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dimanche 25 janvier 2015

Koh Tarutao J19 : entre Ao Molae et Ao Jak

Ao Jak
Au rayon trouvailles matinales, alors que j'étais à quatre pattes occupé à sortir de la tente, un groupe de bestioles plus étonné que moi est passé parmi les jeunes plants des arbres aux grosses feuilles - les oreilles de Mickey. Des genres de loirs tout en longueur et aplatis. Pas impressionnés ils sont allé directement sur la plage tandis que je m'emparais de l'appareil photo. Je pensais qu'ils allaient jouer sur le rivage mais ils sont rentrés direct dans l'eau, gagnant rapidement le large d'où l'on ne voyait plus que leurs petites têtes émerger. L'un d'entre eux était à la traîne, occupé à dévorer un gros poisson qu'il venait de capturer, allongé sur le dos, les deux pattes avant hors de l'eau. A la posture j'ai immédiatement reconnu de quoi il s'agissait. 
Des loutres de mer. Elles devaient bien être une demie douzaine. J'ai un cliché mais qui ne donne rien à cause de la luminosité insuffisante. Un nouveau mystère est levé : les empreintes de chat que je trouvais de temps à autre sur la plage ne sont que leurs traces. La nuit à Ao Molae est bien moins chaude qu'à Ao Pante. C'est aussi plus humide. Sans doute à cause des monts et de la jungle tout autour. Du coup je suis obligé de m’envelopper dans le drap de soie et ce n’est pas toujours suffisant. Du reste, en marchant dans la soirée sur la plage, on sent nettement des nappes de fraîcheur à certains endroits.
Pendant que je prenais le petit déjeuner dans la cocoteraie, j'ai eu de la visite au camp. 
En revenant vers la tente, il y avait un macaque en train de se balancer dans le hamac, pacha les deux bras dans le vide comme un gosse. Il ne voulait pas sortir de là dedans, grondant parce que je me rapprochais pour le faire déguerpir. C'était chez lui et il ne voulait pas lâcher le morceau. Mais ces bestioles sont teigneuses pour cacher leur peur, ce n’est bien souvent que de l’esbroufe ; armé d'un bâton, j'ai été tout de suite plus impressionnant et il a déguerpi dans les branches, grognant de plus belle. Il a fini par se disperser en sautant d'arbre en arbre, sans aller se venger sur la tente.
J'ai le meilleur coin de la plage, celui où un arbre gagne le plus sur la plage. Il est très curieux. 
Il est composé en fait d'une dizaine de troncs qui partent en oblique depuis un centre qui fait comme une corolle. Si on abattait cet arbre, il y aurait un trou dans la jungle d'une bonne vingtaine de diamètre. Le matin j'ai droit au parfum délicieux des fleurs avant qu’elle ne tombent au sol, juste pour bien s'imprégner de leur odeur entêtante. Je suscite les convoitises. Les gens passent devant en montrant la tente du doigt. Un allemand est venu me voir. Il réside dans un bungalow mais a une tente moustiquaire dont il n'ose se servir, prévenu par les rangers de la présence continue des singes. Il m'a demandé si je n'avais pas peur qu'ils ne saccagent ma tente. 
Il en a vus en effet en train de voler du linge aux fenêtres d'un bungalow. Sans doute que par là ils ont appris que bungalow = nourriture et tournicotent par là bas, piquant tout ce qu'ils trouvent pour en faire le tri plus loin. Avec ma tente qui n'a rien dedans qui se mange, après la visite d'hier, plus aucune animal ne s'y intéresse, ils ont dû l'assimiler à un détritus de plus dont il n'y a rien à tirer.
Ce qu'il y a de bien à être à Ao Molae c'est qu'on est à Ao Jak en un tour de main et à des heures où les gens de Ao Pante ne peuvent pas passer, marée haute oblige. Je m'y suis rendu avant le déjeuner, tant que la lumière n’est pas trop violente, pour en avoir un aperçu différent de l'après midi où j'y étais allé depuis Ao Pante. 
Ao Jak
Les fourrés bruissent de cris de singes sur mon passage. En écarquillant les yeux on les aperçoit dans les branches. Des macaques, toujours en groupes, avec leur petite huppe sur la tête. Des pleines familles avec des petits malhabiles cherchant à sauter d'un arbre à un autre en hésitant, peinant à suivre les adultes qui s’arrêtent s’asseoir pour s'épouiller. La pose favorite du macaque c'est le penseur de Rodin, une main posée sur une cuisse repliée. Plus loin un genre de varan, un monstre de plus de deux mètres couvert de boue a surgi des herbes, tentant une sortie au grand jour au mauvais moment. Un truc avec une toute petite tête et des pattes puissantes tout droit sorti de l'ère des dinosaures.
La plage d'Ao Jak est déserte, à part des papillons au motif panthère comme ces filles de mauvais genre, virevoltant au dessus du sable sans doute à la recherche des sandflies. Ce côté ci de la plage se termine au niveau d'une petite rivière qui se jette dans la mer au niveau d'une langue de sable, sous les arbres et au pied des rochers. L'endroit est très joli et permet de contempler la jungle et les montagnes depuis l'eau. Je n'ai pas pu résister à m'y baigner. Puis je suis retourné à la gargote pour le déjeuner. Pour tous les plats on a le choix entre « chicken » ou « seafood ». C'est donc poulet tous les jours. Le midi je prends une omelette avec du riz et des fruits.
Je n'essaierais pas leur poisson, ça sent les quais du port d'Essaouira jusqu'à ma tente et on sait qu'on est arrivé à Ao Molae rien qu'à l'odeur. Avec un frigo qui ne fonctionne que le soir, tout s'explique ! Le ranger à qui j'avais demandé la permission de me mettre plus loin a dû trouver où j'ai mis ma tente, il m'a montré la direction du doigt en me disant « better ». Pour être « better », ça ne pourrait pas l'être davantage. Il me demande aussi des nouvelles des singes...
Aujourd'hui la moitié des touristes a décampé et a été remplacée par un nouvel arrivage. Y a une fille qui faisait des rondes le long de la plage. Jamais vu plus moche. A un concours de mochetés elle finissait sur les plus hautes marches du podium sans souci. 
Deux queues de vaches fendues au sommet d'un crane avec deux yeux derrière des binocles à triple foyer qui lui donnait un regard de mongolienne. Oui je sais on n'a pas le droit de le dire mais je le dis quand même. Je vais pas faire dans le politiquement correct sinon je me tairais. Ajoutez à cela un short de foot pour mieux montrer ses jambes dont on ne verrait pas la différence dans un jeu de quilles et un marcel trop grand à la couleur dépareillée avec le reste. Au point où nous en sommes, fais-toi plaisir, chérie. Une fille de l'est, enfin, de l'ouest par ici. Jamais vu des cheveux pareils. Du vrai crin de cheval avec lequel on pourrait balayer les bungalows. Ça craint...
Vers la fin de l'après midi, alors que j'étais pris dans une douce torpeur au fond du hamac, j'ai été alerté par des cris de singes dans les arbres au dessus de la tente. Ces bestioles ne sont jamais discrètes. Je suis allé voir ce qui se tramait. Et là, surprise ! De délicieux singes aux yeux cerclés de blanc. Les mêmes que j'avais vus à Langkawi il y a trois ans. Je les appelle les singes clowns. C'est un gag, une facétie de la nature. Ils sont plus gros que les macaques et ne s’aventurent jamais à terre. Ils préfèrent les hauteurs de la canopée. Comme j’aimerais être un singe pour pouvoir contempler le rivage de là haut !
Le soir depuis la gargote, un rideau rose s'abaisse sur la mer en passant par dessus les cocotiers. Les gens à table se sont mis à montrer du doigt un truc en haut d'un cocotier en se dévissant la tête et que j'ai pris pour un singe de plus dans la pénombre du crépuscule. Mais la créature s’est jetée dans le vide et est partie à tir d'aile en passant par dessus la cabane. Ce devait être des écureuils volants. Si si, ça existe, je vous assure. Je n'ai absorbé aucune substance de la jungle...

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