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vendredi 10 octobre 2014

De Capitol Reef à Bryce Canyon

Dixie National Forest
Comme promis, direction Chimney Rock ce matin, après avoir laisser passer le début de la matinée. La lumière du matin est très moche, elle est froide et donne des photos délavées. Il n'y a vraiment que les instants qui entourent le lever de soleil qui valent le coup. Après, jusqu'à 11 heures cela ne vaut plus la peine de sortir l'appareil photo. Il y a plein de clichés qui sont ainsi passés à la trappe. Après 14 heures en revanche ça commence à être bien, jusqu'à 17 heures. Ensuite la lumière commence à dénaturer le paysage en le plongeant dans des nuances très chaudes rongées par les ombres, ce qui offre des effets artistiques très réussis. A choisir je préfère donc bien mieux l'après midi. 
En plus le matin il fait froid ! En revanche pour Chimney Rock, il convient de faire la randonnée le matin afin d'avoir le soleil dans le bon sens, même si celui ci ne permet pas d'offrir l'éclairage adéquat pour déboucher les ombres de ce rocher. Le haut du plateau est moins haut qu'il n'y paraît et il ne faut même pas une demie-heure pour y accéder. Le sentier monte en lacets le long d'une montagne aux petits cailloux gris et verts de jade parsemés de cyprès et de ravines de sable rose qui dégringolent de falaises rouges et oranges. C'est une vraie symphonie de couleur. D'en haut le spectacle est encore plus époustouflant, avec une vue d'aigle sur la vallée et la route qui semble fendre ce paysage digne d'une autre planète. 
On aperçoit aussi une multitude de cours d'eau asséchés qui sillonnent la plaine rouge en bas en dessinant de superbes motifs.
Aujourd'hui je réalise que c'est le premier anniversaire de ma nouvelle vie. En effet c'était il y a un an jour pour jour que je quittais le boulot, un peu poussé à bout. Ils auront réussi à me dégoûter complètement de mon ancien métier. Mais je n'y ai pas perdu au change. Un an sans travailler et c’est une liberté retrouvée que je n'ai jamais cessé de chérir. Et je ne me suis jamais ennuyé une seule seconde. Ceux qui s'ennuient en vacances ou dépriment arrivés à la retraite, je les regarde un peu comme des martiens. 
Certes quand on vieillit on a peut être moins d'envies, et encore ! Car quand je regarde les gens avec leurs campings cars sur les routes, ce sont plutôt tous des retraités qui ont dû se payer leur belle maison roulante avec les fonds de pension. Tiens, en parlant de ça, ils ont encore inventé un truc qu'on ne voit nulle part ailleurs. Aux États-Unis c'est à croire qu'ils ont une imagination débordante et sans limite dans ce domaine. Ils ont en effet inventé le camping car qui se clipse. C'est un habitacle tout confort qui se pose sur la benne du pick-up, débordant de partout mais qui tient bien en place comme un cake dans un moule mal huilé. Je ne sais pas comment ils arrivent à monter ça, il doit falloir une grue !
Après la courte randonnée de Chimney Rock, j'ai repris la voiture, quittant Capitol Reef derrière moi en faisant des signes d'adieu de la main. Je déteste penser à cela, mais c'est probablement un endroit que je ne reverrai jamais. En tout cas je conseille à tout le monde d'effectuer la grande virée que je suis en train de faire dans l'ouest américain. Les paysages sont sans pareil, le tout dans un pays où l'on se sent bien, avec des gens détendus et avenants, qui vous sourient et saluent en vous croisant, ouverts et jovials. C’est peut être superficiel et de façade comme ce qu'on a coutume d'entendre mais ça rend quand même tout de suite la vie plus légère, plus agréable et sans stress que des gens agressifs qui vous poussent la mine renfrognée. 
Je dis ça en souvenir de quand j'ai pris le RER pour aller à l'aéroport à Paris. Je n'y ai croisé que des gens épanouis avec des plis d'amertume, de vilaines rides entre les sourcils et un teint gris qui malgré leur piètre apparence se la jouait « moi monsieur ». Un américain quand il arrive à Paris, cela doit lui faire un choc !
La route pour Bryce Canyon est fléchée avant même l'entrée dans Torrey. Ce n'est pas tout près mais tout le monde passe par là pour rejoindre l'un ou l'autre des deux parcs nationaux. La route 12 monte dans une forêt qui devient de plus en plus dense à mesure que l'on s'élève. C'est la Dixie National Forest. Les bouleaux se font aussi de plus en plus présents. 
Escalente Canyon
Avec leurs feuilles d'un jaune doré très intense, c'est un moment qui pourrait faire penser qu'on traverse une forêt canadienne à l'approche de l'automne. Du coup les gens s’arrêtent sur les bas côtés pour prendre en photo les arbres. Je n'ai pas tardé à les imiter, surtout à un niveau où la route parvient à un col perché à 2800 mètres en offrant une vue éblouissante sur Capitol Reef en bas et qui s'étend jusqu'à de lointaines montagnes, les Henry Mountains qui culminent à 3500 mètres d'altitude avec un lac aux eaux bleues à leur pied. Ensuite la route passe dans un nouveau paysage, plus minéral, en descendant en suivant la ligne de crête d'un canyon, celui d'Escalente. 
C’est très impressionnant et il faut rouler lentement. La route est étroite et n'est qu'une succession de virages serrés avec des précipices des deux côtés sans aucun parapet. En ayant parcouru à peine une cinquantaine de kilomètres on est passé de monuments et falaises rouge et or pour entrer dans une forêt dense de pins et de bouleaux avant de parvenir à un canyon aux parois crème et beige. Jamais je n'ai vu une telle diversité en aussi peu de temps et une telle proximité entre univers luxuriant et aride. C'est vraiment incroyable.
A Escalente, dernière bourgade avant Bryce Canyon, je me suis arrêté faire des provisions en prévision de Bryce Canyon où je ne sais si je pourrai y trouver une épicerie. 
Bryce Canyon
Escalente est un trou dont on se demande comment les gens peuvent vivre là, au milieu de nulle part, loin de tout. On est vraiment au cœur de l'Amérique profonde. Dans ces conditions n'espérez pas trouver un supermarché. J'ai eu droit à la place à une épicerie dans un bâtiment en bois de l'époque des pionniers, façon western, qui vendait de la nourriture comme des journaux, des CD de country, des DVD ou encore des vêtements indémodables tellement ils sont laids. Tout le monde se connaissait là dedans, se parlant d'un rayon l'autre sans se voir, en ricanant et gloussant. Ambiance, quand tu nous tient...

 
Pour rejoindre Bryce Nayon, il faut quitter la route 12 au niveau d'un plateau à un endroit peuplé de stations services, de motels, de pizzerias et autres restaurants. C'est aussi là que se garent les bus avant de prendre une navette qui conduit au parc. De mai à septembre les particuliers sont aussi invités à faire de même. On sent tout de suite qu'on arrive dans un parc très couru. Et en effet, passé le poste de contrôle, la foule est là. Il y a deux campings là dedans qui sont tellement grands qu'ils ne sont même pas complets. On y trouve aussi une épicerie, des restaurants et des hôtels pour tous les goûts. Comme la fin d'après midi approchait, je me suis tout de suite rendu à Sunset Point. 
En arrivant dans le parc on se demande un peu quel va être le spectacle auquel on doit s'attendre. En effet, rien ne vient mettre la puce à l'oreille, la route passant à travers une forêt de pins, toujours celle de Dixie qui court sur des centaines de kilomètres. En marchant vers Sunset Point, la surprise est à la mesure du choc qu'on éprouve devant un gouffre au fond duquel se dressent par milliers des pics rocheux acérés de couleur mandarine auréolés de blanc. C'est la particularité de Bryce Canyon. Un paysage que je n'ai encore croisé nulle part ailleurs sur Terre. Pas étonnant que cela draine autant de monde. C'est fabuleux. Le tout dans un écrin de verdure avec des pins qui embaument et qui se tiennent par miracle en équilibre au dessus du précipice. Le chemin de Sunset Point fait le tour de ce cirque, permettant d'avoir une vue panoramique qui s'étend très loin, au delà des forêts. Pour une arrivée à Bryce Canyon, quel spectacle ! Et je sens que je ne suis pas au bout de mes surprises...

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