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vendredi 9 janvier 2015

Koh Tarutao J3 : opération je m'installe

Quand on a plein de temps avec soi, on s'occupe dans des choses qui ne nous auraient même pas effleuré l'esprit sinon. La nuit dernière il y a eu une tempête de vent qui a fait claquer la bâche que j'avais recouverte par dessus la tente, question de pouvoir dormir porte ouverte en cas de pluie. Je l'ai enlevée ce matin. Après tout j'ai investi dans un modèle avec abside spécialement pour ça. J'ai tourné la tente dans l'autre sens aussi, côté mer, afin d'avoir le vent dans le dos. Seulement dans ce sens là le terrain descend en pente vers la plage. Il a donc fallu faire des travaux de terrassement. Pour ce faire, j'ai à disposition un truc pour ratisser les feuilles. 
En le retournant ça permet un peu de labourer. Et question labourage je n'ai pas lésiné. Sous les arbres le sol est particulièrement dur et me file mal au dos le matin. Désormais le terrain est parfaitement plat. En retournant la tente j'ai aussi levé le voile sur le mystère de l'abside qui ne se monte pas. En fait il y a un œillet supplémentaire destiné à recevoir l'arceau dont je ne sais que faire. Je ne l'avais pas vu hier car il était replié sous la tente. A présent tout tient bien droit et je n'ai plus à me servir de la ficelle. A la place j'ai un trou pour rien dans une tente toute neuve. Il ne me reste plus qu'à le coudre.
Pour le petit déjeuner j'avais commandé hier le breakfast set. Je ne le conseille pas. 
Pour 120 bahts vous aurez droit à une boisson chaude, deux toasts, un œuf sur le plat et une espèce de saucisse explosée en tronçons censée être du poulet mais qui a la consistance de plastique. Vous pouvez aussi commander ces ingrédients séparément, cela vous reviendra moins cher et vous aurez en plus deux œufs à la place d'un. Une bizarrerie thaïlandaise... Depuis, je commande une belle assiette de fruits (ananas et pastèque uniquement), un thé, des toasts et selon l'humeur et la faim j'y ajoute les œufs. Exit la saucisse façon bâtonnet de surimi ! Le matin c'est le moment des singes qui s'invitent au restaurant si un garde ne veillait au grain armé d'une fronde pour les faire déguerpir. 
Après on ne les revoit plus jusqu'au soir. C'est aussi l’heure des cochons. Toujours les mêmes avec les deux petits marcassins qui suivent en sautillant. J’ai vu aussi une espèce de toucan dont j'ai oublié le nom et que j'avais vu à Bornéo. Je crois avoir aperçu des perroquets, des machins verts passer sans s’arrêter. J'espère pouvoir en traquer quelques uns.
Le garde de la réception ne me reconnaît pas mais moi oui. C’est le même que la dernière fois. Sauf qu'il prenait aussi les commandes à la cantine. Cette année on a droit à une fausse blonde platine qui ne va pas du tout sur une asiatique ou à une brune avec un œil vitreux. 
Pour le service il faut compter sur la mère Noël. Mettez lui une guirlande lumineuse dans les mains et elle fera un merveilleux sapin de Noël. Outre sa tenue aux couleurs jamais assorties, elle a un chouchou rose fluo dans des cheveux décolorés en roux, un rouge à lèvre vermillon et du blush en veux tu en voilà qui lui font deux joues bien rouges comme des pommes. Pour le service, j'indiquais au début le numéro de la table où je m'installe mais pas besoin, ils ont une organisation sans faille. Même si vous êtres partis aux toilettes, il savent où vous êtes installé. La cantine ouvre de 7h45 à 14 heures puis de 17h30 à 20 h30. Après, ils coupent l'électricité. 

 
C'est pratique comme ça les gens regagnent leurs quartiers sans bruit. De toute façon les touristes qui viennent là sont des routards seuls en sac à dos ou bien des couples. Ils ne restent pas bien longtemps. Le matin, c'est l'heure du ballet des valises à roulettes et des démontage de tente. Ça a quelque chose de triste. Tous ces gens pressés qui passent et s'en vont. La durée moyenne de séjour doit être de un ou deux jours, question de dire « j'y étais ». Les gens sont pris dans une frénésie de voir un maximum de coins et d'îles au cours de leur périple. Mais ils passent à côté de choses merveilleuses. Pour rien au monde je ne quitterais cette île. 
Je les laisse aller s'entasser à Koh Lipe ou d'autres îles débordantes d'hôtels et de chiens où l'on doit batailler pour trouver un coin où poser sa serviette tandis que des armadas de gilets rouges ont pris possession de la mer en s'agitant en tout sens. Mais ils ne savent pas les pauvres, alors ils vont voir. Peut être même qu'ils préfèrent ça et qu'ils trouvent le coin ici trop tranquille.
Tranquille c’est le moins qu'on puise dire mais c’est ce qui me va bien. No stress. Certains pourraient trouver que c'est mortel mais moi j'aime être dans mon hamac à me balancer au gré du vent. 
Quand j'en ai marre, j'ai juste à aller m'asseoir sur une balançoire que d'autres ont suspendu et de faire quelques tours dans les airs. Je peux aussi aller me baigner, regarder le paysage ou encore m'étendre sur la serviette et me plonger dans un état proche de la méditation où j'essaye de déconnecter le cerveau de toute pensée en se focalisant uniquement sur les sons et les sensations alentours.
J'ai étalé mon domaine. Content de la tournure qu'avait pris le sol autour de la tente après l'avoir ratissé, j'ai continué de plus belle, pris dans une frénésie de nettoyage. Comme je marche toute la journée pieds nus, j'ai enlevé toutes ces espèces de petites pommes de pin dures des filaos avec des écailles qui restent plantées sous les orteils. 


J'ai ratissé sous le fil à linge et même sur la plage, délimitant une large zone qui tend à être envahie si je m'éloigne de trop, les gens étant attirés par ce petit coin de paradis au sable blanc et lisse où poser sa serviette à l'ombre des arbres. Mais c'est chez moi. Pour éviter que d'autre s'installent à côté j'ai mis tous les détritus, les feuilles mortes et coupantes des pandanus, les fameuses pommes de pin et j'ai mis des pierres partout. Sinon j'ai une arme imparable que je dégaine au besoin. Un couple avait décidé de se mettre à deux mètres de moi alors que la plage fait des kilomètres. J'ai amené une petite boule qui fait haut parleur et que j'ai reliée à mon lecteur MP3. 
Ça me permet d'écouter de la musique quand j'en ai envie et ça fait déguerpir les gens sans avoir à ouvrir la bouche. Rien à faire c'est si ça fait vieux con. Je n'ai pas de chez moi, cette tente est le seul toit que j'ai et je me suis délimité une petite propriété privée tout autour dont moi seul connaît les limites. Pour un peu je pisserais autour pour marquer mon territoire.
En attendant, rester si longtemps ici tout seul est un défi que je ne sais pas combien de temps je relèverai. La solitude ne me pèse pas mais il me manque un Sébastien de Gavdos ou une Anne-Laure de l'autre fois pour partager des choses et me donner l'envie de montrer ce que je connais tout en découvrant de nouveaux endroits. 
Aucun n'a pu se libérer pour venir me rendre visite. C'est dommage. Car avec tout ce temps, cela m'aurait bien plu d'avoir de la compagnie pendant quelques temps. Du coup, les deux mois qui se profilent me semblent être une éternité. Certes je pourrais faire comme les autres et aller sur d'autres îles. J'aurais bien revu Railay mais c'est noir de monde et les hébergements à un tarif prohibitif, le tout dans une baie pleine de long tails boats qui empêchent de fermer l’œil. J'avais aussi envie d'explorer Koh Lanta que je connais mal mais l'île est trop grande et les plages les plus intéressantes du nord de l'île possèdent toutes des hébergements derrière. 


Par contre je vais découvrir d'autres îles du parc de Tarutao. Il y a Koh Adang et Koh Rami où l'on peut camper et qui possèdent des cantines. Ce sont des îles qui entourent Koh Lipe sans avoir à en subir le désagrément. Il ne me restera plus qu'à demander aux gardes en temps voulu comment faire pour s'y rendre. Sinon il y a plus au nord les îles de Trang dont j'en connais certaines. Je retournerais bien sur Koh Kradan. J'ai vu que le bateau rapide Krabi-Langkawi y faisait une halte. C'est une île sans village où l'on peut camper avec de merveilleux fonds marins et un banc de sable entouré d'eau à la couleur incroyable. J’en garde un fabuleux souvenir quand j'avais organisé la croisière au sud de Phuket il y a quelques années. 
J'irais bien aussi à Koh Rok Nok mais il n'y a pas de ferry qui y conduit. A voir. Sinon il y a aussi Koh Kai au nord de Koh Kradan et que je ne connais pas. J'ai vu des photos, ça a l'air prometteur et il n'y a pas de village de locaux. Je crains un peu les îles habitées. Beaucoup les recherchent pour immiscer dans la vie locale mais pour moi c'est synonyme de long tails boats et de chiens qui prolifèrent. Bref je crois que je ne vais rester à Koh Tarutao que jusqu'à début février. Surtout que j'ai décidé de changer les dates de mon retour. J'ai écourté le séjour de deux semaines. Deux mois c'était vraiment trop long. Surtout que cela fait presque un an que je crapahute non stop. Je ressens le besoin de me poser un peu et de bénéficier du confort de la vie moderne que d’ordinaire je fuis. C'est ainsi, la nature humaine est complexe et pleine de contradictions...

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