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| Ao Jak |
Au rayon trouvailles
matinales, alors que j'étais à quatre pattes occupé à sortir de
la tente, un groupe de bestioles plus étonné que moi est passé
parmi les jeunes plants des arbres aux grosses feuilles - les
oreilles de Mickey. Des genres de loirs tout en longueur et aplatis.
Pas impressionnés ils sont allé directement sur la plage tandis que
je m'emparais de l'appareil photo. Je pensais qu'ils allaient jouer
sur le rivage mais ils sont rentrés direct dans l'eau, gagnant
rapidement le large d'où l'on ne voyait plus que leurs petites têtes
émerger. L'un d'entre eux était à la traîne, occupé à dévorer
un gros poisson qu'il venait de capturer, allongé sur le dos, les
deux pattes avant hors de l'eau. A la posture j'ai immédiatement
reconnu de quoi il s'agissait.
Des loutres de mer. Elles devaient
bien être une demie douzaine. J'ai un cliché mais qui ne donne rien
à cause de la luminosité insuffisante. Un nouveau mystère est
levé : les empreintes de chat que je trouvais de temps à autre
sur la plage ne sont que leurs traces. La nuit à Ao Molae est bien
moins chaude qu'à Ao Pante. C'est aussi plus humide. Sans doute à
cause des monts et de la jungle tout autour. Du coup je suis obligé
de m’envelopper dans le drap de soie et ce n’est pas toujours
suffisant. Du reste, en marchant dans la soirée sur la plage, on
sent nettement des nappes de fraîcheur à certains endroits.
Pendant que je prenais le
petit déjeuner dans la cocoteraie, j'ai eu de la visite au camp.
En
revenant vers la tente, il y avait un macaque en train de se balancer
dans le hamac, pacha les deux bras dans le vide comme un gosse. Il ne
voulait pas sortir de là dedans, grondant parce que je me
rapprochais pour le faire déguerpir. C'était chez lui et il ne
voulait pas lâcher le morceau. Mais ces bestioles sont teigneuses
pour cacher leur peur, ce n’est bien souvent que de l’esbroufe ;
armé d'un bâton, j'ai été tout de suite plus impressionnant et il
a déguerpi dans les branches, grognant de plus belle. Il a fini par
se disperser en sautant d'arbre en arbre, sans aller se venger sur la
tente.
J'ai le meilleur coin de
la plage, celui où un arbre gagne le plus sur la plage. Il est très
curieux.
Il est composé en fait d'une dizaine de troncs qui partent
en oblique depuis un centre qui fait comme une corolle. Si on
abattait cet arbre, il y aurait un trou dans la jungle d'une bonne
vingtaine de diamètre. Le matin j'ai droit au parfum délicieux des
fleurs avant qu’elle ne tombent au sol, juste pour bien s'imprégner
de leur odeur entêtante. Je suscite les convoitises. Les gens
passent devant en montrant la tente du doigt. Un allemand est venu me
voir. Il réside dans un bungalow mais a une tente moustiquaire dont
il n'ose se servir, prévenu par les rangers de la présence continue
des singes. Il m'a demandé si je n'avais pas peur qu'ils ne
saccagent ma tente.
Il en a vus en effet en train de voler du linge
aux fenêtres d'un bungalow. Sans doute que par là ils ont appris
que bungalow = nourriture et tournicotent par là bas, piquant tout
ce qu'ils trouvent pour en faire le tri plus loin. Avec ma tente qui
n'a rien dedans qui se mange, après la visite d'hier, plus aucune
animal ne s'y intéresse, ils ont dû l'assimiler à un détritus de
plus dont il n'y a rien à tirer.
Ce qu'il y a de bien à
être à Ao Molae c'est qu'on est à Ao Jak en un tour de main et à
des heures où les gens de Ao Pante ne peuvent pas passer, marée
haute oblige. Je m'y suis rendu avant le déjeuner, tant que la
lumière n’est pas trop violente, pour en avoir un aperçu
différent de l'après midi où j'y étais allé depuis Ao Pante.
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| Ao Jak |
Les
fourrés bruissent de cris de singes sur mon passage. En écarquillant
les yeux on les aperçoit dans les branches. Des macaques, toujours
en groupes, avec leur petite huppe sur la tête. Des pleines familles
avec des petits malhabiles cherchant à sauter d'un arbre à un autre
en hésitant, peinant à suivre les adultes qui s’arrêtent
s’asseoir pour s'épouiller. La pose favorite du macaque c'est le
penseur de Rodin, une main posée sur une cuisse repliée. Plus loin
un genre de varan, un monstre de plus de deux mètres couvert de boue
a surgi des herbes, tentant une sortie au grand jour au mauvais
moment. Un truc avec une toute petite tête et des pattes puissantes
tout droit sorti de l'ère des dinosaures.
La plage d'Ao Jak est
déserte, à part des papillons au motif panthère comme ces filles
de mauvais genre, virevoltant au dessus du sable sans doute à la
recherche des sandflies. Ce côté ci de la plage se termine au
niveau d'une petite rivière qui se jette dans la mer au niveau d'une
langue de sable, sous les arbres et au pied des rochers. L'endroit
est très joli et permet de contempler la jungle et les montagnes
depuis l'eau. Je n'ai pas pu résister à m'y baigner. Puis je suis
retourné à la gargote pour le déjeuner. Pour tous les plats on a
le choix entre « chicken » ou « seafood ».
C'est donc poulet tous les jours. Le midi je prends une omelette avec
du riz et des fruits.
Je n'essaierais pas leur poisson, ça sent les
quais du port d'Essaouira jusqu'à ma tente et on sait qu'on est
arrivé à Ao Molae rien qu'à l'odeur. Avec un frigo qui ne
fonctionne que le soir, tout s'explique ! Le ranger à qui
j'avais demandé la permission de me mettre plus loin a dû trouver
où j'ai mis ma tente, il m'a montré la direction du doigt en me
disant « better ». Pour être « better », ça
ne pourrait pas l'être davantage. Il me demande aussi des nouvelles
des singes...
Aujourd'hui la moitié
des touristes a décampé et a été remplacée par un nouvel
arrivage. Y a une fille qui faisait des rondes le long de la plage.
Jamais vu plus moche. A un concours de mochetés elle finissait sur
les plus hautes marches du podium sans souci.
Deux queues de vaches
fendues au sommet d'un crane avec deux yeux derrière des binocles à
triple foyer qui lui donnait un regard de mongolienne. Oui je sais on
n'a pas le droit de le dire mais je le dis quand même. Je vais pas
faire dans le politiquement correct sinon je me tairais. Ajoutez à
cela un short de foot pour mieux montrer ses jambes dont on ne
verrait pas la différence dans un jeu de quilles et un marcel trop
grand à la couleur dépareillée avec le reste. Au point où nous en
sommes, fais-toi plaisir, chérie. Une fille de l'est, enfin, de
l'ouest par ici. Jamais vu des cheveux pareils. Du vrai crin de
cheval avec lequel on pourrait balayer les bungalows. Ça craint...
Vers la fin de l'après
midi, alors que j'étais pris dans une douce torpeur au fond du
hamac, j'ai été alerté par des cris de singes dans les arbres au
dessus de la tente. Ces bestioles ne sont jamais discrètes. Je suis
allé voir ce qui se tramait. Et là, surprise ! De délicieux
singes aux yeux cerclés de blanc. Les mêmes que j'avais vus à
Langkawi il y a trois ans. Je les appelle les singes clowns. C'est un
gag, une facétie de la nature. Ils sont plus gros que les macaques
et ne s’aventurent jamais à terre. Ils préfèrent les hauteurs de
la canopée. Comme j’aimerais être un singe pour pouvoir
contempler le rivage de là haut !
Le soir depuis la
gargote, un rideau rose s'abaisse sur la mer en passant par dessus
les cocotiers. Les gens à table se sont mis à montrer du doigt un
truc en haut d'un cocotier en se dévissant la tête et que j'ai pris
pour un singe de plus dans la pénombre du crépuscule. Mais la
créature s’est jetée dans le vide et est partie à tir d'aile en
passant par dessus la cabane. Ce devait être des écureuils volants.
Si si, ça existe, je vous assure. Je n'ai absorbé aucune substance
de la jungle...










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