Hier soir après le
dîner, je ne sais pourquoi, l'envie m'a pris de regarder les coups
de tampons sur mon passeport, comme je le fais de temps en temps
comme un collectionneur se posant pour admirer ses collections. Et
là, qu’est-ce que je vois : mon tampon d'entrée en Thaïlande
est estampillé d'un laconique 7/1/15 - 5/2/15. Je me frotte les
yeux. C'est pas possible ! Je croyais que sans visa on pouvait
crapahuter trois mois. Je demande de l'aide à la fille à l’œil
vitreux mais elle n'y connaît rien. Elle va dégoter un chauve plus
au fait des choses. En attendant j'ai relu le Lonely Planet. Dans la
confusions de mes voyages j'ai tout mélangé. La Thaïlande a un
drôle de système.
En théorie c'est 30 jours si on arrive par les
airs et 15 si on vient par un autre moyen. Il y a trois ans j'avais
d'ailleurs écopé de deux petites semaines seulement en arrivant à
Koh Lipe. Cette fois ils m'ont mis un mois bien que je sois aussi
arrivé par bateau. Va comprendre ! Après il est dit qu'il est
possible de se faire prolonger de 7 ou 10 jours supplémentaires
selon le bon vouloir de l'officier d'un bureau des douanes. Ça ne me
suffit pas pour tenir jusqu'au 24 février, date de mon retour à
Langkawi.
Me voilà dans la même
situation que ces nombreux expatriés qui doivent se rendre
régulièrement à un pays frontalier pour se refaire tamponner le
passeport.
Le chauve m'a expliqué que c'est afin de remédier à
cette combine qu'ils font une distinction avion/voie terrestre. De
plus, pour corser le truc il faut maintenant passer au moins une nuit
dans un autre pays. Impossible donc de faire l'aller/retour dans la
journée comme ce que proposait de nombreuses agences de voyages
spécialisées dans le renouvellement du coup de tampon. Désormais
avec de pauvres deux semaines par ci, deux semaines par là, la vie
d'expatrié en Thaïlande devient beaucoup moins paradisiaque. Il
reste toujours le visa sinon, valable pour 60 jours. Il faut s'y
prendre à l'avance et aller dans une ambassade de son pays.
C'est ce
que j'aurais dû faire. Mais même avec ça je n’aurais pas tenu
jusqu'au 12 mars qui devait être ma date de retour avant que je ne
change les billets.
Le chauve m'explique que
le plus simple c’est de retourner à Pak Bara, puis de se rendre à
l’aéroport de Hat Yai - celui de Satun - d'où partent
régulièrement des bus pour la Malaisie. Toute une expédition. Avec
la nuit sur place obligatoire, ça ne m'enchantait pas de rester dans
un bled bruyant du milieu des terres sans rien pouvoir faire. A la
place, comme le 5 février correspond plus ou moins à la date à
laquelle j'avais envisagé de quitter Tarutao pour me rendre dans
d’autres îles, je vais aller à Koh Lipe pour prendre le ferry
pour Langkawi.
Dans ce sens là ça peut se faire dans la même
journée. Je resterai quelques jours à Langkawi, tant qu'à faire,
avant de retourner à Koh Lipe. Ça fait prendre le bateau pour rien,
mais je préfère ça à un bus inconfortable et surpeuplé
s'arrêtant dans tous les villages. Mon guide dit que chaque jour de
dépassement de la date limite coûte 500 bahts d'amende mais que si
on dépasse d'un jour alors c'est gratuit. Je vais jouer sur le
système. Ainsi je ne rentre sur Langkawi que le 6 pour en repartir
le 9. Le 6 et le 24 février seront donc chacune une journée de
dépassement. On verra si ça marche. Au pire je paierai l'amende, ce
sera toujours moins cher qu'une nuit d'hôtel à Langkawi.
Il y a pire que moi. Un
couple de roumains est venu me voir, attiré par ce que me racontait
le chauve. Eux sont arrivés à Krabi en Thaïlande par les airs mais
n'ont obtenu que 15 jours et en payant en plus car leur pays ne fait
pas partie des 41 concernés par le système que j'ai décrit. Leur
billet de retour étant le 10 février ils sont dans la mouise. Ils
comptent retourner sur Krabi pour se faire prolonger le tampon mais
cela ne suffira pas. Ils vont devoir comme moi aller à Langkawi.
Heureusement qu'on se retrouve sur une île avec une frontière toute
proche. Ça aurait pu être beaucoup plus compliqué.
N'empêche, cela m'a mis
un coup de stress avec une date butoir en tête. C'est décidé,
demain je lève le camp pour Ao Moale.
![]() |
| Une bonne bouille de chat, ça! |
Cela me fait de la peine de
laisser mon emplacement caché derrière les pandanus. Je m’étais
donné de la peine à l'entretenir, taillant les feuilles barbelées
des pandanus pour que je puisse vaquer dessous sans m'égratigner la
tête. D'un autre côté il y a de plus en plus de monde à Ao Pante.
A chaque arrivée de bateau, je vois des gens s'approcher, convoitant
mon emplacement avant de tourner les talons. Il faut dire que j'ai le
dernier, le plus tranquille. Mais à Ao Molae je serai encore plus
tranquille. De plus, je commençais à force à tourner un peu en
rond...







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