Le
Grand Canyon est situé en Arizona. Bienvenue dans le troisième État
que je traverse ! La limite se trouve au sud de Kanab, où
débute une belle forêt de conifères, parfaite pour camper. C'est
une forêt nationale qui comporte plein de petits chemins au départ
de la route. C'est très pratique pour y dormir. Et ce n'est qu'à
quelques kilomètres de Jacob Lake, où se situe la bifurcation pour
Grand Canyon. C'est là que va s'achever sans doute mon exploration
du Grand Circle et du centre rouge. Du coup je me demande ce que j'ai
raté. En effet je pensais que le canyon étroit, poli et rose comme
l'intérieur d'un coquillage était l'apanage de Zion.
Mais dans les canyons de Zion coulait de l'eau. Je voulais voir un de ces fameux canyons qui a coûté un bras à Aron Ralston en 2003. Il est devenu célèbre par la mésaventure qu'il a subit durant cinq jours. Ils en ont même tiré un film. Pour ceux qui ne sont pas au courant, c'est un fêlé d'alpinisme qui était parti seul à l'intérieur d'un canyon où il faut se faufiler comme un chat pour y entrer. Seulement voilà, un rocher s'est effondré sur lui, coinçant tout son avant bras. Il ne disposait que de deux barres de céréales, d'une gourde et d'un canif émoussé. Au début, pendant trois jours, il a essayé de se dégager en grattant la roche avec son canif. Sans succès.
En proie à une déshydratation sévère il a été contraint de boire son urine et a commencé à avoir des hallucinations. C'est là où il a filmé un message d'adieu à ses proches, conscient que son heure était venue. Mais dans une de ces hallucinations il a vu un petit gamin de trois ans qui lui ressemblait et qu'il a pris pour un signe, comme celui qu'il allait survivre et avoir un fils. Dans un sursaut de conscience, il a alors compris la seule solution qui s'ouvrait à lui s'il voulait survivre : s'amputer le bras. Mais avec son pauvre canif, jamais il n'arriverait à couper l'os. Il a donc pris des pierres pour se fracturer le bras et a coupé ensuite muscles et tendons avec son canif.
Une fois dégagé, il est parvenu à remonter à la surface en perdant beaucoup de sang. Alors qu'il perdait connaissance, des touristes néo zélandais qui passaient miraculeusement par là ont pu appeler les secours et lui dispenser quelques soins en attendant. Il fut transporté à l'hôpital d'urgence alors qu'il était à deux doigts de succomber à son hémorragie. Son bras fut récupéré plus tard par les rangers et incinéré. Aron est ensuite revenu disperser les cendres dans le canyon. Depuis il y revient régulièrement en pèlerinage. Son histoire a fait le tour de la Terre. Désormais, où qu'il aille, il laisse toujours un mot pour prévenir de son itinéraire.
En
cherchant sur internet, j'ai trouvé que ça s'est déroulé à Blue
John Canyon, à Canyonlands. Je pense que ça devait être dans la
partie reculée de l'ouest du parc, accessible uniquement par des
pistes de 4x4 qui courent sur des centaines de kilomètres. J'ai raté
ça ; mais c'est peut être mieux pour ma santé...
Mais dans les canyons de Zion coulait de l'eau. Je voulais voir un de ces fameux canyons qui a coûté un bras à Aron Ralston en 2003. Il est devenu célèbre par la mésaventure qu'il a subit durant cinq jours. Ils en ont même tiré un film. Pour ceux qui ne sont pas au courant, c'est un fêlé d'alpinisme qui était parti seul à l'intérieur d'un canyon où il faut se faufiler comme un chat pour y entrer. Seulement voilà, un rocher s'est effondré sur lui, coinçant tout son avant bras. Il ne disposait que de deux barres de céréales, d'une gourde et d'un canif émoussé. Au début, pendant trois jours, il a essayé de se dégager en grattant la roche avec son canif. Sans succès.
En proie à une déshydratation sévère il a été contraint de boire son urine et a commencé à avoir des hallucinations. C'est là où il a filmé un message d'adieu à ses proches, conscient que son heure était venue. Mais dans une de ces hallucinations il a vu un petit gamin de trois ans qui lui ressemblait et qu'il a pris pour un signe, comme celui qu'il allait survivre et avoir un fils. Dans un sursaut de conscience, il a alors compris la seule solution qui s'ouvrait à lui s'il voulait survivre : s'amputer le bras. Mais avec son pauvre canif, jamais il n'arriverait à couper l'os. Il a donc pris des pierres pour se fracturer le bras et a coupé ensuite muscles et tendons avec son canif.
Une fois dégagé, il est parvenu à remonter à la surface en perdant beaucoup de sang. Alors qu'il perdait connaissance, des touristes néo zélandais qui passaient miraculeusement par là ont pu appeler les secours et lui dispenser quelques soins en attendant. Il fut transporté à l'hôpital d'urgence alors qu'il était à deux doigts de succomber à son hémorragie. Son bras fut récupéré plus tard par les rangers et incinéré. Aron est ensuite revenu disperser les cendres dans le canyon. Depuis il y revient régulièrement en pèlerinage. Son histoire a fait le tour de la Terre. Désormais, où qu'il aille, il laisse toujours un mot pour prévenir de son itinéraire.
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| Vous prendrez bien une tasse de thé? |
Jacob
Lake qui figure comme un point sur la carte n'est qu'un carrefour
avec un camping, un motel et une station service. La route mène
ensuite au North Rim en 70 kilomètres pendant lesquels on ne croise
rien d'autre que de la forêt et quelques prairies. Elle évolue sur
un plateau, entouré par de vastes étendues de forêt calcinée dont
ne restent plus que des troncs noirs dressés dans les airs, sans
branche, comme des totems. Quel désastre !
Il n'y avait personne à l'unique guichet d'entrée du parc. Il faut dire que l'accès nord au Grand Canyon est la partie la moins fréquentée du parc, les gens lui préférant le South Rim, sans savoir très bien pourquoi. Dès l'entrée, on saisit qu'on est bien dans un parc national. Un panneau d'avertissement prévient de la présence de bisons. Fidèles au poste, ils étaient bien là, vaquant en troupeaux de centaines de bêtes, occupés à brouter dans la prairie qui s'étend le long de la route, auréolés d'une nouée de mouches. Ils ont dû comprendre qu'ils sont en sécurité par là. Ensuite la forêt reprend ses droits, avec pins, sapins, cèdres bleus et peupliers aux feuille dorées.
Je ne m'attendais pas à une telle végétation. Le Grand Canyon, on imagine ça comme un truc aride et désert. Eh bien pas du tout ! Le haut du plateau est couvert de forêt pleine de créatures sauvages, le tout perché à 2500 mètres d'altitude.
Il n'y avait personne à l'unique guichet d'entrée du parc. Il faut dire que l'accès nord au Grand Canyon est la partie la moins fréquentée du parc, les gens lui préférant le South Rim, sans savoir très bien pourquoi. Dès l'entrée, on saisit qu'on est bien dans un parc national. Un panneau d'avertissement prévient de la présence de bisons. Fidèles au poste, ils étaient bien là, vaquant en troupeaux de centaines de bêtes, occupés à brouter dans la prairie qui s'étend le long de la route, auréolés d'une nouée de mouches. Ils ont dû comprendre qu'ils sont en sécurité par là. Ensuite la forêt reprend ses droits, avec pins, sapins, cèdres bleus et peupliers aux feuille dorées.
Je ne m'attendais pas à une telle végétation. Le Grand Canyon, on imagine ça comme un truc aride et désert. Eh bien pas du tout ! Le haut du plateau est couvert de forêt pleine de créatures sauvages, le tout perché à 2500 mètres d'altitude.
C'est
là où, sans qu'on voit le truc venir, on arrive au bord du canyon,
au niveau du centre des visiteurs et d'un lodge de luxe qui surplombe
le bord du canyon comme un château. Il dispose d'un vaste salon avec
d'énormes baies vitrées et des fauteuils de cuirs très profonds
d'où l'on peut contempler le fond du canyon autour d'une cheminée
démesurée. Il y a aussi de grandes terrasses avec bancs et chaises
longues pour profiter du spectacle.
Le centre des visiteurs n'est quant à lui qu'une simple guitoune qui vend quelques livres et autres souvenirs. Pas de salle de projection par là. Il faudra attendre le South Rim pour en savoir un peu plus sur le parc. Un peu en retrait se trouve un beau camping niché dans la forêt qui ressemble à un repère d'ours. Le camping dispose de douches où j'en ai profité pour me décrasser. Ça marche à pièces, il en faut six de quarter dollars. J'ai dû farfouiller au fond du portefeuille où j'ai plein de pièces dont je ne me sers jamais car elles sont toutes différentes, écrites en tout petit et je ne sais jamais ce que c'est. Par exemple, la pièce de 1 dime, c'est quoi ça, 10 cents ?
En tout cas j'ai trouvé le compte requis en pièces de 25 centimes. Il était marqué qu'avec ça on avait droit à une douche de 6 minutes qui ne dure en fait que 4 minutes tout au plus. J'en ai fait les frais, ça s'est coupé net comme un couperet alors que j'étais encore couvert de savon. J'ai dû me rincer avec le reste d'eau des flaques à mes pieds...
Le centre des visiteurs n'est quant à lui qu'une simple guitoune qui vend quelques livres et autres souvenirs. Pas de salle de projection par là. Il faudra attendre le South Rim pour en savoir un peu plus sur le parc. Un peu en retrait se trouve un beau camping niché dans la forêt qui ressemble à un repère d'ours. Le camping dispose de douches où j'en ai profité pour me décrasser. Ça marche à pièces, il en faut six de quarter dollars. J'ai dû farfouiller au fond du portefeuille où j'ai plein de pièces dont je ne me sers jamais car elles sont toutes différentes, écrites en tout petit et je ne sais jamais ce que c'est. Par exemple, la pièce de 1 dime, c'est quoi ça, 10 cents ?
En tout cas j'ai trouvé le compte requis en pièces de 25 centimes. Il était marqué qu'avec ça on avait droit à une douche de 6 minutes qui ne dure en fait que 4 minutes tout au plus. J'en ai fait les frais, ça s'est coupé net comme un couperet alors que j'étais encore couvert de savon. J'ai dû me rincer avec le reste d'eau des flaques à mes pieds...
Le
North Rim, de par sa position, offre une vue sur le canyon vers le
sud. Ce n’est pas l'idéal. En effet celui ci se trouve à contre
jour la majeure partie de la journée. Dans ces conditions tout
paraît bleuté, embrumé et ôte toutes les couleurs de feu
auxquelles ont est en droit de s'attendre quand on imagine le Grand
Canyon.
C'est sans doute pour cette raison que les gens préfèrent le South Rim, qui doit bénéficier d'une lumière plus propice. En attendant que le soleil ait tourné les talons plus à l'ouest, je suis allé déjeuner au lodge. Et là j'ai réalisé qu'on avait changé d'heure. Arizona oblige, il est désormais une heure plus tôt. C'est un peu stupide car il fait nuit toujours au même moment. Je reste donc sur l’heure à laquelle je suis habitué. Elle me permet de me repérer pour connaître le moment à partir duquel la lumière se réchauffe pour les photos et celui auquel il faut que je pense à trouver un refuge pour la nuit. Si je changeais d'heure ça voudrait dire qu'il ferait nuit à 18 heures.
C'est débile, d'ailleurs au restaurant ils commencent à servir à 11h30 le midi et 16h30 le soir, ce qui prouve que les touristes font comme moi. On dirait que tout le monde s’est donné rendez vous au lodge alors qu'on ne croise quasiment personne ailleurs. Il faut dire que les chambres se trouvent dans des petits chalets de bois, disséminés dans la forêt, dont certains sont au bord du canyon. Ça doit coûter bonbon une nuit là dedans !
C'est sans doute pour cette raison que les gens préfèrent le South Rim, qui doit bénéficier d'une lumière plus propice. En attendant que le soleil ait tourné les talons plus à l'ouest, je suis allé déjeuner au lodge. Et là j'ai réalisé qu'on avait changé d'heure. Arizona oblige, il est désormais une heure plus tôt. C'est un peu stupide car il fait nuit toujours au même moment. Je reste donc sur l’heure à laquelle je suis habitué. Elle me permet de me repérer pour connaître le moment à partir duquel la lumière se réchauffe pour les photos et celui auquel il faut que je pense à trouver un refuge pour la nuit. Si je changeais d'heure ça voudrait dire qu'il ferait nuit à 18 heures.
C'est débile, d'ailleurs au restaurant ils commencent à servir à 11h30 le midi et 16h30 le soir, ce qui prouve que les touristes font comme moi. On dirait que tout le monde s’est donné rendez vous au lodge alors qu'on ne croise quasiment personne ailleurs. Il faut dire que les chambres se trouvent dans des petits chalets de bois, disséminés dans la forêt, dont certains sont au bord du canyon. Ça doit coûter bonbon une nuit là dedans !
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| C'est un arbuste tortueux comme de la brande qui sent très bon |
Pourquoi donc le Colorado a choisi de tracer son chemin par là alors que l'endroit est plus élevé qu'ailleurs ? Les lois de la physique auraient voulu que la rivière contourne ce massif. Une chose est sûre, c'est que si ça avait été le cas il n'y aurait jamais eu de Grand Canyon. Il vaut donc mieux laisser la logique de côté et laisser place à la magie. Des touristes font d’ailleurs leur yoga par ici, les bras en croix, offerts à la nature en bord d'un rocher, les pieds dans le vide. Le canyon étant plus large à cet endroit, cela donne une impression d'immensité et d'infini, renforcée par le silence qui règne tout autour. Des panneaux invitent d'ailleurs les gens à goûter au silence :
Le
North Rim a une autre particularité par rapport à son voisin le
South Rim. Le canyon de ce côté est plus profond qu'en face, avec
pas moins de 600 mètres de dénivelé !
La faute au plateau qui est ici 366 mètres plus élevé. Il capture ainsi deux fois plus plus d'eau et de neige que côté South Rim, causant une érosion accentuée, responsable d'un retrait du plateau par rapport à la rivière plus marqué côté nord : 11 kilomètres alors que ce n'est que 5 côté sud. En effet, le Colorado n'est responsable que de l'incision du plateau tandis que la pluie façonne les falaises, terrasses, tables, temples et canyons annexes. Ainsi côté South Rim, les bords du canyon sont plus escarpés mais ils n'ont pas ces drôles de rochers perdus comme des îles qui semblent flotter entre le plateau et le lit du Colorado. Un des géologues qui a découvert l'endroit, Clarence Dutton, a appelé ces formations « temples », en allusion à ceux que l'on trouve en Asie.
Il leur a affublé des noms, comme le temple de Shiva ou de Vishnu. Leur formation provient de l'érosion du plateau qui commence par la création de péninsules qui finissent ensuite par se détacher du reste du plateau qui ne cesse de reculer par rapport au Colorado. Ces péninsules finissent alors en îles où l'érosion continue son travail en dissolvant les roches les plus tendres, laissant debout les couches les plus dures. Cela donne naissance à des temples qui finiront eux mêmes dissous un jour au fond d'un canyon. Ainsi œuvre la nature dans ce vaste champ d'expériences qu’est le Grand Canyon. Pas étonnant que ce soit l'une des sept merveilles du monde !
La faute au plateau qui est ici 366 mètres plus élevé. Il capture ainsi deux fois plus plus d'eau et de neige que côté South Rim, causant une érosion accentuée, responsable d'un retrait du plateau par rapport à la rivière plus marqué côté nord : 11 kilomètres alors que ce n'est que 5 côté sud. En effet, le Colorado n'est responsable que de l'incision du plateau tandis que la pluie façonne les falaises, terrasses, tables, temples et canyons annexes. Ainsi côté South Rim, les bords du canyon sont plus escarpés mais ils n'ont pas ces drôles de rochers perdus comme des îles qui semblent flotter entre le plateau et le lit du Colorado. Un des géologues qui a découvert l'endroit, Clarence Dutton, a appelé ces formations « temples », en allusion à ceux que l'on trouve en Asie.
Il leur a affublé des noms, comme le temple de Shiva ou de Vishnu. Leur formation provient de l'érosion du plateau qui commence par la création de péninsules qui finissent ensuite par se détacher du reste du plateau qui ne cesse de reculer par rapport au Colorado. Ces péninsules finissent alors en îles où l'érosion continue son travail en dissolvant les roches les plus tendres, laissant debout les couches les plus dures. Cela donne naissance à des temples qui finiront eux mêmes dissous un jour au fond d'un canyon. Ainsi œuvre la nature dans ce vaste champ d'expériences qu’est le Grand Canyon. Pas étonnant que ce soit l'une des sept merveilles du monde !


















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