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lundi 12 janvier 2015

Koh Tarutao J6 : journée hamac

Je ne m'ennuie pas une seconde dans mon petit paradis. D'ailleurs je ne me suis jamais ennuyé où que ce soit. Être seul ne me pèse aucunement, au contraire. Je fais ce que je veux et ai tous les sens en alerte pour mieux goûter tout ce qui s'offre à moi. J'en découvre tous les jours. Depuis des fleurs en bordure de plage, jusqu'à des coquillages sur le sable, en ouvrant l’œil la nature recèle bien des trésors. C'est comme ce matin, à la faveur d'un instant éphémère, un merveilleux petit banc de sable s’est dégagé entre deux marées, au bout de la plage vers l'embouchure de la rivière. Personne ne l'avait remarqué. A cet endroit la plage normalement rectiligne offre un beau croissant de sable blanc au sable lisse comme du marbre. Tout ce que j'aime.
C'est là, en face, que j'ai remarqué de petites vaguelettes qui s'entrechoquaient à contre courant. J'ai trouvé un passage pour y arriver sans me mouiller plus qu'au niveau de genou. Un couple s'était installé sur la plage juste en face et après m'avoir vu marcher sur l'eau, ils en ont fait tout autant.
La randonnée à Toe-Boo Cliff m'aura valu hier de revenir avec une tique fichée dans l'épaule droite. Je ne sais pas pourquoi elle ne s’est pas arrêtée en chemin au niveau de zones plus tendres. Elle était déjà bien grosse, habituée à se gaver du sang des sangliers ou des macaques. Je m'en suis débarrassé mais depuis il y a un petit durillon douloureux comme si l'on m'avait fait une piqûre. 
J'espère ne pas contracter la maladie de Lyme ou une autre saloperie, les tiques sont réputées pour être vecteurs de maladies encore plus que les moustiques. En parlant d'eux il n'y en a pas trop, à part aux sanitaires. Comme les douches n'ont pas à proprement parler d'évacuation (on reçoit la mousse du voisin d'à côté, il n'y a qu'une seule rigole qui fait toute les douches), l'eau reste à stagner. Conjugué à un bâtiment qui reste dans l'ombre toute la journée, c'est un paradis pour le moustique qui y prolifère en toute quiétude. Ils sont monstrueux et vous attendent de pied ferme. Aussi on n'a pas très envie de s'éterniser sous les douches. Pour la grosse commission il vaut mieux aller voir ailleurs, aux sanitaires de la cantine.


A la cantine il y a des fruits mais en quantité limitée afin qu'il n'y ait pas de pertes sans doute. Dimanche j'en ai réclamé toute la journée mais il n'y en avait soit disant plus en stock jusqu'à l'arrivage du bateau le soir même. En fait un groupe de thaï est venu passer l'après midi, restant à jacasser sous le auvent de la cantine. Et devinez quoi, au déjeuner ils ont eu droit aux fruits ! Même les sangliers ont pu se régaler. Les cuisiniers leur donnent toujours les pelures de fruits dont ils se délectent. Ils avaient sans doute dû réserver eux aussi !

Depuis l'épisode des sandflies, je reste bien sagement dans le hamac. 
D'autant plus que j'ai trouvé le moyen d'avoir de la lecture grâce à mon ordinateur qui fait tablette. En inclinant l’écran en mode portrait j'ai un vrai livre bien grand au confort de lecture agréable. On dit que les e-readers, les lecteurs de livres électroniques, ont l’avantage sur les tablettes de procurer un confort de lecture incomparable mais sur la tablette je peux lire plus d'une heure sans ressnetir la moindre fatigue. A mon avis les e-readers sont des produits qui appartiennent déjà au passé qui et feront figure de golgothes dans quelques années, comme les lecteurs de DVD portables avant eux. En ce moment je lis le livre brûlot de Trierweiler qui n'est pas si brûlot que ça. J'entends déjà dire : « oh non ! ». 
Je n'ai pas d'argent et une grande famille, aidez-moi SVP...
Eh bien si, j'ai pu mettre la main facilement sur une copie étant donné le succès du livre. Ça se lit facilement et on apprend plein de trucs sur les coulisses du pouvoir même si elle a souvent tendance à se poser comme victime de tout. C’est un peu comme si on venait au théâtre par l'entrée des artistes. Il y a une librairie aussi au centre des visiteurs, dans le local où je laisse mes bagages. C'est une bibliothèque de pirates plein de grimoires qui semblent avoir été victimes d'un tsunami. Si on les ouvre ils doivent tomber en poussière. Peut être même qu'il y a une carte aux trésors cachée dans un bouquin.
Il n'y a pas que moi qui ratisse la plage, une employée s’est mise à faire des petits tas d'aiguilles de filaos. 
Le nettoyage ne se fait cependant qu'au niveau de la zone des campeurs, le reste de la plage est moins propre avec des bouées échouées, des tongs, des sacs, briquets et brosses à dents rejetées par la mer et venant tout droit de Koh Phi Phi à ce qu'ils disent. Au rayon maniaqueries en tout genre je me suis ratissé un chemin d'accès. Que dis-je, une allée ! Ça m'occupe. Et puis ça me permettra de marcher pieds nus comme le dernier des sauvageons du matin au soir jusqu'à la cantine en remisant les chaussures aux oubliettes, quand bien même ce sont des tongs. Laissez-moi un peu de temps et vous ne seriez pas surpris de me voir planter des fleurs. 
J'aime suspendre mon linge à une ficelle tendue entre deux pandanus avec le clapotis de l'eau et les rayons du soleil qui filtrent à travers les feuilles et les orteils enfouis sous le sable blanc. Qui peut rêver d'un plus beau jardin ? Pendant ce temps il y a un oiseau qui pète et fait pin-pon entre deux croassements et deux ricanements sarcastiques. Il est marron, de la taille d'un merle, la tête noire avec des yeux cerclés d'un anneau doré, le bout des ailes blanc et des patoches jaunes. J'ai vu aussi passer un macaque velu à la recherche d'un coup de trafalgar alors que je me prélassais dans le hamac, reniflant autour de la tente. Dès qu'il m'a vu il m'a soigneusement évité. Moi je lui ai lancé : « J'espère au moins que les poires étaient bonnes !». Oui je parle aux singes ! Et pourquoi pas ?!

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