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vendredi 30 janvier 2015

Koh Tarutao J24 : Le repos du hamac

Rien à signaler sur le bleu vert de la mer Andaman. Je n'en finis pas de me laisser envelopper par le silence, la jungle et les éléments calé au fond du hamac avec un livre. On va dire que je me laisse vivre mais je me la coule juste douce. Nuance ! De temps à autre des long tails boats viennent roder, chercher un truc à pécher puis s'en retournent dans leurs pétarades. La nuit aussi, ça leur arrive, à ces insomniaques. Il y a une bestiole qui fait un vacarme dans les arbres un soir sur trois, juste au dessus de la tente. Toujours le même son qui commence par un grognement de macaque et qui se finit en glapissements de gecko et par des « mhm, mhm ». 
Ça dure à peine dix secondes mais assez pour réveiller un mort. Et c’est toutes les 20 minutes. Les jours où la bestiole est branchée je dois donc sortir mes boules Quies. J'ai essayé de la dégommer au hasard en jetant des flacons de verre qui rebondissaient sur les troncs à travers la nuit noire. En vain, je n'ai fait que réveiller des singes partis grommeler en se prenant dans les branchages. Ils ne doivent pas bien y voir la nuit. J'ai aussi eu la visite de trucs fouineurs qui renâclaient. Un gros scandale a éclaté et s'est fini en course poursuite dans les feuilles mortes. Je ne saurai jamais ce que c'était. Pendant ce temps je me terrais dans la tente sans bruit en espérant ne pas avoir une bestiole qui essaye de se réfugier là dedans pour se cacher. 
Ma tente bleue dans la jungle et au bord de l'eau
Ainsi va la nuit dans la jungle. On n'en est juste qu'un invité, il faut faire avec ce qui s'y trouve.
Au petit déjeuner il y avait une femme ravagée par les sandflies. Je l'ai vue hier se prélasser inconsciemment sur la plage. Ça m'amuse à chaque fois de voir leur réaction le lendemain. Ses jambes ne sont qu'une cloque qui la fait marcher en boitant. Les gens derrière son dos font « oh la la » en secouant la main avant de la porter à leur bouche. La femme a dit à son mari : « C'est en fini des promenades sur la plage. Tu parles d'un paradis ! ». La pauvre a dû passer la nuit à se gratter frénétiquement pour avoir des cloques pareilles. D'ailleurs je ne l'ai pas revue. Ils ont dû partir sur une autre île moins sauvage. Moi ça va, même si je me gratte toujours. 
Il y a toujours un moment où l'on ne peut éviter d'être piqué. En sortant de l'eau ou en y allant, en s'essuyant. Ces insectes profitent du moindre instant où l'on n'est pas badigeonné des pieds à la tête pour attaquer. Ils sont aussi présents à la surface de l'eau, même loin du rivage. Il faut bien veiller à toujours être complètement immergé. Même avec ça je me suis fait piquer derrière l'oreille. J'ai découvert un truc pour empêcher que ça gratte pendant des jours. Il faut se faire violence et presser le bouton bien fort jusqu'à ce que de la lymphe sorte puis finisse par saigner.
Ce soir il y a eu un coucher de soleil fabuleux, en équilibre entre un cap rocheux et les cocotiers qui bordent la plage. Pendant que je le contemplais en sirotant une bière, j'entendais les coups de couteaux nets et précis dans la cuisine. 
Ils étaient en train de préparer mon plat. J'ai repris des crudités, celles qu'un macaque m'avait volées. C’est un mélange de tomates et concombres en rondelles, carottes et choux chinois râpés. Ce que j'aime bien aussi c’est qu'ils mettent de la coriandre fraîche dans tous les plats. Depuis le temps qu'il n'a pas plu je ne sais pas d'où vient toute cette eau. Les monts ont bien des ruisseaux encore en activité mais avec les touristes sur l'île qui utilisent l'eau à tort et à travers et les installations qui fuient en permanence, c'est comme si l'eau était disponible à profusion. Pour les eaux usées, je ne sais pas où ça part. J'ose espérer qu'ils ont fait les choses bien et qu'il y a une fosse septique.

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