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mercredi 14 janvier 2015

Koh Tarutao J8 : coup bas au paradis

J'ai été victime d'un acte de sabotage odieux. Dans la nuit on m'a coupé la moitié des petites ficelles qui suspendent le hamac, sans doute pour que le reste cède sous mon poids lorsque je devais monter dedans. Je dois susciter des jalousies avec le hamac suspendu jour et nuit au meilleur coin de la plage, empêchant les autres d'en profiter. Ce coup bas ne peut être l’œuvre d'un singe. Les ficelles sont coupées trop nettement et toutes au même niveau, signant là une découpe franche aux ciseaux. Cela ne m'a pas abattu pour autant. J'ai tout coupé et raccommodé par des nœuds. Je ne sais pas qui m'en veut. Je n’embête pourtant personne et ne fais jamais aucun bruit. 
C'est doublement incompréhensible. C'est de la méchanceté gratuite, la pire qui soit. Il y a bien la voisine d'à côté qui s'est laissée draguer par deux lourdingues qui l'ont entraînée dans un bain de minuit la veille et qui sont restés à bavasser en ricanant autour de sa tente. Des anglais, canette de bière à la main comme il se doit, toujours entre deux eaux. Je suis allé les voir hier soir pour leur demander très gentiment de faire moins de bruit que la nuit d'avant. Ils m'ont semblé compréhensifs et sans aucune animosité. A moins que cela ait vexé leur ego de dindons en train de faire la cour à une poule consentante qui a invité l'un d'eux dans sa tente la nuit dernière. 
Les choses vont vite. C'est ainsi que j'ai découvert que c'est une gémisseuse qui pousse de temps en temps des petits cris d'animal blessé. Je passerai les détails mais ça n'en finissait plus ; à trois heures du matin elle gémissait toujours. J'ai donc déménagé en urgence à la lumière de ma torche. Toute une histoire. Le modèle de tente que j'ai n'est pas ces tentes qu'on jette et qu'on plie en deux secondes, hélas. Cherchant plus de confort j'ai une tente dôme traditionnelle avec des arceaux. Elle nécessite plein de piquets pour tendre parfaitement la toile. J'ai laissé ça pour le lendemain.


Adieu donc mon petit coin que j'aimais tant et que j'avais domestiqué. Je dois tout recommencer de zéro avec le râteau. Cette fois, j'ai pris le dernier emplacement du camping, pas le meilleur, sous des pandanus, juste à côté du groupe électrogène. Mais je préfère sa compagnie, au moins lui je sais quand il s'arrête ! Quitte à déménager, j'en ai profité pour augmenter l’épaisseur de mon lit d'aiguilles. Pour ce faire, je n'ai eu qu'à me servir avec les petits tas que l'employée a réunis en ratissant la plage. Au passage elle doit avoir une mémoire de poisson rouge car elle a oublié de déblayer ensuite les tas que la mer commence à éparpiller. Avec la couche que j'ai mise, ma tente a l'air d'une poule en train de couver sur un nid ! 
J'ai pour voisins un couple que je n'entend jamais, très tranquille et qui est venu le lendemain de mon arrivée. Ils me servent ainsi de tampon contre d'éventuels envahisseurs. J'espère qu'ils resteront le plus longtemps possible. Je ne sais pas de quel pays ils sont, leur langue m'est inconnue. Peut être des israéliens. J'ai raconté toute l'affaire à Chris à la cantine. Il est sidéré par ce qui m'est arrivé et pense que c'est l’œuvre du clan de la gémisseuse. Cela l'amuse aussi, je vois qu'il se retient de rigoler. Demain il quitte Koh Tarutao à regret. Il aimerait revenir plus longtemps, cette fois avec un hamac et des bouquins. Il me dit : « je reprends lundi, tu te rends compte ? ». Pas vraiment à vrai dire, je ne sais pas quel jour on est !
Ce matin l'idée m'a pris de retourner en haut de Toe-Boo Cliff, au lever du soleil, pour contempler la lumière en train de caresser la cime des arbres. Je n'ai pas regretté, c'était absolument fantastique. Un peu comme si l'on était un singe en train d'observer le lever de soleil assis sur une branche. A midi il y a un macaque qui est venu à ma table après avoir léché les plats de ceux qui étaient partis. Il m'a piqué mon assiette de fruits dont il restait les grains de pastèque que j'avais recrachés. Il s'en est saisi l'un après l'autre. Il était si près que j'ai pu l'observer en détail. Les singes sont vraiment proches de nous. Leurs doigts ont même des ongles !

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