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vendredi 16 janvier 2015

Koh Tarutao J10 : découverte en kayak

Pour faire mentir ceux qui pensent qu'il n'y a rien à faire à Koh Tarutao car il n'y a ni magasin, ni trucs à acheter, pas de bar, pas de discothèque, pas de masseuses, pas de jet-ski et pas de quads, je me suis concocté une journée mémorable. Avec un temps aussi propice que celui du tour à vélo, c'est la journée idéale pour un tour en kayak. Ici il faut donner de sa personne. Oubliez tout ce qui a un moteur. Et c’est très bien ainsi. La location de l'embarcation se fait au bureau du monotâche. Ainsi il fait autre chose que donner du tampon à longueur de journée. Mais toujours comme un automate il me fait un speech sur le moyen de se rendre aux grottes, détaillant tout le parcours pour que je ne me perde pas et finissant son discours par « Do you have a light ? », me montrant sa lampe frontale qu'il propose en échange de 40 bahts. 
La plage de l'autre côté de la jetée
Comme il ne m'a pas laissé en placer une jusque là, je lui rétorque : «Euh, is it possible to go along the coast ? ». Car mon idée est toute autre. Bien sûr je crois que je retournerai aux grottes, ceci afin de parfaire un tour complet de l'île mais aujourd'hui j'ai envie de me rendre à cette plage entraperçue en bateau le jour de mon arrivée.
J'ai laissé mon sac dans son bureau, pour m’alléger un peu et ne pas risquer de perdre argent et passeport si le kayak devait se retourner. Mais pas question de me séparer de l'appareil photo que j'ai calé sous le T-Shirt, coincé par le gilet de sauvetage. Après m'être enduit de crème solaire et de truc anti-moustique, je prends place dans le kayak jaune qui m'attend sur la berge. 
C'est un kayak deux places, il n'y a que ça. Je m'installe à l'arrière pour plus de manœuvrabilité. Je me retrouve alors à l'embouchure de la rivière, devant le ponton des bateaux qui font la navette Pak Bara-Koh Lipe. Je suis toujours surpris lorsque ces bateaux arrivent. Ce sont des fusées de la mer. Avec leurs multiples moteurs de hors bord à l'arrière, ils fendent l’eau comme s'ils voulaient s'envoler. Afin d’éviter de me retrouver dans leur sillage, je pagaie rapidement. C'est ainsi que je me retrouve sur une petite plage que l'on voit depuis celle de Ao Pante, juste de l'autre côté du chenal. C'est une micro-plage à la base d'un pic rocheux tordu qui forme comme une tour à la Gaudi. 
Cette plage n'est accessible qu'à marée haute ; le reste du temps, des rochers empêchent toute approche et toute baignade. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi de partir en milieu de matinée. Sur la plage il y a une planche suspendue à un arbre par des cordes pour faire siège et balançoire. Il ne doit pas souvent y avoir de visite car le sable est parfaitement vierge de toute trace de pas, si ce n'est des empreintes de lézard et celles de ce qui ressemble à un chat. J'ai cherché à grimper en haut du rocher mais c’est impossible : il est trop raide et il n'y a pas de passage. Je me suis contenté de le contempler à l'ombre de résiniers.
Me retrouver sur l'eau à pagayer gaiement me replonge dans le merveilleux circuit que j'avais effectué à Palau lors de mon tour du monde. 
Son souvenir ne cesse de me hanter. C'était vraiment le summum de mon périple. Depuis, chaque fois que je suis sur un kayak, je me sens comme un gosse, les souvenirs et sensations ressurgissent. J'aimerais avoir derrière les sacs, la tente, les bidons de nourriture et d'eau. Il faudra que je revive cette expérience d'itinérance, d'autonomie complète de transport et d'hébergement, évoluant chaque jour à mon gré dans de nouveaux paysages fabuleux. Le kayak m'a conquis. L'été dernier je pensais m'en acheter un gonflable. Mais un kayak même gonflable reste encombrant et lourd (12 kg), avec toujours le problème qui se pose pour le transport en avion (il faut l'enregistrer, ce qui engendre des surcoûts) et pour se rendre ensuite à destination. 
Quand on a fini de s’en servir il faut toujours se le coltiner. Mon idée et mon rêve serait de parcourir la côte crétoise de Paléochora à Sfakia. Je connais déjà le parcours par les terres mais cette fois j'ai envie de découvrir les paysages par la mer, et dormir à nouveau à Domata ou sur d'autres criques désertes. J'ai choisi ce sens là pour avoir le vent dans le dos qui souffle souvent de l'ouest. Il faudra que je me renseigne s'il est possible de louer un kayak à Paléochora taillé pour l’aventure et de le rendre une semaine plus tard. Si j'explique mon périple, je suis sûr de trouver quelqu'un enchanté de mon idée. Et à mon avis je ne suis pas le premier à y songer tant la côte se prête à merveille à l’exploration maritime dans ce coin là.


Après quelques dizaines de minutes de navigation le long d'une falaise et de rochers karstiques, après avoir dépassé un cap, la plage convoitée se dévoile, grande et sauvage avec un mont couvert de jungle derrière. Et ce n'est pas une plage qui m'attend mais deux ! Au passage des embarcations de pécheurs me saluent d'un signe de la main que je leur rend avec un grand sourire. Chaque fois le débarquement sur le sable me donne l'impression d'être un explorateur foulant pour la première fois un lieu inconnu. Inconnue la plage l’est tout autant. Elle ne figure sur aucune carte et n'a donc aucun nom. Je pourrais la baptiser. Je disais l'autre jour que Ao Son était la plus belle plage de l'île. 
Celle ci me fait mentir, je ne sais plus laquelle classer en tête de palmarès. La mer y est très calme et finit en un clapotis sur la berge. La plage se poursuit sous l'eau et offre une zone de baignade merveilleuse, sans aucun rocher ou caillou caché. Je me sens si privilégié d'être là. La mer en descendant a laissé un sable parfaitement lisse. Il n'a aucune trace, aucun caillou, rien que du sable vierge. C'est si beau que je n'ose même pas y tirer le kayak. Sur un côté de la plage il y a un petit piton rocheux que je me suis amusé à escalader. J'aime prendre un peu de hauteur pour les photos, ça donne souvent des clichés plus intéressants. Mais pas cette fois. 
La photo prise quand j'ai posé le pied à terre est plus belle. De l'autre côté ; après avoir passé des rochers on parvient à la seconde plage, une petit crique toute en anse avec des allures de Seychelles. A cet endroit je ne suis pas le premier visiteur. Le sable est foulé de traces de pieds. Mais pas humaines. De singes ! Et il y en a de toutes les tailles...
La plage est une plage à visiter. On ne peut pas y passer la journée, à moins d'apporter un parasol. En effet, la mer monte jusqu'à la lisière de la jungle et de là le relief prend le relais sans laisser un endroit plat où s'installer. De toute façon à ce niveau s’amoncellent tous les détritus, bouteilles plastiques et autres trucs en polystyrène. 
C’est presque un vrai dépôt d'ordure plus ou moins caché sous la végétation. Avec le vent on retrouve des sacs aux branches, des tongs dans les rochers à des mètres au dessus du sol. Quel gâchis de retrouver ça dans un tel endroit ! Quand donc arrêtera-t-on de prendre les océans pour des poubelles ? Je n'ose imaginer ce que ce sera dans quelques années. Avec les objets qui ne se décomposent pas et l’arrivée constante de nouveaux déchets, à quoi ressembleront les plages ? Va-t-on assister à des dépôts d'ordures aux quatre coins du globe sans que personne ne fasse rien, comme pour les algues vertes en Bretagne, en se disant : « c’est la fatalité, c'est trop tard » ? La Terre est si belle, regardez ce qu'on en fait. Ça me plonge dans une grande tristesse...


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