiteurs, dans le local où je laisse
mes bagages. C'est une bibliothèque de pirates plein de grimoires
qui semblent avoir été victimes d'un tsunami. Si on les ouvre ils
doivent tomber en poussière. Peut être même qu'il y a une carte
aux trésors cachée dans un bouquin.
Il n'y a pas que moi qui
ratisse la plage, une employée s’est mise à faire des petits tas
d'aiguilles de filaos.
Le nettoyage ne se fait cependant qu'au niveau
de la zone des campeurs, le reste de la plage est moins propre avec
des bouées échouées, des tongs, des sacs, briquets et brosses à
dents rejetées par la mer et venant tout droit de Koh Phi Phi à ce
qu'ils disent. Au rayon maniaqueries en tout genre je me suis ratissé
un chemin d'accès. Que dis-je, une allée ! Ça m'occupe. Et
puis ça me permettra de marcher pieds nus comme le dernier des
sauvageons du matin au soir jusqu'à la cantine en remisant les
chaussures aux oubliettes, quand bien même ce sont des tongs.
Laissez-moi un peu de temps et vous ne seriez pas surpris de me voir
planter des fleurs.
J'aime suspendre mon linge à une ficelle tendue
entre deux pandanus avec le clapotis de l'eau et les rayons du soleil
qui filtrent à travers les feuilles et les orteils enfouis sous le
sable blanc. Qui peut rêver d'un plus beau jardin ? Pendant ce
temps il y a un oiseau qui pète et fait pin-pon entre deux
croassements et deux ricanements sarcastiques. Il est marron, de la
taille d'un merle, la tête noire avec des yeux cerclés d'un anneau
doré, le bout des ailes blanc et des patoches jaunes. J'ai vu aussi
passer un macaque velu à la recherche d'un coup de trafalgar alors
que je me prélassais dans le hamac, reniflant autour de la tente.
Dès qu'il m'a vu il m'a soigneusement évité. Moi je lui ai lancé :
« J'espère au moins que les poires étaient bonnes !».
Oui je parle aux singes ! Et pourquoi pas ?!









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