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mercredi 22 octobre 2014

Death Valley National Park

Il n'y a pas de villages autour de Death Valley, c'est encore plus isolé que n'importe quel autre parc où je me suis rendu. Il y a bien un dernier bled, Shoshone, où j'espérais encore trouver une épicerie. Tout ce qu'il y avait c'était une station service avec de l'essence au prix doublé. Il y a un grand écart entre le prix du carburant d'une station à l'autre. Avant je ne faisais pas gaffe, pensant que c'était comme en France, avec une différence qui se joue sur des centimes. Ici, n'y a rien de plus rageur que de faire le plein et de trouver une station pas plus loin avec le gallon un dollar moins cher. Du coup j'ai trouvé un site internet qui trouve la station au meilleur prix autour de soi. 
Car mine de rien, le poste essence est ma dépense principale. Je ne sais pas quelle voiture ils m'ont fourgué mais elle doit bien faire du 10 litres au 100. En effet je fais un 2/3 de plein presque tous les jours (dès qu'il ne reste plus qu'un tiers à la jauge je remplis, c'est plus prudent). 20 dollars par ci, 25 dollars par là... Je dois en être à mon dixième passage à la pompe. J'ai remarqué que es voitures automatiques consommaient plus, ça doit être ça. Pourtant j'ai une conduite souple, sans à coup et des accélérations lentes. Sur le tableau de bord il y a marqué « eco » tout le temps. Bon, passons !
L'entrée dans le parc depuis Death Valley Junction ne paye pas trop de mine. 
Twenty Mule Team Canyon
Au début on se dit que si c’est comme ça, on n'y restera pas très longtemps. C'est désertique, avec des montagnes brûlées au soleil mais sans que cela ait un charme particulier. Puis la route commence à descendre en longeant des drôles de formations rocheuses, de couleur dorée, qui semblent avoir été coulées au pochoir, avec des montagnes sombres qui poursuivent le tableau au delà. C'est là que se situe Twenty Mule Team Canyon, avec une route qui part à l'assaut du canyon, ou plutôt une piste. Ce canyon tire son nom en l'honneur d'une équipe attelée de 20 mules qui de 1883 à 1889 a extrait dix tonnes de borax du désert, bien que le lieu d'extraction ait été à un autre endroit. La piste fait quatre kilomètres de long, est à sens unique, ce qui donne l'impression de traverser un parc d'attractions. 
Badwater
De retour sur la route, toujours en descendant vers la vallée, on parvient à un site, l'un des plus populaires de Death Valley : Zabriskie Point. La vue de ce point offre un panorama digne de carte postale, sur des rochers ondulés aux couleurs incroyables, striés de orange, de rose, de blanc ou de jaune. Il vaut mieux s'y rendre le matin de bonne heure pour que la lumière soit dans le bon sens et les couleurs au rendez-vous.
Dépassé Zabriskie Point, la route découvre la vallée de la mort, une large vallée très longue où il fait une chaleur à crever. Tout au fond se trouve Furnace Creek, un site qui comprend une station service, des campings, un restaurant, une épicerie (où le prix des fruits et légumes est le même que celui au kilo ailleurs, mais ici à la pièce...), une poste (!) et le centre des visiteurs. 
Badwater
Comme toujours, ne pas manquer d'aller y faire un tour, ne serait-ce que pour avoir un plan du parc et quelques informations. A l'entrée, un thermomètre digital indique la température qu'il fait. Les gens se prennent en photo à côté. Aujourd'hui 99 degrés Fahrenheit, soit un petit 38 degrés. Ah oui, quand même ! A l'intérieur du centre se trouve un écran géant tactile qui détaille le parc avec les différents points à voir et leur particularité, remplaçant la traditionnelle maquette qui clignote selon le bouton sur lequel on a appuyé. Avec l'écran tactile, il suffit d'effleurer des points de la carte pour que s'affiche un texte détaillé avec toutes les informations d'accès et de randonnées possibles, le tout agrémenté d'une vidéo qui permet de se faire une idée précise. 
Ils n'ont pas fait les choses à moitié. Il faut aussi ne pas rater un documentaire de 20 minutes qui passe dans la salle de cinéma attenante, remarquable, comme tous ceux qu'ils diffusent dans les parcs. Celui-ci s'intitule « Seeing Death Valley » et n'est pas en vente dans la boutique du parc. C'est bien dommage. Ah, j'oubliais : Furnace Creek a aussi droit à son aberration en plein désert et surtout dans un parc national : un terrain de golf !
Death Valley est née il y a trois millions d'années, d'une fracture de la croûte terrestre. Sous les forces tectoniques, une gigantesque faille s'est ouverte, du nord au sud, créant les montagnes Panamint à l'ouest avec son point le plus haut à 3368 mètres ; et Amargosa à l'est et son sommet le plus élevé à 2663 mètres. 
Le fond de la vallée est couvert de sel et d'alluvions, fruits de l'érosion des montagnes, qui donnent une palette de formes et de couleurs. Il a aussi la particularité d'être le point le plus bas des États-Unis avec une altitude de 86 mètres sous le niveau de la mer. C'est dire la profondeur de l'entaille qui s’est créée ici. De ce fait, toutes les richesses contenues dans la croûte terrestre sont visibles, comme si on effectuait un gigantesque voyage au centre de le Terre, révélant des roches aux couleurs incroyables. Je m'imaginais une région désolée et austère. Elle est en fait pleine de couleurs et de gaieté. C'est le territoire de la tribu Timbisha, des indiens qui vivaient là bien avant l'arrivée des européens et à qui on a octroyé une petite parcelle dans le parc où une vingtaine de maisons ont pris place, juste à côté de Furnace Creek. 
Death Valley est l'endroit le plus chaud des États-Unis avec une température en juillet qui atteint facilement les 47 degrés. Du coup, personne ne vient là l'été, les gens préférant visiter le parc l'hiver ou au printemps. Souvent les gens sont perplexes sur le fait que les indiens veulent rester là dans leur fournaise. Mais pour eux c’est chez eux. Ce que nous avons appelé la vallée de la mort, eux l'appellent la vallée de la vie. C’est la vallée qui les a façonné, ils sont profondément attachés à la terre, leurs racines. Loin d'ici ils n’auraient plus de connexion avec ces éléments et perdraient culture et identité. C’est ce qu'ils affirment et c’est très vrai.

Golden Canyon
Artist's Palette
En 1870, les pionniers découvrirent que le sol était très riche en minerais et de nombreuses villes poussèrent comme des champignons dans la vallée. On construisit de grandes mines pour extraire or, argent, plomb ou borax et qui prospérèrent pendant une dizaine d'année. On comptait jusqu'à 5000 habitants avant que les mines d'argent ne firent faillite en 1877, laissant des villes fantômes derrière elles dont certaines sont toujours visibles. Les lignes de chemin de fer pour extraire les minerais furent reconverties au transport des visiteurs, ce qui lança le boom du tourisme dans la région, drainant des touristes qui venaient passer l'hiver au chaud. Dans les années 20, les premiers hôtels furent construits et en 1933 le Président Hoover déclara Death Valley comme National Monument. 
Devils Golf Course
Ce n'est qu'en 1994 que Bill Clinton transforma le statut en Parc National, élargissant les contours du parc. Je suis toujours ému quand des grands hommes comme les chefs d'état décident de désigner un endroit comme parc national, laissant là de côté leur pouvoir et les possibilités de productivisme, comme un abandon des armes face aux forces de la nature. C’est un peu comme s'ils rendaient au créateur ce qu'il leur a donné. C'est un signe d'humilité à mon sens. Et aussi d'éveil et d'intelligence. Félicitations à tous ces hommes qui ont œuvré et lutté pour que les parcs nationaux voient le jour. Ce sont des lieux uniques, préservés, indomptés, qui resteront ainsi à jamais.
Il y a un endroit incroyable à 26 kilomètres au sud de Furnace Creek : Badwater. C'est là que se trouve le point le plus bas du pays. Un panneau incongru vissé dans la montagne indique la limite du niveau de la mer, bien au dessus de nous. Mais surtout on y trouve une piscine salée entourée de cristaux où vit un mollusque endémique. Des boulevards de terre salée partent de là en méandres en se perdant dans la vallée. C'est vraiment étonnant de marcher dessus, c'est tout plat, on pourrait y jouer au ballon. Le nom de l'endroit fut donné par un cartographe qui fut enchanté de trouver là de quoi abreuver son cheval, avant d'être profondément désappointé quand il se rendit compte que l'eau n'était pas potable. 
Elle n'est pas toxique, juste salée. La présence d'eau émane d'un ancien aquifère qui remonte à l'âge de glace et qui provenait de la collecte des pluies et des neiges de la Sierra Nevada, à des centaines de kilomètres de là. La nappe émerge à cet endroit, dissolvant les dépôts de sel qui remontent à la surface en transformant cette eau de source en « badwater ».
A une encablure de là on tombe sur Devils Golf Course, un autre endroit remarquable pour ses formations de sel. Ici ce ne sont pas des fleuves de sel mais des roches salées pointues et coupantes comme le fil d'un rasoir qui ressemblent de prime abord à un grand champ de lave. 
Elles ont été poussées hors de terre sous l'effet de la pression et on peut voir des trous et crevasses qui s'enfoncent dans les entrailles de la terre. C'est très difficile de marcher là dedans, c'est tord cheville et malheur si vous dérapez, il vous en coûtera une entaille à refermer avec des points de suture. Les cristaux de sel sont si durs qu'ils passent à travers la semelle de mes tongs. A certains endroits, entre deux rochers on trouve aussi de drôles de cônes salés, tout de cristaux blancs, formés on ne sait comment. Les roches sous l’effet de la chaleur craquent, en faisant de mystérieux bruits sourds, comme le moteur d'une voiture qui refroidit. On a l'impression que le sol est vivant.
En remontant toujours vers Furnace Creek, on trouve Natural Bridge, une arche en plein milieu d'un canyon de rochers sombres. Puis une route part sur la droite en louvoyant entre des rochers à la base des montagnes Amargosa. C'est Artists Drive, un endroit merveilleux, un paradis pour géologue, où l'on découvre des montagnes aux couleurs incroyables. Toutes les couleurs sont là, bien saturées, dans un mélange psychédélique : du pourpre, du rose, de l'orange, du vert, du jaune... Le tout souvent sur le même rocher. On dirait qu'il sont été peints tellement cela semble irréel. Le point d'orgue se situe au niveau de Artists Palette. 
Ces dépôts résultent d'un riche passé volcanique qui il y a 5 millions d'années a déposé des cendres et des minéraux, au gré des éruptions. Les produits volcaniques furent ensuite altérés chimiquement par l'eau et la chaleur, avec des quantités variables d'oxygène et d'autres éléments. De ce chaudron magique en ressortent du fer, du magnésium, de l’aluminium et du titanium avec des minéraux comme l'hématite rouge et la chlorite verte. On dirait vraiment que tout cela a été projeté à la face des rochers comme on jetterait un seau d'eau en passant la serpillière. La route à sens unique fait 15 kilomètres de long que l'on ne voit pas passer tellement la surprise vous fera pousser des «oh» d'émerveillement à chaque virage. 
Il ne faut pas hésiter à s'arrêter partout et à marcher un peu pour avoir de jolis points de vue.
Dernière trouvaille avant Furnace Creek : Golden Canyon. Il y a une belle balade à faire au fond de ce canyon doré qui mène à un rocher rouge qui émerge comme une cathédrale. Le sentier rejoint ensuite Zabriskie Point. Il y a pas mal à marcher, aussi pour couper court, j'ai décidé de prendre un peu de hauteur afin d'apercevoir cette cathédrale rouge de façon plus globale. J'ai donc pris la trace de gens qui étaient passés avant moi et qui partait sur les hauteurs du canyon, en suivant la ligne de différentes crêtes. C'est un vrai labyrinthe et on passe d'une crête à l'autre sans jamais suivre une ligne droite, prenant toujours un peu plus de hauteur. 
C'est très joli et devant l'exaltation je n'ai pas réalisé que mon chemin large comme un pas devenait de plus en plus escarpé mais surtout raide. Surtout que le sol est une espèce de sable et de boue congloméré, très friable. Devant une pente que j'ai eu du mal à grimper, j'ai compris qu'il faudrait que redescende par le même endroit, vu que le sentier n'en était pas un et ne menait nulle part. Et devant mes difficultés à poursuivre, je savais que cela serait encore plus difficile à la descente. Mais c'était un peu trop tard. J'étais coincé sur ma crête, des précipices des deux côtés avec un chemin où je cherchais un appui, en vain, le sol partant sous le pied. 
J'ai essayé à quatre pattes mais ça ne changeait rien, mon poids qui allait dans le sens de la descente créant plus de pression sur le sol qui se dérobait en poussière. J'étais dans de beaux draps, incapable d'avancer ni de reculer, tétanisé par la peur. Ma bouteille d'eau à la main m’encombrait, j'ai voulu la bazarder. Mais je me suis ravisé car si je venais à chuter et à me casser quelque chose, je savais qu'elle me serait d'un grand secours. Décidé à ne pas mourir dans la vallée de la mort, j'ai dépassé mes limites, essayant de descendre coûte que coûte alors que ma prudence m'interdisait de le faire. J'ai essayé en marche arrière, pas mieux. Pas d'appui. 
Je me suis donc remis à quatre pattes, le dos presque couché au sol et c’est ainsi que j'ai descendu le passage délicat, tout en sachant que si l'un des appuis venait à glisser, je n'aurais aucun moyen de me récupérer avant la chute fatale. Mon ange gardien a dû œuvrer pour moi car le sol a résisté sous mes pieds et mes mains. Je ne suis pas prêt de réitérer l'expérience. Pourtant d'ordinaire je fais attention. Le truc c'est qu'en montant je n'avais pas fait attention au fait que le sol était friable...
Il y a un point de vue fantastique sur la vallée du haut de Dante's View, situé à 1669 mètres d'altitude, au dessus de Badwater. 
C'est là où je suis allé dormir, pour chercher un peu de fraîcheur mais surtout bénéficier du lever de soleil qui est parait-il magique, lorsque la lumière revêt le sommet des montagnes de teintes rosées tandis que le fond de la vallée de la mort reste dans le noir. C'est mortel !

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