Kings
Canyon est le troisième parc national à avoir été formé aux
États-Unis, toujours sous la houlette de John Muir qui, s'il avait
voulu, aurait pu classer le territoire entier en parc national tant
ses requêtes furent écoutées et prises en considération. C'est le
héros du parc. D'ailleurs il y a un sentier qui porte son nom. Et
pas l'un des moindres. Il permet de marcher du Canada au Mexique, un
peu à la façon de nos GR. Il emprunte une portion du Pacific Crest
Trail qui passe très haut dans la Sierra en évoluant jamais à
moins de 3000 mètres d'altitude. Il passe de lacs en lacs, côtoyant
les plus hauts sommets. On y trouve des cabanes de rangers à 7
endroits différents, qui sont là uniquement l'été.
Ils ont du
mérite de rester là haut car ils ne doivent pas croiser grand monde
à part les marmottes et le pika, un drôle de petit animal que j'ai
vu en photo et dans la vidéo de présentation du parc et que je ne
connaissais pas. Un rongeur de plus...
Kings
Canyon n'est pas un canyon comme ceux que j'ai pu rencontrer jusqu'à
présent. En effet ceux ci étaient taillés par les rivières,
coupés à la serpe dans une forme en V qui les rend tout de suite
reconnaissables. Ici c'est en fait une vallée glaciaire qui prend
une forme en U typique. Les parois du canyon, très hautes sont
formées de granite gris clair, presque blanc et c'est ce qui frappe
quand on rentre dans la vallée.
Plus haut dans les montagnes se
trouvent des glaciers, les plus méridionaux de l'Amérique du Nord,
qui fondent considérablement un peu plus chaque année sous l’effet
du réchauffement climatique. Palisade Glacier, bien qu'il commence à
4341 mètres, aura sans doute disparu dans quelques années.
D'ailleurs je suis surpris, car aucun sommet enneigé n’est visible
depuis le bas de la vallée, contrairement aux Rocky Mountains. Sans
doute parce qu'il n'a pas plu depuis longtemps. Là bas aussi ça a
dû fondre depuis que je m'y suis rendu. Tout est très sec. Les
feuillus tirent la gueule, perdant leurs feuilles pour certains
encore vertes, toutes sèches et craquantes comme des chips.
Les
fougères sont fanées depuis belle lurette et cette végétation à
terre fait le bonheur des écureuils et des oiseaux, qui furètent
partout à la recherche de graines ou d'autres bonnes trouvailles. On
trouve aussi un jais bleu de toute beauté, aux couleurs
resplendissantes sous le soleil avec des reflets soyeux. Ils sont
tous insaisissables, rendus complètement hystériques par cette
profusion de nourriture. Impossible de prendre une photo, ils bougent
tout le temps, changeant d'endroit en permanence. J'ai vu un écureuil
ivre de joie. Il faisait des bonds, se retournant sur lui pour mieux
sauter en l'air dans l'autre sens, se frottant au passage aux
branches d'un arbuste.
On aurait dit un poisson pris dans un filet de
pêche. Un exemple de plus qui prouve que les animaux sont capables
d'éprouver des émotions et qu'ils ne sont pas régis que par un
instinct qui en ferait des êtres téléguidés, allant à
l’essentiel : manger et se reproduire. Ma petite danse de
l’écureuil, en quoi est-elle nécessaire pour la survie de
l'espèce ?
Kings
Canyon est un canyon plus profond que le Grand Canyon. Il est l'un
des plus profonds de toute l'Amérique du nord, avec 2500 mètres
séparant le fond de la vallée du sommet Spanish Mountain. C'est
pour cette raison qu'on ne voit pas les pics plus élevés, cachés
par les sommets les plus proches.
Avec de telles conditions le soleil
ne pénètre pas longtemps au fond, sauf peut être en été. J'ai eu
beaucoup de mal à prendre des photos, déjà pour tout loger dans le
cadre mais aussi en raison des contrastes importants entre une partie
de l'image très éclairée par la réflexion de la lumière sur les
parois claires et une autre complètement à l'ombre. Il faut en fait
attendre le moment opportun, quand le soleil aura fini par tout
dégager. Mais on ne sait pas quand, alors j'ai laissé le hasard
agir. La route de Kings Canyon se termine au niveau de Roads End (ils
ne se sont pas cassés la tête pour trouver un nom). C'est un très
joli endroit au bord de la rivière et au milieu des sapins où l'on
a envie de pique niquer ou planter la tente. Pour camper, toujours le
même système de permis, accessible là aussi en libre service.
Le
parc national est complètement mort, je l'ai pour moi tout seul et
j'en suis très étonné. A part quelques voitures garées là avec
des randonneurs partis pour des jours, je ne croise pas grand monde.
Surtout des gens qui vont et viennent, prennent une photo et s'en
retournent. Ça parle français ou allemand. Pas d'américains, qui
doivent plutôt venir l'été ou les week-ends. Car il y a une
multitude de terrains de camping, tous fermés, avec pleins
d'emplacements au milieu des pins. Là aussi la Bear Box est de
rigueur. Quand j'ai vu un ranger débarquer pendant que je
pique-niquais à l'ombre d'un sapin, j'ai cru que c'était pour me
faire la morale.
Non, il venait juste relever les permis de camper
laissés dans l'urne récemment, bien content aussi de trouver
quelqu'un à qui parler. Il m'a demandé d'où je venais et m'a dit
que je parlais bien anglais, mais avec un accent britannique. Tiens
donc ! Je lui ai rétorqué que c’est celui qu'on nous
enseigne à l'école. Il faut dire que l'américain est très
différent et c’est à se demander s'ils se comprennent. Je ne sais
pas où ils ont chopé un accent pareil mais on a l'impression qu'ils
parlent la bouche pleine, en mâchonnant quelque chose.
Pour
avoir une vue plus panoramique de la vallée, j'ai pris un peu de
hauteur en prenant le sentier de Paradise Valley.
Il suffit de
marcher une dizaine de minutes pour passer à un endroit moins boisé,
au dessus de la cime des sapins qui peuplent le fond de la vallée
pour découvrir le cadre enchanteur qui entoure Kings Canyon. Le
sentier grimpe ensuite en lacets, cherchant à se frayer un chemin le
long des parois abruptes. Il est aussi très agréable de se promener
le long de la rivière, surtout au niveau de Zumwalt Meadow. On y
trouve une petite promenade qui traverse le cours d'eau pour se
perdre dans une belle prairie dorée dominée par les falaises du
canyon bien visibles de chaque côté. C’est certainement l’endroit
du parc le plus joli.
Un peu plus bas, on trouve des cascades, les
Roaring River Falls. Là un affluent de la rivière dégringole de la
montagne dans une piscine naturelle en trombes d’eau. Enfin, dans
la vidéo du parc. Étant donné la sécheresse actuelle, c'est juste
une cascade normale, rien de monstrueux.
Si
l'on ne choisit pas de s'échapper pour une longue balade de
plusieurs jours jusqu'aux prairies alpestres des sommets,
l'exploration du canyon ne prend pas beaucoup de temps car la route
n'est pas très longue, quelques kilomètres tout au plus. On peut
très bien rester se prélasser sur les prairies au bord de l'eau
mais j'ai préféré regagner l’ouest du parc, au niveau du centre
des visiteurs pour aller rendre visite à General Grant, un séquoia.
Encore un, me direz-vous ! Oui mais celui-ci est le troisième
plus gros arbre vivant au monde. En diamètre au niveau de la base
(12 mètres), il bat General Sherman de Séquoia. Pour donner une
grandeur d'idée, si le tronc de l'arbre était le réservoir
d’essence d'une voiture, on pourrait faire 350 fois le tour de la
Terre sans avoir à refaire le plein ! Sinon pour en faire le
tour, si vous voulez enlacer l'arbre, il faut 20 personnes qui se
donnent la main. Place aux chiffres : le monument fait un volume
de 1320 mètre cube, est âgé de 1700 ans, a une circonférence de
33 mètres, une branche de 1,4 mètre de diamètre et ses premières
branches se trouvent à 39 mètres de haut. Il mesure 82 mètres et
pèse 1325 tonnes. Plus qu'une salade !
Pour toutes ces raisons,
l'arbre est devenu en 1926 le sapin de Noël officiel des États-Unis.
Le président Einsenhower en fit en 1956 un mémorial vivant pour
tous ceux qui ont donné leur vie au pays. L'arbre tire son nom du
Général Ulysses S.Grant qui œuvra pendant la guerre de Sécession.
Son nom lui fut donné en 1867 et le fier séquoia protégé dès
1890. Pas touche à pépère ! Autour de General Grant, on
trouve de nombreux autres séquoias tout aussi imposants. L'un d'eux,
à terre, a été creusé et on peut s'y balader comme dans un
tunnel.
Demain
je me rends dans le parc de Yosemite. Ce n'est pas forcément à
côté, aussi comme à chaque fois que je change de coin, j’essaye
de m'avancer un peu la veille.
Et puis, en descendant plus à
l’ouest, je quitterai les terres d'altitude et n'en dormirai que
mieux. Seulement, qui dit altitude moins élevée et hors d'un parc
dit zone plus accessible et donc habitée. Tout est barbelisé avec
des ranchs à n'en plus finir. Pas moyen de se garer quelque part au
bout d'une route ou sur un bas côté. C’est la route et les
barbelés avec rien d'autre, ou parfois un fossé ! J'ai dû me
réfugier dans un champ d'orangers qui comportait des allées pour le
passage des machines agricoles. Curieusement le champ n’était pas
clôturé. J'ai caché la voiture sous des orangers aux feuilles
bleues couvertes de pesticides, priant pour qu'ils ne m’intoxiquent
pas, tandis qu'un blaireau passait par là suivi d'un lièvre à
longues oreilles haut sur pattes que j'ai pris au début pour un
chien !















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