Je pense rester deux
semaines à Ao Pante et continuer par deux autres à Ao Molae. Je
mettrai de côté Ao Son infestée de sandflies selon mes souvenirs.
Aussi, je m'octroie des jours d'escapade, question de changer un peu.
J'ai pour projet un tour de kayak vers un endroit où je ne suis
encore jamais allé, au nord de la baie, de l'autre côté de la
rivière. En effet en venant de Pak Bara j'ai découvert une sublime
plage déserte, celle que l'on peut voir en photo sur le premier
jour. J'ai aussi l’excursion à vélo pour me rendre au sud de
l'île. Je l'ai déjà fait, c’est long et éreintant car il faut
traverser les montagnes de l'île mais ça vaut le coup.
On passe à
travers une belle jungle pour découvrir les baies de l'est pleines
de mangroves et de rochers karstiques. Pour aujourd'hui, c’est une
toute autre activité que j'envisage. Au dessus du centre des
visiteurs se trouve un rocher qui domine tout le camp et qu'on gravit
par un petit sentier qui s’enfonce dans la jungle. Je l'ai pris la
dernière fois mais c'était en fin d'après midi et j'avais le
soleil en pleine poire. Aussi je me suis mis en tête de faire ça ce
matin, profitant d'une belle journée ensoleillée.
Le sentier pour Toe-Boo
Cliff est bien indiqué et trône en photo au centre des visiteurs où
des panneaux indiquent les différents sites à visiter sur l'île.
C'est une promenade facile de 400 mètres de long seulement qui sert
aussi de refuge en cas de Tsunami. En effet c’est le seul coin en
relief du secteur. Avec ma tente au bord de l'au j'ai intérêt à
courir vite si je vois la mer se retirer au loin. Dans l'hypothèse
où ça arrive de jour et pas de nuit... Sinon je pourrai toujours
grimper au sommet des hauts filaos qui agrémentent la plage et où
j'ai suspendu le hamac. La première partie du sentier longe une
falaise d'un côté et une mangrove de l'autre avec des trous de
crabe qui forment de véritables taupinières de boue durcie. La
falaise dessine par endroits des demies arches suspendues sous
lesquelles on passe et où s'enroulent des lianes.
Le coin fait très
mystérieux. Ensuite le chemin prend de la hauteur en gravissant la
falaise par des marches taillées dans la paroi et des planches de
bois pour couvrir les espaces dans le vide. Au détour d'un virage
s'ouvre une trouée vers la rivière, offrant une vue fantastique. On
a l'impression d'être un singe contemplant sa jungle depuis la
canopée. La rivière a une belle couleur verte et est bordée de
cocotiers et d'un rivage de sable blanc où des pécheurs ont accosté
avec leurs long tails boats. Au large on distingue des îles et des
rochers plantés dans l'eau comme des dents.
Au sommet du rocher on
trouve un chapiteau avec des bancs où se poser pour admirer la vue à
l'ombre. J'ai beau être venu le matin, le soleil n’est toujours
pas dans la bonne direction. C'est un contre-jour au dessus des
montagnes et de la jungle auquel j'ai droit. En fait ce n'est jamais
la bonne heure pour venir ici ! Il faut choisir entre un contre
jour sur l'île ou un autre sur la plage et la mer l'après midi. Ce
n’est pas grave, la vue est très belle et englobe un vaste
panorama sur une bonne partie de la côte ouest de l'île. On réalise
alors encore plus à quel point l'île est vierge et préservée.
C’est pour ça que je suis venu. Connaissez vous d'autres îles
comme ça dans le monde ?
Surtout avec son statut de parc
national, c’est la certitude qu'elle restera toujours dans cet
état. Pas de risque donc de mauvaise surprise en revenant pour
constater une plage dévastée par la construction d'un hôtel. Je
reviendrai donc à coup sûr. On peut être tenté de vouloir
découvrir d'autres îles mais aucune alentour n'offre une telle
possibilité d'immersion dans la nature. Cerise sur le gâteau on
peut y vivre en Robinson comme on veut pour trois fois rien. A la fin
de mon séjour je ferai un guide pratique sur le budget nécessaire
et le prix de chaque chose afin de permettre à d'éventuels futurs
visiteurs de se faire une idée du budget requis - en espérant
qu'ils ne seront pas nombreux à vouloir y venir. Car dès qu'on est
sur l'île on y reste prisonnier, coupé du monde moderne. Il y a
tout juste le téléphone portable qui passe. Une vraie cure de
décompression. Le problème est que je n'ai rien à décompresser !
Pas de boulot à retrouver ni de contraintes. Le contexte est donc
complètement différent de la dernière fois. C’est aussi pour
cette raison que je ne ressens pas le besoin de passer ici une longue
retraite comme ce que j'avais envisagé au début...








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