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| Dixie National Forest |
Comme
promis, direction Chimney Rock ce matin, après avoir laisser passer
le début de la matinée. La lumière du matin est très moche, elle
est froide et donne des photos délavées. Il n'y a vraiment que les
instants qui entourent le lever de soleil qui valent le coup. Après,
jusqu'à 11 heures cela ne vaut plus la peine de sortir l'appareil
photo. Il y a plein de clichés qui sont ainsi passés à la trappe.
Après 14 heures en revanche ça commence à être bien, jusqu'à 17
heures. Ensuite la lumière commence à dénaturer le paysage en le
plongeant dans des nuances très chaudes rongées par les ombres, ce
qui offre des effets artistiques très réussis. A choisir je préfère
donc bien mieux l'après midi.
En plus le matin il fait froid !
En revanche pour Chimney Rock, il convient de faire la randonnée le
matin afin d'avoir le soleil dans le bon sens, même si celui ci ne
permet pas d'offrir l'éclairage adéquat pour déboucher les ombres
de ce rocher. Le haut du plateau est moins haut qu'il n'y paraît et
il ne faut même pas une demie-heure pour y accéder. Le sentier
monte en lacets le long d'une montagne aux petits cailloux gris et
verts de jade parsemés de cyprès et de ravines de sable rose qui
dégringolent de falaises rouges et oranges. C'est une vraie
symphonie de couleur. D'en haut le spectacle est encore plus
époustouflant, avec une vue d'aigle sur la vallée et la route qui
semble fendre ce paysage digne d'une autre planète.
On aperçoit
aussi une multitude de cours d'eau asséchés qui sillonnent la
plaine rouge en bas en dessinant de superbes motifs.
Aujourd'hui
je réalise que c'est le premier anniversaire de ma nouvelle vie. En
effet c'était il y a un an jour pour jour que je quittais le boulot,
un peu poussé à bout. Ils auront réussi à me dégoûter
complètement de mon ancien métier. Mais je n'y ai pas perdu au
change. Un an sans travailler et c’est une liberté retrouvée que
je n'ai jamais cessé de chérir. Et je ne me suis jamais ennuyé une
seule seconde. Ceux qui s'ennuient en vacances ou dépriment arrivés
à la retraite, je les regarde un peu comme des martiens.
Certes
quand on vieillit on a peut être moins d'envies, et encore !
Car quand je regarde les gens avec leurs campings cars sur les
routes, ce sont plutôt tous des retraités qui ont dû se payer leur
belle maison roulante avec les fonds de pension. Tiens, en parlant de
ça, ils ont encore inventé un truc qu'on ne voit nulle part
ailleurs. Aux États-Unis c'est à croire qu'ils ont une imagination
débordante et sans limite dans ce domaine. Ils ont en effet inventé
le camping car qui se clipse. C'est un habitacle tout confort qui se
pose sur la benne du pick-up, débordant de partout mais qui tient
bien en place comme un cake dans un moule mal huilé. Je ne sais pas
comment ils arrivent à monter ça, il doit falloir une grue !
Après
la courte randonnée de Chimney Rock, j'ai repris la voiture,
quittant Capitol Reef derrière moi en faisant des signes d'adieu de
la main. Je déteste penser à cela, mais c'est probablement un
endroit que je ne reverrai jamais. En tout cas je conseille à tout
le monde d'effectuer la grande virée que je suis en train de faire
dans l'ouest américain. Les paysages sont sans pareil, le tout dans
un pays où l'on se sent bien, avec des gens détendus et avenants,
qui vous sourient et saluent en vous croisant, ouverts et jovials.
C’est peut être superficiel et de façade comme ce qu'on a coutume
d'entendre mais ça rend quand même tout de suite la vie plus
légère, plus agréable et sans stress que des gens agressifs qui
vous poussent la mine renfrognée.
Je dis ça en souvenir de quand
j'ai pris le RER pour aller à l'aéroport à Paris. Je n'y ai croisé
que des gens épanouis avec des plis d'amertume, de vilaines rides
entre les sourcils et un teint gris qui malgré leur piètre
apparence se la jouait « moi monsieur ». Un américain
quand il arrive à Paris, cela doit lui faire un choc !
La
route pour Bryce Canyon est fléchée avant même l'entrée dans
Torrey. Ce n'est pas tout près mais tout le monde passe par là pour
rejoindre l'un ou l'autre des deux parcs nationaux. La route 12
monte dans une forêt qui devient de plus en plus dense à mesure que
l'on s'élève. C'est la Dixie National Forest. Les bouleaux se font
aussi de plus en plus présents.
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| Escalente Canyon |
Avec leurs feuilles d'un jaune doré
très intense, c'est un moment qui pourrait faire penser qu'on
traverse une forêt canadienne à l'approche de l'automne. Du coup
les gens s’arrêtent sur les bas côtés pour prendre en photo les
arbres. Je n'ai pas tardé à les imiter, surtout à un niveau où la
route parvient à un col perché à 2800 mètres en offrant une vue
éblouissante sur Capitol Reef en bas et qui s'étend jusqu'à de
lointaines montagnes, les Henry Mountains qui culminent à 3500
mètres d'altitude avec un lac aux eaux bleues à leur pied. Ensuite
la route passe dans un nouveau paysage, plus minéral, en descendant
en suivant la ligne de crête d'un canyon, celui d'Escalente.
C’est
très impressionnant et il faut rouler lentement. La route est
étroite et n'est qu'une succession de virages serrés avec des
précipices des deux côtés sans aucun parapet. En ayant parcouru à
peine une cinquantaine de kilomètres on est passé de monuments et
falaises rouge et or pour entrer dans une forêt dense de pins et de
bouleaux avant de parvenir à un canyon aux parois crème et beige.
Jamais je n'ai vu une telle diversité en aussi peu de temps et une
telle proximité entre univers luxuriant et aride. C'est vraiment
incroyable.
A
Escalente, dernière bourgade avant Bryce Canyon, je me suis arrêté
faire des provisions en prévision de Bryce Canyon où je ne sais si
je pourrai y trouver une épicerie.
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| Bryce Canyon |
Escalente est un trou dont on se
demande comment les gens peuvent vivre là, au milieu de nulle part,
loin de tout. On est vraiment au cœur de l'Amérique profonde. Dans
ces conditions n'espérez pas trouver un supermarché. J'ai eu droit
à la place à une épicerie dans un bâtiment en bois de l'époque
des pionniers, façon western, qui vendait de la nourriture comme des
journaux, des CD de country, des DVD ou encore des vêtements
indémodables tellement ils sont laids. Tout le monde se connaissait
là dedans, se parlant d'un rayon l'autre sans se voir, en ricanant
et gloussant. Ambiance, quand tu nous tient...
Pour
rejoindre Bryce Nayon, il faut quitter la route 12 au niveau d'un
plateau à un endroit peuplé de stations services, de motels, de
pizzerias et autres restaurants. C'est aussi là que se garent les
bus avant de prendre une navette qui conduit au parc. De mai à
septembre les particuliers sont aussi invités à faire de même. On
sent tout de suite qu'on arrive dans un parc très couru. Et en
effet, passé le poste de contrôle, la foule est là. Il y a deux
campings là dedans qui sont tellement grands qu'ils ne sont même
pas complets. On y trouve aussi une épicerie, des restaurants et des
hôtels pour tous les goûts. Comme la fin d'après midi approchait,
je me suis tout de suite rendu à Sunset Point.
En arrivant dans le
parc on se demande un peu quel va être le spectacle auquel on doit
s'attendre. En effet, rien ne vient mettre la puce à l'oreille, la
route passant à travers une forêt de pins, toujours celle de Dixie
qui court sur des centaines de kilomètres. En marchant vers Sunset
Point, la surprise est à la mesure du choc qu'on éprouve devant un
gouffre au fond duquel se dressent par milliers des pics rocheux
acérés de couleur mandarine auréolés de blanc. C'est la
particularité de Bryce Canyon. Un paysage que je n'ai encore croisé
nulle part ailleurs sur Terre. Pas étonnant que cela draine autant
de monde. C'est fabuleux. Le tout dans un écrin de verdure avec des
pins qui embaument et qui se tiennent par miracle en équilibre au
dessus du précipice. Le chemin de Sunset Point fait le tour de ce
cirque, permettant d'avoir une vue panoramique qui s'étend très
loin, au delà des forêts. Pour une arrivée à Bryce Canyon, quel
spectacle ! Et je sens que je ne suis pas au bout de mes
surprises...












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