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samedi 11 octobre 2014

Bryce Canyon National Park

Il y a tout le confort dans ce parc national. On trouve même des douches qui marchent avec deux pièces de un dollar. Pour la première fois en une semaine, je ne me suis pas fait prié. On peut y rester 8 minutes mais en fait cela dure bien plus longtemps, à la fin j'en avais presque marre. La fréquentation très élevée du parc a donc du bon. Le parc est si merveilleux que je vais y rester plusieurs jours. Il y a plein à voir et ce serait un crime de passer en coup de vent. De nombreux sentiers sillonnent le parc, permettant de descendre au fond du canyon. D'ailleurs Bryce Canyon n’est pas un canyon mais un ensemble d’amphithéâtres plantés de rochers érodés qui se dressent très haut dans le ciel comme des stalactites et qu'on appelle ici « hoodoo ». 
Pour dormir c'est très simple. En effet la forêt de Dixie court jusqu'aux limites du parc. Il suffit donc juste en sortant de prendre une piste forestière qui se perd en ramifications. C'est en fait une station de ski de fond l'hiver et de quad l'été. Il y a une carte à l'entrée du chemin qui détaille le réseau de pistes. Un vrai labyrinthe. En son centre se situe un terrain de camping au bord d'un étang. Impossible à trouver. Rien n'est fléché. J'ai donc fait comme deux ou trois campings-cars que j'ai croisés là, garés à des endroits où d'autres s'étaient installés avant et avaient fait des feux de camp. C'est immense et quasiment personne ne vient là. 
C'est parfait pour du camping sauvage. C’est un terrain plat planté de pins et j'ai installé ma tente un peu à l'écart du chemin. Trouver un endroit n'a pas été aussi simple car quand j'ai cru avoir trouvé le coin idéal sur un lit bien épais d'aiguille mortes, je me suis rendu compte qu'il y avait non loin une sente formée par le passage répété de bestioles. Oui, mais quel genre de bestiole ? Au centre des visiteurs il y a un panneau « bear alert ». Je ne tiens pas à ce que l'un d'eux ayant ses habitudes passe à côté de moi en pleine nuit et vienne renifler ce nouvel objet bizarre sur son chemin. A un autre coin, c'est en scrutant un peu le sol que j'ai aperçu des empreintes. 
Impossible de savoir de quoi il s'agissait. C'était rond comme un sabot mais sans la trace particulière que cela fait. Comme les empreintes étaient inscrites dans la terre sèche depuis longtemps, c'était difficile à décrire. Si c'est un ours, il est passé il y a quelques jours. Tant pis, on verra bien ! A défaut d'ours c'est le froid qui m'a cueilli. Conjugué à l'humidité, j'ai passé une très mauvaise nuit, sentant le froid sur le visage, sans parvenir à trouver une position confortable. Tout dans la tente état humide et ce matin la voiture était givrée. Heureusement ils l'ont fournie avec une raclette, bien utile pour gratter le pare-brise. Car je me suis levé avant le soleil pour me rendre à Sunrise Point et bénéficier du lever du soleil sur l’amphithéâtre et ses aiguilles.


Je n'étais pas tout seul au point de vue, loin s'en faut. Tout le monde était là comme pour accueillir le messie, et ce malgré le froid cinglant. En fait le haut du plateau de Bryce Canyon culmine à 2500 mètres d'altitude, cela explique pourquoi il y fait si froid. D'ailleurs on compte 200 jours de gel par an. Le point d'observation était plein de trépieds avec des gens fébriles prêts à appuyer sur un piston relié au déclencheur. Ils fixaient tous le point où le soleil allait sortir, derrière une montagne. Moi je regardais dans l'autre sens. Ce n'est pas le lever de soleil qui m'intéresse mais la projection de ses rayons sur les aiguilles et les ombres qu'il va générer. 
Prendre un lever de soleil ne donnera rien d'autre qu'un contre-jour avec un soleil et tout le reste dans le noir. D'ailleurs succédant aux premiers « wow » quand le soleil a commencé à montrer le haut de son disque, l’enthousiasme est vite retombé, les gens finissant par m'imiter, déçus de leurs clichés ratés. Il fallait faire vite avant que l’effet lever de soleil s'estompe. Aussi je suis descendu un peu dans l’amphithéâtre pour jouer avec la lumière entre ces cheminées dentelées, le long du sentier Queens Garden.
On ne change pas une formule qui gagne : après le lever du soleil, direction le centre des visiteurs. Ici c'est une vraie usine à touristes et il faut faire la queue pour obtenir des informations ou une brochure de la part d'un des deux rangers. 
Il y a une immense boutique de souvenirs à côté où on ne sait plus où donner de la tête devant le nombre de beaux livres ou de DVD. Je me suis rendu dans l'auditorium assister à la projection du film de présentation du parc. C'était une vraie salle de cinéma avec écran géant. Le film projeté est « Bryce Canyon, shadow of time », extrait du DVD vendu à la boutique. Comme toujours il est très bien fait avec des vues époustouflantes. On y apprend que le parc tire son nom de Ebenezer Bryce, un pionnier éleveur de bétail qui fut le premier à s'installer dans le coin, en 1875. Né en écosse en 1850, il arriva en Utah à 18 ans et se maria à Mary Ann Park. 
Devenu mormon, il devint dès lors le responsable d’établissement de communautés. En 1876 il construisit un chemin qui pénétrait dans l’amphithéâtre, afin d'y acheminer les troncs d'arbres coupés par les bûcherons. Les locaux ne tardèrent pas à appeler cette voie Bryce's Canyon. La légende était née... En 1880 la famille déménagea en Arizona. Au total ils établirent 12 communautés et eurent 12 enfants. Ebenezer Bryce qui ne manquait pas d'humour, décrivit le canyon qui porte son nom comme étant « a hell of a place to lose a cow ». La formule resta célèbre.


Le parc national a été fondé en 1924 afin de préserver ce site unique à la géologie si particulière, riche et complexe. Lorsque le fond océanique émergea, comme ce que j'ai déjà raconté, cet ancien océan au fond plat se remplit des eaux des rivières et de gigantesques lacs se formèrent où de nombreux sédiments se déposèrent. Il n'y avait aucune issue où l'eau puisse se rendre. Puis ces lacs se sont peu à peu asséchés, formant un marécage sur des centaines de milliers de kilomètres carrés, où des plantes commencèrent à pousser, contribuant à l'oxydation par leurs racines. C'est ainsi qu'un dépôt rouge se forma à la surface des sédiments. 
On parle d'une ère où il y avait toujours des dinosaures sur Terre ! A l'intérieur de la couche rose, se formèrent de fines couches grises discontinues, ce qui laisse supposer que les étangs du marécage devinrent si salés ou minéralisés que seules des cyanobactéries purent y survivre. Ces micro-organismes qui ressemblent aux algues, enrichirent le calcaire avec le magnésium qu'ils puisaient dans l'eau, créant de la dolomite, essentielle à la formation des hoodoos. Avec le temps ces sédiments se sont condensés pour former des rochers qui ont été soulevés, passant de 900 mètres à 2745 mètres d'altitude. 
Bryce Cayon n'est pas un canyon car ceux ci sont formés par des rivières alors qu'ici les roches ont été dissoutes par l'eau de pluie, naturellement acide. Les sculptures si ciselées que l'on peut voir le long des pics sont en revanche l’œuvre des gels et dégels successifs qui peuvent s'opérer au sein de la même journée, et ce la plus grande partie de l'année. En gelant l'eau accroît son volume, exerçant une pression sur les rochers qui se fissurent de l'intérieur. Les pluies éliminent ensuite les fragments de roche, révélant d'abord des arêtes. Puis le gel fracture à nouveau les arêtes, perçant des trous, comme le chat d'une aiguille, en formant des fenêtres qui s’agrandissent ensuite pour donner des ponts qui finissent par s'effondrer, laissant place à des pitons de couleur rouille nommés hoodoos. 
Ce qu'il faut retenir c'est que ces cheminées sont le résultat d'un processus incessant de destruction des rochers par l'eau initié il y a 55 millions d'année. De quoi rendre humble par rapport à l'échelle de notre petite vie insignifiante...
Bryce Canyon fait partie de ce que les américains appellent « The Grand Circle ». C'est grosso modo un cercle placé entre Denver et Las Vegas et qui fait le tour de l'ancien océan qui s'étendait au centre de l'Amérique il y a des millions d'années et qui a donné naissance au plateau du Colorado. C'est le long de ce cercle que l'on rencontre tous les parcs nationaux du secteur et que je vais visiter, hormis la section sud de ce cercle avec Mesa Verde et Monument Valley. Pour cela il aurait fallu que je fasse en effet un cercle, hors je vais vers l'ouest...


 Après la visite du parc, je suis descendu pour voir ces fameux hoodos de près, par leur base, et me perdre dans ce fameux dédale idéal pour y perdre une vache. Il y a un sentier, Navajo Loop, qui descend depuis Sunrise Point pour remonter au niveau de Sunset Point après avoir fait une boucle au fond de l’amphithéâtre en moins de deux heures. Les sculptures et les couleurs des rochers sont incroyables. On marche dans un paysage imposant où l'on se sent tout petit, la tête en l'air tout le temps pour admirer ces aiguilles qui se dressent vers le ciel. Le chemin a été tracé en formant des trous pour permettre le passage d'un côté à l'autre des rochers, par des portes au bas de ces hoodos. 
Des pins dont certains sont vieux de plus de 1700 ans viennent compléter le tableau tandis que des petits écureuils batifolent dans ce jardin de géants. Les gamins émerveillés devant ces petites bestioles rigolotes tirent la manche de leur maman pour avoir le même à la maison. Dans la forêt, là haut sur le plateau, on trouve aussi des cerfs et biches qui broutent paisiblement, habitués aux touristes de passage qui ont envahi leur habitat. Il y a plein de monde, des groupes, des couples, des familles avec bébé occupées à bercer des choses criardes et gesticulantes sans regarder le paysage. Je te balancerais ça dans l’amphithéâtre ! Plus loin, le long de la route, j'ai découvert une prairie humide dont je suis le seul apparemment à avoir remarqué la présence d'une créature dressée sur ses pattes de derrière sur un talus devant l'entrée de son terrier. 
Ce sont des chiens de prairie avec une sentinelle qui passe sa journée ainsi, debout, à scruter l'horizon en tournicotant la tête de tous côtés, prêt à déclencher l'alerte pendant que les autres en profitent pour brouter l'herbe bien grasse. Tant que l'autre n'a pas sifflé, elles ne font attention à rien. La sentinelle devait avoir mauvaise vue ou un coup de mou car j'ai pu m'approcher d'assez près, suffisamment pour prendre de belles photos. Juste à côté, des écureuils profitaient aussi du festin, grimpant au sommet de fleurs jaunes pour se délecter des graines des fleurs fanées. A côté les voitures traçaient sans rien comprendre à ma posture affalée dans l'herbe pour être au même niveau que ces bestioles. 
Ils ne savent pas ce qu'ils ont raté. Dans ce parc il faut constamment ouvrir l’œil, que ce soit côté paysage ou animaux, il y a toujours quelque chose d'inattendu. C'est ainsi que plus loin, au niveau de Bryce Point, on trouve des rochers le long de la falaise qui forment une cathédrale naturelle, avec des sculptures dentelées. Au premier abord on ne les voit pas, étant plus occupé à admirer la vue sur le canyon. Mais en suivant le contour de l'amphithéâtre on finit par trouver cet endroit magique. Vraiment, l'homme n'a rien inventé !

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