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vendredi 31 octobre 2014

Mono Lake

Le lac Mono est un lac pour le moins curieux que l'on découvre en descendant de Tioga Pass en venant de Yosemite. D'une taille de deux fois la ville de San Francisco, il tire sa particularité du fait que c'est un lac clos bien qu'alimenté par des cours d'eau et des sources souterraines. Marc Twain décrivit le lac comme la Mer Morte de Californie. Le lac est né il y a à peu près un million d'années et n'a jamais connu d'issue. C'est l'un des plus vieux lacs d'Amérique du Nord. Pendant la dernière aire glaciaire il a seulement débordé une fois. Son niveau à l'époque était 200 mètres plus haut que celui actuel. 
Pendant des milliers d'années, des minéraux et des sédiments provenant des cours d'eau de la Sierra Nevada ont été déposés dans le lac et l'eau fraîche s’est évaporée à la surface. L'évaporation a été de telle envergure qu'elle a créé un lac très alcalin et très salin qui ne permet pas aux poissons d'y vivre. Chaque année, c'est une hauteur de 115 centimètres d'eau qui s'évapore. L'eau du lac est deux fois et demie plus salée et mille fois plus alcaline que l'océan. Par contre le lac regorge de vie. Des crevettes d'eau salée et des mouches alcalines se reproduisent par milliard chaque été, permettant de fournir la nourriture de millions d'oiseaux migrateurs qui visitent le lac chaque année.
L'une de ces espèces, le Wilson's Phalarope, est un oiseau qui n'aime que les eaux salées. Il se reproduit au Canada et descend passer l'hiver au lac Laguna Mar Chiquita en Argentine, avant de remonter pondre au Canada. Il ne s'arrête qu'une fois au cours de son marathon : ici ou au lac salé de Salt Lake City, avant de s'envoler pour un périple de 8000 kilomètres qui lui demandera 3 jours et 2 nuits de vol ininterrompu. En faisant ses provisions au lac, il mange l'équivalent de 15% de son poids chaque jour, faisant son festin des crevettes ou des mouches qu'il a juste à avaler en avançant le bec ouvert. Quelle est la force qui pousse ces délicates créatures à faire un tel chemin, d'une traite en plus ? La nature est vraiment fascinante quand on apprend à a connaître.
L'attrait du lac pour un touriste lambada comme moi est que le lac possède de drôles de formations qui forment un anneau blanc tout autour du bord du lac. De loin on dirait de la neige. Mais de plus près, ce sont des espèces de tours, de flèches et protubérances biscornues qui émergent de la surface du lac dans des formes surprenantes. Ces tours de tuf calcaire (« tufas », tiré du latin « tofus » qui signifie pierre poreuse) prennent naissance dans les profondeurs du lac, lorsque les sources d'eau fraîche contenant du calcium sourdent à travers l'eau du lac riche en carbonate. Le mélange de ces eaux produit du calcium carbonate, un dépôt calcaire qui forme les structures de tuf calcaire, un peu à la façon d'un stalagmite. 
Par la suite, le niveau du lac se réduisant, ces structures ont émergées de l'eau, découvrant un drôle de paysage. Il existe trois formes différentes de tufa. Le lithoid tufa est le plus répandu et apparaît sous la forme de fines aiguilles, de bulbes ou de rochers. Une autre forme présente des cristaux imbriqués les uns dans les autres, produite uniquement pendant l'age de glace il y a 13.000 ans. Enfin on trouve le sand tufa qui peut se rencontrer au sud du lac. Il ressemble à du sable pétrifié en des châteaux à la Gaudi et est très friable. Quand les tufas se sont formées à cet endroit, elles ont intégré des grains de sable du fond du lac, provoquant des tubes et des orgues que l'érosion a ciselé en détachant les grains de sable à la surface.
Le lac Mono tire son nom de la langue des Yokuts, des indiens qui habitaient au sud de cette région. Il signifie « mouche », en raison de l'invasion de cette espèce de mouches qu'une autre tribu qui vivait autour du lac récoltait afin d'en faire l'un des aliments de base de leur nourriture. Cette tribu troquait leurs mouches avec les Yokuts en échange de glands. C'est par les éclaireurs Yokuts de la cavalerie américaine que le nom du lac fut ainsi donné.
Autour du lac on trouve des collines d'origine volcanique, âgées de 29 millions d'années ou de seulement 600 ans, avec le cratère Panum au sud du lac et ses voisins qui forment la chaîne de montagne la plus jeune d'Amérique du Nord. 
Le lac possède deux îles en pleine expansion dont l'une d'elle, l'île Paoha, vieille de seulement 230 ans, possède un cône volcanique noir en son centre. Des sources d'eau chaude et des cheminées sous le lac attestent que le bassin est toujours volcaniquement actif.
En 1941, Los Angeles décida d'agrandir son système d'aqueduc jusque dans la région du lac, faisant diversion de 4 des 6 rivières qui alimentent le lac. Le niveau ne tarda pas à décliner, l'évaporation n'étant plus compensée par un apport suffisant en eau douce. Comme si cela ne suffisait pas, en 1970 la ville décida de doubler la productivité de ses aqueducs et ce fut l'intégralité du débit des quatre rivières qui fut détourné. 
Le lac perdit alors la moitié de son volume et doubla sa salinité. Un vrai désastre écologique pour ce fragile écosystème, menaçant la survie des mouches et crevettes dans une eau devenue trop salée et, de ce fait, l'équilibre des oiseaux migrateurs. La mouette californienne que l'on rencontre par exemple sur les côtes vient se reproduire ici, profitant des cavités des tufas pour nidifier. Avec la baisse du niveau du lac, des endroits qui formaient auparavant des rochers entourés d'eau se sont retrouvés à ne plus être que des presqu’îles, favorisant l'arrivée des prédateurs à la recherche de leurs œufs. 
En 1978, un groupe d'habitants mené par David Gaines décida de réagir, en attaquant en justice la légalité de la diversion des eaux du lac au travers d'une loi qui garantit la protection des cours d'eau pour tous les citoyens. Ils gagnèrent en 1983 et en 1984 le lac et ses environs furent désignés « Mono Basin National Forest Scenic Area ». Mais il fallu attendre les années 1990 et le terme d'une étude pour qu'un plan de gestion du lac ne voit le jour. En 1994 il fut ainsi décidé que le niveau du lac devait être relevé de 6 mètres au cours d'un processus sur 20 ans. Le plan fut adopté bien que cette surélévation ne compense pas la perte des 13,5 mètres depuis 1941. 
Le lac est ainsi sauvé mais la restauration de son écosystème n’est pas assurée ; lorsque la vie disparaît elle ne revient jamais comme elle était avant. Depuis, des campagnes de sensibilisation de la population aux questions de l'eau voient le jour, pour que les gens réfléchissent d'où vient l'eau qu'ils consomment en ouvrant leur robinet et l’impact que cela a sur l'environnement. Il n'y a que par la réduction de la consommation que l'on pourra préserver la nature en Californie. Cela vaut aussi dans le reste du monde où l'eau n'est plus une ressource inépuisable...

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