Il
n'y a pas de villages autour de Death Valley, c'est encore plus isolé
que n'importe quel autre parc où je me suis rendu. Il y a bien un
dernier bled, Shoshone, où j'espérais encore trouver une épicerie.
Tout ce qu'il y avait c'était une station service avec de l'essence
au prix doublé. Il y a un grand écart entre le prix du carburant
d'une station à l'autre. Avant je ne faisais pas gaffe, pensant que
c'était comme en France, avec une différence qui se joue sur des
centimes. Ici, n'y a rien de plus rageur que de faire le plein et de
trouver une station pas plus loin avec le gallon un dollar moins
cher. Du coup j'ai trouvé un site internet qui trouve la station au
meilleur prix autour de soi.
Car mine de rien, le poste essence est
ma dépense principale. Je ne sais pas quelle voiture ils m'ont
fourgué mais elle doit bien faire du 10 litres au 100. En effet je
fais un 2/3 de plein presque tous les jours (dès qu'il ne reste plus
qu'un tiers à la jauge je remplis, c'est plus prudent). 20 dollars
par ci, 25 dollars par là... Je dois en être à mon dixième
passage à la pompe. J'ai remarqué que es voitures automatiques
consommaient plus, ça doit être ça. Pourtant j'ai une conduite
souple, sans à coup et des accélérations lentes. Sur le tableau de
bord il y a marqué « eco » tout le temps. Bon, passons !
L'entrée
dans le parc depuis Death Valley Junction ne paye pas trop de mine.
![]() |
| Twenty Mule Team Canyon |
Au début on se dit que si c’est comme ça, on n'y restera pas très
longtemps. C'est désertique, avec des montagnes brûlées au soleil
mais sans que cela ait un charme particulier. Puis la route commence
à descendre en longeant des drôles de formations rocheuses, de
couleur dorée, qui semblent avoir été coulées au pochoir, avec
des montagnes sombres qui poursuivent le tableau au delà. C'est là
que se situe Twenty Mule Team Canyon, avec une route qui part à
l'assaut du canyon, ou plutôt une piste. Ce canyon tire son nom en
l'honneur d'une équipe attelée de 20 mules qui de 1883 à 1889 a
extrait dix tonnes de borax du désert, bien que le lieu d'extraction
ait été à un autre endroit. La piste fait quatre kilomètres de
long, est à sens unique, ce qui donne l'impression de traverser un
parc d'attractions.
![]() |
| Badwater |
De retour sur la route, toujours en descendant
vers la vallée, on parvient à un site, l'un des plus populaires de
Death Valley : Zabriskie Point. La vue de ce point offre un
panorama digne de carte postale, sur des rochers ondulés aux
couleurs incroyables, striés de orange, de rose, de blanc ou de
jaune. Il vaut mieux s'y rendre le matin de bonne heure pour que la
lumière soit dans le bon sens et les couleurs au rendez-vous.
Dépassé
Zabriskie Point, la route découvre la vallée de la mort, une large
vallée très longue où il fait une chaleur à crever. Tout au fond
se trouve Furnace Creek, un site qui comprend une station service,
des campings, un restaurant, une épicerie (où le prix des fruits et
légumes est le même que celui au kilo ailleurs, mais ici à la
pièce...), une poste (!) et le centre des visiteurs.
![]() |
| Badwater |
Comme toujours,
ne pas manquer d'aller y faire un tour, ne serait-ce que pour avoir
un plan du parc et quelques informations. A l'entrée, un thermomètre
digital indique la température qu'il fait. Les gens se prennent en
photo à côté. Aujourd'hui 99 degrés Fahrenheit, soit un petit 38
degrés. Ah oui, quand même ! A l'intérieur du centre se
trouve un écran géant tactile qui détaille le parc avec les
différents points à voir et leur particularité, remplaçant la
traditionnelle maquette qui clignote selon le bouton sur lequel on a
appuyé. Avec l'écran tactile, il suffit d'effleurer des points de
la carte pour que s'affiche un texte détaillé avec toutes les
informations d'accès et de randonnées possibles, le tout agrémenté
d'une vidéo qui permet de se faire une idée précise.
Ils n'ont pas
fait les choses à moitié. Il faut aussi ne pas rater un
documentaire de 20 minutes qui passe dans la salle de cinéma
attenante, remarquable, comme tous ceux qu'ils diffusent dans les
parcs. Celui-ci s'intitule « Seeing Death Valley » et
n'est pas en vente dans la boutique du parc. C'est bien dommage. Ah,
j'oubliais : Furnace Creek a aussi droit à son aberration en
plein désert et surtout dans un parc national : un terrain de
golf !
Death
Valley est née il y a trois millions d'années, d'une fracture de la
croûte terrestre. Sous les forces tectoniques, une gigantesque
faille s'est ouverte, du nord au sud, créant les montagnes Panamint
à l'ouest avec son point le plus haut à 3368 mètres ; et
Amargosa à l'est et son sommet le plus élevé à 2663 mètres.
Le
fond de la vallée est couvert de sel et d'alluvions, fruits de
l'érosion des montagnes, qui donnent une palette de formes et de
couleurs. Il a aussi la particularité d'être le point le plus bas
des États-Unis avec une altitude de 86 mètres sous le niveau de la
mer. C'est dire la profondeur de l'entaille qui s’est créée ici.
De ce fait, toutes les richesses contenues dans la croûte terrestre
sont visibles, comme si on effectuait un gigantesque voyage au centre
de le Terre, révélant des roches aux couleurs incroyables. Je
m'imaginais une région désolée et austère. Elle est en fait
pleine de couleurs et de gaieté. C'est le territoire de la tribu
Timbisha, des indiens qui vivaient là bien avant l'arrivée des
européens et à qui on a octroyé une petite parcelle dans le parc
où une vingtaine de maisons ont pris place, juste à côté de
Furnace Creek.
Death Valley est l'endroit le plus chaud des
États-Unis avec une température en juillet qui atteint facilement
les 47 degrés. Du coup, personne ne vient là l'été, les gens
préférant visiter le parc l'hiver ou au printemps. Souvent les gens
sont perplexes sur le fait que les indiens veulent rester là dans
leur fournaise. Mais pour eux c’est chez eux. Ce que nous avons
appelé la vallée de la mort, eux l'appellent la vallée de la vie.
C’est la vallée qui les a façonné, ils sont profondément
attachés à la terre, leurs racines. Loin d'ici ils n’auraient
plus de connexion avec ces éléments et perdraient culture et
identité. C’est ce qu'ils affirment et c’est très vrai.
![]() |
| Golden Canyon |
![]() |
| Artist's Palette |
En
1870, les pionniers découvrirent que le sol était très riche en
minerais et de nombreuses villes poussèrent comme des champignons
dans la vallée. On construisit de grandes mines pour extraire or,
argent, plomb ou borax et qui prospérèrent pendant une dizaine
d'année. On comptait jusqu'à 5000 habitants avant que les mines
d'argent ne firent faillite en 1877, laissant des villes fantômes
derrière elles dont certaines sont toujours visibles. Les lignes de
chemin de fer pour extraire les minerais furent reconverties au
transport des visiteurs, ce qui lança le boom du tourisme dans la
région, drainant des touristes qui venaient passer l'hiver au chaud.
Dans les années 20, les premiers hôtels furent construits et en
1933 le Président Hoover déclara Death Valley comme National
Monument.
![]() |
| Devils Golf Course |
Ce n'est qu'en 1994 que Bill Clinton transforma le statut
en Parc National, élargissant les contours du parc. Je suis toujours
ému quand des grands hommes comme les chefs d'état décident de
désigner un endroit comme parc national, laissant là de côté leur
pouvoir et les possibilités de productivisme, comme un abandon des
armes face aux forces de la nature. C’est un peu comme s'ils
rendaient au créateur ce qu'il leur a donné. C'est un signe
d'humilité à mon sens. Et aussi d'éveil et d'intelligence.
Félicitations à tous ces hommes qui ont œuvré et lutté pour que
les parcs nationaux voient le jour. Ce sont des lieux uniques,
préservés, indomptés, qui resteront ainsi à jamais.
Il
y a un endroit incroyable à 26 kilomètres au sud de Furnace Creek :
Badwater. C'est là que se trouve le point le plus bas du pays. Un
panneau incongru vissé dans la montagne indique la limite du niveau
de la mer, bien au dessus de nous. Mais surtout on y trouve une
piscine salée entourée de cristaux où vit un mollusque endémique.
Des boulevards de terre salée partent de là en méandres en se
perdant dans la vallée. C'est vraiment étonnant de marcher dessus,
c'est tout plat, on pourrait y jouer au ballon. Le nom de l'endroit
fut donné par un cartographe qui fut enchanté de trouver là de
quoi abreuver son cheval, avant d'être profondément désappointé
quand il se rendit compte que l'eau n'était pas potable.
Elle n'est
pas toxique, juste salée. La présence d'eau émane d'un ancien
aquifère qui remonte à l'âge de glace et qui provenait de la
collecte des pluies et des neiges de la Sierra Nevada, à des
centaines de kilomètres de là. La nappe émerge à cet endroit,
dissolvant les dépôts de sel qui remontent à la surface en
transformant cette eau de source en « badwater ».
A
une encablure de là on tombe sur Devils Golf Course, un autre
endroit remarquable pour ses formations de sel. Ici ce ne sont pas
des fleuves de sel mais des roches salées pointues et coupantes
comme le fil d'un rasoir qui ressemblent de prime abord à un grand
champ de lave.
Elles ont été poussées hors de terre sous l'effet
de la pression et on peut voir des trous et crevasses qui s'enfoncent
dans les entrailles de la terre. C'est très difficile de marcher là
dedans, c'est tord cheville et malheur si vous dérapez, il vous en
coûtera une entaille à refermer avec des points de suture. Les
cristaux de sel sont si durs qu'ils passent à travers la semelle de
mes tongs. A certains endroits, entre deux rochers on trouve aussi de
drôles de cônes salés, tout de cristaux blancs, formés on ne sait
comment. Les roches sous l’effet de la chaleur craquent, en faisant
de mystérieux bruits sourds, comme le moteur d'une voiture qui
refroidit. On a l'impression que le sol est vivant.
En
remontant toujours vers Furnace Creek, on trouve Natural Bridge, une
arche en plein milieu d'un canyon de rochers sombres. Puis une route
part sur la droite en louvoyant entre des rochers à la base des
montagnes Amargosa. C'est Artists Drive, un endroit merveilleux, un
paradis pour géologue, où l'on découvre des montagnes aux couleurs
incroyables. Toutes les couleurs sont là, bien saturées, dans un
mélange psychédélique : du pourpre, du rose, de l'orange, du
vert, du jaune... Le tout souvent sur le même rocher. On dirait
qu'il sont été peints tellement cela semble irréel. Le point
d'orgue se situe au niveau de Artists Palette.
Ces dépôts résultent
d'un riche passé volcanique qui il y a 5 millions d'années a déposé
des cendres et des minéraux, au gré des éruptions. Les produits
volcaniques furent ensuite altérés chimiquement par l'eau et la
chaleur, avec des quantités variables d'oxygène et d'autres
éléments. De ce chaudron magique en ressortent du fer, du
magnésium, de l’aluminium et du titanium avec des minéraux comme
l'hématite rouge et la chlorite verte. On dirait vraiment que tout
cela a été projeté à la face des rochers comme on jetterait un
seau d'eau en passant la serpillière. La route à sens unique fait
15 kilomètres de long que l'on ne voit pas passer tellement la
surprise vous fera pousser des «oh» d'émerveillement à chaque
virage.
Il ne faut pas hésiter à s'arrêter partout et à marcher
un peu pour avoir de jolis points de vue.
Dernière
trouvaille avant Furnace Creek : Golden Canyon. Il y a une belle
balade à faire au fond de ce canyon doré qui mène à un rocher
rouge qui émerge comme une cathédrale. Le sentier rejoint ensuite
Zabriskie Point. Il y a pas mal à marcher, aussi pour couper court,
j'ai décidé de prendre un peu de hauteur afin d'apercevoir cette
cathédrale rouge de façon plus globale. J'ai donc pris la trace de
gens qui étaient passés avant moi et qui partait sur les hauteurs
du canyon, en suivant la ligne de différentes crêtes. C'est un vrai
labyrinthe et on passe d'une crête à l'autre sans jamais suivre une
ligne droite, prenant toujours un peu plus de hauteur.
C'est très
joli et devant l'exaltation je n'ai pas réalisé que mon chemin
large comme un pas devenait de plus en plus escarpé mais surtout
raide. Surtout que le sol est une espèce de sable et de boue
congloméré, très friable. Devant une pente que j'ai eu du mal à
grimper, j'ai compris qu'il faudrait que redescende par le même
endroit, vu que le sentier n'en était pas un et ne menait nulle
part. Et devant mes difficultés à poursuivre, je savais que cela
serait encore plus difficile à la descente. Mais c'était un peu
trop tard. J'étais coincé sur ma crête, des précipices des deux
côtés avec un chemin où je cherchais un appui, en vain, le sol
partant sous le pied.
J'ai essayé à quatre pattes mais ça ne
changeait rien, mon poids qui allait dans le sens de la descente
créant plus de pression sur le sol qui se dérobait en poussière.
J'étais dans de beaux draps, incapable d'avancer ni de reculer,
tétanisé par la peur. Ma bouteille d'eau à la main m’encombrait,
j'ai voulu la bazarder. Mais je me suis ravisé car si je venais à
chuter et à me casser quelque chose, je savais qu'elle me serait
d'un grand secours. Décidé à ne pas mourir dans la vallée de la
mort, j'ai dépassé mes limites, essayant de descendre coûte que
coûte alors que ma prudence m'interdisait de le faire. J'ai essayé
en marche arrière, pas mieux. Pas d'appui.
Je me suis donc remis à
quatre pattes, le dos presque couché au sol et c’est ainsi que
j'ai descendu le passage délicat, tout en sachant que si l'un des
appuis venait à glisser, je n'aurais aucun moyen de me récupérer
avant la chute fatale. Mon ange gardien a dû œuvrer pour moi car le
sol a résisté sous mes pieds et mes mains. Je ne suis pas prêt de
réitérer l'expérience. Pourtant d'ordinaire je fais attention. Le
truc c'est qu'en montant je n'avais pas fait attention au fait que le
sol était friable...
Il
y a un point de vue fantastique sur la vallée du haut de Dante's
View, situé à 1669 mètres d'altitude, au dessus de Badwater.
C'est
là où je suis allé dormir, pour chercher un peu de fraîcheur mais
surtout bénéficier du lever de soleil qui est parait-il magique,
lorsque la lumière revêt le sommet des montagnes de teintes rosées
tandis que le fond de la vallée de la mort reste dans le noir. C'est
mortel !





















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire