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samedi 24 janvier 2015

Koh Tarutao J18 : Ao Molae

J'ai réuni mes affaires dès l'aube, pour faire la tortue la tente sur le dos jusqu'au coin caché que j'ai déniché hier. J'y serai infiniment mieux. J'ai eu droit la nuit dernière au bain de minuit d'un groupe de jeunes bruyant. Un classique. Je préfère encore la compagnie des singes même si je suis sûr qu'ils vont me donner du fil à retordre. Le privilège d’être dès le lever du jour dans une baie d'une telle beauté et pleine de sauvagerie permet d'en apprécier tous ses trésors. Ainsi, le matin, l'arbre aux grosses feuilles vertes luisantes fait des fleurs qui embaument des dizaines de mètres à la ronde. Ce sont ces fleurs blanches avec une multitude d'étamines où des insectes viennent s'abreuver de leur nectar. 
Les fleurs sont très éphémères et à 9 heures du matin on les retrouve sur le sable. La pollinisation est très rapide. C'est comme si dès qu'un scarabées se posait dessus c'était le signal pour la fleur que le travail était accompli et qu'elle pouvait donc se détacher. Je n'ai jamais vu une fleur si grosse se faner si vite. Ce n'est pas une fleur habituelle. Elle a juste quatre pétales à la base qui ne sont en fait que les sépales qui servent de bourgeon à la fleur avant d'éclore. Tout le reste, cette touffe duveteuse, n’est que l'appareil reproducteur de l'arbre. Les fruits sont très gros, des sortes de mini noix de coco anguleuses qui germent d'un rien et donnent un sous bois plein de grosses feuilles bien vertes que le soleil vient éclairer par transparence.
Juste à côté on trouve un autre arbre, aux petites fleurs blanches ornées d'un œil orange en leur centre et qui sentent un peu la fleur d'oranger. Marcher le matin le long de la plage est un pur bonheur des narines et je suis désormais pile au cœur de là où ça se passe. Je vais y être bien comme un pacha. Mon coin est trop à l'ombre pour pouvoir y tendre un fil pour le linge. Aussi, je prolonge le camp sur la plage, en me servant d'un immense arbre, celui aux fameuses fleurs vaporeuses comme un voile de mariée. Quelqu'un y a suspendu une balançoire. J’y ai ajouté un fil à linge et le hamac qui bénéficiera de l'ombre toute la journée. Si ce n’est pas le paradis, ça ! J'aurais dû filer là dès mon arrivée hier.
Reste le problème des singes que je n'ai pas encore vus patrouiller dans le secteur. Il faut dire que le coin avec ses détritus de plastique ne doit pas beaucoup les intéresser. Rien à se mettre sous la dent. Par mesure de sécurité j'ai retiré tout ce qui dans la tente pourrait piquer leur curiosité. Je me farcis désormais les affaires de toilette dans le sac, comme s'il n'était déjà pas assez lourd. Le linge de nuit reste suspendu dehors sur le fil. Il ne reste plus que le matelas de sol, le sac de couchage, le drap de soie et l'oreiller, tout cela en couche bien plate visible en jetant un œil à travers la moustiquaire de l'entrée. J'ai même hésité à tout laisser ouvert pendant la journée pour qu'ils puissent vaquer librement dedans sans avoir à déchirer la tente. 
Mais avec les sandflies, quel risque est le pire ? Dur à dire...
Le petit déjeuner pris, je suis retourné à la tente pour vérifier son intégrité. Et j'ai élucidé le mystère sur la présence de sable que je retrouvais régulièrement à l'intérieur. Ainsi que celui de la moustiquaire blanche toute tachée. En fait les macaques viennent bien autour de la tente et doivent se mettre sur leurs pattes de derrière, appuyés sur l'ouverture de la tente pour mieux regarder ce qui se trouve à l'intérieur. Pendant ce temps le sable sous leurs pattes passe à travers et se retrouve sur l'oreiller. Si ce n'est que ça, ce n'est pas grave. Tant qu'ils ne me déchirent pas la porte...
Le bout de la plage vers les bungalows est le domaine d'arbres pour qui l'automne est arrivé. Ils couvrent tout un cap rocheux et donnent de jolies couleurs dorées qui tranchent avec le vert si intense de la jungle. Ce sont des arbres typiques de la forêt tropicale sèche, les mêmes que dans le Guanacaste au Costa Rica. La saison sèche est bien là, il n'a pas plu une goutte depuis 16 jours. Chaque nouvelle journée est encore plus belle que la précédente et offre des couchers de soleil fabuleux. A marée haute on voit de larges bandes sombre tout au bord de l'eau. L'eau y est trouble et de couleur marron. Ce n’est pas de la boue mais des bancs énormes de petites crevettes qui sautent par dessus la surface si on y jette un pied. 
Je n'ai jamais rien vu de tel. Ça ferait le bonheur des gros poissons c’est sans doute pour cela que les bancs restent si près du bord.
Maintenant que je suis bien installé, je profite de la joie d'être ici, débarrassé de tout tracas. Si hier j'étais d'humeur partagée, regrettant Ao Pante et ne me voyant pas rester une semaine ici, avec mon petit coin c’est tout le contraire. Même si mon dos paye aujourd'hui les excès de la veille. Je me suis bloqué en sortant de l'eau et je ne peux plus m’asseoir. Depuis San Francisco et l'épisode de la glissade sur un rocher des deux pieds, j'ai toujours une douleur qui va et vient et m'handicape plus ou moins, pile au niveau de la blessure que j'ai depuis une dizaine d'années au niveau d'un disque qui m'a déjà donné deux hernies.
J'espère ne pas être en train d'en développer une troisième. Toujours est-il que je vais devoir attendre quelques jours avant de louer un vélo pour aller explorer l'autre côté de l'île, le temps que ça passe un peu. Le hamac me fait du bien, je vais donc en faire une cure !

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