Rien à signaler sur le
bleu vert de la mer Andaman. Je n'en finis pas de me laisser
envelopper par le silence, la jungle et les éléments calé au fond
du hamac avec un livre. On va dire que je me laisse vivre mais je me
la coule juste douce. Nuance ! De temps à autre des long tails
boats viennent roder, chercher un truc à pécher puis s'en
retournent dans leurs pétarades. La nuit aussi, ça leur arrive, à
ces insomniaques. Il y a une bestiole qui fait un vacarme dans les
arbres un soir sur trois, juste au dessus de la tente. Toujours le
même son qui commence par un grognement de macaque et qui se finit
en glapissements de gecko et par des « mhm, mhm ».
Ça
dure à peine dix secondes mais assez pour réveiller un mort. Et
c’est toutes les 20 minutes. Les jours où la bestiole est branchée
je dois donc sortir mes boules Quies. J'ai essayé de la dégommer au
hasard en jetant des flacons de verre qui rebondissaient sur les
troncs à travers la nuit noire. En vain, je n'ai fait que réveiller
des singes partis grommeler en se prenant dans les branchages. Ils ne
doivent pas bien y voir la nuit. J'ai aussi eu la visite de trucs
fouineurs qui renâclaient. Un gros scandale a éclaté et s'est fini
en course poursuite dans les feuilles mortes. Je ne saurai jamais ce
que c'était. Pendant ce temps je me terrais dans la tente sans bruit
en espérant ne pas avoir une bestiole qui essaye de se réfugier là
dedans pour se cacher.
![]() |
| Ma tente bleue dans la jungle et au bord de l'eau |
Ainsi va la nuit dans la jungle. On n'en est
juste qu'un invité, il faut faire avec ce qui s'y trouve.
Au petit déjeuner il y
avait une femme ravagée par les sandflies. Je l'ai vue hier se
prélasser inconsciemment sur la plage. Ça m'amuse à chaque fois de
voir leur réaction le lendemain. Ses jambes ne sont qu'une cloque
qui la fait marcher en boitant. Les gens derrière son dos font « oh
la la » en secouant la main avant de la porter à leur bouche.
La femme a dit à son mari : « C'est en fini des
promenades sur la plage. Tu parles d'un paradis ! ». La
pauvre a dû passer la nuit à se gratter frénétiquement pour avoir
des cloques pareilles. D'ailleurs je ne l'ai pas revue. Ils ont dû
partir sur une autre île moins sauvage. Moi ça va, même si je me
gratte toujours.
Il y a toujours un moment où l'on ne peut éviter
d'être piqué. En sortant de l'eau ou en y allant, en s'essuyant.
Ces insectes profitent du moindre instant où l'on n'est pas
badigeonné des pieds à la tête pour attaquer. Ils sont aussi
présents à la surface de l'eau, même loin du rivage. Il faut bien
veiller à toujours être complètement immergé. Même avec ça je
me suis fait piquer derrière l'oreille. J'ai découvert un truc pour
empêcher que ça gratte pendant des jours. Il faut se faire violence
et presser le bouton bien fort jusqu'à ce que de la lymphe sorte
puis finisse par saigner.
Ce soir il y a eu un
coucher de soleil fabuleux, en équilibre entre un cap rocheux et les
cocotiers qui bordent la plage. Pendant que je le contemplais en
sirotant une bière, j'entendais les coups de couteaux nets et précis
dans la cuisine.
Ils étaient en train de préparer mon plat. J'ai
repris des crudités, celles qu'un macaque m'avait volées. C’est
un mélange de tomates et concombres en rondelles, carottes et choux
chinois râpés. Ce que j'aime bien aussi c’est qu'ils mettent de
la coriandre fraîche dans tous les plats. Depuis le temps qu'il n'a
pas plu je ne sais pas d'où vient toute cette eau. Les monts ont
bien des ruisseaux encore en activité mais avec les touristes sur
l'île qui utilisent l'eau à tort et à travers et les installations
qui fuient en permanence, c'est comme si l'eau était disponible à
profusion. Pour les eaux usées, je ne sais pas où ça part. J'ose
espérer qu'ils ont fait les choses bien et qu'il y a une fosse
septique.





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire