Pages

Translate

mardi 13 janvier 2015

Koh Tarutao J7 : un petit tour à vélo

Ao Molae
Comme chaque nouveau jour au paradis, je n'ai aucun plan déterminé ce matin. Seulement voilà, c'est la plus belle journée depuis que je suis arrivé. Un ciel bleu, aucun nuage, même pas un voile. C'est la journée rêvée pour partir en excursion à vélo. Je pensais faire cela plus tard, afin de sortir de l’ordinaire de temps en temps. Mais un temps comme celui là peut ne pas se représenter de si tôt. Et peut être que cela ne va pas durer toute la journée. Aussi, sitôt pris le petit déjeuner, je suis allé louer un vélo au centre des visiteurs. Ils ont renouvelé leur matériel par rapport à il y a trois ans. Les vélos, des moutain bike aux gros pneus sans garde-boue ont l'ai tout neufs. 
Ao Molae
J'ai juste eu le temps d'écrire le blog à la va-vite, sans me relire. Je le ferai plus tard. Pour le programme, je compte je me rendre à Ao Molae, à 4 kilomètre au sud de Ao Pante puis tracer ensuite jusqu'à Ao Son, 4 kilomètres plus loin. Je ferai donc l’exploration de la côté est qui fait face à Langkawi un autre jour. Mon but est aussi d'aller en éclaireur à Ao Molae question de voir comment est fichu le camping (je ne me rappelle plus où il était situé sur la plage) et si le téléphone portable passe afin de pouvoir envoyer des textos de temps en temps pour rassurer famille et amis. Je compte aussi voir Ao Son sous de meilleurs auspices car la dernière fois j'avais été pris par la pluie.
Les souvenirs d'il y a trois ans ressurgissent au fur et à mesure que je m'élance sur la route. C'est comme si j'avais été là il y a quelques jours. Un peu à la manière d'un calque qui vient se poser juste au dessus du dessin qu'il copie. Je reconnais les virages, je sais que derrière cette côte le chemin descend ensuite sur la gauche découvrant les montagnes. Et pourtant je n'ai emprunté ce chemin que deux fois auparavant. Juste après Ao Pante les choses sérieuses commencent. Une côté très raide nécessite de descendre du vélo pour le pousser dans la montée. Je me suis toujours demandé comment faisaient les randonneurs à vélo sur les chemins de montagnes, gravissant des dénivelés inimaginables dans la caillasse. 
Pour moi la moindre côte est une épreuve. Ce n'est pas une question de sportivité mais de souffrance. Dès qu'on pousse sur les pédales on se met aussitôt à suer à grosses gouttes et le T-shirt commence à coller dans le dos. En plus je me trimbale un sac à dos lesté au maximum. J'ai bien essayé de le poser sur le guidon mais il ne tient pas en place et cela est très inconfortable de tenir le guidon d'une main en maintenant le sac en place de l'autre. Sans compter que cela empêche de passer les vitesses.
La route qui traverse l'île de Tarutao est un vrai bonheur malgré la difficulté des montées et descentes. 
Elle traverse la jungle et permet vraiment de mesurer à quel point l'île est sauvage. Des papillons bariolés nous accompagnent tout du long, des bleus et verts très grands qui dansent au gré du vent sans se laisser prendre en photo. Peut être qu'ils sont eux aussi musulmans. En parlant d'eux, le sud de la Thailande est de confession musulmane, tout comme la Malaisie juste à côté. Les femmes portent une tenue normale, à part un foulard autour de la tête qu’elles gardent même sous le casque des scooters. Par contre toutes les femmes de Tarutao sont nu têtes, ce qui me fait penser que le port du foulard est plus une question sociale que religieuse, pour se fondre dans le moule. 
Ao Son
Ici comme personne ne les voit à part les touristes et les quelques rangers, elles ont une pression de la société moindre. Ça peut être une explication...
Il est curieux de trouver une route asphaltée sur cette île, surtout qu'il n'y a jamais de trafic, à part au moment des bateaux pour transporter les visiteurs et le ravitaillement aux différentes stations des rangers. On peut emprunter des camions bleus en montant sur la plate-forme à l'arrière pour à peine 50 bahts si c’est pour se rendre à un autre hébergement. Pour des excursions à la journée et pour ceux qui ne veulent pas entendre parler du vélo, il y a aussi un service de taxis jusqu'à Ao Son mais je ne les ai jamais vus. 
Ao Son
Les gardes quant à eux circulent en scooter. Mais la nuit venue, on n'entend plus aucun bruit. Il faut dire que l’électricité est mise de 18 à 20h30. Selon les jours ça peut fluctuer, ce n'est pas automatique, ça dépend du type qui appuie sur le bouton. La route sert donc de couloir à bestioles le plus clair du temps, surtout des groupes de macaques en plein milieu et en pleine séance d'épouillage collectif pendant que les petits se chamaillent en se roulant par terre ou en grimpant dans les arbres. Les plus gros et les plus vieux ne se laissent pas impressionner. Ils ont l'habitude et ne se poussent pas. Il faut leur foncer droit dessus pour qu'ils partent dans les fourrés en poussant des grognements de mécontentement. Je retrouve aussi le son mystérieux d'une bestiole qui fait un bruit d'aspirateur. 
Lors de mon tour du monde je disais que cela ressemblait à une scierie mais c’est ne fait plus proche de l’aspirateur à traîneau, un son aigu et régulier sans aucune modulation. Je ne sais toujours pas qu'est ce qui peut bien faire un tel son.
Ao Molae est semblable à mon souvenir. Toujours aussi splendide. La plage en forme de demie lune a une courbe parfaite mise en valeur par une mer d'un éclat d'émeraude et d'une jungle hallucinante tout autour qui grimpe à l’assaut des collines. La mer Andaman a cette couleur particulière qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. La même qu'aux îles du même nom situées juste de l'autre côté, en Inde. 
Ao Son
Sur la plage, des arbres aux grosses feuilles d'un vert éclatant ont laissé tomber des fleurs blanches pleines d'étamines violettes qui forment comme une touffe duveteuse et qu'on retrouve un peu partout aux tropiques. Je suis rassuré, le téléphone marche ici. La cantine offre les mêmes plats qu'au quartier général et au même prix, bien qu'elle soit modeste et que les tables fassent plus bistrot de plage avec leurs chaises en plastique. Le terrain de camping se trouve juste devant, entre la cantine et la plage, avec les bungalows sur le côté droit, le tout sous une belle cocoteraie dont je ne me rappelais plus.
Tandis que je feuilletais le menu, j'ai fait la connaissance d'un anglais, Chris, parti lui aussi en excursion à vélo. 
La gargote
Il arrive d'un monastère puis de Koh Phi Phi qu'il n'a pas aimé à cause du monde et du bruit. Il trouve en revanche Koh Tarutao formidable et n'en revient pas qu'un tel endroit soit complètement vierge et qu'aucun hôtelier n'est voulu y construire de resort. Parc national oblige, j'espère que le gouvernement tiendra bon face aux sirènes du profit. Déjà que Koh Lipe lui a échappé... Tout ce qu'on peut trouver comme commodités sur l'île est l’œuvre exclusive du gouvernement, avec des prix fixés par eux. Point d'envolée des prix donc et pas de développement. Vous pouvez si le cœur vous en dit dormir dans de merveilleux bungalows au bord de l'eau, en dur, avec grand lit pour 600 bahts, soit 15 euros la nuit. Imbattable ! 
La femme à barbe!
Au Costa Rica, avec un tel cadre et un tel sentiment d'exclusivité, ce serait 100 fois plus cher. Incroyable, Koh Tarutao l’est encore davantage, au delà des mots, et ce n'est pas par hasard qu'on y vient. Le Lonely Planet la décrit comme « one of the most exquisite and unspoilt regions in all of Thailand ». Il feraient mieux de se taire, ça va attirer du monde, déjà que je trouve la fréquentation bien supérieure à il y a trois ans. Surtout des français. Phénomène saisonnier ou sont-ils tous tombés sur mon blog avant ?...
Après Ao Molae, la route se transforme en piste mais les gros pneus se jouent du terrain sans difficulté. 
Il y a une petit colline à gravir mais rien de comparable avec ce qui sépare Ao Pante et Ao Molae. Un peu avant d'arriver à Ao Son, on arrive au niveau d'un chemin qui part vers des cascades que l'on peut rejoindre en une heure pour la première ou deux heures pour l'autre. Je ne m'y suis pas rendu. Je laisse ça pour un jour où je résiderai à Ao Molae. En effet, là bas ils louent aussi des vélos et de part sa situation, l'endroit permet de mieux rayonner dans l'île. La plage d'Ao Son est sans doute la plus plus belle de toute l'île, en tout cas la plus sauvage. Longue de plusieurs kilomètres, elle s'étend toute droite entre une rivière, des rochers et une montagne au fond, le tout serti dans un écrin de jungle. 
Ao Son, en face des rangers
Ici les montagnes descendenet jusqu'à la mer, offrant une vue sur la jungle dont on peut contempler les différentes strates. Pas de bungalow autour, rien, c'est la plage déserte et vierge par excellence. Les vagues et le vent ont dessiné sur le sable de magnifiques ondulations entre gris, beige et mauve. Survivor, le Koh Lanta américain original, s'est déroulé à Koh Tarutao en 2001. Je suis sûr que c'était sur cette plage. Par contre elle est toujours aussi mal fréquenté par des sandflies. Impossible d'y rester immobile. Les candidats de Survivor ont dû déguster...
Ao Son est dotée d'une cantine qui ne sert à personne. Il n'y a pas de possibilité d'hébergement ici, juste un terrain où l'on peut camper mais où personne ne vient. 
La gargote est tenue par deux thaï très souriantes qui ne connaissent de l'anglais que ce qui est écrit sur les menus. Pour le reste on fait par gestes ou onomatopées. Elles n'ont électricité que deux heures par jour, le reste du temps le frigo se retrouve dans une glacière qui en plein milieu d'après midi se transforme en four. Un miracle que je ne sois pas malade ! Je ne serais pas étonné qu'elles dorment dans les hamacs suspendus sous le toit en tôle ondulé de la cantine. Les asiatiques s’accommodent de peu et dorment partout, sur n'importe quoi. A Langkawi quand je suis arrivé à l'hôtel, le type dormait sur un canapé à côté de son bureau. S'il n'y avait pas les sandflies et la présence de deux chiens je me verrais bien camper ici. 
C'est d'un calme absolu. Juste derrière la cantine, il y a un sentier fléché qui mène à un coin où des pythons sont souvent aperçus suspendus aux branches. Bizarrerie, il faut payer 20 bahts pour avoir le droit d'en recevoir un sur la tête, sans avoir la certitude qu'ils soient là !
Pendant que je déjeunais, je feuilletais une revue thaï, Trips Magazine, qui n'a d'anglais que le nom. Tout le reste est en caractères qui ont l'air de tous se ressembler, des espèces de B reliés entre eux et qui donnent l'impression d'avoir affaire à une partition de musique. En revanche les photos sont très belles et le numéro que j'avais entre les mains (le 183 de Janvier 2012) était consacré aux îles à visiter autour de Satun. 
Il y a un grand article sur Tarutao ainsi que les deux autres îles du parc, Koh Adang et Koh Rawi qui entourent Koh Kipe et que je visiterai plus tard. Les photos m'ont conforté dans le fait que c'était un très bon choix.
Tandis que je roulais à vélo pour retourner passer l'après midi à Ao Molae pour y piquer une tête et me reposer un peu, je pensais à Sébastien que j'ai rencontré à Gavdos l'été dernier. Il était question qu'il vienne me rejoindre ici mais entre temps il a perdu son travail et le chômage suisse n'autorise pas d'absences. C'est dommage car je suis sûr qu'il aurait apprécié cette balade à vélo au milieu de la jungle sur cette île si envoûtante, et moi doublement, content de faire partager des choses que j'aime avec quelqu'un qui les comprend et sait les apprécier...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...