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| Ao Molae |
Comme chaque nouveau jour
au paradis, je n'ai aucun plan déterminé ce matin. Seulement voilà,
c'est la plus belle journée depuis que je suis arrivé. Un ciel
bleu, aucun nuage, même pas un voile. C'est la journée rêvée pour
partir en excursion à vélo. Je pensais faire cela plus tard, afin
de sortir de l’ordinaire de temps en temps. Mais un temps comme
celui là peut ne pas se représenter de si tôt. Et peut être que
cela ne va pas durer toute la journée. Aussi, sitôt pris le petit
déjeuner, je suis allé louer un vélo au centre des visiteurs. Ils
ont renouvelé leur matériel par rapport à il y a trois ans. Les
vélos, des moutain bike aux gros pneus sans garde-boue ont l'ai tout
neufs.
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| Ao Molae |
J'ai juste eu le temps d'écrire le blog à la va-vite, sans
me relire. Je le ferai plus tard. Pour le programme, je compte je me
rendre à Ao Molae, à 4 kilomètre au sud de Ao Pante puis tracer
ensuite jusqu'à Ao Son, 4 kilomètres plus loin. Je ferai donc
l’exploration de la côté est qui fait face à Langkawi un autre
jour. Mon but est aussi d'aller en éclaireur à Ao Molae question de
voir comment est fichu le camping (je ne me rappelle plus où il
était situé sur la plage) et si le téléphone portable passe afin
de pouvoir envoyer des textos de temps en temps pour rassurer famille
et amis. Je compte aussi voir Ao Son sous de meilleurs auspices car
la dernière fois j'avais été pris par la pluie.
Les souvenirs d'il y a
trois ans ressurgissent au fur et à mesure que je m'élance sur la
route. C'est comme si j'avais été là il y a quelques jours. Un peu
à la manière d'un calque qui vient se poser juste au dessus du
dessin qu'il copie. Je reconnais les virages, je sais que derrière
cette côte le chemin descend ensuite sur la gauche découvrant les
montagnes. Et pourtant je n'ai emprunté ce chemin que deux fois
auparavant. Juste après Ao Pante les choses sérieuses commencent.
Une côté très raide nécessite de descendre du vélo pour le
pousser dans la montée. Je me suis toujours demandé comment
faisaient les randonneurs à vélo sur les chemins de montagnes,
gravissant des dénivelés inimaginables dans la caillasse.
Pour moi
la moindre côte est une épreuve. Ce n'est pas une question de
sportivité mais de souffrance. Dès qu'on pousse sur les pédales on
se met aussitôt à suer à grosses gouttes et le T-shirt commence à
coller dans le dos. En plus je me trimbale un sac à dos lesté au
maximum. J'ai bien essayé de le poser sur le guidon mais il ne tient
pas en place et cela est très inconfortable de tenir le guidon d'une
main en maintenant le sac en place de l'autre. Sans compter que cela
empêche de passer les vitesses.
La route qui traverse
l'île de Tarutao est un vrai bonheur malgré la difficulté des
montées et descentes.
Elle traverse la jungle et permet vraiment de
mesurer à quel point l'île est sauvage. Des papillons bariolés
nous accompagnent tout du long, des bleus et verts très grands qui
dansent au gré du vent sans se laisser prendre en photo. Peut être
qu'ils sont eux aussi musulmans. En parlant d'eux, le sud de la
Thailande est de confession musulmane, tout comme la Malaisie juste à
côté. Les femmes portent une tenue normale, à part un foulard
autour de la tête qu’elles gardent même sous le casque des
scooters. Par contre toutes les femmes de Tarutao sont nu têtes, ce
qui me fait penser que le port du foulard est plus une question
sociale que religieuse, pour se fondre dans le moule.
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| Ao Son |
Ici comme
personne ne les voit à part les touristes et les quelques rangers,
elles ont une pression de la société moindre. Ça peut être une
explication...
Il est curieux de trouver
une route asphaltée sur cette île, surtout qu'il n'y a jamais de
trafic, à part au moment des bateaux pour transporter les visiteurs
et le ravitaillement aux différentes stations des rangers. On peut
emprunter des camions bleus en montant sur la plate-forme à
l'arrière pour à peine 50 bahts si c’est pour se rendre à un
autre hébergement. Pour des excursions à la journée et pour ceux
qui ne veulent pas entendre parler du vélo, il y a aussi un service
de taxis jusqu'à Ao Son mais je ne les ai jamais vus.
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| Ao Son |
Les gardes
quant à eux circulent en scooter. Mais la nuit venue, on n'entend
plus aucun bruit. Il faut dire que l’électricité est mise de 18 à
20h30. Selon les jours ça peut fluctuer, ce n'est pas automatique,
ça dépend du type qui appuie sur le bouton. La route sert donc de
couloir à bestioles le plus clair du temps, surtout des groupes de
macaques en plein milieu et en pleine séance d'épouillage collectif
pendant que les petits se chamaillent en se roulant par terre ou en
grimpant dans les arbres. Les plus gros et les plus vieux ne se
laissent pas impressionner. Ils ont l'habitude et ne se poussent pas.
Il faut leur foncer droit dessus pour qu'ils partent dans les fourrés
en poussant des grognements de mécontentement. Je retrouve aussi le
son mystérieux d'une bestiole qui fait un bruit d'aspirateur.
Lors
de mon tour du monde je disais que cela ressemblait à une scierie
mais c’est ne fait plus proche de l’aspirateur à traîneau, un
son aigu et régulier sans aucune modulation. Je ne sais toujours pas
qu'est ce qui peut bien faire un tel son.
Ao Molae est semblable à
mon souvenir. Toujours aussi splendide. La plage en forme de demie
lune a une courbe parfaite mise en valeur par une mer d'un éclat
d'émeraude et d'une jungle hallucinante tout autour qui grimpe à
l’assaut des collines. La mer Andaman a cette couleur particulière
qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. La même qu'aux îles du même
nom situées juste de l'autre côté, en Inde.
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| Ao Son |
Sur la plage, des
arbres aux grosses feuilles d'un vert éclatant ont laissé tomber
des fleurs blanches pleines d'étamines violettes qui forment comme
une touffe duveteuse et qu'on retrouve un peu partout aux tropiques.
Je suis rassuré, le téléphone marche ici. La cantine offre les
mêmes plats qu'au quartier général et au même prix, bien qu'elle
soit modeste et que les tables fassent plus bistrot de plage avec
leurs chaises en plastique. Le terrain de camping se trouve juste
devant, entre la cantine et la plage, avec les bungalows sur le côté
droit, le tout sous une belle cocoteraie dont je ne me rappelais
plus.
Tandis que je feuilletais
le menu, j'ai fait la connaissance d'un anglais, Chris, parti lui
aussi en excursion à vélo.
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| La gargote |
Il arrive d'un monastère puis de Koh
Phi Phi qu'il n'a pas aimé à cause du monde et du bruit. Il trouve
en revanche Koh Tarutao formidable et n'en revient pas qu'un tel
endroit soit complètement vierge et qu'aucun hôtelier n'est voulu y
construire de resort. Parc national oblige, j'espère que le
gouvernement tiendra bon face aux sirènes du profit. Déjà que Koh
Lipe lui a échappé... Tout ce qu'on peut trouver comme commodités
sur l'île est l’œuvre exclusive du gouvernement, avec des prix
fixés par eux. Point d'envolée des prix donc et pas de
développement. Vous pouvez si le cœur vous en dit dormir dans de
merveilleux bungalows au bord de l'eau, en dur, avec grand lit pour
600 bahts, soit 15 euros la nuit. Imbattable !
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| La femme à barbe! |
Au Costa Rica,
avec un tel cadre et un tel sentiment d'exclusivité, ce serait 100
fois plus cher. Incroyable, Koh Tarutao l’est encore davantage, au
delà des mots, et ce n'est pas par hasard qu'on y vient. Le Lonely
Planet la décrit comme « one of the most exquisite and
unspoilt regions in all of Thailand ». Il feraient mieux de se
taire, ça va attirer du monde, déjà que je trouve la fréquentation
bien supérieure à il y a trois ans. Surtout des français.
Phénomène saisonnier ou sont-ils tous tombés sur mon blog
avant ?...
Après Ao Molae, la route
se transforme en piste mais les gros pneus se jouent du terrain sans
difficulté.
Il y a une petit colline à gravir mais rien de
comparable avec ce qui sépare Ao Pante et Ao Molae. Un peu avant
d'arriver à Ao Son, on arrive au niveau d'un chemin qui part vers
des cascades que l'on peut rejoindre en une heure pour la première
ou deux heures pour l'autre. Je ne m'y suis pas rendu. Je laisse ça
pour un jour où je résiderai à Ao Molae. En effet, là bas ils
louent aussi des vélos et de part sa situation, l'endroit permet de
mieux rayonner dans l'île. La plage d'Ao Son est sans doute la plus
plus belle de toute l'île, en tout cas la plus sauvage. Longue de
plusieurs kilomètres, elle s'étend toute droite entre une rivière,
des rochers et une montagne au fond, le tout serti dans un écrin de
jungle.
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| Ao Son, en face des rangers |
Ici les montagnes descendenet jusqu'à la mer, offrant une
vue sur la jungle dont on peut contempler les différentes strates.
Pas de bungalow autour, rien, c'est la plage déserte et vierge par
excellence. Les vagues et le vent ont dessiné sur le sable de
magnifiques ondulations entre gris, beige et mauve. Survivor, le Koh
Lanta américain original, s'est déroulé à Koh Tarutao en 2001. Je
suis sûr que c'était sur cette plage. Par contre elle est toujours
aussi mal fréquenté par des sandflies. Impossible d'y rester
immobile. Les candidats de Survivor ont dû déguster...
Ao Son est dotée d'une
cantine qui ne sert à personne. Il n'y a pas de possibilité
d'hébergement ici, juste un terrain où l'on peut camper mais où
personne ne vient.
La gargote est tenue par deux thaï très
souriantes qui ne connaissent de l'anglais que ce qui est écrit sur
les menus. Pour le reste on fait par gestes ou onomatopées. Elles
n'ont électricité que deux heures par jour, le reste du temps le
frigo se retrouve dans une glacière qui en plein milieu d'après
midi se transforme en four. Un miracle que je ne sois pas malade !
Je ne serais pas étonné qu'elles dorment dans les hamacs suspendus
sous le toit en tôle ondulé de la cantine. Les asiatiques
s’accommodent de peu et dorment partout, sur n'importe quoi. A
Langkawi quand je suis arrivé à l'hôtel, le type dormait sur un
canapé à côté de son bureau. S'il n'y avait pas les sandflies et
la présence de deux chiens je me verrais bien camper ici.
C'est d'un
calme absolu. Juste derrière la cantine, il y a un sentier fléché
qui mène à un coin où des pythons sont souvent aperçus suspendus
aux branches. Bizarrerie, il faut payer 20 bahts pour avoir le droit
d'en recevoir un sur la tête, sans avoir la certitude qu'ils soient
là !
Pendant que je déjeunais,
je feuilletais une revue thaï, Trips Magazine, qui n'a d'anglais que
le nom. Tout le reste est en caractères qui ont l'air de tous se
ressembler, des espèces de B reliés entre eux et qui donnent
l'impression d'avoir affaire à une partition de musique. En revanche
les photos sont très belles et le numéro que j'avais entre les
mains (le 183 de Janvier 2012) était consacré aux îles à visiter
autour de Satun.
Il y a un grand article sur Tarutao ainsi que les
deux autres îles du parc, Koh Adang et Koh Rawi qui entourent Koh
Kipe et que je visiterai plus tard. Les photos m'ont conforté dans
le fait que c'était un très bon choix.
Tandis que je roulais à
vélo pour retourner passer l'après midi à Ao Molae pour y piquer
une tête et me reposer un peu, je pensais à Sébastien que j'ai
rencontré à Gavdos l'été dernier. Il était question qu'il vienne
me rejoindre ici mais entre temps il a perdu son travail et le
chômage suisse n'autorise pas d'absences. C'est dommage car je suis
sûr qu'il aurait apprécié cette balade à vélo au milieu de la
jungle sur cette île si envoûtante, et moi doublement, content de
faire partager des choses que j'aime avec quelqu'un qui les comprend
et sait les apprécier...
















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